Le site officiel (au moins !) de la Néo-Décadence. Les chroniques sans prétention d'un petit documentaliste du Bourbonnais...
jeudi 7 janvier 2016
Vieillir
J'ai perdu jusqu'au goût de l'amour.
Que sont devenus les rires d'autrefois
Quand je m'aventurais au fond des bois ?
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
Avant que de se perdre dans des cris de démence.
Je regarde en arrière et je pleure,
Je pense à demain et j'ai peur.
Je sais que bientôt je ne saurai plus rien.
Je sais que bientôt je ne serai plus rien.
Mon Dieu, mon Dieu, où t'es-tu égaré ?
O moi, ô moi, tu m'as laissé tomber !
Comment je m'appelle ? Comment tu t'appelles ?
Redis moi ton nom, redis moi ton nom.
Il fait nuit, il fait nuit.
C'est toi qui m'appelle ? toi qui m'appelle ?
Allons, allons, pardon, pardon,
Il fait nuit... Il fait nuit...
(Ecrit le 2 janvier 2016.)
mercredi 2 décembre 2009
2 décembre 2009
Maman, chaque jour tu disparais un peu plus
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.
Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.
(2 novembre 2005)
Et un texte écrit par mon ami Johan...
Oh vie ! misérable vie,
Autour de toi tant de misère !
Le monde des hommes te semble différent
Monde d'injustices et de souffrances
L'éclair de l'oubli s'abat chaque jour
Et tu t'éloignes de nous, de toi
Ta mémoire se brise au contact des tiens
La vie se fait difficile
L'espoir se meurt
Enfermée dans ton silence
Ta flamme faiblit et s'éteint
Et sans un cri, en silence
La mort doucement vers toi s'avance...
(25 avril 2006)
mardi 26 mai 2009
Quand il devient plus dur de se taire que de parler...
Voilà bien longtemps que je n'ai pas tenté d'écrire quelque chose de personnel, de vraiment personnel, de réfléchi, de pensé... sur ce petit blog sans prétention... D'aucuns parmi vous, fidèles lectrices, fidèles lecteurs, apprécient ce silence de "Superdoc"... Probablement parce que, comme dit le proverbe, "pas de nouvelles bonnes nouvelles". Certainement aussi parce que ça n'est jamais très évident d'avoir un ami qui "ne va pas bien"... Je me suis plus d'une fois retrouvé dans la position du confident (notamment auprès de ces dames du temps où j'étais célibataire... j'étais le confident idéal !) et on ne sait jamais trop quoi répondre au désarroi voire au désespoir et parfois tout simplement aux interrogations de l'autre. Et puis, comme plusieurs personnes me l'ont plusieurs fois fait remarquer... je leur "balance" mes histoires, mes soucis, alors qu'ils ont les leurs et forcément c'est une agression caractérisée dans l'espace intime...
Et puis, il y a le silence. Le silence... Le silence peut-être tellement réparateur et salvateur qu'on en a composé de sublimes chansons : "Words of Silence" de Simon & Garfunkel ou le véritable hymne religieux "Enjoy the Silence" des Depeche Mode.
Quand on a passé tant d'années dans "le bruit et la fureur" (titre d'un fameux roman de Faulkner que je n'ai pas lu), un peu de quiétude est la bienvenue. Mais vient un temps où le silence est pesant. Pis, il est assassin. Assassin pour soi, assassin pour les autres, assassin pour le monde... A force de se taire, on accepte tout. Je sais, j'apprends depuis des années, et bien avant que je ne commence une thérapie, qu'il y a les cinq fameuses phases à toute "mauvaise nouvelle" : refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. Et c'est un fait qu'on finit par accepter, pour pouvoir continuer à vivre... Bien sûr. Mais si on perd la colère c'est qu'on est déjà mort. Mort émotionnellement, s'entend. Oh, on peut donner le change socialement et faire croire que tout va bien. D'ailleurs, tout va bien. Mais on n'est plus qu'une marionnette dans le monde...
Par ailleurs, j'ai constaté qu'à force de me taire j'en perdais l'usage des mots... Bon, je peux toujours parler à voix haute et intelligible mais c'est un fait que je ne sais plus écrire comme avant... Je suis rouillé. Dommage ou pas, c'est un vrai effort pour moi d'essayer d'enchaîner les phrases sans sombrer dans la surenchère ou la fadeur...
Colère... Je parle de colère... pourquoi ?
Parce que je suis toujours en colère. J'ai, bien évidemment, accepté la mort de ma mère. Il n'y a pas le choix. C'est le "travail de deuil" comme on dit. La plupart d'entre nous sont passés par là et tous nous connaissons un jour ou l'autre la perte d'un être cher. Chacun réagit différemment. En en parlant avec des amis, parfois plus âgés, je suis frappé de constater combien le souvenir et la peine sont vivaces de longues années après. Le temps ne fait rien à l'affaire... Il permet de vivre voire de survivre mais les histoires d'oubli, de cicatrisation, etc... En même temps, c'est "rassurant" : on se dit qu'on laissera des souvenirs à celles et ceux qui nous survivrons.
Pour ma part, après ces généralités, je dirai que j'ai repris goût à la vie. Je ne fréquente plus les hôpitaux depuis six mois... J'ai bien dû, il y a quelques semaines, pour des raisons professionnelles, accompagner des collégiens à la Maison de retraite du coin pour une "rencontre intergénérationnelle"... Et j'avoue que j'ai eu un temps de frissons et d'appréhensions et, finalement, tout s'est bien passé.
N'empêche. Je ne peux toujours pas envisager de reprendre le théâtre. Je pense trop à ma mère qui m'a donné cette passion (et précisément l'amour des pièces de Molière !!). Je suis arrivé à mettre des collégiens en scène de nouveau (notamment lors de cette sortie maison de retraite où je leur ai fait répéter des sketchs) mais je ne m'imagine pas avant longtemps "remonter sur les planches". C'est pas grave. Je ne manquerai à personne. N'empêche. C'était un plaisir tellement savoureux que celui d'avoir le trac...
Par ailleurs, je peux parler librement de ma mère sans sentir les larmes monter à mes yeux. Par contre, si mes journées sont sereines, mes nuits le sont moins. Depuis quelques semaines, il n'est pas un matin où je ne me réveille sans avoir rêvé de ma mère... Je peux parler de la maladie d'Alzheimer à peu près sereinement. N'empêche que, rapidement, la colère l'emporte quand je vois qu'aux yeux du plus grand nombre, médecins y compris, c'est toujours une "maladie de vieux" (donc inutile de faire des efforts pour la recherche...). Heureusement, un livre vient de paraître, bouleversant témoignagne d'une femme d'une quarantaine d'années : "J'ai peur d'oublier" de Fabienne PIEL. Elle est atteinte d'Alzheimer depuis plusieurs années, elle sait ce qui l'attend... Elle raconte les médecins qui ont hésité entre mille pronostics... J'ai repensé à ma mère... Pour elle aussi, au départ, on a parlé de dépression. Ensuite, une fois la maladie pronostiquée, ma mère a encore passé plusieurs années sans aucun traitement, pas même d'anti-dépresseurs d'ailleurs... Au début, la maladie n'était même pas reconnue par l'Education nationale. On peut être "Aloïs" et enseigner... Une association est en train de se monter : "La Vie sans Oubli", pour sensibiliser l'opinion publique au fait que cette maladie peut toucher des personnes jeunes.
Parfois et même souvent, je suis également en colère contre l'institution hospitalière qui a laissé ma mère s'éteindre, parce que l'on ne pouvait plus rien faire... A force de ne plus être nourrie elle ne pouvait évidemment plus que s'éteindre... Elle a perdu une trentaine de kilos en trois mois... Comme ça, un lit a été libéré plus vite ? Je sais, c'est odieux ce que j'écris. Peut-être. Mais j'ai tellement entendu ces derniers mois des témoignages d'amis me racontant pour leurs proches des situations totalement scandaleuses et ubuesques dans les hôpitaux et les maisons de retraite... A propos de maisons de retraite... Un livre à signaler : "Maman, est-ce que ta chambre te plaît ? Survivre en maison de retraite" de William Réjault. C'est un constat terrible. Bien sûr, il ne faut pas généraliser. En outre, comme dans de nombreuses autres institutions, la majorité du personnel est très dévouée. Mais les moyens ne suivent pas. Les personnes ne sont pas formées. Un "Aloïs" de soixante ans ne se traite pas comme une personne âgée dépendante mais sereine dans sa tête...
Alors, bien sûr, je suis en colère contre la politique de santé, totalement tournée vers la rentabilité, les profits immédiats, les économies conséquentes... J'ai beau, depuis un an, notamment dans le cadre de ma thérapie et aussi par penchant naturel, jouer les "retirés du monde", en prétendant que l'actualité ne me touche plus, que je ne suis plus "révolté" politiquement. N'empêche. J'ai parfois envie de crier. Je sais, c'est totalement puéril. En outre, comme dirait ce cher Lénine : Que faire ?!
Je ne me sens pas apte à m'engager politiquement ni même syndicalement... J'ai le plus grand respect pour les militants qui consacrent du temps et de l'énergie dans l'action. Je ne peux que regarder, râler et éventuellement avoir un sursaut citoyen occasionnel. Je fais partie de la "masse silencieuse"... J'avoue être consterné par l'évolution de notre pays, de plus en plus quadrillé, fliqué, ultra-libéralisé et j'en passe... Sans parler de la paupérisation croissante d'une grande partie de la population qui n'a aucun espoir d'une "vie meilleure" pour ses enfants... En même temps, le mot même de "révolution" me fait peur. D'abord, parce que la Révolution dévore toujours ses enfants et que si on sait quand elle commence on ne sait jamais quand elle s'achève. En outre, je sais aussi que, du fait que je suis fonctionnaire d'Etat, donc un "privilégié" (de par mon statut et de par mon salaire), je serai peut-être du "mauvais côté" le jour des purges, des barricades et des lynchages... La France des propriétaires sera la cible de choix pour la France sans le sou... Les politiciens et les banquiers, eux, auront largement eu le temps de placer leurs billes à l'étranger et de bien se planquer... en attendant de revenir pour proposer leurs services une fois les événements apaisés...
Et puis, qui dit "révolution" dit "réaction"... Le contre-coup peut être encore plus violent. En 2005, lors des "émeutes" de banlieue, on avait eu droit à "l'état d'urgence"... Imaginez, dans la France de 2009, la répression policière après quelques journées "chaudes"... Quand on voit que le simple fait d'avoir en sa possession des exemplaires du livre "L'insurrection qui vient" (attribué par la police à Julien Coupat, le "terroriste" de l'ultra gauche en détention préventive depuis des mois...), ce simple fait peut entraîner des poursuites judiciaires. Quand on voit qu'au nom de la défense du droit d'auteur (que je suis le premier à défendre, c'était même une de mes questions au CAPES !) on va introduire des "mouchards" dans tous les ordinateurs... D'ailleurs, la "mise sous coupe électronique" de la société est en marche : voiture repérable par satellite, personne repérée par son téléphone et/ou son ordinateur, puces partout... Tant qu'on est en démocratie et avec des dirigeants à peu près bien intentionnés, "tout va bien"... Ensuite... C'est une autre histoire.
Ok, je suis parano, j'ai trop lu de romans de S.F. N'empêche. Attention à ne pas jouer avec les nouvelles technologies appliquées à la sécurité la politique de l'autruche en répétant "jusque là tout va bien" et "c'est le progrès"... Le mot progrès ne veut rien dire intrinsèquement. La "religion du progrès", comme toutes les autres religions, j'ai un peu tendance à m'en méfier...
mardi 2 décembre 2008
Le temps de l'attente
mardi 9 septembre 2008
Trois ans bien remplis !
samedi 19 juillet 2008
Bienvenue chez les Psys !!
lundi 9 juin 2008
Colère et détachement...
lundi 2 juin 2008
Coup de colère : suite
mercredi 7 mai 2008
Coup de colère
Jusqu'à il y a quelques mois, elle avait accès à "l'hôpital de jour", c'est-à-dire qu'une journée par semaine elle était prise en charge par l'hôpital où elle faisait des exercices de motricité et de mémoire. Cette structure a été SUPPRIMEE à l'automne pour des raisons budgétaires (alors même qu'on nous a expliqué au plus haut niveau de l'Etat que la maladie d'Alzheimer était "grande cause nationale"). En janvier, un atelier monté par des bénévoles (car désormais on ne compte plus que sur les associations de bénévoles, certes sympathiques, dévoués et exemplaires mais sans formation spécifique et approfondie) a pris le relais une fois par quinzaine. En février, il y a eu un article dans "La Montagne" (le journal local) où mon père était interviewé. A l'époque, ma mère, même si elle était diminuée, marchait encore, nous reconnaissait, participait un peu à la conversation, bref était une personne.
Début avril, du fait de chutes répétées, mon père a prévenu le médecin. Il a été décidé de placer ma mère à l'hôpital quelques jours pour des examens. Résultat... Elle est restée près d'un mois à l'hôpital et plusieurs examens (notamment pour le genou qu'elle a fragile) ont été refusés parce que (je cite) "ça coûte trop cher pour la Sécu". Pendant ce mois, ma mère a été littéralement droguée (bourrée de cachetons serait le mot adéquat) et constamment attachée au lit ou au fauteuil. Personne ne s'est occupé d'elle, sinon les aides-soignantes pour la laver et la nourrir. Impossible de voir un médecin. D'ailleurs il n'y avait pas grand-monde. C'était les congés de printemps.
Début mai, l'hôpital a rendu ma mère à mon père... Résultat fabuleux... C'est devenu un véritable (excusez l'horrible mais hélas réaliste expression) légume. Elle ne peut plus bouger du tout. Mon père a acquis un lit médicalisé. Elle ne se redresse même plus. Elle a le regard vide.
Alors, bien sûr, et je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, il y a l'évolution inéluctable d'une maladie dont on ne connait pas de remèdes (et pour laquelle on ne fait pas d'efforts significatifs en matière de recherche) MAIS il y a aussi le fait suivant : en un mois d'hospitalisation l'état de ma mère s'est TRES brutalement dégradé. Et ça c'est pas le destin, la fatalité. C'est la situation de l'hôpital en France en 2008. Et ça ne concerne pas que la maladie d'Alzheimer ou que les "vieux" (au fait, ma mère n'a que 64 ans).
Ce message n'est pas pour soulager mon pathos (même si, certains le savent, je me suis payé deux beaux épisodes dépressifs ces derniers mois) mais pour vous ALERTER sur ce qui se passe REELLEMENT dans l'univers hospitalier et de la santé dans notre pays. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Quand les médias officiels nous annoncent de grands plans pour Alzheimer ou suite à la canicule ou d'autres... ils vous MENTENT.
Nombre d'entre vous connaissent des situations similaires avec des proches, des parents, des conjoints. Il faudrait partager ces expériences et tenter de briser le mur du silence et de la propagande officielle qui nous dit que tout va bien et qu'on s'occupe de tout.
Merci de m'avoir lu. Je sais que j'ai été un peu long.
mardi 9 mai 2006
C'est reparti !...
Oh vie! misérable vie,
Autour de toi tant de misère !
Le monde des hommes te semble différent
Monde d'injustices et de souffrances
L'éclair de l'ouble s'abat chaque jour
Et tu t'éloignes de nous, de toi
Ta mémoire se brise au contact des tiens
La vie se fait difficile
L'espoir se meurt
Enfermée dans ton silence
Ta flamme faiblit et s'éteint
Et sans un cri, en silence
La mort doucement vers toi s'avance...
jeudi 3 novembre 2005
Aloïs
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.
Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.
(2 novembre 2005)