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jeudi 7 janvier 2016

Vieillir

Au fil des jours trop courts
J'ai perdu jusqu'au goût de l'amour.
Que sont devenus les rires d'autrefois
Quand je m'aventurais au fond des bois ?
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
Avant que de se perdre dans des cris de démence.

Je regarde en arrière et je pleure,
Je pense à demain et j'ai peur.
Je sais que bientôt je ne saurai plus rien.
Je sais que bientôt je ne serai plus rien.
Mon Dieu, mon Dieu, où t'es-tu égaré ?
O moi, ô moi, tu m'as laissé tomber !

Comment je m'appelle ? Comment tu t'appelles ?
Redis moi ton nom, redis moi ton nom.
Il fait nuit, il fait nuit.
C'est toi qui m'appelle ? toi qui m'appelle ?
Allons, allons, pardon, pardon,
Il fait nuit... Il fait nuit...


(Ecrit le 2 janvier 2016.)

mercredi 2 décembre 2009

2 décembre 2009

Comment donner un titre à l'article qui va suivre ? Dans trois jours, celà fera un an que ma mère est morte... Un an déjà. Je ne vais pas employer le mot "anniversaire" car je le trouve indécent et déplacé. Je ne vais pas non plus vous embêter avec mes états d'âme. Outre qu'ils ne regardent que moi, je n'ai plus ni le besoin ni l'envie de m'épancher "publiquement" par le biais d'un blog... Une psychothérapie depuis bientôt deux ans, la vie en couple depuis un an et demi et aussi un lent et profond cheminement font que je ne pratique plus "l'introspection en ligne" comme jadis.
J'ai néanmoins toujours un blog, bien sûr, qui me permet de vous faire partager mes souvenirs de vacances... Un "carnet de voyages" comme on dit de nos jours... Je suis actuellement en train de "mettre en ligne" les photos de notre séjour à Saint-Malo et dans les Iles Anglo-Normandes cet été.
Je pourrais aussi certes vous faire partager mes "coups de gueule"... J'avais rédigé l'autre jour un texte sur l'écologiquement correct, le technologiquement correct, un texte intitulé "Bienvenue dans un monde techno-écologi-correct"... et j'ai renoncé à le mettre en ligne... Je n'ai plus envie de bavasser sur mes contemporains et sur moi-même. D'ailleurs, qui suis-je pour "juger" le monde alentour ? Et j'avoue que j'en ai assez d'avoir toujours une vision critique et négative de tout et du reste. Un peu d'optimisme ne fait pas de mal... Mais, bon, si d'aucuns sont intéressés par le dit texte (qui ne reflète pas mon état d'esprit actuel), vous le trouverez sur les commentaires de mon blog... C'est un texte en colère d'un amoureux des livres qui craint la disparition soi-disant nécessaire des livres, jugés rétrogrades, polluants et peut-être bientôt nuisibles... au profit du "e-book"...
Mais passons. 2 décembre 2009. Il y a tout juste un an, j'écrivais un texte intitulé "Le temps de l'attente" :
Un an est passé... Le temps du "travail de deuil"... Comme cette expression me déplait, vous pouvez pas imaginer ! Ce n'est pas un travail... Non, je préfère l'expression (tellement mitterrandienne) : "Il faut laisser du temps au temps". Oui, c'est celà. Le temps qui n'efface pas la peine mais la rend supportable, tolérable, vivable. De toute façon, on n'a pas le choix. Ou l'on s'enfonce dans la tristesse et la déprime ou l'on continue à vivre. Et vivre, ce n'est pas survivre. C'est avoir des projets, des amis, des passions... Je ne dirai pas que ma vie fut "globalement souriante" ces derniers mois... Bien un petit coup de déprime de ci de là. Mais j'essaie de "positiver", d'aller de l'avant, de regarder le monde avec un oeil un peu plus bienveillant, un peu moins cynique et désabusé, lucide et sans illusion certes mais également un peu candide et émerveillé parce que la vie est décidément trop courte pour passer son temps à tirer une tronche de quatre mètres de haut... Non, c'était pas ça, l'expression de ma mère... Elle, elle nous reprochait, à ma soeur et à moi, quand nous traînions des journées entières de nos vies d'adolescents désoeuvrés à travers la maison, elle nous reprochait de, je cite... "errer comme des âmes en peine"... On reconnaît là la prof de lettres classiques !
J'avais écrit, quelques jours après le décès de ma mère, un texte biographique. Vous pouvez, si vous le désirer, le relire :
Par ailleurs, je n'oublie pas cette fichue maladie d'Alzheimer, et "les maladies apparentées", ces saletés de maladies neuro-dégénératives, qui ne sont pas des "maladies de vieux" comme nous avons tendance à le croire (et c'est même "rassurant" de se dire que c'est des "maladies de vieux", on se dit qu'on ne risque rien... que c'est "dans l'ordre des choses")... Je rappellerai que ma mère a été diagnostiquée à l'âge de 57 ans et elle s'est éteinte dans sa 64ème année...
Je n'oublie pas cette saleté de "cancer du cerveau", cette horrible bestiole qui vous bouffe de l'intérieur, s'attaquant à nos "petites cellules grises" de façon aléatoire... puisque l'un oubliera d'abord les noms de ses amis d'école primaire, un autre le chemin pour aller bosser et un troisième les gestes nécessaires pour effectuer des petits travaux ménagers... Mais, au bout du chemin, c'est la dégringolade, la lente et inexorable déchéance, le regard des autres qui change... C'est l'humiliation au quotidien parce qu'on ne peut plus se laver, s'habiller, se nourrir... Et puis c'est la subtile désintégration sociale entretenue particulièrement par le corps médical qui nous dit que "le malade est dans son monde"... Non, messieurs les pontes en blouse blanche, désolé, mais ma mère était "là", et bien là, parfois un peu dans le brouillard, surtout à la fin, mais elle était pleinement consciente d'être diminuée et malade. C'est "rassurant" de se répéter que le malade est dans son petit univers mais ça l'est beaucoup moins quand on prend conscience que cet univers est peuplé des fantômes du passé, d'angoisses de plus en plus présentes et de la certitude absolue qu'on déraille et qu'on ne peut rien y faire... On devient totalement prisonnier de son corps et de sa maladie.
Toutes les maladies sont terribles. Il n'y a pas de "compétition", comme certains tentent de le faire croire parfois, entre les maladies, les malades, les proches... Il ne devrait pas y en avoir. La maladie de ma mère n'a duré que sept ans et son agonie que deux ans... Comparé au calvaire des personnes ayant un proche gravement handicapé suite à un accident ou aux parents dont l'enfant souffre de troubles sévères... Je sais relativiser. D'autant que, pour ma soeur et pour moi, ce n'était pas une maladie de tous les instants. Mon père, lui, a vécu au quotidien, j'allais écrire au chevet de ma mère... Il serait le seul à pouvoir parler vraiment de ce que c'est que l'accompagnement... J'avais parfois émis des réserves quant au fait que ma mère restait "à domicile". Ses deux hospitalisations furent une catastrophe et son placement en maison de retraite a précipité son agonie... Elle n'a survécu que quatre mois dans une "institution spécialisée"... Je n'en tire pas de conclusion sur les maisons de retraite. La marraine de ma mère, bientôt centenaire, vit dans une de ces maisons depuis près de dix ans et tout va bien pour elle.
La maladie. La mort. Tout ça... Tout ça... C'est des sujets qu'on n'aime pas trop aborder. Moi le premier. Tendance à noyer le poisson si un collègue ou un ami venait à s'épancher. En même temps, soyons lucides... On va tous y passer. Il ne s'agit ni d'occulter ni de se complaire dans le morbide ou les commémorations... Il s'agit de vivre avec.
2 décembre... J'ai pas voulu attendre le 5 décembre pour écrire... Donc j'ai pris de l'avance... Et puis, bon, le 2 décembre, les amateurs d'Histoire le savent bien, c'est une date éminemment "napoléonienne"... on y trouve le meilleur comme le pire...
Je concluerai ce message par deux textes écrits "jadis" pour évoquer la maladie de ma mère...
Merci d'avoir pris quelques minutes pour me lire.
Bonjour chez vous.

Aloïs

Maman, chaque jour tu disparais un peu plus
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.
Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.

(2 novembre 2005)

Et un texte écrit par mon ami Johan...

L'oubli comme souffrance

Oh vie ! misérable vie,
Autour de toi tant de misère !
Le monde des hommes te semble différent
Monde d'injustices et de souffrances
L'éclair de l'oubli s'abat chaque jour
Et tu t'éloignes de nous, de toi
Ta mémoire se brise au contact des tiens
La vie se fait difficile
L'espoir se meurt
Enfermée dans ton silence
Ta flamme faiblit et s'éteint
Et sans un cri, en silence
La mort doucement vers toi s'avance...

(25 avril 2006)

mardi 26 mai 2009

Quand il devient plus dur de se taire que de parler...

Les mots... Trouver les mots... Eternelle obsession...

Voilà bien longtemps que je n'ai pas tenté d'écrire quelque chose de personnel, de vraiment personnel, de réfléchi, de pensé... sur ce petit blog sans prétention... D'aucuns parmi vous, fidèles lectrices, fidèles lecteurs, apprécient ce silence de "Superdoc"... Probablement parce que, comme dit le proverbe, "pas de nouvelles bonnes nouvelles". Certainement aussi parce que ça n'est jamais très évident d'avoir un ami qui "ne va pas bien"... Je me suis plus d'une fois retrouvé dans la position du confident (notamment auprès de ces dames du temps où j'étais célibataire... j'étais le confident idéal !) et on ne sait jamais trop quoi répondre au désarroi voire au désespoir et parfois tout simplement aux interrogations de l'autre. Et puis, comme plusieurs personnes me l'ont plusieurs fois fait remarquer... je leur "balance" mes histoires, mes soucis, alors qu'ils ont les leurs et forcément c'est une agression caractérisée dans l'espace intime...

Et puis, il y a le silence. Le silence... Le silence peut-être tellement réparateur et salvateur qu'on en a composé de sublimes chansons : "Words of Silence" de Simon & Garfunkel ou le véritable hymne religieux "Enjoy the Silence" des Depeche Mode.

Quand on a passé tant d'années dans "le bruit et la fureur" (titre d'un fameux roman de Faulkner que je n'ai pas lu), un peu de quiétude est la bienvenue. Mais vient un temps où le silence est pesant. Pis, il est assassin. Assassin pour soi, assassin pour les autres, assassin pour le monde... A force de se taire, on accepte tout. Je sais, j'apprends depuis des années, et bien avant que je ne commence une thérapie, qu'il y a les cinq fameuses phases à toute "mauvaise nouvelle" : refus, colère, marchandage, dépression, acceptation. Et c'est un fait qu'on finit par accepter, pour pouvoir continuer à vivre... Bien sûr. Mais si on perd la colère c'est qu'on est déjà mort. Mort émotionnellement, s'entend. Oh, on peut donner le change socialement et faire croire que tout va bien. D'ailleurs, tout va bien. Mais on n'est plus qu'une marionnette dans le monde...

Par ailleurs, j'ai constaté qu'à force de me taire j'en perdais l'usage des mots... Bon, je peux toujours parler à voix haute et intelligible mais c'est un fait que je ne sais plus écrire comme avant... Je suis rouillé. Dommage ou pas, c'est un vrai effort pour moi d'essayer d'enchaîner les phrases sans sombrer dans la surenchère ou la fadeur...

Colère... Je parle de colère... pourquoi ?

Parce que je suis toujours en colère. J'ai, bien évidemment, accepté la mort de ma mère. Il n'y a pas le choix. C'est le "travail de deuil" comme on dit. La plupart d'entre nous sont passés par là et tous nous connaissons un jour ou l'autre la perte d'un être cher. Chacun réagit différemment. En en parlant avec des amis, parfois plus âgés, je suis frappé de constater combien le souvenir et la peine sont vivaces de longues années après. Le temps ne fait rien à l'affaire... Il permet de vivre voire de survivre mais les histoires d'oubli, de cicatrisation, etc... En même temps, c'est "rassurant" : on se dit qu'on laissera des souvenirs à celles et ceux qui nous survivrons.

Pour ma part, après ces généralités, je dirai que j'ai repris goût à la vie. Je ne fréquente plus les hôpitaux depuis six mois... J'ai bien dû, il y a quelques semaines, pour des raisons professionnelles, accompagner des collégiens à la Maison de retraite du coin pour une "rencontre intergénérationnelle"... Et j'avoue que j'ai eu un temps de frissons et d'appréhensions et, finalement, tout s'est bien passé.

N'empêche. Je ne peux toujours pas envisager de reprendre le théâtre. Je pense trop à ma mère qui m'a donné cette passion (et précisément l'amour des pièces de Molière !!). Je suis arrivé à mettre des collégiens en scène de nouveau (notamment lors de cette sortie maison de retraite où je leur ai fait répéter des sketchs) mais je ne m'imagine pas avant longtemps "remonter sur les planches". C'est pas grave. Je ne manquerai à personne. N'empêche. C'était un plaisir tellement savoureux que celui d'avoir le trac...

Par ailleurs, je peux parler librement de ma mère sans sentir les larmes monter à mes yeux. Par contre, si mes journées sont sereines, mes nuits le sont moins. Depuis quelques semaines, il n'est pas un matin où je ne me réveille sans avoir rêvé de ma mère... Je peux parler de la maladie d'Alzheimer à peu près sereinement. N'empêche que, rapidement, la colère l'emporte quand je vois qu'aux yeux du plus grand nombre, médecins y compris, c'est toujours une "maladie de vieux" (donc inutile de faire des efforts pour la recherche...). Heureusement, un livre vient de paraître, bouleversant témoignagne d'une femme d'une quarantaine d'années : "J'ai peur d'oublier" de Fabienne PIEL. Elle est atteinte d'Alzheimer depuis plusieurs années, elle sait ce qui l'attend... Elle raconte les médecins qui ont hésité entre mille pronostics... J'ai repensé à ma mère... Pour elle aussi, au départ, on a parlé de dépression. Ensuite, une fois la maladie pronostiquée, ma mère a encore passé plusieurs années sans aucun traitement, pas même d'anti-dépresseurs d'ailleurs... Au début, la maladie n'était même pas reconnue par l'Education nationale. On peut être "Aloïs" et enseigner... Une association est en train de se monter : "La Vie sans Oubli", pour sensibiliser l'opinion publique au fait que cette maladie peut toucher des personnes jeunes.

Parfois et même souvent, je suis également en colère contre l'institution hospitalière qui a laissé ma mère s'éteindre, parce que l'on ne pouvait plus rien faire... A force de ne plus être nourrie elle ne pouvait évidemment plus que s'éteindre... Elle a perdu une trentaine de kilos en trois mois... Comme ça, un lit a été libéré plus vite ? Je sais, c'est odieux ce que j'écris. Peut-être. Mais j'ai tellement entendu ces derniers mois des témoignages d'amis me racontant pour leurs proches des situations totalement scandaleuses et ubuesques dans les hôpitaux et les maisons de retraite... A propos de maisons de retraite... Un livre à signaler : "Maman, est-ce que ta chambre te plaît ? Survivre en maison de retraite" de William Réjault. C'est un constat terrible. Bien sûr, il ne faut pas généraliser. En outre, comme dans de nombreuses autres institutions, la majorité du personnel est très dévouée. Mais les moyens ne suivent pas. Les personnes ne sont pas formées. Un "Aloïs" de soixante ans ne se traite pas comme une personne âgée dépendante mais sereine dans sa tête...

Alors, bien sûr, je suis en colère contre la politique de santé, totalement tournée vers la rentabilité, les profits immédiats, les économies conséquentes... J'ai beau, depuis un an, notamment dans le cadre de ma thérapie et aussi par penchant naturel, jouer les "retirés du monde", en prétendant que l'actualité ne me touche plus, que je ne suis plus "révolté" politiquement. N'empêche. J'ai parfois envie de crier. Je sais, c'est totalement puéril. En outre, comme dirait ce cher Lénine : Que faire ?!

Je ne me sens pas apte à m'engager politiquement ni même syndicalement... J'ai le plus grand respect pour les militants qui consacrent du temps et de l'énergie dans l'action. Je ne peux que regarder, râler et éventuellement avoir un sursaut citoyen occasionnel. Je fais partie de la "masse silencieuse"... J'avoue être consterné par l'évolution de notre pays, de plus en plus quadrillé, fliqué, ultra-libéralisé et j'en passe... Sans parler de la paupérisation croissante d'une grande partie de la population qui n'a aucun espoir d'une "vie meilleure" pour ses enfants... En même temps, le mot même de "révolution" me fait peur. D'abord, parce que la Révolution dévore toujours ses enfants et que si on sait quand elle commence on ne sait jamais quand elle s'achève. En outre, je sais aussi que, du fait que je suis fonctionnaire d'Etat, donc un "privilégié" (de par mon statut et de par mon salaire), je serai peut-être du "mauvais côté" le jour des purges, des barricades et des lynchages... La France des propriétaires sera la cible de choix pour la France sans le sou... Les politiciens et les banquiers, eux, auront largement eu le temps de placer leurs billes à l'étranger et de bien se planquer... en attendant de revenir pour proposer leurs services une fois les événements apaisés...

Et puis, qui dit "révolution" dit "réaction"... Le contre-coup peut être encore plus violent. En 2005, lors des "émeutes" de banlieue, on avait eu droit à "l'état d'urgence"... Imaginez, dans la France de 2009, la répression policière après quelques journées "chaudes"... Quand on voit que le simple fait d'avoir en sa possession des exemplaires du livre "L'insurrection qui vient" (attribué par la police à Julien Coupat, le "terroriste" de l'ultra gauche en détention préventive depuis des mois...), ce simple fait peut entraîner des poursuites judiciaires. Quand on voit qu'au nom de la défense du droit d'auteur (que je suis le premier à défendre, c'était même une de mes questions au CAPES !) on va introduire des "mouchards" dans tous les ordinateurs... D'ailleurs, la "mise sous coupe électronique" de la société est en marche : voiture repérable par satellite, personne repérée par son téléphone et/ou son ordinateur, puces partout... Tant qu'on est en démocratie et avec des dirigeants à peu près bien intentionnés, "tout va bien"... Ensuite... C'est une autre histoire.

Ok, je suis parano, j'ai trop lu de romans de S.F. N'empêche. Attention à ne pas jouer avec les nouvelles technologies appliquées à la sécurité la politique de l'autruche en répétant "jusque là tout va bien" et "c'est le progrès"... Le mot progrès ne veut rien dire intrinsèquement. La "religion du progrès", comme toutes les autres religions, j'ai un peu tendance à m'en méfier...

La religion... Autre motif de colère... Colère muette tellement elle est forte, à l'égard de "ma" religion que je ne reconnais plus ? D'aucuns, notamment mes amis athées et anti-cléricaux, diront que j'ai enfin ouvert les yeux sur une évidence : le Catholicisme est une religion réactionnaire, rétrograde et antiféministe. Comme dirait l'autre à propos de Lénine... je peux m'exclamer : Jésus, reviens ! Regarde ce qu'ils ont fait de ton message ! En même temps, à force de se dire que les autres n'ont rien compris, ne risque-t-on pas de sombrer dans le sectarisme et la tentation de fonder sa propre religion ? L'alternative, alors, est peut-être de grossir les rangs des "sans religion"... Sans religion et peut-être même sans Dieu ? Qui sait ? Je suis tellement en colère contre Dieu... Il paraît que quand on est en colère c'est qu'on croit encore en Lui... Peut-être ? Qui sait ? On dit que les plus grands saints, les plus grands mystiques, de quelque religion que ce soit, ont eu des grands moments de doute et de colère. N'empêche. L'idée même qu'une religion aurait "la" Vérité me fait très très peur. Et les autres ? Ils ne seront pas "sauvés" ? Et quelle est la "bonne" religion ? Qui a raison ? Qui peut oser prétendre avoir raison ? "Et si en plus y' a personne" comme le chante si bien Alain Souchon ?
Oui, je l'avoue, depuis quelque temps, j'ai peur d'avoir perdu la foi... S'émanciper des religions, avoir un regard distant à l'égard de sa religion et donc prendre du recul quant à sa propre pratique religieuse... Pourquoi pas ? C'est un peu "grandir"... Après tout, le Catholicisme, c'était la religion de ma mère, et la lecture passionnée de la Bible une marotte de mon père ces dernières années. Mais une fois devenu grand qu'est-ce qu'on fait ? Toujours la même question ! Je suis en colère contre Dieu, je ne le comprends pas. J'étais en colère à 17 ans. Et ça avait un sens, "parce que j'étais jeune". Je pensais que ça me passerait. Pendant de longues années, ces années oubliées où je m'étais un peu oublié et retiré du monde, je ne pensais pas à Dieu. Puis j'ai eu de nouveau une pratique religieuse, ce qui ne veut pas dire que je pensais à Dieu. Maintenant que j'ai laissé tomber toute pratique religieuse, je me retrouve de nouveau devant ces questions insondables sur l'existence de Dieu et le sens à apporter à sa vie, à toute vie. La vie a-t-elle un sens ? Et si elle n'en a pas, comme sont amenés à le penser un certain nombre de philosophes, si la vie n'a pas de sens, vaut-elle d'être vécue ? Les animaux, les plantes vivent sans se poser de questions. Devons-nous faire de même simplement parce que nous sommes vivants ?
Dimanche, c'est la Pentecôte, le jour, selon la tradition chrétienne (et pas seulement catholique !!), où "l'Esprit Saint" est descendu sur les Apôtres... Si l'Esprit Saint venait à me visiter je ne dirais pas non. Qui sait ?! En même temps, et c'est d'ailleurs un argument souvent entendu de la part des athées, des psys mais aussi des tenants des "religions déjà en place", le fait même de croire n'est-il pas la preuve d'un dérangement manifeste ? d'une névrose voire d'une psychose schizophrénique ? Et on en vient à la psychiatrie et à son cortège de maladies... A force de dire que tel ou tel comportement est "déviant", contraire à la santé mentale, on finit par se dire qu'on est complètement "fou"... Moi, par exemple, j'ai besoin d'ordre et de calme : psychorigide ? J'aimais (et j'espère pouvoir un jour de nouveau pratiquer...) "monter sur scène" : exhibitionnisme ? Je suis fan de Star Wars et d'Indiana Jones sans parler de James Bond : preuve que je suis un adolescent attardé qui se refuse à grandir et se réfugie dans un "univers débile" ? En même temps, si on doit enfermer tous les gens qui ont une "passion", va plus y avoir grand-monde en liberté. Au fait... le mot "passion", en latin, et avant en grec, signifie "souffrance"... On parle de la "Passion du Christ"... On est loin de la passion du chocolat ou des timbres de Monaco !!
Qu'est-ce que la normalité ? Sommes-nous tous fous ? Pour rebondir sur la politique et sur la S.F., n'oublions pas que dans les régimes totalitaires, l'un des moyens les plus sûrs de "faire taire" les opposants était de les déclarer "fous" et de les enfermer de longues années dans des hôpitaux psychiatriques bien plus hermétiques que des prisons... Ces derniers temps, on a entendu des hommes politiques dire d'autres hommes politiques (ou de femmes...) qu'ils étaient fous, qu'elles avaient perdu le sens commun. Tout en étant extrêmement reconnaissant à la psychiatrie de m'avoir sauvé la vie, là aussi, prudence, pas de religion établie ! L'utilisation de la psychiatrie à des fins politiques, sociales, religieuses... Attention danger ! Le corps médical (je parle là des médecins et pas des personnels soignants !) n'a jamais été réputé pour être politiquement particulièrement progressiste. Le père de la psychanalyse, le bon petit père Freud, estimait que toute pratique sexuelle autre que la sienne (papa et maman ont un enfant) était forcément déviante et signe de névrose...
En parcourant les lignes qui précèdent, je me dis que j'ai été extrêmement bavard et confus (encore un signe de ma probable aliénation mentale ! je souffre de logorrhée, un trouble d'ailleurs caractéristique des bipolaires...)... En colère et confus peut-être parce que ma colère est elle-même confuse dans un monde qui est également confus et complexe... N'empêche. Il me fallait coucher cette colère sur le papier... euh... la retranscrire sur un écran d'ordinateur... Pourquoi ? Pour la mettre en mots, pour la communiquer, pour la partager. Ne plus rester à l'isolement, à l'écart du monde qui gronde.

mardi 2 décembre 2008

Le temps de l'attente

Une étrange impression. Depuis plusieurs mois, les médecins nous disent, à mon père, à ma soeur et à moi-même (enfin, moi, ils me disent rien, c'est mon père et ma soeur qui me donnent les infos), que l'état de ma mère va s'aggraver... à tel point que j'en viens à me dire quel sens on doit donner au verbe "s'aggraver"... Et puis, depuis un mois et demi, "on" nous explique qu'il lui reste "quelques jours, tout au plus quelques semaines, à vivre". Alors, forcément, chaque coup de fil me fait craindre le pire. Remarquez, comme je reçois très peu de coups de fil (j'en donne aussi très peu : je suis pas "fana" du téléphone), y a pas trop de risques... N'empêche, encore hier, appel de mon père... J'ai senti le sol se dérober sous mes pieds. "Fausse alerte". L'état de ma mère peut-il encore s'aggraver ? Oui. Je le découvre chaque semaine. Je ne pensais pas que j'en viendrais à regretter l'état de ma mère il y a un mois quand elle arrivait à me sourire, l'état de ma mère il y a deux mois quand elle criait parce qu'elle n'arrivait plus à articuler, l'état de ma mère il y a trois mois quand elle pleurait lorsque je quittais sa chambre d'hôpital. Peut-être que dans un mois je regretterai l'état actuel de ma mère...
La maladie d'Alzheimer, la vraie, pas le "yoyotage" des personnes âgées voire très âgées (que des médecins généralistes ignorants appellent Alzheimer parce qu'ils ont entendu le mot à la télé), a été pronostiquée chez ma mère fin novembre 2001, alors qu'elle avait 57 ans et qu'elle était encore bien sûr en activité. Depuis, c'est une longue descente en enfer... Sept ans en enfer... Et c'est peut-être pas fini et ça peut encore durer. Des semaines, des mois, peut-être des années. Il y a eu une période où l'état de ma mère s'était quelque peu "stabilisé", après la dépression consécutive à l'annonce de la maladie, entre 2002 et 2003, à tel point que les gens qui la voyaient ne croyaient pas qu'elle était malade. Puis ce fut une descente inexorable, qui s'est progressivement accélérée à partir de l'hiver 2004/2005, à mon retour de Corse, et surtout de l'hiver 2005/2006, quand elle a commencé à faire des chutes... Les chutes... Un véritable cauchemar au quotidien.
Sept ans en enfer. Voilà ce que fut la vie de ma mère ces sept dernières années. Avec la lucidité (parce que c'est pas une maladie où "on est dans son monde" comme disent la plupart des personnes qui croient qu'Alzheimer serait une espèce de maladie des étourdis), avec la terreur, oui la terreur, pour compagne, parce que dès le départ elle savait ce qui l'attendrait : ce serait long, ce serait dur, ce serait humiliant. Elle le savait et les médecins n'ont jamais pris de gants avec elle, certains lui expliquant froidement qu'elle finirait comme un "légume".
Et moi ? Bof... Valérie m'a trouvé ces derniers temps plus solide (mon séjour à l'hôpital et mon suivi médical semblent porter leurs fruits) mais plus triste. Ma cousine Françoise m'a trouvé particulièrement nostalgique, porté sur le passé. Je pense aussi que j'aurais un peu tendance à virer à l'aigre par moments... Une certaine désillusion face à la médecine, aux médecins, à l'euthanasie passive qui ne dit pas son nom et qui sévit dans les hôpitaux... c'est l'impression de mon père et je finis par me dire qu'il n'a pas tout à fait tort quand j'ai vu depuis trois mois les aide-soignants renoncer à faire manger ma mère puis ensuite expliquer que son état était désormais irréversible... Forcément, si on nourrit pas quelqu'un pendant des mois, il finit par aller pas bien du tout du tout...
Comment réagir ? La colère ? Ouaip... J'ai déjà donné. Je connais la fameuse théorie des "cinq phases" qui accompagnent l'annonce d'une mort prochaine ou d'une maladie incurable : refus, colère, marchandage, dépression, acceptation... Je n'ai pas de colère, peut-être en ai-je eu contre mon père, contre le monde médical, contre moi-même surtout. Mais c'est bien inutile. C'est de l'énergie en pure perte... Certes, c'est une maladie particulièrement ingrate et humiliante et dégradante. Mais, à différents échelons, toutes les maladies sont abominables. Je n'ai connu le monde de la maladie et de la mort qu'à la trentaine bien tassée... J'en ai été épargné très longtemps... Je ne peux même pas imaginer le quotidien des personnes vivant avec un fils, un frère, un époux, un père, handicapé, atteint d'une maladie chronique, alité, nécessitant des soins constants, des examens fréquents.
Je ne vais pas dire "c'est injuste"... Injuste pourquoi ? Injuste pour qui ? Quand la maladie touchait des gens que je ne connaissais pas, je ne me posais pas la question de l'injustice... Je vivais ma vie paisiblement. La mort est le terme naturel de la vie et elle est souvent précédée de la maladie. C'est ainsi. Qu'on soit croyant ou athée, c'est un fait acquis. J'aime la boutade : "la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible". Simplement, si je ne dis pas que la souffrance est un scandale, comme a pu l'écrire Camus, je ne partage absolument pas le point de vue de celles et ceux qui voient dans la souffrance un moyen merveilleux de se transcender. Je trouve même cette idée, véhiculée parfois par des religions maladroites, assez révoltante pour ne pas dire lamentable. La souffrance est là, elle ne transcende personne.
Je ne vais pas dire "je me sens tellement inutile"... Je l'ai longtemps dit, mais c'est faux. D'abord, y compris dans les derniers moments, notre présence est utile. Même dans des cas de personnes en coma profond, on conseille aux visiteurs de leur parler parce qu'elles ne seraient pas insensibles au son de la voix... Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, être inutile ? C'est croire qu'on pourrait être utile, tout puissant, triompher de sa maladie voire de celle de l'autre ? Certes, mon pseudo sur internet est Superdoc, clin d'oeil à un logiciel documentaire, mais certainement pas à un super-médecin qui aurait le pouvoir de guérir les gens.
La colère... le marchandage... Nous connaissons tous cette période où nous pensons que, bon, ça ne va pas aller mieux, mais ça ne va pas empirer. Comme je l'ai écrit plus haut, il y a eu une période où ma mère semblait sinon aller mieux en tout cas vivre malgré tout pas trop mal avec la maladie. C'était le temps où je me disais que je n'aurais pas à rentrer sur le Continent, mes parents pouvaient venir me voir régulièrement en Corse, depuis leur base sur la Côte d'Azur où mon père a la maison familiale et où la famille de ma mère vit. En plus, c'était pour moi l'opportunité de renouer avec cette famille que j'avais un peu perdu de vue... Le marchandage ne dure qu'un temps.
La dépression ? J'ai connu, je connais encore. La dépression, cette fièvre de l'âme comme j'aime à le dire. La dépression qui peut être une réaction saine à trop de pression, comme un coup d'arrêt à une fuite en avant. La fuite en avant, dans le travail, dans les distractions, dans l'étourderie de l'alcool ou des comportements à risque...
Quand une situation devient intolérable on finit parfois par la nier car sinon on ne trouve plus la force de vivre. La tentation est grande de se réfugier dans le passé. Mon goût prononcé pour la nostalgie m'y pousserait. Après tout, comme dit le chanteur, "c'était mieux avant". On peut passer des heures, des jours, des semaines, enfermé chez soi, à repenser aux bons moments de jadis qu'on aura embellis, travestis, détournés au gré d'une humeur chagrine... Je connais, j'ai déjà donné. Je ne suis plus porté sur ce type de nostalgie qui m'a conduit aux portes du néant intérieur. Par contre, quand le passé, les souvenirs de l'être cher, vous tombent dessus... C'est pas toujours facile de lutter.
La tentation de l'isolement est puissante. En même temps, on n'a pas envie forcément de parler, de raconter ses états d'âme. Et d'abord, à qui raconter ? et quoi raconter ? Chacun(e) a ses soucis et sa vie. Et puis, une personne déprimée n'est pas un compagnon de table ou de soirée bien agréable. Pour ma part, j'arrive plus facilement à m'exprimer par écrit qu'à l'oral. En tout cas, j'arrive à peu près à ordonner ces pensées qui se bousculent. En outre, j'ai pas forcément non plus envie de parler de moi et de ma mère. Depuis sept ans, la première ou la deuxième phrase qu'on me pose systématiquement ou presque est "comment va ta maman ?" Quand je sors, je veux un peu oublier tout ça. Simplement, en ce moment, j'ai pas envie de sortir, de me distraire, de bavarder autour d'un bon repas. Parce que c'est pas le moment. Il y a un temps pour tout.
L'acceptation, phase ultime. Accepter la maladie. A-t-on le choix ? Pas vraiment. Quoique... Comme je l'ai mis plus haut et expérimenté moi-même, il est toujours possible de se réfugier dans le déni (rester dans la première "phase" ou y replonger), dans l'illusion d'un monde où la maladie n'existe pas, en vivant dans le passé et/ou dans l'ivresse (médicamenteuse, alcoolique ou autre fuite en avant). On peut aussi être en colère, contre Dieu (si l'on y croit), contre l'institution médicale, contre la famille ou les amis, contre soi-même. On peut rester dans la dépression. En fait, plein de solutions s'offrent à nous si nous ne voulons pas voir la vérité en face.
Accepter la vérité de notre condition. Accepter qu'il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui n'en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, nous pouvons le modifier ou en tout cas essayer. Ce qui ne dépend pas de nous, nous devons l'accepter, accepter notre impuissance qui n'en est pas une puisque ce n'est pas de notre ressort. C'est plus facile à dire qu'à faire. Certes. Mais c'est probablement la seule clé possible pour pleinement vivre. C'est une idée défendue par les philosophes stoïciens, notamment Epictète (que j'ai connu grâce à Fred de Ceyrat) ou Marc-Aurèle mais aussi Sénèque (qui fut exilé à Luri !) qui avait expliqué à une femme qui venait de perdre son jeune fils dans une terrible maladie que, bien sûr, c'était terrible mais que tant que son fils n'avait pas été touché elle ne s'était pas demandé plus que ça si c'était injuste ou non que des jeunes meurent "avant l'âge".
Accepter que nous ne pouvons pas tout. Accepter notre état de mortels, de malades (ou de bien-portants !). Ce n'est pas du fatalisme, bien au contraire. De même que d'être lucide sur l'état du monde et des hommes n'est ni du cynisme ni du pessimisme mais du réalisme. Accepter notre condition pour pouvoir nous en affranchir... Pourquoi pas ?
Etre et rester lucides. Ne pas céder à la tentation de la fuite en avant, dans le travail, dans les divertissements, dans l'ivresse, dans le cocon familial protecteur...
Etre lucides mais aussi profiter de chaque instant au présent. Une idée défendue par Epicure et ses disciples, qui ne signifie nullement (bien au contraire !) plonger dans les plaisirs les plus factices, mais savoir profiter de soi, des autres, des instants simples... "Carpe Diem !"... "Seize the Day !"
Les idées des philosophes grecs sont toujours d'actualité, de même que certains préceptes enseignés par les religions... Pour ma part, je ne citerai que la religion que je connais sinon la mieux en tout cas le moins mal, à savoir le Christianisme... Puisqu'on est dans le Temps de l'Avent... C'est le temps où l'on incite les croyants à "veiller et prier" car "nous ne savons ni le jour ni l'heure"...
Le temps de l'attente. Le temps de l'incertitude. Le temps des doutes. Le temps des nuits blanches, des souvenirs qui se bousculent, des petits matins d'angoisse...

mardi 9 septembre 2008

Trois ans bien remplis !

Trois ans... Enfin ! Déjà ! Et, je viens de le voir sur le "tableau de bord" de mon blog, c'est le 377ème texte "publié"... Pour commencer dans la rubrique nostalgie et clins d'oeil aux débuts de ce blog très très bringuebalants... non pas le premier mais les quatre premiers textes publiés... Ils sont très courts... mais très prometteurs (oups !)... tous en date du 9 septembre 2005...
Le tout premier article, intitulé "Premier Contact" :
Premier contact ! c'est le titre français du pilote de la série "Amicalement Vôtre"... Petit clin d'oeil pour un blog qui sera, j'espère, amicalement vôtre... Je débarque, je n'y connais rien, c'est une grande aventure... A suivre !!!
Deuxième article, "Episode II" :
Bon, voilà, j'ai essayé de commencer à personnaliser cette page blog... C'est pas encore génial, loin de là, mais c'est le début du début... On y croit, on est motivés !!!
Troisième article, "La Honte du Web" :
Salute !
Vous voulez voir le blog le plus mauvais de la galaxie, ou plutôt la plus mauvaise ébauche même pas digne d'un brouillon ?... Allez, j'ose : http://superdocforever.blogspot.com/ [adresse depuis modifiée]
Je vous demande même pas d'être indulgents, c'est d'une telle évidence... Enfin, bon, c'est appelé à se développer, relancer la Néo-Décadence entre autres, développer la Star Wars Attitude, la Galactico-dépendance autrement appelée la Lucasite aigue, sans oublier le syndrome Teddy Bear... Je compte sur vos (terribles) commentaires !!
Et nous finaliserons le concept à défaut de conceptualiser la finalisation...
Superdoc alias Madjeff a.k.a Léon-Joseph Kronstadt ou même André Ford (et vive la schizophrénie)
P.S. : J'ai démarré ce blog en dix minutes... Je suis (presque) excusable...
Quatrième article, "La Guerre des Etoiles : La vraie Traduction" :
La traduction du prologue de Star Wars était erronée : voici la version française traduite correctement... (cette traduction authentique date du 30 mai 2005, le lendemain d'un fameux référendum...)
"C'est une époque d'avant-guerre civile. Partout à travers l'Union, les Républiques font sécession. En France, le Seigneur Sith Dark Villepin prend officiellement le pouvoir avec le Comte Sarko. En Poitou, terre de Raffarin le Hutt, la Princesse Ségolène Royal détient les clés du retour de la paix dans l'Union... Le mercenaire Emmanuelli et le fermier Besancenot sauront-ils éviter la bascule du Côté Obscur ?..." [on était quelques mois après le fameux "non" de la France... c'est loin, tout ça !!]
Toujours en ce mois de septembre 2005, j'avais publié un article intitulé "L'Ordre règne à Sarkoland"... Nicolas était alors ministre de l'Intérieur. En novembre 2005, j'avais rédigé "L'Ordre ne règne plus à Sarkoland" (j'avais d'ailleurs eu un commentaire d'un certain Alain Juppé... si ! si !)... c'était l'époque des voitures brûlées dans les banlieues... J'avais aussi rédigé un texte où je déplorais que le 11 novembre devienne une date banale et disparaisse de la mémoire collective de notre société. De jeter un coup d'oeil sur ces textes qui ont trois ans m'a quelques instants replongé dans cette période de ma vie que j'avais (déjà) oubliée... Un blog, comme tout journal de bord, c'est aussi (d'abord ?) un moyen de se souvenir... A propos de souvenir, je mettrai en post-face de ce 377ème article mon texte sur ma mère, "Aloïs", également écrit en novembre 2005.
Mais venons-en au 9 septembre 2008... Comme vous avez pu le constater, mon blog a commencé pianissimo... J'ai mis plusieurs mois avant de savoir mettre une photo en ligne, par exemple... Quant à l'idée même d'écrire un blog, elle m'est venue de Poitrenette (pseudo choisi pour un fameux joueur de rugby du Stade Toulousain), qui était en 2004/2005 une de mes élèves de troisième à Tronget. C'était l'une de mes premières élèves (après Sarah de Macinagggio) à me parler d'un blog et elle m'invita à aller déposer des commentaires sur le sien.
J'ai donc demandé à Poitrenette, devenue ma Marraine de Blog, de m'écrire un petit texte pour le troisième anniversaire de mon blog... ce qu'elle a fait, au-delà de toutes mes espérances, puisqu'elle a écrit un long texte très touchant que je vous retranscris en intégralité ci-dessous...
Tout d'abord pardon... je sais que ce commentaire aurait du venir plus tôt, mais le temps manque un peu pour vagabonder sur internet ces temps-ci, j'avoue. Et oui, ça prend du temps la transformation en étudiante !
Et puis, au moins j'ai attendu l'article propice, un article dédié à moi... Merci, merci beaucoup, ça fait toujours chaud au coeur de lire que je suis la marraine de ce blog.
D'ailleurs, bien souvent je me fais la réflexion que c'est bien trop d'honneur... Parce que, bien que je tienne un blog moi aussi, il est bien différent de celui du doc et pour beaucoup, je pense, moins intéressant. Je ne pourrais jamais raconter ce que je vis aussi "réellement". Ici, c'est agréable à lire, et on reconnait les talents du littéraire... Cette facilité à poser les mots, et pour nous le plaisir de les lire. Il n'y a pas à discuter sur ça, le doc sait écrire...
Et je pense que c'est important que des personnes avec ce talent tiennent un blog, ou quelque chose d'autre, mais quelque chose qui rende compte de leur talent. Je suis persuadée qu'un talent, quel qu'il soit, est fait pour servir, un talent caché est un talent inutile.
Mon blog n'est que l'étalage de mes états d'âmes du moment, mais surtout un endroit où je peux rendre compte de mon attachement à certaines choses et surtout certaines personnes. Ici, c'est plus l'étalage d'une vie toute entière, tellement bien racontée.
Alors finalement qui de nous deux est le meilleur bloggeur ?
En fait, il n'y en a pas, parce que ça n'existe pas, le meilleur bloggeur. Si on racontait tous la même chose on pourrait comparer, mais là ce n'est pas le cas, chacun raconte ce qu'il a envie et si on prend le temps (parce qu'il en faut !) de transcrire toutes ces pensées c'est d'abord pour nous-mêmes.
Donc surtout restons indifférents à toute critique péjorative... Ceux-là sont trop pudiques pour laisser un bout de leur vie quelque part ?? Tant pis pour eux...
En attendant, moi, je trouve que ça fait le plus grand bien de pouvoir retranscrire à l'écrit certains sentiments qu'on ne peut recracher oralement... Alors, je suis simplement fière de vous avoir donné goût à ce petit plaisir. D'autant plus fière que c'est si bien executé...
Il y a du talent derrière cet écran, alors continuez à blogger, M. Le bloggeur !
Et évidemment bon anniversaire à cet endroit !
La marraine.
Il est évident que ce texte m'a énormément touché. Poitrenette est plus que trop modeste car son blog est très bien, varié, un "patchwork" de sa vie, avec des photos, des textes de chansons, des réflexions plus personnelles et très bien écrites... En outre, son blog permet de voir son évolution sur plusieurs années... C'est d'ailleurs l'un des principaux intérêts d'un blog... C'est intéressant pour les autres qui nous voient évoluer et qui voient, n'ayons pas peur des mots, une pensée évoluer, une réflexion prendre forme. C'est également intéressant pour "l'auteur du blog" qui peut ainsi de temps en temps mesurer le chemin parcouru. Et puis un blog, c'est en tout comme ça que moi je le conçois, est un moyen de garder le contact avec des amis que l'on ne voit pas souvent, l'occasion de les tenir au courant de ce que l'on devient... Alors, oui, c'est plus "impersonnel" qu'un coup de fil, qu'une lettre, qu'un mail, qu'un SMS mais "c'est déjà ça" comme dirait l'autre.
Il est finalement assez facile voire très facile de "créer" un blog. Après tout, au départ, pour moi, ce n'était qu'un pari : voir et montrer que j'arrivais à le faire (j'ai toujours eu un gros complexe face aux nouvelles technologies)... Il est bien plus dur de l'entretenir, de le faire vivre. La plupart des blogs ne passe pas le cap des trois mois.
Celui de Poitrenette dure depuis... le 8 mars 2005... Allez le voir : http://poitrenette.skyrock.com/
Puisque c'est l'occasion de citer d'autres blogs... Je me permettrai de nouveau de vous inviter à aller visiter le blog de Mister Johan. Johan, étonnante coïncidence, fut également mon élève, en classe de 3ème aussi, mais au collège de Luri, en 1999/2000... Il tient son actuel blog depuis janvier 2007, son précédent blog ayant fonctionné de janvier 2006 à mai 2007... Là aussi, j'ai pu voir l'évolution de son blog, particulièrement intéressant et touchant...
http://friendsoukaamelott.over-blog.com/ (son ancien blog, pour lequel j'avoue avoir beaucoup d'affection)
Pour ma part, de tenir un blog personnel m'a donné envie d'en créer un pour mon collège, qui a maintenant deux ans et dont je suis particulièrement fier : http://leblogdudocdetronget.blogspot.com/ et aussi un autre dédié spécialement à mon séjour en Allemagne en avril 2007 : http://amtzell2007.blogspot.com/
Pour rester dans la période de la congratulation et de l'auto-satisfaction... Après tout, un anniversaire, c'est fait pour recevoir des cadeaux... Je citerai donc le commentaire de Mireille : "Et à chaque fois tellement de facilité pour écrire. Que d'inspiration. Bravo. A bientôt"
Je citerai aussi des extraits d'un mail de ma cousine Christine : "Je suis d'accord avec Gérard et ses élèves sur le fait qu'il n'est pas forcément nécessaire d'avoir une vie intéressante pour écrire une autobiographie. Je trouve cependant que tu n'as pas une vie si inintéressante que ça, au contraire je la trouve plutôt bien remplie, diversifiée et mouvementée. (...) Sinon, tant qu'on est dans les aveux j'ai toujours dit à [mon mari] que j'étais très admirative par rapport à ta manière de t'exprimer, d'écrire même si je n'appréciais pas plus que ça tous ces mails communs et impersonnels, moi je dis respect. Ta soeur et Françoise notre cousine se défendent pas mal aussi, ça sert à ça les études me diras tu et je te dirais que tu as raison." En l'occurence, je suis très flatté par les propos de ma cousine mais je ne pense pas que les études aident à écrire. C'est d'écrire souvent qui aide à écrire, lire aussi dans une moindre mesure et parfois (mais rarement) vivre... C'est en écrivant que l'on apprend à écrire... C'est d'ailleurs l'une des raisons qui me fait continuer à tenir ce blog : m'entraîner inlassablement à écrire pour essayer de m'améliorer autant que je le peux. Plus on court plus on sait court, en tout cas mieux on court, c'est pareil pour de nombreuses activités, l'écriture y compris.
Je terminerai dans les propos d'anniversaire par un extrait de la carte envoyée par ma douce et tendre : "3 ans ... mais quelle richesse ! Joyeux anniversaire pour ton blog (...) ! J'espère que tu le continueras encore longtemps, pour le plus grand plaisir de tous tes lecteurs, assidus ou non."
L'occasion pour moi d'évoquer brièvement le dernier week-end passé en la compagnie de ma bien-aimée. Le samedi, nous sommes allés au cinéma voir "Bons Baisers de Bruges"... Une vraie très bonne surprise ! Le film noir par excellence, l'histoire de deux tueurs à gages irlandais un peu paumés (surtout le plus jeune d'entre eux, Colin Farrell, excellent !) qui doivent s'exiler temporairement à Bruges en attendant des nouvelles de leur chef (Ralph Fiennes, totalement halluciné) qui demandera finalement à l'un d'entre eux d'exécuter l'autre... Un film qui démarre tranquillement mais qui sait faire monter la tension jusqu'à l'affrontement final (mais toujours avec une note d'humour et de second degré), digne de la tragédie grecque et des grands westerns, car nul ne peut échapper à son destin... Parmi les acteurs (tous remarquables), à noter la lumineuse Clémence Poésy. La bande originale de ce thriller excellement construit est remarquable, elle est signée Carter Burwell. Bon, ce film n'est plus à l'affiche (il est sorti à Paris en juin) mais ne le ratez pas à sa sortie DVD ou lors d'un passage TV !!
Valérie, constatant ma passion actuelle pour la philo, m'a offert le bouquin "Platon et son ornithorynque entrent dans un bar... : La philosophie expliquée par les blagues (sans blague ?)"... tout un programme ! J'aurai certainement l'occasion de vous en reparler.
Le dimanche, ma douce et tendre m'a donné la réplique pour m'aider à réviser ma pièce de théâtre. L'après-midi, après le resto, nous avons revu en DVD l'excellentissime délire "Y a-t-il un Pilote dans l'Avion" où Leslie Nielsen commençait une deuxième carrière dans les films délirants (comme "Y a-t-il un Flic pour sauver la Reine" qui me fait chaque fois hurler de rire)... Les moments de bonheur sont souvent difficiles à écrire. On ne trouve pas facilement les mots pour dire qu'on est bien... Je me contenterai d'écrire "C'était bien" comme le fit si bien Bourvil en évoquant son petit bal perdu...
Avant que de conclure, je me hasarderai à vous conseiller, pour celles et ceux qui ne connaissent pas, d'aller faire un tour sur le site "Copains d'Avant". C'est très bien fait, un moyen très sympa de garder contact avec des amis et d'en retrouver d'autres... J'ai ainsi eu des nouvelles de camarades de l'école primaire dont je n'avais pas de nouvelles depuis près de trente ans.
Voilà. Mon blog a trois ans et toutes ses dents... Merci à toutes et tous qui me lisez, m'encouragez, me critiquez, ce blog vous est dédié.
Je terminerai donc par le texte "Aloïs" consacré à ma mère.
Maman, chaque jour tu disparais un peu plus
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.
Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.
(2 novembre 2005)

samedi 19 juillet 2008

Bienvenue chez les Psys !!

Hello everybody ! Here I am ! Back again ! Le retour de la grande aventure... et je reviens de loin, croyez-moi... D'ailleurs, je suis encore en route, la route de la vie, la grande inconnue de la vie, "la vie, cette merveilleuse aventure" disait Robin Williams à la fin de "Hook"...
Mon silence de ces dernières semaines était dû à différentes raisons... raisons techniques d'abord : je n'ai le net qu'au travail (pas bien d'utiliser le bien de l'Etat... euh... du Conseil général de l'Allier... à des fins personnelles !!) ou chez ma compagne.... Et surtout une raison personnelle : ma plongée en enfer... j'ai décidé de jouer franc jeu et la plupart de mes relations savent déjà d'où je reviens... Je n'ai pas à rougir, à avoir honte, c'est la vie, un accident de la vie...
Je m'explique... Vous n'êtes pas sans savoir, amis et lecteurs assidus (!) de ce blog, mon mal-être de ces dernières années, dû à de nombreuses raisons, dont ma solitude, des angoisses existentielles (qu'on a tous d'ailleurs), des vieilles rancunes familiales, plus récemment une histoire d'amour mal digérée (coucou Stéphanie ! c'est de l'histoire ancienne et, comme disait l'autre, nous avons l'un comme l'autre "jeté la rancune à la rivière"), quelques histoires un peu bizarres dans ma quête forcenée de l'âme soeur, et bien sûr (last but certainly not least !!) la dégradation de l'état de ma mère... Alors, j'ai de longue date et je l'assume et le reconnais totalement utilisé l'alcool comme béquille d'appoint, d'abord d'appoint puis une drogue douce puis une drogue dure... ces derniers temps j'appelais mon épicier "mon dealer"...
J'avais tenté l'an dernier de résoudre "seul" (comme je l'avais déjà fait pour ma perte de poids et mon retour à une vie sociale) mon "problème d'alcool". On se dit toujours qu'on va y arriver tout seul et je voulais pas trop en causer sauf à quelques amis et encore...
Puis les choses se sont précipitées... En février j'ai rencontré Valérie et c'est le grand amour depuis ce moment là... J'étais tellement habitué au malheur, en tout cas au mal-être, que tant de bonheur d'un coup fut très très déstabilisant. Pour en avoir parlé avec d'autres personnes depuis, cette situation "paradoxale" ne l'est pas tant que ça... L'inconnu fait toujours peur. Et, parallèlement à cet amour naissant qui s'épanouit jour après jour (nous fêtons demain nos cinq mois ensemble), je voyais l'état de ma mère s'aggraver plus qu'inéluctablement, ma famille et mes proches insistant pour que je persuade mon père à prendre de l'aide voire à placer (quel terme !) ma mère et je voyais aussi mon père s'enfoncer fort logiquement dans la déprime et la fatigue physique et psychique et souhaitant assumer seul autant qu'il le pourrait les soins de ma mère...
Alors, pas d'excuses bien sûr, d'autant plus qu'il y avait eu des signes avant-coureurs, l'été dernier, en décembre, en avril/mai, j'ai progressivement sombré, certes plus lentement que le Titanic... mais sans orchestre... jusqu'à dix jours d'enfer (où paradoxalement je me sentais presque bien) début juillet où je restais enfermé chez moi, n'allant plus travailler (je n'en étais plus capable du tout, ni nerveusement ni physiquement), ne sortant que pour me fournir en bière et rosé auprès de mon dealer (le pauvre petit épicier qui n'y est pour rien), allant vaguement consulter mon psy qui me suit depuis quelques mois (mais à qui j'avais caché longtemps ma dépendance à l'alcool comme je l'avais cachée à tout le monde ou presque comme le font plus de trois millions de Français... et je parle pas des dépendants au cannabis, drogue dite douce et presque snob), évitant de voir mes quelques amis, n'arrivant pas à vraiment rentrer en contact avec mon père et encore moins ma soeur, traînant devant la télé, ne dormant plus et commençant, comme le dit si bien Jacques Villeret dans son pathétique monologue de la fin du "Dîner de Cons", à mélanger l'alcool et les médicaments... Et ce alors que la fin de l'année scolaire avait sonné, que mon amie était au loin en famille, et surtout que ma mère a été définitivement (le mot terrible) placée en maison de retraite... Ce dernier événement ne fut évidemment que la goutte d'eau mais quelle goutte d'eau... plutôt l'ouverture d'un barrage...
Il me fallait réagir. Mon psy m'avait évoqué, lors de ma crise début mai quand je lui avais révélé ma dépendance chronique à l'alcool, la possibilité d'une "cure" ou en en tout cas d'un séjour en centre. Françoise, mon amie du badminton, me conseillait une cure de maison de repos. En mai, il était trop tôt. J'avais les sketches des élèves de sixième à préparer et je n'étais pas prêt psychologiquement à finalement reconnaître aux yeux du monde, en tout cas de mon amie, de mes collègues, de mes proches (je parle pas de ma famille, soeur et père compris, pour qui je suis un raté qui n'assume pas ses responsabilités de fils), d'abord que j'étais malade (la dépression est une maladie, et pas une maladie honteuse !!) et que "j'avais un problème avec l'alcool".
Le vendredi 11 juillet, j'étais dans un tel état aussi bien moral que physique qu'il n'y avait plus d'autre alternative que de me faire hospitaliser... C'est alors moi qui ai insisté auprès de mon psy pour une hospitalisation et dans les plus courts délais. Je devenais dangereux pour moi et pour les autres. Et puis il y avait Valérie. Je ne voulais pas gâcher notre merveilleuse histoire d'amour naissante. Puisque je n'allais pas bien, fallait que je me soigne !! Décision difficile à prendre que celle d'aller de soi-même en "H.P.", hôpital spécialisé, asile psychiatrique comme on disait dans le temps (le terme "asile" à l'origine n'avait d'ailleurs rien de péjoratif, au contraire, il signifiait protection).
Françoise s'est occupée de tout, de m'emmener, de remplir les formalités d'admission, de résumer mon cas auprès de l'infirmier de garde... Et me voilà "bienvenu chez les psys !" Comme tout le monde, j'avais mes idées préconçues, mes préjugés (hérités notamment de mon père pourtant prof de psycho-pédagogie et lecteur assidu de Freud, Lacan et les autres), la vision d'un hôpital pour les foldingos, camisoles et cachetons à fond... Avant tout, fallait que je dorme et que je reprenne des forces. Je n'avais presque pas dormi et pas mangé du tout depuis dix jours... Deux premiers jours un peu dans le brouillard. Comme c'était le week-end, pas de consultation médicale, juste les infirmiers et les autres patients, que je ne connaissais pas et regardais avec inquiétude et suspicion... Heureusement, l'hôpital spécialisé est au milieu d'un parc de 70 hectares... Chaque jour j'ai marché au moins quatre heures, prenant de beaux coups de soleil d'ailleurs... Et puis les visites, le Père de ma paroisse, Françoise, Fabienne, mon père, ma douce et tendre (quelle belle après-midi en sa compagnie et la joie de lire dans son regard que j'avais pris la bonne décision de demander de moi-même à me faire hospitaliser), mes amis et collègues Laurent et Jean-Michel (la Force soit avec eux !!), Corinne... sans compter tous les messages de soutien (merci Angélique, Mireille, Aurélie, Karine, Fred Thé, Christophe, Fred de Limoges, Sylvie, Amélie, Bruno, Gérard, Laurence, Simone, Aline, ma cousine Renée, Delphine... et j'en oublie certainement !!) me disant que j'avais fait le bon choix sauf une ou deux collègues (parmi les plus jeunes... alors qu'on pourrait croire que la suspicion à l'égard de la psychiatrie soit le fait de l'ancienne génération) me prédisant d'être bourré de cachetons (c'est vrai que d'être bourré tout court c'était mieux !! en outre, je ne suis justement pas assommé de quoi que ce soit, juste ce qu'il faut pour passer le cap et supporter physiquement le manque d'alcool) et d'être incité à me perdre dans l'introspection (comme si ça ne faisait pas des décennies que je me posais des questions...).
A partir de mardi, la thérapie commence vraiment. Chaque jour, un entretien avec le psy, avec qui le courant passe fort bien. Jeudi, pour la première fois de ma vie, je participe à un groupe de parole... Thème choisi : le regard des autres, les "normaux", face aux personnes passées par la case psy... Et c'est un pari que je fais depuis dix jours, d'abord d'avoir prévenu tout le monde de mon hospitalisation et de ses raisons, maintenant d'écrire ce texte qui me discréditera certainement aux yeux de certain(e)s. Et puis il y a tout le temps à tuer... les promenades dans le parc à réfléchir et classer ses idées (après tout, je suis là pour ça, c'est comme une retraite du monde pour quelques jours) et surtout les conversations avec les autres membres du pavillon (notamment Michel, Jeff, Gonzague, Jean-Luc et les autres...). Au total, nous sommes une vingtaine, chacun avec son passé, son histoire, ses problèmes, ses angoisses... mais au final on est tous un peu pareils et on ne se juge pas. En outre, le personnel qui nous encadre, des infirmiers aux aide-soignantes et aux aide-ménagères est à l'écoute et ne nous juge pas.
Une expérience unique et exceptionnelle, entre l'enfermement (pour ce week-end chez mon amie, on emploie le vocabulaire de l'armée : je suis en "permission"), la vie en communauté, le retour sur soi dans un but précis : aller de l'avant. Après tout, au quotidien, on n'a pas trop le temps de penser à soi, et on nous ne le déconseille : "ne t'écoute pas". Là, c'est le contraire. Je me forçais même à éviter de me laisser distraire par la lecture pour travailler sur moi parce que j'étais là pour ça... un peu comme un "devoir de vacances" avant de partir en vacances (les vraies cette fois !) avec Valérie (probablement du côté de l'univers Bretagne) et ensuite d'aborder la rentrée et la vie avec plus de sérénité. Les problèmes existent toujours, existeront toujours, ma mère ne guérira jamais, mes blessures de l'enfance, mes treize ans de solitude quasi-absolue, tout celà restera, mais je vivrai avec et tout ce passé (voire ce présent) ne m'empêchera plus de dormir.
Voilà. Je ne suis pas guéri. De toute façon, la dépression fait partie des maladies dont on ne peut assurer une rémission définitive, certains rechutent au bout de six mois, d'autres après une dizaine d'années, d'autres jamais. Concrètement, il me reste encore quelques jours au pavillon... Puis ce sera "le retour à la vie civile", les vacances avec Valérie, et la vie qui reprend le dessus. Mais c'est une autre histoire !
Un bel été à toutes et tous ! Prenez soin de vous et n'oubliez jamais de dire à vos proches que vous les aimez.
Post-scriptum : encore merci aux personnes présentes au plus fort de la crise, Françoise, Fabienne, Valérie, le Père, également mon psy... Sans elles je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui.

lundi 9 juin 2008

Colère et détachement...

Les jours passent, l'état de ma mère se dégrade inéluctablement et de plus en plus. C'est très violent. C'est devenu très violent. Elle ne me reconnaît plus du tout. Comme le dit un ami qui vit une histoire similaire avec sa mère : "Ne pas être reconnu par un être proche que l'on aime me semble une épreuve insupportable". De mon côté, j'oscille entre plusieurs états. Des moments de déprime, notamment quand je m'endors, quand je me réveille et quand il m'arrive de rêvasser dans la journée... Je ne peux alors m'empêcher de penser à ma mère et le vertige me prend devant sa disparition de l'intérieur. Je me réfugie dans les moments d'euphorie au travail : j'ai la chance d'avoir un emploi gratifiant, avec des élèves sympathiques et des collègues géniaux (et je n'exagère pas !). Je me défoule également quand je fais du sport. J'aimerais pouvoir en faire tous les jours jusqu'à m'étourdir et trouver un sommeil réparateur et puissant. Mais j'ai également l'impression d'être étrangement détaché, notamment quand je suis en présence de ma mère. Je fais comme si tout allait bien et je m'en veux de cette indifférence feinte, comme un signe de lâcheté ou d'inconscience.
Mais revenons au texte que j'avais écrit voilà un mois maintenant... Il a été publié dans le dernier numéro de "L'Université Syndicaliste" (L'U.S. pour les intimes), le journal du syndicat SNES-FSU dont ma mère a toujours fait partie et dont j'ai fait partie jusqu'en 2005 (je les ai quittés après leur appel à voter "non" au référendum européen). Il est également sur le site de Jérôme Pellissier que j'ai déjà eu l'occasion de vous conseiller... http://www.jerpel.fr/
Aujourd'hui, j'ai envie de vous faire partager quelques petits messages/témoignages de certains d'entre vous, évidemment sous forme anonymée, car ce sont des expériences personnelles et forcément douloureuses...
Tout d'abord, une copine infirmière... Attention, c'est terrible... "Mon cher Jean-François, tu es encore loin de toute la vérité sur la santé de nos hopitaux de France et de Navarre.... actuellement je travaille de nuit dans un établissement hospitalier pour personnes âgées et dépendantes... ici comme ailleurs... dès qu'un de nos résidents est malade la première réaction... elle ou il a quel âge ?... ensuite les urgences te suggèrent fortement de te garder ton résident et sa maladie, vu qu'elle est âgée... les médecins de la structure, eux, ne sont pas joignables... et le responsable, soit notre médecin, vient d'obtenir un poste de maire... donc passe en coup de vent... et là je ne donne qu'un exemple... mais c'est ainsi dans beaucoup d'établissements. Pour nos résidents "Alzheimer" nous devions obtenir du personnel... lol... oui nos hôpitaux et toute notre structure sociale et médicale sont en péril, la diminution du nombre de médicaments remboursés... la non prise en charge de patients de façon optimale car nous avons un système de plus en plus défaillant... bien.. sur ce, je te laisse... courage... et bonne continuation pour tout..."
Le message lapidaire d'une copine qui se destinait à devenir infirmière et qui y a finalement renoncé : "Tu comprends sans doute pourquoi il m'a été impossible de devenir infirmère ou aide-soignante, pas envie de participer à tout ça !!!!"
Un de mes amis... "Je profite d'un moment de calme pour te répondre et donner des nouvelles. Nous aussi, moi, ma compagne plus un collègue sommes hyper consternés par l'état de la santé en général dans ce pays... Ma compagne a une grand-mère qui est tombée " malade " de la tête d'un coup ( à 85 ans ) et qui est passée de structures en structures jusqu'à un centre hospitalier pour personnes âgées, mais au final, pour être bourrée de cachets, attachée sur un lit ou un fauteuil... Donc tu comprendras que nous aussi nous te soutenons face à pas mal d'injustice de traitement et face à autant d'adversité et de logique comptable... Mon collègue a sa maman qui a Alzheimer ; il a bataillé durant 3-4 ans avec son père et sa soeur pour trouver une maison d'accueil qui " accepte " sa maman qui n'a " que " 58-59 ans.......... enfin bon, que dire, que penser, de manière générale, dans ce pays, la fonction publique va " morfler " comme on dit... Ici, en Auvergne, la DRAC va voir ses subventions trés réduites puisqu'une de mes collégues a en charge son budget régional... et que dire des classes supprimées dans le primaire, d'ailleurs on en a l'exemple pour l'école de ma fille plus dans une autre maternelle. (...) C'est plus qu'effarant ce qui est en train de se passer dans le pays, tout est détricoté, on n'a plus de statut, c'est fini, mais bon, c'est pas pour ça que les dépenses de l'Etat sont réduites... Enfin voilà, en effet, tu as raison, c'est plus motivant d'attendre la sortie d' " Indiana Jones IV " ainsi que du dernier "James Bond"."
Une copine : "Ma grand mère, elle, trop vieille pour être soignée est légumisée au fond d'un lit car sinon, elle est trop bruyante et appelle au secours du matin au soir... La dignité n'est pas une valeur connue dans ce milieu là..."
Une collègue : "C'est monstrueux de lire "C'est l'hôpital de M. qui a décidé de ne plus accepter ma mère car elle ne rentrait plus dans les critères, elle devait désormais dépendre de "l'accueil", en sachant que le dit accueil n'existe pas à M. ... " : mais dans quel monde vit-on ? Quand on pense qu'il y a un plan national "Alzheimer" ! Mais tu sais, ce désengagement touche toutes les maladies, même "dangereuses" (je pense à celle du fils d'une collègue, qui souffre d'une maladie rare, non connue, qui touche essentiellement le psy et qui amène ce garçon de 30 ans à battre sa mère, à tout détruire !!!! Certains psys de Moulins ont même osé dire à ma collègue qu'elle s'était elle-même infligé des coups pour pouvoir se décharger de son fils... aujourd'hui après des années d'attente et de désespoir, son fils est enfermé en HP parce que ses cris dérangeaient les voisins...), et on se demande comment le monde médical peut en arriver à abandonner les gens dans le besoin d'une telle manière. Où commence l'abandon de l'Etat ? Où commence l'incompétence ?"
Enfin, un peu d'humour de la part de l'amie infirmière qui a rédigé un billet d'humeur noir, très noir... "Dans le système actuel les bienheureux seront les personnes qui adhèreront à : travailler plus pour gagner plus... Vite le cimetière ainsi vous serez rentables à cent pour cent !! et bientôt une petite prime pour la famille si vous ne passez pas par la case retraite, la case vieillesse, vous pourrez ainsi déclarer que vous êtes mort, "on" vous enverra le formulaire qui convient... mais bien sûr pour la prime... faut -il encore que cela soit de causes naturelles, sans passage par l'hopital car c'est trop cher pour la société : la santé a un coût et nous n'avons pas les moyens de vous prendre en charge... La retraite, au fait c'est quoi déjà la définition ?! Vous savez que vous cotisez pour la retraites de ceux qui y sont... la vôtre, la quoi déjà, nous n'avons pas les moyens de vous prendre en charge, ah mais au fait êtes vous à jour de vos taxes ?! Prenez soin de couvrir votre compte lorsque Monsieur l'Etat passe... quoi ? vous ne pouvez pas payer ? il faut vous débrouiller, c'est votre problème !... Vous nous comprenez... nous ne sommes que .... personne n'est plus responsable de rien, c'est l'ordinateur qui a fait une erreur, c'est l'autre (sans visage, sans vie...). Cette année va être l'année de l'action Alzheimer... Alors, Jean-François, il faut commencer d'ouvrir les yeux, lorsque l'on entend "nous allons nous en occuper"... nous ne voyons rien venir dans la réalité, c'est l'attente de "Soeur, ma soeur Anne ne vois tu rien venir ?!" du conte de Barbe-Bleue. Il faut, sans être pervers, décoder le message à l'envers : cette année, je parle des Alzheimer... mais avant je vais faire des commissions de ci de là pour voir (que pouvons nous faire). Le problème est déjà connu archi connu. Pendant ce temps rien de concret ne se produit, mais nous n'entendons pas trop parler de la recherche... des magouilles pharmaceutiques... de la Sécurité sociale... et autres choses : l'écran de fumée est en place... et beaucoup de Français, sont tellement absorbés par leur petite personne, leur petit lopin de terrain, leur petit pouvoir... car tout un chacun est embourbé dans sa propre dimension, ses propres soucis... bref... bienvenue dans la mondialisation, nous marchons tout droit vers le nouvel ordre mondial... où beaucoup de choses, de pensées, de personnes n'ont pas leur place... et seront éliminées d'une façon ou d'une autre... [comme lors de la canicule 2003]. Bon ce n'était qu'un petit délire de ma part..."
Ce dernier texte est peut-être bien noir mais il reflète tellement ce que nombre d'entre nous pensent... Pour finir sur une note de futilité... Je suis allé ce week-end voir "Sex and the City". J'aimais bien la série avec son ton corrosif qui avait pas mal fait d'effet lors de sa première diffusion... Le film est beaucoup plus sage... Il faut dire que les quatre copines new-yorkaises ont vieilli, elles ont la quarantaine (Samantha a même cinquante ans !). Elles se préoccupent désormais plus de leur vie de couple que de sexe. On a donc au final une comédie de moeurs plutôt drôle, parfois émouvante, bien qu'un peu prévisible. Les scénaristes ont eu l'intelligence de ne pas faire un épisode d'une heure trente mais de raconter la vie des quatre copines quelques années plus tard. C'est touchant et distrayant. Personnellement, j'ai un faible (comme dans la série) pour le personnage de Mister Big, même s'il a fait pleurer Carrie, notre diariste préférée. En tout cas, un bon petit film bien sympathique. J'ai également découvert, à la télévision, le film "Le Terminal" de Steven Spielberg... Tom Hanks y est parfait, comme toujours. La B.O. de John Williams est brillante. C'est une belle histoire, émouvante, un brin amère.
Tiens... au fait... dans "Sex and the City", la belle-mère d'une des héroïnes a la maladie d'Alzheimer. Mon père me faisait d'ailleurs remarquer que dans la plupart des films qui sortent le sujet est désormais évoqué, que ce soit chez un parent d'un des personnages ou que celà touche directement l'un des personnages. Bref, le milieu du cinéma vit à l'heure de son temps... Il n'y a plus que les politiques et les pouvoirs publics pour ne pas réagir devant l'ampleur chaque jour croissante de cette maladie... Il revient à ma mémoire la conclusion du film "La Haine" qui évoque évidemment toute autre chose... mais dont cette fin mémorable peut illustrer la fuite en avant que connaît notre époque dans de nombreux domaines (social, santé, environnement, etc...)... C'est l'histoire d'une société qui tombe et qui au fur et à mesure de sa chute se répète sans cesse pour se rassurer : "Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien."

lundi 2 juin 2008

Coup de colère : suite

Ce message fait suite à mon texte du 6 mai que vous pouvez retrouver directement :
Bonjour à toutes et tous.
Tout d'abord, merci beaucoup pour les nombreux messages de soutien et de sympathie. Merci aussi pour les témoignages que nombre d'entre vous m'ont apportés... Ils sont hélas édifiants de l'état du système de santé en France en 2008... Que ce soit pour des malades atteints d'Alzheimer, des personnes âgées devenues dépendantes, des personnes de tout âge atteintes de maladies plus ou moins incurables, beaucoup évoquent le traitement inhumain et humiliant (je reprends des termes que certains d'entre vous ont employés) dont ont été victimes leurs proches, tout le monde évoque "la camisole chimique"...
J'ai eu un entretien avec une journaliste de "La Montagne" et je ne désespère pas d'un article sur le traitement (ou le non traitement...) des malades d'Alzheimer dans l'agglomération moulinoise... J'ai également contacté les responsables retraités du SNES-FSU, le syndicat d'enseignants dont ma mère faisait partie. Ils m'ont mis en relation avec Jérôme Pellissier, qui a créé un site internet remarquable où il liste les problèmes que rencontrent les personnes âgées et malades... J'apprécie particulièrement la citation qu'il a placée en tête de ce site : « Si nous nous obstinons à concevoir notre monde en termes utilitaires, des masses de gens en seront constamment réduites à devenir superflues. » (Hannah Arendt) Voici l'adresse dudit site : http://www.jerpel.fr/
Il a mis en ligne le texte que je vous avais envoyé le mois dernier. Lien direct : http://jerpel.fr/spip.php?article219&var_mode=calcul
Pour revenir à ma mère, depuis mon premier message, son état s'est encore dégradé. Elle ne nous reconnaît plus ou alors par instants. Elle refuse de s'alimenter (on pense sérieusement à la mettre sous perfusion). Elle refuse de se lever (alors que, selon le kiné, elle peut le faire) et même maintenant de s'asseoir dans son lit. Elle insulte les aide-soignantes, le kiné et même mon père quand elle ne le reconnaît pas. Elle hurle toute la nuit. Mon père est maintenant totalement épuisé, physiquement comme moralement, et je me fais beaucoup de souci pour lui. Dernier avatar des aberrations d'un système où l'on se perd quand on n'est pas un peu initié, la mutuelle qui prenait en charge l'aide apportée à ma mère a indiqué à mon père qu'elle ne le ferait plus à l'avenir car "la mutuelle couvre l'aide ménagère, pas l'aide à la personne". Maintenant, mon père cherche une place dans une maison de retraite qui accepte "les Alzheimer" (c'est comme ça qu'on les étiquette...). En outre, petite précision par rapport à mon témoignage. J'avais alors écrit que la structure de l'hôpital de jour où ma mère se rendait avait fermé à l'automne. J'avais mal compris. La structure existe toujours. C'est l'hôpital de Moulins qui a décidé de ne plus accepter ma mère car elle ne rentrait plus dans les critères, elle devait désormais dépendre de "l'accueil", en sachant que le dit accueil n'existe pas à Moulins ... Quand Kafka et Ubu roi ont pris possession de la médecine...
Merci encore une fois pour vos messages et votre soutien.
Jean-François

mercredi 7 mai 2008

Coup de colère

Vous m'excuserez de prendre la voie (la voix) de l'internet et du mail collectif et de vous parler un peu de moi et surtout de la situation de santé de ma mère. La plupart d'entre vous, notamment à la lecture de mon blog, savent qu'elle souffre depuis plusieurs années de la maladie d'Alzheimer, une maladie neurologique (et non mentale) dégénérative. Chez elle, ça s'est surtout marqué par la perte progressive des repères dans l'espace, des phases de dépression et une mélancolie accrue. Néanmoins, elle avait toujours une certaine mobilité. Mon père a choisi de la garder près de lui, c'est son choix.
Jusqu'à il y a quelques mois, elle avait accès à "l'hôpital de jour", c'est-à-dire qu'une journée par semaine elle était prise en charge par l'hôpital où elle faisait des exercices de motricité et de mémoire. Cette structure a été SUPPRIMEE à l'automne pour des raisons budgétaires (alors même qu'on nous a expliqué au plus haut niveau de l'Etat que la maladie d'Alzheimer était "grande cause nationale"). En janvier, un atelier monté par des bénévoles (car désormais on ne compte plus que sur les associations de bénévoles, certes sympathiques, dévoués et exemplaires mais sans formation spécifique et approfondie) a pris le relais une fois par quinzaine. En février, il y a eu un article dans "La Montagne" (le journal local) où mon père était interviewé. A l'époque, ma mère, même si elle était diminuée, marchait encore, nous reconnaissait, participait un peu à la conversation, bref était une personne.
Début avril, du fait de chutes répétées, mon père a prévenu le médecin. Il a été décidé de placer ma mère à l'hôpital quelques jours pour des examens. Résultat... Elle est restée près d'un mois à l'hôpital et plusieurs examens (notamment pour le genou qu'elle a fragile) ont été refusés parce que (je cite) "ça coûte trop cher pour la Sécu". Pendant ce mois, ma mère a été littéralement droguée (bourrée de cachetons serait le mot adéquat) et constamment attachée au lit ou au fauteuil. Personne ne s'est occupé d'elle, sinon les aides-soignantes pour la laver et la nourrir. Impossible de voir un médecin. D'ailleurs il n'y avait pas grand-monde. C'était les congés de printemps.
Début mai, l'hôpital a rendu ma mère à mon père... Résultat fabuleux... C'est devenu un véritable (excusez l'horrible mais hélas réaliste expression) légume. Elle ne peut plus bouger du tout. Mon père a acquis un lit médicalisé. Elle ne se redresse même plus. Elle a le regard vide.
Alors, bien sûr, et je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, il y a l'évolution inéluctable d'une maladie dont on ne connait pas de remèdes (et pour laquelle on ne fait pas d'efforts significatifs en matière de recherche) MAIS il y a aussi le fait suivant : en un mois d'hospitalisation l'état de ma mère s'est TRES brutalement dégradé. Et ça c'est pas le destin, la fatalité. C'est la situation de l'hôpital en France en 2008. Et ça ne concerne pas que la maladie d'Alzheimer ou que les "vieux" (au fait, ma mère n'a que 64 ans).
Ce message n'est pas pour soulager mon pathos (même si, certains le savent, je me suis payé deux beaux épisodes dépressifs ces derniers mois) mais pour vous ALERTER sur ce qui se passe REELLEMENT dans l'univers hospitalier et de la santé dans notre pays. Et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Quand les médias officiels nous annoncent de grands plans pour Alzheimer ou suite à la canicule ou d'autres... ils vous MENTENT.
Nombre d'entre vous connaissent des situations similaires avec des proches, des parents, des conjoints. Il faudrait partager ces expériences et tenter de briser le mur du silence et de la propagande officielle qui nous dit que tout va bien et qu'on s'occupe de tout.
Merci de m'avoir lu. Je sais que j'ai été un peu long.

mardi 9 mai 2006

C'est reparti !...

"Here we go again !" s'exclame C3PO dans "L'Empire contre-attaque" (je crois) alors qu'il est à bord du Faucon Millenium avant une nouvelle aventure dans l'univers de Star Wars... Dans la V.F. Z6PO dit "C'est reparti !"... Et, en effet, c'est reparti... Si je commence ce nouvel article sur mon blog par une allusion à "Star Wars" c'est que, entre autres choses, pendant les vacances de printemps, j'ai eu la joie de rencontrer Anthony DANIELS, l'acteur qui joue C3PO dans les six films de la Saga de George Lucas. Je l'ai vu lors de la Convention Génération Star Wars à Cusset le dimanche 30 avril (site : www.genstarwars.com ), à laquelle je me suis rendu avec mes collègues Laurent et Jean-Michel. La convention en elle-même était fort sympathique avec son lot de fans déguisés et de maquettes mais le moment extraordinaire fut l'échange entre l'acteur Anthony Daniels et le public... L'acteur anglais a répondu très gentiment, et dans un français parfait, à nos questions pendant plus d'une heure... Un vrai régal d'humour, de gentillesses et d'anecdotes que j'essaierai de vous conter dans un prochain article avec quelques photos de la Convention. En tout cas, un an après la sortie de "La Revanche des Sith" et donc la fin de près de trente ans de vie à attendre le prochain épisode, qu'il était bon de retrouver l'univers Star Wars et cette galaxie lointaine, très lointaine.
C'est reparti, pour le blog bien sûr, pour la vie qui continue et l'arrivée de ce mois de mai que j'aime tant, et surtout c'est reparti pour le théâtre et une nouvelle aventure avec La Nouvelle Rampe... Chut ! Je vous en parle plus loin dans cet article... Revenons à ces congés de printemps, attendus et bienvenus, l'occasion de me reposer, de retrouver le temps de lire... J'ai dévoré le hors-série du "Monde de la Bible" sur les rapports (hélas souvent difficiles et conflictuels) entre Chrétiens et Musulmans (avec une étude sur l'Arabie au moment de la prédication du Prophète et les influences des groupes chrétiens et juifs de la région ; un rappel sur les Croisades ; un zoom sur l'Espagne du temps de Al-Andalus). J'ai relu, dix ans après, "Lettres de l'Atlantide", superbe petit roman de Robert SILVERBERG, auteur de SF qui excelle dans les voyages dans le Temps et les paradoxes temporels en s'intéressant avant tout à ses personnages et en ne s'attardant pas sur les descriptions techniques souvent rébarbatives. En parcourant les rayons SF à la Bibliothèque de Moulins, je suis tombé sur les propos de Boris VIAN, amateur de sience-fiction au point de traduire des romans US (comme les livres de VAN VOGT), disant que les auteurs de SF étaient les derniers moralistes de notre temps. Mon père, lui-même prof de philo, aime à dire que les romans de SF sont les contes philosophiques de notre temps...
Les congés furent aussi l'occasion de retrouver le chemin des salles obscures... J'ai vu trois films, trois bonnes comédies... "Jean-Philippe" : mon plus grand éclat de rires depuis très longtemps, l'idée très bonne d'un monde parallèle avec tout ce qui s'en suit... un film dans la veine de "Dans la Peau de John Malkovich" ou de "Grosse Fatigue"... J'ai vu "OSS 117 : Nid d'Espions au Caire", bon film hommage pastiche, clin d'oeil aux films d'espionnage des Années 1950 mais aussi aux B.D. style Tintin ou Blake et Mortimer, avec un moment fascinant : Dujardin chantant "Bambino" en arabe. Enfin, j'ai vu "Camping" avec Dubosc parfait en quarantenaire beauf mais tellement touchant et Gérard Lanvin bourru à souhait. Maintenant, j'attends "Secrets de Famille" et, dans un autre registre, "Da Vinci Code".
Pendant ces vacances, j'ai revu plusieurs personnes... Mister Lawrence, alias Saint Jean, en pleine croisée des chemins (seul lui comprendra l'allusion...) ; Fabienne, l'amie qui m'a trouvé l'appartement à Moulins et qui co-anime le groupe biblique que dirige mon père ; Stéphane, Sophie, Esther, Aymeric ; Frédéric de Limoges, mon frère de sang ; mon oncle Joseph et ma tante Geneviève ; mon ami Johan ; Laurent, Françoise et Théo en direct de Gipcy ; Martine, Lorenzo et Tony, mes anciens voisins de Deux-Chaises (Two Chairs !!) ; et mon idole absolue (au moins !), Samantha... pas vue depuis presque deux mois et qui m'a appris il y a quelques jours qu'elle continuait le théâtre...
Nous y voilà... La Nouvelle Rampe monte une nouvelle pièce, "Inspecteur Grey", pièce policière de Alfred Gragnon et André Faltiani, qui avait été adaptée au cinéma en 1936. Et je fais partie de l'aventure, ainsi que Samantha. C'est même elle qui m'a appris la bonne nouvelle la semaine dernière, double bonne nouvelle : je continue le théâtre, et je le continue avec elle. Nous jouons tous deux dans les trois actes. Voici l'argument de la pièce (que j'ai vulgairement copié-collé sur un site consacré aux pièces de Au théâtre ce Soir) : Un ancien gangster, surnommé "Le Roi Diamant" a été trouvé assassiné d' un coup de feu, à quatre heures de l'après midi, dans son hôtel de Passy. La police judiciaire confie l'affaire à l'inspecteur Grey et à Poussin, un vieux policier routinier. Sept personnes habitent dans cet hôtel particulier : Monique, la femme de la victime, Hélène, la sœur de Monique, le vieux Brown, ancien associé et complice de la victime que celui-ci a recueilli après l'avoir complètement ruiné, le chauffeur Victor, le secrétaire Dupré, la cuisinière et, enfin, la femme de chambre. Bien entendu chacun a un "alibi". Mais, de déductions en déductions, de constatations en constatations, l'inspecteur Grey en arrive à découvrir le coupable après avoir compris le mobile du crime : le "Roi du Diamant" s'apprêtait à partir pour l'Amérique avec une danseuse en abandonnant tout le monde sans un sou. Je joue le secrétaire Dupré et Samantha joue Hélène. Voilà, c'est donc reparti. Nous allons pouvoir de nouveau nous voir régulièrement et j'en suis tellement content.
Je terminerai ce message par une pensée pour ma mère dont la santé décline régulièrement... Comme dit ma soeur, Maman est prisonnière de son corps, elle se voit chaque jour plus impotente, plus dépendante... Et il faut essayer malgré tout de garder le sourire. Je remercie ici Johan qui a écrit sur son blog un superbe texte dédié à ma mère, que je copie ici (je rappelle l'adresse du blog de Johan : http://friendsoukaamelott.over-blog.com/ ). Merci beaucoup Johan, qui m'a rendu visite et avec qui j'ai passé quatre jours et trois soirs fabuleux (notamment une mémorable virée avec Samantha : Les Trois Cloches interprétant Chaleur ! Tendresse ! Contact !... Très difficile à raconter...). Voici le texte...
L'oubli comme souffrance

Oh vie! misérable vie,
Autour de toi tant de misère !
Le monde des hommes te semble différent
Monde d'injustices et de souffrances
L'éclair de l'ouble s'abat chaque jour
Et tu t'éloignes de nous, de toi
Ta mémoire se brise au contact des tiens
La vie se fait difficile
L'espoir se meurt
Enfermée dans ton silence
Ta flamme faiblit et s'éteint
Et sans un cri, en silence
La mort doucement vers toi s'avance...
Johan (25 avril 2006)
Mais la vie continue. La vie doit continuer. The show must go on.
Alors : A bientôt pour de nouvelles aventures !! Et portez vous bien.
P.S. : Finalement, mon ami Gilles, de Bastia, avait raison... J'ai encore des choses à raconter sur mon blog... Je suis un incorrigible bavard !!

jeudi 3 novembre 2005

Aloïs

Maman, chaque jour tu disparais un peu plus
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.

Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.


(2 novembre 2005)