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jeudi 6 juillet 2023

L'été de tous les possibles ?

 Depuis quelque temps, je ne sais dire pourquoi, j'ai l'impression que la vie est en train de changer pour moi... En bien ou en mal ? Peu importe, serais-je tenté de répondre : pourvu que ça change ! L'immobilisme est ce qui peut nous arriver de pire, non ?

Eté 2023... Depuis fin mai, après des années de silence, j'ai retrouvé non seulement le goût de l'écriture mais j'ai dépassé mes appréhensions et je partage de nouveau mes textes, sans crainte des éventuels jugements et critiques. Je ne dirai pas que je m'en moque mais ça ne m'arrête plus. En tout cas pour le moment. Je me sens tellement libre. Et tout a commencé à la mort de Tina Turner et de Jean-Louis Murat. Pour la première fois, depuis des années, j'ai versé des larmes. Je croyais vraiment que je ne savais plus pleurer. Même à l'enterrement de quelqu'un de particulièrement cher à mon coeur, je n'ai pas pu verser une seule larme. Et, là, à la mort de Tina Turner, et surtout à celle de Jean-Louis Murat, 24 heures plus tard, ça a été les chutes du Niagara. Et, depuis, je n'arrête pas ! Comme dirait Pierre Richard à Gérard Depardieu dans "Les Compères" (excusez mes hautes références cinématographiques, littéraires et musicales !) : Dites donc, vous ne nous feriez pas une dépression, vous ?! Non. Non. Pas une dépression. Au contraire. Un anticyclone ! La vie qui, d'un coup, frappe à la porte et te rappelle que tu n'es là que pour un (court) moment. Alors, il faut en profiter ! Rire, danser, courir, nager (bon, ça, moins, mais j'en connais une qui est d'accord avec cette partie du programme !), manger, pleurer, aimer, etc.

Flash back. Juillet 1989. La Néo-Décadence [fondée, rappelons-le, jeunes incultes, au pied du Vésuve le 6 avril 1986 après un excès de Lacrima Christi... pour les innocents, le Lacrima Christi, c'est un vin blanc délicieux servi frais !], en 1989, est encore active. Mais c'est son dernier été. Elle ne le sait pas encore. Les poètes amateurs que nous sommes vont bientôt se disloquer, chacun plongeant dans la vie de couple... Le couple : voilà l'ennemi de la poésie ! Pour ma part, LJK (alias Léon-Joseph Kronstadt, oui, c'était mon pseudonyme... j'étais assez perturbé ! Il y avait aussi Docteur Freyd, Vladimir Le Pendu, Druidomaniac ou encore BZH... Celui-là, il s'était contenté de piquer les initiales de la Bretagne mais, alors, je ne m'en étais pas rendu compte...), LJK, donc, commençait à laisser la place à Tonton Zeff... Le côté humour léger prenait le dessus sur l'humour noir (politesse du désespoir) et sur notre vrai travail de création. Car, oui, je continue à l'affirmer : nous avions un petit talent. Collectivement. Nous étions les Néo-Décadents et nous commencions nos séances en proclamant : "Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !" Progressivement, l'ivresse consécutive à nos rencontres devint constitutive de nos rencontres... Hélas.

Eté 1989. A l'époque, je n'avais pas encore besoin de me soûler pour écrire des poèmes. La versification me venait naturellement comme si j'étais tombé dedans quand j'étais petit. J'écoutais Madness (le rock-pop en mineur : en apparence, tout va bien, mais c'était de grands torturés, issus de la classe ouvrière), les chansons et les conférences de Boris Vian. Je lisais Boris Vian en permanence, ses romans bien sûr, mais aussi ses poésies, son théâtre, ses pastiches de séries noires (Vernon Sullivan !)... Je commençais à découvrir Jacques Brel et dans une moindre mesure Georges Brassens (trop sage à mon goût : je préférais les envolées lyriques du Grand Jacques, le prêtre Jacques comme se moquait gentiment Georges...). 

Eté 1989. Je veux me lancer dans l'écriture d'un roman, vaguement inspiré de "L'herbe rouge", un roman de science-fiction, autour de l'invention de l'oniroscope, cette machine qui permet de voyager dans ses rêves... aux dépens de son créateur (à savoir moi, bien sûr !). Le héros y perdra ses plumes. Il séduira Séverine, la petite soeur de Nathalie D., ma compagne d'alors (ma première "sérieuse", même si dans mon coeur et mon âme Isabelle restera définitivement la première, c'est elle qui m'avait connaître Boris Vian et René Barjavel deux ans plus tôt...). Il inventera un personnage alter ego : l'homme de la pluie... Rain Man... tiens tiens... Ensuite ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Déjà, à l'époque, je ne savais pas où j'allais. Mais des trente ans et quelque plus tard, j'ai un peu tout oublié de ce projet inabouti de roman.

Eté 1989. J'écris encore quelques poèmes. Je n'ai certes pas encore besoin de la bouteille mais j'ai déjà besoin d'une muse. Je n'écris plus gratuitement ! Dommage. Ma muse est donc Nathalie D. (un nom dont j'ai découvert qu'il est number one des patronymes de l'agglomération montluçonnaise et, d'ailleurs, Nathalie D. était, de loin en arrière, originaire du sud-ouest de l'Allier... mais je ne suis pas là pour faire de l'étymologie !) Je lui écris un poème où je lui promets un éternel été...

Je ne me souviens pas de l'intégralité de ce poème. Je me souviens juste du premier et du dernier vers. Mais n'est-ce pas là l'essentiel ? Dans mes années de solitude et d'écriture éthylique, notamment mes samedis soirs du Cap Corse, après avoir regardé Thierry Ardisson et le "blind test" de Monsieur Philippe Corti (encore un corse, avec un nom pareil ! ça tombait bien ! j'y étais !), je revenais toujours à ces lignes... Et je désespérais de les délayer et de pouvoir écrire de nouveau un poème. Je n'y suis plus jamais arrivé. Même ivre mort. Mes tentatives furent toutes plus poussives les unes que les autres...

Revenons à cette ultime poésie "potable"...

C'était sous un ciel parfumé, au coeur de l'Eternel Eté.

Les nuages de l'ennui seront chassés par un Vian violent.

Eh ben ! On ne va pas aller loin avec ça !

 *

 

 *                  *

Toujours dans le passé mais six ans plus tard. Eté 1995. Je l'ai déjà plusieurs fois évoqué, cet été 1995, ces derniers jours. J'étais au bout du bout. J'étais le Smalltown Boy des Bronski Beat (mais je ne quittais pas mon foyer pour les mêmes raisons que lui) :

You leave in the morning with everything you own in a little black caseAlone on a platform, the wind and the rain on a sad and lonely face
Mother will never understand why you had to leaveBut the answers you seek will never be found at homeThe love that you need will never be found at home
 
 
Peut-être une des plus belles et désespérantes vidéos que je connaisse ! L'hymne des gays londoniens des Années 1980.

Je vous conseille vraiment la version maxi single : un introduction a capella de plus de deux minutes... C'est juste bouleversant. De la beauté pure :

 
Cet été 1995, je vais quitter Moulins, l'Education nationale et ma famille (pour la petite amie, je n'en ai plus et je n'en aurai plus avant 2007 et la tragédie Stéphanie... j'oublie Delphine, la montluçonnaise, mais c'est compliqué... une drôle d'époque... pas très sain, cette drague par internet, surtout quand on picole tandis que sa mère est en train de mourir d'Alzheimer à même pas 64 ans...). Je vais tout quitter pour devenir "documentaliste-recenseur" des Monuments historiques (métier créé par Prosper Mérimée) à la DRAC d'Ajaccio.... Je viens d'acheter une vieille AlfaSud. Ma première voiture. Une vraie épave mais qui roule (très) vite... Eh ! C'est une italienne ! 
 
En juillet, je pars du côté de l'Ain voir Pierre, la seule personne du service militaire avec qui j'ai gardé contact. Je serai son témoin de mariage à l'été 1999, juste avant de (re) partir en Corse, cette fois-ci comme documentaliste du Collège du Cap, à Luri. Pierre ne boit pas. Mais il fume beaucoup (du tabac) et consomme beaucoup de café. Nous passons de longues soirées à regarder des cassettes vidéos que nous allons louer au distributeur automatique. Je me souviens particulièrement du "Fléau" de Stephen King. Oui, ça avait l'air bien, mais c'était long ! Et, surtout, à deux heures du matin, les yeux piqués par la fumée, je n'y comprenais plus rien... Je ne savais pas alors que j'allais, de longues années plus tard, devenir un amateur enthousiaste de Stephen King (au point de le conseiller autour de moi...) et que le King me donnerait l'envie de me remettre à écrire ! J'ai d'ailleurs lu "Le Fléau", sans avoir les yeux piqués, et j'ai beaucoup apprécié.
 
En juillet toujours, avant ou après le séjour chez Pierre, mes souvenirs sont flous, je vais dans la Loire chez les Jacquinod, allez, tant pis, pour une fois, un nom de famille, sinon je ne m'en sortirai pas ! Et les lecteurs encore moins ! Et, après tout, je ne dis aucun mal d'eux. Bien au contraire. Pendant une semaine, j'ai été leur hôte. Reçu divinement. La fille aînée, Catherine, qui aimait écrire Katheryn. Elle se la jouait tradi, limite réac (expliquant que le terme "réactionnaire" entendait "réagir à"...). Quand j'ai appris que son père l'emmenait, sur ses épaules, aux concerts de Renaud à Saint-Etienne ! Catherine, je l'avais connue à l'été 1988, lors de fouilles archéologiques sur le site de Larina, à Hyères sur Amby, dans le 38, quand le Rhône entame sa courbe qui le mènera à Lyon. Les fouilles archéologiques ! Que du bonheur ! C'est Isabelle (Boris Vian et René Barjavel) qui m'avait donné l'adresse du chantier de fouilles, où était allée sa meilleure amie (l'alors petite amie de Docteur Freyd ! vous suivez ? moi non plus !). Isabelle qui se moquait de l'archéologie et des bibliothécaires... Ah ! Gratter la terre, merci ! Les bibliothécaires ? Toute la journée dans la poussière de leurs rayonnages... Isabelle qui méprisait ostensiblement les personnes recourant à un psy... Si elle avait su ! Elle est prof d'anglais à Paris, la seule authentique socialiste que je connaisse. Je ne l'ai pas revue depuis de très longues années. Nous avions valsé ensemble au Grand Bal de l'Europe à l'été 1997 (le fameux été 1997 ! en juillet, j'ai valsé avec Isabelle et en août avec Marie... je n'ai plus jamais valsé... une danse trop dure pour moi ! je préfère la scottish ! c'est du deux temps !).
 
Mais les Jacquinod alors ? Je deviens très ami avec Catherine. Son côté réac me plait. Mais en tout bien tout honneur. C'est aussi une catholique pratiquante. Nous gardons contact après l'été 1988. Je vais à Saint-Etienne pour ses vingt ans à l'automne 1988. Nous faisons de nouveau des fouilles ensemble à l'été 1989 (l'été de la honte pour les royalistes ! en plus, j'étais aux cérémonies du Bicentenaire...). Puis nous nous perdons de vue mais continuons à correspondre. C'est une époque où j'écrivais beaucoup. Où nous écrivions tous beaucoup. Un jour, elle m'apprend que son petit frère, victime d'une maladie génétique rare, serait enfin définitivement tiré d'affaire. Nous fêtons ça du côté de l'Ain. A l'époque, je vis avec Sophie à Clermont, l'année qui précède son départ pour Grasse. Une énorme fête au son de la bande originale de "American Graffiti" (le premier film d'un certain George Lucas, produit par un certain Francis Coppola), un double CD qui a fait le tour des soirées de mes années estudiantines et bien sûr des compilations de Madness.... Puis Sophie et moi nous séparons, pendant mon service militaire. Pas le meilleur de mes souvenirs.
 
Au début de l'été 1995, les Jacquinod organisent une réception dans la maison de campagne qu'ils viennent d'acheter dans la Loire. Les Jacquinod, les parents, sont tous deux profs d'université, lettres et grec ancien, si je me souviens bien. Le papa avait d'ailleurs, ce qui était très rare pour l'époque, un ordinateur portable, qui lui permettait (luxe du luxe !) de taper directement en grec ses cours. A la réception, il y avait énormément de profs. Le sujet à la une ? Le SNES exclu de la FEN, bien sûr. A part les vieux syndicalistes, tout le monde a oublié. En deux mots... Le SNES, plutôt proche du PCF. Le SNI, syndicat des instituteurs (on ne parlait pas de professeurs des écoles à l'époque), totalement PS. Les deux, piliers de la FEN, la toute puissante Fédération de l'Education nationale... Comme me dit plus tard mon pote Henri d'Ajaccio, lui-même membre du SNAC (Syndicat national des Affaires culturelles) - FSU (la toute petite fédération "concurrente" qui allait être créée quelques mois plus tard) : "La FEN ? Pouah ! En 1947 [scission de la CGT... la minorité reste la CGT, d'obédience communiste, et la majorité, sous l'appellation Confédération Générale du Travail-Force Ouvrière, s'envole vers un parcours... euh... sinueux...], la FEN est la seule fédération de travailleurs qui n'a pas eu le courage et la volonté de choisir !" Du coup, ben, c'est devenu la FEN ! En 1992/1993, je crois, le SNES est exclu de la FEN, en compagnie du SNEP (le syndicat des profs d'éducation physique... à part). En 1993 est créée la FSU. Mais elle est très minoritaire. La FEN, elle, crée l'UNSA, devient le SE (Syndicats des enseignants) et finit par disparaitre, corps et âmes dans cette confédération disparate. A la réception des Jacquinod, plein d'instits, mais des jeunes instits... Des jeunes encartés au SNUIPP-FSU... et morts de rire de ce sigle à rallonge ! Et ça nous occupera une bonne partie de l'après-midi, l'histoire mouvementée des sigles de la FSU (d'où ces détails sur l'histoire du syndicalisme enseignant). La FEN, pour couper l'herbe sous le pied de la FSU, va déposer en brevet quasiment tous les noms possibles de syndicats, histoire que la FSU doive inventer des sigles surréalistes... Pour les profs, pas de problèmes, le SNES existe déjà. Mais pour les instits et désormais les profs des écoles... Ils sont obligés de créer le syndicat au sigle le plus délirant de l'histoire du syndicalisme français : le SNUIPP ! Même ses membres actifs ne savent pas tous la signification de ce sigle à rallonge.
 
Mais, à cette réception des Jacquinod, on n'a pas que parlé boutique... (Mettez des profs ensemble...) J'ai sympathisé avec la soeur cadette de Catherine, Florence, avec qui j'allais sympathiser dans les années à venir. Et surtout surtout j'ai eu le coup de foudre (ah ! ça manquait !) pour Cécile, leur cousine de Montpellier, avec son petit accent si séduisant. Cécile était (est toujours) prof de maths.
Fin juillet, retour à la maison de campagne des Jacquinod. Cette fois-ci, pas de réception, pas de syndicalisme... Non, non, je suis le seul invité. Le seul ? Non, Cécile vient de Montpellier. Elle est à bord de sa twingo (la voiture tendance de ces années là !). Là, on passe le stade du coup de foudre. Cécile et moi passons le temps de notre séjour chez les Jacquinod ensemble, même si Florence se joint à nous de temps en temps. Quand Cécile se recoiffe ou met son chapeau (bien sûr, j'ai acheté le même... en même temps, Saint-Julien-Chapteuil, même fin juillet, il fait 10° C et il pleut tout le temps... alors qu'il y a la canicule à Saint-Etienne !), elle se tourne ostensiblement vers moi : Je te plais comme ça ? Voilà. Voilà. En plus, elle est née à Bastia (par hasard, comme moi à La Haÿ les Roses). Moi qui m'apprête à partir pour la Corse (même si c'est chez les ennemis d'Ajaccio), j'y vois plus qu'un symbole. 
 
Mais tout a une fin. Ah ! Si ! Une dernière petite anecdote sur les Jacquinod et plus particulièrement sur leur fils handicapé, dont j'ai oublié le prénom. Il était admirateur de Michel Drucker. Papa Jacquinod a donc écrit à l'animateur télé préféré des français sans spécialement d'espoir. Michel Drucker lui a répondu par une très belle lettre manuscrite, adressée au papa et au fiston. Le fiston qui ponctuait toutes ses phrases de : "Magnifique ! Formidable ! Vous aimez les chiens ?" Quiconque a allumé un téléviseur dans les Années 1990 comprendra de quoi je parle !...
 
Août 1995. A la fin du mois, je prépare mon départ pour la Corse. Je dois prendre le bateau à Marseille. Cécile m'a invité à passer par Montpellier. Après tout, depuis Moulins, ça ne fait pas forcément un gros détour. Et surtout avant de me lancer dans une nouvelle vie, j'ai vraiment vraiment envie de la revoir ! Qui sait si elle ne viendra pas me voir en Corse, si nous nous marierons et aurons des enfants... Cécile, la sainte patronne des musiciens, née à Bastia, prof de maths, féministe, avec un petit accent... Et catholique pratiquante. Je suis même allé à la messe à Ajaccio les premiers temps de mon installation... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas par amour !
 
J'arrive dans la campagne à quelques encablures de Montpellier. Oups. Florence est aussi invitée. Mais qu'importe. Plus on est de fous ! Cécile me laisse sa chambre. Je fais la connaissance de sa soeur, plus jeune et plus voluptueuse et plus directe (on parle de la scène d'ouverture de "Basic Instinct", ça la fait toujours rire !). Et, bien sûr, je fais la connaissance de ses parents, un couple d'agriculteurs, qui avait jadis bossé pour des fermiers pieds-noirs à Aleria (tristement célèbre Aleria...), d'où la naissance de Cécile à Bastia. Tiens... Devinez quel film nous regardons en boucle, à l'époque en cassette vidéo ? "Rabbi Jacob"... Non, ce n'est pas une blague. Pivert. Victor Pivert. Comme le pivert. Oui, il faut surveiller tout le monde. Partir avec Thérèse Leduc le jour du mariage de ta fille !! Victor, reviens ! Comment, Salomon ?!... J'arrête là. Imaginez simplement huit jeunes adultes (j'avais quand même 25 ans et Cécile pas loin) passant leurs journées à réciter du Rabbi Jacob... On était graves !
 
Séjour merveilleux. Mais il ne se passe rien. Et s'il s'était passé quelque chose, qu'aurais-je pu faire ? Le bateau m'attendait. Je laisse une lettre enflammée à Cécile. Je prends la route pour Marseille. A Vitrolles, ville alors de sinistre réputation, je retrouve mes parents et ma soeur (je crois qu'ils remontaient de Nice). Ils sont venus pour m'accompagner au bateau. Le matin de l'embarquement. Temps pourri. Mer démontée. Le Danielle Casanova bouge dans tous les sens. Je ne sais même pas qui est cette Danielle Casanova. Mon père m'explique : c'est une militante communiste déportée à Auschwitz. Dix ans plus tard, documentaliste au collège de Tronget, baptisé Charlotte Delbo, suite à des lectures de poèmes sur la Résistance, j'apprendrai que Charlotte, Danielle et quelques autres ont franchi les barrières du camp bras dessus bras dessous en chantant La Marseillaise... Fallait en avoir, du courage !
 
Bon, on n'en est pas à faire de l'histoire de France. Faut vraiment que je monte sur ce bateau ? Il bouge vraiment beaucoup beaucoup. Et, bien sûr, il mettra deux heures de plus pour rejoindre Ajaccio... A bord, le chef du bistrot où je me suis réfugié passe en boucle un CD, non pas de chants corses, mais indiens d'Amérique... C'était LE tube de l'été 1995 :
 
 
C'est à la suite de l'achat de ce disque que j'ai rejoint l'Association Survival International, qui défend les droits des peuples autochtones. Chaque fois que j'écoute cet album, je suis sur le bateau, la mer est démontée et je me demande ce qui m'attendra à Ajaccio.
 
Arrivé à Ajaccio, premier jour, après être passé me présenter à la DRAC, je prends la route de Peri, le village des Pérès, à une vingtaine de kilomètres de là. L'impression d'être comme un juif qui débarque en Terre promise. C'est la fin de l'exil des Pérès, me dis-je. Tu parles ! Finalement, je ne resterai à Ajaccio qu'un an et serai nommé documentaliste à Yzeure (donc Moulins) en septembre 1996.
 
Et Cécile ? On s'est revus en octobre 1995. Au mariage de Catherine. Pour l'occasion, je prends l'avion pour la première fois de ma vie, Ajaccio-Lyon. Au mariage, Cécile ne me dit pas un mot de toute la soirée. Je me retrouve à la table d'une bande de sales petits bourgeois snobs très nouveaux riches, des cousins lointains qu'on a placés entre eux pour qu'ils ne nuisent pas trop. Quand ils apprennent que je suis fonctionnaire, c'est un déferlement de haine comme j'en ai rarement vu. Une semaine avant avait eu lieu une "journée d'actions" contre la réforme Juppé (elle sera suivie par le "fameux" décembre 1995... quand CGT et FO défilaient, enfin, ensemble en criant "Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais !"). La petite bande des cousins qui passaient leurs stages de fin d'études à Miami ou à Dubaï m'expliquèrent longuement que j'étais un sale privilégié. Pour sauver la face, je riais à leurs propos, estimant qu'après le dîner de cons, nous venions finalement d'inventer le dîner de fonctionnaires... Je serrais les dents mais qu'est-ce que j'ai été humilié ce soir là ! Et Cécile qui m'a à peine claqué la bise au moment de se dire au revoir. Ah ! Je m'en souviendrai, de ce mariage !
 
Je n'ai jamais revu Cécile. J'ai très vite cessé d'aller à la messe. Je suis rentré sur le Continent à la fin de l'été 1996, toujours à bord de l'AlfaSud, avec laquelle j'allais traîner avec Rup et Brett, puis avec ma soeur et Marie... Mais c'est une autre histoire, n'est-ce pas ?!
 
J'oubliais... C'est un "détail" mais je ne me pardonnerai pas de ne pas être complet sur cet été 1995. Je passais en boucle dans mon AlfaSud pourrie mais dynamique la musique de "L'As des As", bien entendue signée Vladimir Cosma :
 

Et nous voilà en 2023. Le 6 juillet pour être exact. La suite ? A lire à la fin de l'été ou probablement dans vingt ans. Le temps que ça mûrisse...
 
Et la guerre arriva. Et nous voilà ce soir.
 
Jacques Brel : "Mon enfance".
 

D'ici là, portez vous bien !
 
Et bel été ! Qui sait ? Ce sera peut-être l'été de tous les possibles...

 

mardi 15 novembre 2016

Variation n° 3



Le temps passe et je m’efface
Les hommes dansent et je me lasse
Remontrances de jadis
Adressées à nos fils
Compliments éphémères
Reçus de nos pères
La vie ne fait pas de cadeau
La mort m’a posé un râteau
Ivresse instantanée d’une époque oubliée
Aspirante lucidité tellement peu enviée
Le monde est un volcan
On est tous un peu perdants
Reste une poussière d’étoiles
Avant que de mettre les voiles…

jeudi 7 janvier 2016

Vieillir

Au fil des jours trop courts
J'ai perdu jusqu'au goût de l'amour.
Que sont devenus les rires d'autrefois
Quand je m'aventurais au fond des bois ?
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
Avant que de se perdre dans des cris de démence.

Je regarde en arrière et je pleure,
Je pense à demain et j'ai peur.
Je sais que bientôt je ne saurai plus rien.
Je sais que bientôt je ne serai plus rien.
Mon Dieu, mon Dieu, où t'es-tu égaré ?
O moi, ô moi, tu m'as laissé tomber !

Comment je m'appelle ? Comment tu t'appelles ?
Redis moi ton nom, redis moi ton nom.
Il fait nuit, il fait nuit.
C'est toi qui m'appelle ? toi qui m'appelle ?
Allons, allons, pardon, pardon,
Il fait nuit... Il fait nuit...


(Ecrit le 2 janvier 2016.)

lundi 22 novembre 2010

Vingt ans et quelque...

Seul au loin je m'enfuis, seul au loin je m'enfuis
Je me cache de la vie, je me cache sous la pluie
Les amis sont rangés casés effacés oubliés
La famille n'en finira plus de s'éparpiller...

Souvenirs des années de jeunesse et d'errance
Les années de fol espoir et d'ennui infini
Quelques photos égarées dans le grenier immense
Où croupissent les cartons de nos sourires jaunis

Je ne saurais plus évoquer la fuite du temps
J'ai perdu jusqu'à l'inspiration maladive
Ces folles nuits d'ivresse ces matins aux relents
D'une culpabilité douce amère inactive

Home sweet home : j'imaginais le désespoir pour demain
Ma seule ambition était de broyer du noir à jamais
Parce que le malheur me semblait à portée de main
Vingt ans et quelque et heureux désormais

J'ai échoué : je ne suis pas un pauvre erre
Qui seul au loin abandonné de tous désespère
La vie m'a souri je ne l'aurais pas parié oh non
Je suis heureux et amoureux et je m'en demande pardon !


Texte écrit le soir du 19 novembre 2010, en hommage à "Home Sweet Home", un poème écrit à la fin des années 1980 (aux temps de la Néo-Décadence !), ma grande période MADNESS, quand j'imaginais pour moi des lendemains sombres, seul, sans famille, sans amis... J'ai failli réussir !!
Texte écrit en écoutant "Un Fiore Nel Cemento", une reprise italienne par le groupe STATUTO de "Johnny the Horse" (une des plus émouvantes chansons et une des plus belles vidéos de MADNESS, qui date de 1999, et qui raconte le parcours dramatique d'un type qui avait raté totalement sa vie...). Ce morceau est extrait de l'album "30 Years of MADNESS : A 30th Anniversary Tribute", album hommage réalisé par le French-MIS (le fan club français des Maddies) et sorti en 2009 pour les 30 ans des Nutty Boys. Un très beau CD qui comprend une vingtaine de titres de MADNESS revisités par des groupes du monde entier...
Je dédie ce texte :
- à ma compagne, qui m'a redonné le goût de vivre,
- à MADNESS, ce groupe qui m'accompagne depuis fin 1987 (même si à l'époque le groupe avait "splitté"...) et qui est toujours aussi génial en 2010,
- et évidemment à mes copains de l'époque de la Néo-Décadence : s'ils lisent ce texte aujourd'hui, c'est bien la preuve que, finalement, on ne s'est pas (totalement) perdus de vue...


Infos sur cet album :
http://www.amazon.fr/Madness-Tribute-30-Anniversary-Compilation/dp/B002NRBXM2/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1290429900&sr=1-1
et bien sûr :
http://french-mis.be/

A propos de JOHNNY THE HORSE ! [pour moi, une des plus belles chansons et vidéos de MADNESS... Une chanson particulièrement dramatique et gaie en même temps (la spécialité de MADNESS : la noirceur sautillante...), extraite de l'album WONDERFUL sorti en 1999]

La vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=RrQYgZHJb2k

Les paroles :

http://www.metrolyrics.com/johnny-the-horse-lyrics-madness.html

Quelques explications sur l'origine de cette chanson :

http://en.wikipedia.org/wiki/Johnny_the_Horse

Les paroles de la version italienne :

http://www.lyricstime.com/statuto-un-fiore-nel-cemento-lyrics.html

mardi 5 octobre 2010

La nostalgie des jours kakis

Ce poème, que je viens à l'instant d'écrire, m'est venu suite à une conversation ce week-end avec ma compagne quand j'ai réalisé que j'étais en train de lui raconter mes "exploits de trouffion", finissant par "embellir" ce qui ne fut qu'une longue année de ma vie, même si cette année restera définitivement "originale"... En l'écrivant, j'ai pensé à une chanson de BREL que j'apprécie particulièrement : "L'Age idiot"...
La nostalgie des jours kakis
Au fil des jours kakis, la nostalgie toute rabougrie
Quand on s’accroche au plus petit souvenir
A un instant douloureux qu’on a fini par embellir
Histoire de croire qu’on n’a pas raté sa vie

Quand tout devient tellement illusoire
Qu’on finirait par en aimer le désespoir
Tellement l’univers est terne et sans issue
Totalement absurde et dénué de toute vertu

Les pourquoi et les comment n’y changeront rien
Pas même l’amour qu’on peut avoir pour un petit chien
La mort elle-même semble une douce illusion
Un baume pour les plus tendres passions

Vient l’instant d’une rencontre une belle rencontre
Et on se prend à chantonner les mots bleus
Mais le train de la vie n’accepte pas les délais amoureux
En retard ! En retard ! Nous rappelle notre montre

Et l’on se retrouve à regretter ses jours kakis
Le bon vieux temps où qu’on était qu’un pauvre mouton
Bien à l’abri dans sa caserne à boire des canons
Bien à l’écart de la vraie vie…

Accouchement avec douleur...

Mon premier "poème" après des années de silence, écrit en quelques instants alors que je n'arrivais plus rien à écrire depuis de longues années... [C'est peut-être de voir mon pote Johan exposer ses poèmes qui m'a donné envie de "rejouer" le poète... une dernière fois ?]
Accouchement avec douleur

Je suis né un jour que j’aurais pas dû
Je suis né j’étais déjà tout perdu
Je suis né… la belle affaire !
Je suis né même pas tête en l’air

J’ai vécu et je me suis égaré
J’ai vécu sans bien y penser
J’ai vécu j’en ai même pas profité
J’ai vécu et le monde s’est effondré

Je suis mort et je m’en fous
Je suis mort sans même avoir tenu le coup
Je suis mort mais pas vous
Je suis mort je peux dire que j’ai un coup de mou !

mardi 21 novembre 2006

Nuit d'Automne

( Photo prise le 17 novembre 2006 au CDI.)
Nuit d’Automne

Cette nuit l’automne a frappé à ma porte
Et mes prières sont restées lettres mortes…
Hier encore le soleil inondait ma vie de liberté
Et maintenant la lumière est un souvenir égaré…
Le temps est venu des courses sous la pluie
Quand on se presse pour éviter la nuit.
Que n’ai-je su profiter des beaux jours
Pour chanter encore et encore l’amour ?
Passent les heures, passent les mois, je pense à toi
Et dans mon cœur il fait déjà froid.
Bientôt l’hiver et ses petits matins glacés,
Son brouillard et ses souvenirs embués,
Les pas étouffés dans la neige de décembre,
Les larmes refoulées au creux de ma chambre
Et ce stupide espoir qui mine les cœurs
Tandis qu’au dehors toute vie se meurt.
La ronde des saisons emporte nos soucis,
Nos pleurs, nos peurs mais nos rires aussi…
Une nuit, le printemps m’entraînera gentiment
Avec ses promesses de douceur, de bons moments,
Avec à l’horizon le retour inespéré de l’été,
L’innocence retrouvée, et aussi la futilité…
Il ne fait pas encore froid, il fait déjà nuit
Et l’automne résonne de ses mille gouttes de pluie.

Ecrit dans la nuit du 16 au 17 novembre 2006, 4h40 ≈.
Pour C.

lundi 15 mai 2006

Voyage dans les greniers de ma vie...

Ce week-end fut un grand saut temporel pour moi... Je me suis rendu chez mes parents samedi en fin d'après-midi. Souvent les séjours chez mes parents ont tendance sinon à m'angoisser au moins à me rendre anxieux. Vous qui lisez ce blog savez que l'évolution de la maladie de ma mère me préoccupe beaucoup ainsi que le surmenage que cela provoque chez mon père... Je vais pas en faire des tartines... D'abord, c'est réellement personnel ; ensuite, on n'y peut rien sinon essayer de garder la tête hors de l'eau voire même de garder la tête haute.
En tout cas, j'étais donc chez mes parents ce week-end. Et, comme chaque fois que j'y vais, j'ai fait un bond dans le passé... Normal quand on se retrouve dans sa chambre d'enfant et qu'on trouve parmi les affaires tel ou tel objet souvenir d'une époque plus ou moins lointaine... Toutes et tous connaissez ce sentiment qui nous gagne subitement quand on retrouve un objet complètement insignifiant pour toute autre personne et qui appelle en nous mille et mille sensations et émotions... C'est la fameuse Madeleine de Proust comme me l'a rappelé Laurent (également appelé Général Riomous !). Il est aussi des fois où l'on va soi-même à la recherche de son passé dans un but bien précis... C'est de l'archéologie personnelle en quelque sorte...
Ainsi, samedi, j'ai retrouvé dans un des greniers de mes parents mes figurines de La Guerre des Etoiles qui j'avais acquises quand j'étais ado puis jeune adulte... Je les avais achetées entre 1984 et 1990... J'en avais une quarantaine. Je savais que je les avais toujours : on est très conservateurs dans la famille (d'où la surabondance d'affaires entassées... oups !). Par contre, j'avais complètement oublié que je les avais empaquetées individuellement, indiquant pour chaque figurine son nom et les épisodes dans lesquels elle apparaissait... On reconnait là le futur documentaliste (Superdoc forever !!). J'ai donc retrouvé ces figurines samedi. Depuis un moment, je pensais à les récupérer, et le double déclic fut la Convention Star Wars de Cusset et d'aller chez Jean-François, un des acteurs de La Nouvelle Rampe, et de découvrir chez lui dez centaines de figurines de soldats de l'Empire car il est passionné de Napoléon... Après tout, moi aussi, j'ai mes petites figurines et je me devais de les retrouver. Alors, je vais prochainement m'acheter une vitrine et ramener à la vie mes personnages de la saga de George Lucas... Samedi, en fin d'après-midi, il s'en est fallu de peu que je ne mette pas à jouer par terre comme quand j'étais gamin...
Dimanche, autre bond temporel... J'ai retrouvé mon récit de mon séjour à Saint-Bonnet-près-Riom, l'été de mes quinze ans... C'était en 1985. J'avais fait une semaine de camp vidéo avec une douzaine d'autres ados de Moulins. C'était un séjour organisé par la mairie. On avait appris à faire des petits films et un peu de montage. Ce fut surtout une grande école de la vie... Une semaine d'amitié avec ses tensions mais aussi ses moments fabuleux comme souvent ce genre de séjours. Hélas, comme bien souvent également après des rencontres de vacances, je n'ai pas gardé vraiment contact ensuite avec les autres jeunes (depuis, j'ai toujours peur de perdre contact avec les gens que j'aime, une peur panique). Ce séjour fut essentiel pour moi, je dirai même qu'il fut fondateur. C'était le dernier camp auquel je pouvais participer (j'avais franchi la limite d'âge fatidique des 15 ans). Plus tard, trois ans plus tard, j'ai fait des fouilles archéologiques à Larina (dans l'Isère) et retrouvé cet esprit de camaraderie que j'aime tant (je l'ai retrouvé aussi en 1997 au Grand Bal de l'Europe à Gennetines). J'étais pleinement conscient que je quittais le monde de l'enfance. D'ailleurs, dans mon récit transparaît la peur de vieillir et déjà ma volonté de travailler avec des jeunes pour garder le contact avec la jeunesse... Au cours de ce camp, j'ai vécu tant de choses... Je crois que je mettrai un jour mon récit en ligne pour les personnes que ça intéresse... Avec le récit, j'ai retrouvé les mots des amis à qui je l'avais fait lire, notamment Fred Thé et Fred de Limoges... C'est réconfortant de savoir que vingt ans après nous sommes toujours amis, malgré les vicissitudes de la vie... Cet été fut vraiment un tournant pour moi. C'était au début de cet été 1985 que j'avais découvert le film "Furyo" qui allait marquer ma vie pour les vingt ans qui suivront. Et c'est lors de ce séjour que Valérie, la monitrice que j'adorais tant, me donna ce surnom qui me suit toujours : Jeff. En retrouvant mon récit, j'ai aussi retrouvé les photos du séjour... Les photos de quand j'avais quinze ans... J'étais plutôt pas mal, très grand... par rapport aux autres... ils avaient tous deux ans de moins que moi et surtout j'avais grandi très vite... depuis, tout le monde m'a rattrapé et même doublé. J'avais des abdos et les cheveux blonds en brosse. Quand je revois ces photos, ça me donne la pêche pour continuer mon régime entamé avant les représentations de "Un Fil à la Patte" en décembre. Je ne retrouverai jamais mes quinze ans, évidemment, ce serait absurde et même dangereux... Mais, par contre, en se retrouvant soi-même, on apprend à s'accepter (je n'irai jusqu'à dire s'aimer car pour moi c'est assez inconcevable), à s'assumer et à continuer à vivre... Je concluerai cette petite réflexion par la citation du moniteur du camp de Saint-Bonnet, citation qui m'accompagne depuis des années et que j'avais même mis en exergue sur ce blog : "Si tu sais d'où vient le vent, va où le vent te mène."
Autres bonds temporels, mais beaucoup plus courts... Ceux que permet ce blog... Je me suis amusé l'autre jour à relire quelques textes écrits au cours des mois précédents, l'occasion de mesurer le chemin parcouru et de sourire à telle colère, telle indignation, tel émoi, qui paraissent avec le recul bien dérisoires... ou au contraire voir combien certains sentiments se révèlent et s'affirment... Mais l'introspection, ça va un moment ! Place à l'action ! Je vais retourner jouer avec mes figurines... Plus sérieusement, je vais commencer à apprendre mon rôle pour "Inspecteur Grey". Nous jouons les 24 et 26 octobre. Mardi dernier, c'était la première lecture. J'ai, personnellement, plus de deux cents lignes à apprendre... Pas mal de boulot en perspective... Quelle joie en tout cas de retrouver La Nouvelle Rampe !
Pour terminer ce message, comme à la télévision on a souvent droit à des rediffusions, je vais faire pareil sur ce blog... Je remets en ligne un texte écrit en décembre et qui avait beaucoup plu alors. Et j'avoue que c'est un des textes dont je suis assez fier. Portez vous bien.

CLEOPATRE

Elle a la grâce et l'élégance d'une danseuse
Son rire est franc et généreux
Son regard est tendre et précieux
Parfois elle est un peu soucieuse
Elle a l'énergie et l'innocence des filles de son âge
Je la soupçonne de ne pas être toujours très sage
Elle est libre et fière et fragile à la fois
Elle a mis mon petit coeur en émoi

Shakespeare l'a dit, la vie est un théâtre,
Elle est ma reine, elle est ma Cléopâtre,
Elle est belle à en damner les anges
Je voudrais lui tresser une couronne de louanges
Un moment avec elle est un instant d'éternité
Elle a la douceur des gentilles soirées d'été
Et le caractère bien trempé qui lui sied tant
Elle ira loin, pas avec moi cependant...

Je ne serai certes jamais ni son Jules ni son César
Pour moi, je le sais, il est déjà trop tard...
J'espère seulement qu'elle comprendra mon poème
Moi qui ne lui dirai jamais je t'aime
Pour ne pas importuner la reine de ma vie
Elle devant qui je me prosterne sans souci
Pour lui offrir mon allégeance éternelle...
La vie est parfois un petit peu cruelle.

jeudi 6 avril 2006

Joyeux Anniversaire, la Néo-Décadence !!!

Eh oui... Joyeux Anniversaire, la Néo-Décadence !!! Aujourd'hui, ce mouvement artistico-culturel (au moins...), né sur les pentes du Vésuve le 6 avril 1988 après moult rasades de Lacrima Christi (les larmes du Christ ! c'est un signe !!), mais qui s'est développé à Moulins puis Clermont-Ferrrand à la fin des Années 1980, ce mouvement donc a dix-huit ans... L'âge de la majorité !!! Bon anniversaire ("un joyeux non anniversaire !!") à tous les Néo-Décadents et tous les néo-Néo-Décadents qui nous ont rejoints par ce blog... qui est, je le rappelle l'organe officiel de la Néo-Décadence... Néo-décadons ! Néo-décadons ! Il en restera toujours quelque chose... Pour rafraîchir la mémoire de celles et ceux qui en auraient bien besoin, je rempublie ci-dessous l'article intitulé "Retour à la Néo-Décadence", paru en septembre 2005 (au tout début de ce blog donc), qui tente de faire un historique de ce courant littéraire qui laissera des traces... dans nos mémoires... et dans nos foies voire nos poumons... sans parler de nos artères. Suite à l'article, vous retrouverez un commentaire et un joli poème de Doctor Freyd (alias Kawasakid : http://kawasakid.blogspot.com ). C'est pas du bonus de qualité, ça ?
A part ça, la Néo-Décadence semble avoir atteint les plus hautes sphères de l'Etat avec la promulgation-non application, nouveauté institutionnelle qui fait suite à la dissolution quand on a une forte majorité à l'Assemblée... Décidément, le duo Chirac-Villepin va nous manquer, ils sont très très forts !! Mais, bon, cette situation prête difficilement à sourire... Reste le constat qu'on a assisté aux premières manifestations qui rassemblent à la fois des jeunes, des salariés et des retraités... C'est, quoi qu'on dise, rassurant sur la solidarité nationale et - qui sait ? - la fraternité (vous savez, ce truc écrit sur les mairies ?...). Maintenant, il faudrait que tout le monde apprenne à dialoguer avant les prises de décisions, qu'il n'y ait plus des psychodrames permanents dès qu'une réforme se met en place, que les réformes ne ressemblent plus à des marches arrières systématiques, mais ce ne sont que des voeux pieux... Comme dit mon copain Johan dans son blog (http://friendsoukaamelott.over-blog.com/article-2286085.html) : on est des Latins, pas des Nordiques, notre pays s'est construit sur une voire des révolutions... C'est vrai. Mais, bon, on ne peut pas couper la tête à tout le monde et démolir un château pour chaque réforme... Remarquez, avec tous les châteaux du Bourbonnais, on peut en faire des révolutions, on a de la marge !!

Mais revenons à la Néo-Décadence !...

Suite à de pressantes demandes, ce blog va devenir l'organe officiel de la Néo-Décadence... Qu'est-ce que la Néo-Décadence ? Une marque non déposée (on aurait peut-être dû la breveter, eu égard aux sites japonais bizarres qui utilisent l'expression...). Un concept créé en 1988 par une bande de Moulinois allumés...Pour mémoire, rappelons les temps héroïques qui précédèrent l'explosion... Au milieu des Années 1980, Fred K. (a.k.a. Thé) et moi-même avions réalisé des petits journaux polycopiés puis photocopiés : "S.L.W." (pour Spielberg Lucas Williams) et "A.C.V." (pour Actualité Ciné Vidéo). En 1985, on a lancé à plusieurs Les Inqualifiables Associés (dont le cri de guerre est "Whooo ! Eh !") qui, comme son nom l'indique, est un concept très lâche... Deux journaux apparurent successivement : "Hebdoburger" puis "Crac ! boum ! U !"... Fin de l'expérience journalistique.1988 vit l'apparition de petits recueils de poèmes dont les auteurs étaient, entre autres, LJK ou Léon-Joseph Kronstadt (moi-même), Doctor Freyd, Druidomaniac, Teddy Boy, Vladimir Le Pendu, etc... etc...
La date de naissance officielle de la Néo-Décadence ? Le 6 avril 1988. Ce jour-là, j'étais à un voyage de documentalistes (eh oui... déjà). Nous étions sur les pentes du Vésuve à déguster le fameux Lacrima Christi (les larmes du Christ : tout un programme), le vin cultivé sur les sols volcaniques... On commençait à partir et on évoquait l'Empire Romain (normal en Italie !!) et la bonne vieille décadence. Je m'exclamai alors qu'il fallait révolutionner la notion de décadence et ne plus regarder en arrière... La Néo-Décadence était née.
Dans les mois qui suivirent, et pendant deux ans environ, nous réalisâmes quelques recueils qui, ma foi, avec le temps, m'apparaissent plutôt bons... On avait du talent, mais aucun n'a continué. Pas grave !
Dix-sept ans plus tard, sur les conseils du Doctor Freyd et de LJK, je me dis qu'il serait une bonne chose de mettre en ligne quelques-uns des textes de jadis, voire également des créations récentes... J'essaierai périodiquement de taper quelques textes et de les publier sur ce blog... J'ai retrouvé dans mes archives une petite nouvelle "La Semaine très ordinaire de Nino R.", rédigée en 1992 par votre serviteur. Ce sera la première mise en ligne...Voilà. La machine est (re)lancée.
Pour conclure, le mot de passe, créé par Jérôme P., suite à un de mes poèmes :
"Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !"...
Tout un programme...
Ah... J'oubliais... C'est quoi, la Néo-Décadence, concrètement ? On pourrait faire notre l'adage suivant : "L'humour noir, c'est la politesse du désespoir"... Nous vénérions Boris VIAN, j'étais fou du groupe MADNESS (le rock, en apparence léger, mais si noir en dedans)... On était fans (déjà) de Star Wars, de quelques bonnes séries british ("Amicalement Vôtre", "Chapeau Melon", "L'Autobus à Impériale"), je découvrais Nino Rota et Fellini (" Le monde est un cirque !"). Surtout, on aimait bien rigoler et picoler et on détestait la déprime gnangnan, les textes à l'eau de rose. On aimait le désespoir, le vrai... Etonnant, non ?!
Commentaire de Kawasakid a.k.a. Dr Freyd...

"Enfin, la Néo-Décadence revient avec un medium digne d'elle... la Toile. Tel un phenix, la Néo-Décadence qui était morte renait en une E-Néo-Décadence qui j'en suis sûr, imprègnera, illuminera le 21ème siècle de ses principes fondateurs. Pour fêter cet évènement et en souligner le caractère fondateur, et aussi parce que je suis en verve, je vous livre ce poème inédit, composé pour la circonstance. Soyons fous, soyons motards, soyons Néo-Décadents."
L'Hymne à l'Arsouille
J'irai frotter du cale-pieds
Sur les départementales,
Puis essorer d'la poignée
Plus loin sur les nationales.
Tant pis si j'me fais flasher
Pour mon allure anormale,
Faudra courrir pour m'attraper,
Je fonce comme un animal.
J'ai qu'une envie c'est rouler,
C'est du bonheur, c'est d'la balle.
Tout c'que j'veux c'est arsouiller,
Mais à un rythme infernal.
J'vois l'paysage défiler,
A l'abri sous l'intégral.
J'sens la vitesse me griser,
Le moteur chante, un régal.
Et les virages de s'enchainer,
Mon coeur et le moteur s'emballent,
Il faut s'y jeter, déhancher,
La trajectoire c'est vital.
Je sens les chevaux cavaler,
Je suis au régime idéal,
Mais lorsqu'ils vont débouler,
Alors ce sera du brutal.
Oh, ça peut mal se terminer,
A pied ou bien à l'hopital,
Qu'importe tant qu'on peut rouler,
Et que l'on ne s'est pas fait mal.
Et puis s'il faut un jour tomber,
Tans pis si cela est fatal.
La balade doit s'achever
Mais pas sur un destin banal...
NB : arsouiller, dans le jargon motard, consiste à faire une promenade entre amis, en général sur des routes viroleuses et à vitesse élevée... à ne pas confondre avec s'arsouiller, pratique à laquelle se livrent les survivants dans le premier bistrot à l'issue de ladite balade...[mercredi, septembre 21, 2005 2:00:23 PM]

jeudi 26 janvier 2006

La Mort

Enfin,
La fin !
J’ai attendu longtemps
Ce fatal instant.
Certaines gens disent : « l’amour,
Toujours. »
Moi, je pense d’abord
A la mort.
Un jour, la vie
Sera… finie,
Pour vous, pour moi, pour nous.
La mort est partout,
Nous entourant,
Nous torturant sans répit,
Nous soufflant méchamment :
« La vie est partie ! »
Non, pourrai-je dire.
La mort fait partie
De la vie.
Et cela me fait rire
De voir tant de gens avoir peur
De ce qui n’est… qu’un leurre.


(Ecrit en 1984)

House Decadence (Samedi soir ordinaire)

Rythme qui se déchaîne
Et alcool qui nous enchaîne…
Quelques verres plus tard,
Quelques vers plus tard :
Où sommes-nous en ce moment ?
Où sommes-nous en ce moment ?
Garçon qui sort de la boîte
Pour une drogue quelconque absorber,
Fille qui rentre dans la boîte
Pour vulgairement se faire baiser.
Sur la piste ils se trémoussent
Et violemment se repoussent.
La musique est au maximum
Tandis que j’avale vite mon rhum.
A côté de moi, un copain mort
Mais je crois encore qu’il dort :
Il a bu vodka, gin et whisky
Croyant pouvoir mieux vivre ainsi.
Je roule un autre joint
Et j’y prends beaucoup de soin :
« Passe m’en un peu ! » me demande-t-on
Et j’accepte, altruiste, la proposition.
Nous avons fait la tournée des bars
Et y sommes restés fort tard.
Concours : celui qui boira le plus…
Concours : celle qui baisera le plus…
Et je danse comme un fou,
Et je me jette partout,
Et je me sens bien :
Je peux dormir enfin…



(Texte écrit en décembre 1988… En le relisant je suis étonné de mes propres mots qui décrivent tellement certaines soirées d’aujourd’hui… A l’époque, j’avais joué sur l’exagération et mes propres fantasmes – les personnes qui me connaissent savent mon aversion pour le cannabis et une certaine gêne face à tout ce qui concerne le sexe -… Quelques années plus tard, au regard de mes souvenirs persos et des conversations que je peux avoir, ce texte n’est qu’un vague reflet des samedis soirs ordinaires… Bizarre.)

Home Sweet Home

Dans notre charmante petite maison
Nous organisions des batailles d’édredons.
Non, nous ne voulions pas nous enfuir,
Nous qui emplissions les couloirs de nos rires.
Derrière la maison, un jardin.
Dedans ? Trois pommiers et un sapin.
Sous la véranda, en été, l’air était frais…
Il faisait bon s’y reposer et… s’y chamailler.
En hiver, dans un brouillard épais,
Nous patinions sur l’étang gelé.
Devant la maison, à la « queue leu leu »,
Nous faisions le train… Nous étions heureux !
Maman criait : elle voulait se reposer ;
Papa aussi : il n’arrivait pas à se concentrer.
Ils n’étaient pas méchants… non ! pas du tout !
Le soir, avec nous, ils faisaient les fous.
Parents morts, frères et sœurs au loin partis ;
Maison en ruine, seul au loin je m’enfuis.


(Poème écrit au printemps 1988)

jeudi 19 janvier 2006

Le quintette des désespérés Néo-Décadents

Ah ! Un titre ronflant comme je les aime... Remarquez, "Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band", c'était pas mal... ou " The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars"... Je place la barre haute aujourd'hui ! Enfin, bon, juste une petite introduction aux textes qui suivent : cinq petits poèmes malhabiles écrits le soir du 17 janvier... il semble que j'étais inspiré ce jour-là...


La Comédie de la Vie (thanks to Paolo Conte...)

C'est la comédie, la comédie d'amour,
La comédie d'un jour, un jour de ta vie,
Un clin d'oeil, le monde est un cirque,
Un cirque à la Fellini avec des clowns tristes
Qui vous entraînent dans un manège infernal
Comme une folle danse, un dernier râle
Avant de retrouver Dieu le Père,
De saluer notre Créateur Sévère,
Et de tirer notre révérence
Comme une dernière réjouissance...
La vie est une comédie, au scénarion facile,
Une tragédie douteuse, à la campagne ou en ville,
Une bluette vaseuse ou une histoire bêton,
En tout cas, sûr, c'est jamais très bon !
Clair, y a des silences, des flash backs incongrus
Et ça manque tellement de scène de nus,
Comme un de ces pornos bien croustillants
Qu'on n'a jamais vus même en rêves, même en rêves,
Un de ces films d'actions qu'on aimait, petits enfants,
Avant que d'être titillés par l'appel de la sève.
Amis ! Reprenez un peu de vin et laissez moi mourir
Avant que je ne pousse bêtement mon dernier soupir.
Trinquons aux amours passées et aux rires engloutis...
Y a pas à dire : sacrée saloperie, la vie !!


NATURALLY (thanks to Huey Lewis)

Un petit tour au coeur de nulle part,
Un petit matin avec des oeufs au lard,
Une brume qui embrase mon gentil petit village,
Un de ces endroits où on vit peinard sur son nuage...
Et voilà que le monde se rappelle à vous...
Et voilà que les infos arrivent de partout...
Et tant pis si la quiétude des lieux aura à en souffrir
Puisque - on le sait bien - on va tous un jour mourir.
Peut-être renaîtrons-nous dans un corps éternel
Mais cela ne me consolera pas du départ de celle
Qui a illuminé ces petits matins embrumés,
Qui a ensoleillé le village des âmes égarées.
A quoi bon le bonheur quand on a toujours peur ?
A quoi bon les fleurs quand on n'est pas à l'heure ?
A quoi bon le train de treize heures quand il est midi ?
A quoi bon un sandwich jambon beurre quand on préfère les ravioli ?
A quoi bon ? A quoi bon ?
A quoi bon ? A quoi bon ?
Et je me réfugie dans les rengaines du passé
Et je reparle vainement du Ciel Parfumé
Et je rêve encore et encore d'un Eternel Eté
Et voilà la conclusion d'un autre poème raté...


Compte à rebours
(thanks to Manhattan Transfer, "Chanson d'Amour")

Nostalgie... Encore et toujours... Caresse du Passé...
Ce Passé qui m'enivre et me délivre chaque été...
Je fais le serment de brûler toutes ces photos
Et de ne plus pleurer le matin au bord de l'eau
Mais je sais aussi que j'aime trop les souvenirs
Même si je dois pour cela une fois encore partir
Et creuser le trou qui m'engloutira bientôt
Le trou où on ne sera jamais de trop
Pour se rappeler les bons moments
Les rires de quand on était enfants
Les fantaisies d'une bande d'adolescents
Voire les extases de jeunes et sportifs amants...
Dans la prison de mon âme je crie en vain
Que je crois que tout ira mieux demain
Que la vie est une merveilleuse aventure
Que j'ai toujours le coeur pur...
Et pourtant ! Et pourtant ! Nul espoir !
Et pourtant ! Et pourtant ! Tout est noir !
Une dernière étreinte avant de quitter cette vie,
Une dernière fête avec tous mes bons amis...
Bientôt nous ne serons plus que poussière,
Nous pourrirons bouffés par les vers,
Il ne sera plus temps de boire une dernière bière.
Quand nous serons morts, de quoi aurons-nous l'air ?!


Mes mots bleus

Indifférence
Absence
Silence
Enfance
Amour
Toujours
D'accord
J'adore
Je t'aime !
Tu m'aimes ?
Retour
Détour
Bleu
Heureux
Malheureux
Deux
Conséquence
Innocence
Corsitude
Certitude
Elle me sourit
Je l'aime pour la vie
Indifférence
Reconnaissance
Turpitude
Solitude
C'est fini
C'est fini


15 Ans (thanks to "Lying Eyes")

Retrouver l'innocence de mes quinze ans
Quand j'écrivais des poèmes d'amour sincères
Retrouver la pureté de ma vie d'avant
Quand je ne prononçais pas de paroles en l'air
Mais le temps a passé et j'ai engraissé
Mon coeur s'est englué et mon idéal s'est évaporé
Le cynisme a conquis le monde
La planète a un goût immonde
L'enfance est un Eldorado inaccessible
Même l'espoir de paix est devenu risible
On ne peut plus dire je t'aime sans penser à mal
On a tous un masque et pourtant c'est pas carnaval
Une bouteille d'alcool est un refuge bien illusoire
On radote et on ne démarre jamais une autre histoire

Où est-il le temps où je parcourais la campagne à vélo
En quête d'un peu de bonheur mais pas de trop
Quand on se réjouissait autour d'un feu de camp
Quand on jouait à ne jamais devenir grands
Parce qu'on savait qu'après quinze ans tout est fini
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
On a beau en faire le tour on en mesure l'absence
Quand tout espoir de retour en arrière s'est enfui
On attend de mourir on pense à nos carrières
On fait des enfants pour ne pas revenir en arrière
On construit une belle maison histoire de se rassurer
On prépare la retraite et de jolis voyages en été
Comme c'est moche de renier son passé et d'en être fier
Comme c'est nul de garder en soi les souvenirs d'hier

Urbanisme éclairé

Ville tentaculaire qui nous emprisonne à jamais,
Ville majestueuse évoquée par les poètes maudits,
Ville frontière que nul n’a osé franchir,
Ville lumière où tout est possible sauf le reste,
Ville insensée jadis appréciée par nous tous,
Ville fantôme tout emplie de tes souvenirs,
Ville exotique dont on ne se défait point,
Ville monotone parmi les autres : celle où je vis…



(Poème écrit, c’est précis, le 1er juin 1989, dans le train – que je prenais alors chaque jour – entre Clermont-Fd et Moulins en écoutant le Remix P4F – Propagande for Frankie - : Relax/P. Machinery ; en ce temps-là, mon cœur balançait entre Isabelle et Nathalie, une époque à la fois exaltante et terrible quand on aime deux êtres et surtout que l’on est aimé des deux à la fois… oups ! je ne souhaite cette situation à personne !!)
A posteriori, je dédie ce texte à : Johan, étudiant en urbanisme, qu'il nous fasse des villes un peu plus humaines ; à tous les jeunes de banlieue qui vivent dans des cages à lapins que de vieux urbanistes hallucinés ont appelé des ensembles urbains ; à tous les fans de science-fiction : je pense aux "Monades urbaines" de Robert Silverberg et, bien sûr, à la Coruscant de Star Wars...

mardi 17 janvier 2006

Cointreau n'en faut...

Samedi dernier, étrange soirée... Je m'ennuyais seul dans ma chambre chez mes parents. Envie de sortir mais pas d'opportunité et, de toute façon, j'étais fatigué suite à ma jolie virée de la veille... Envie de boire un truc fort qui vous emmène vite dans les étoiles et pas de la petite bière (d'ailleurs, je ne bois plus de bière). Je découvre une bouteille de Cointreau. Pas mauvais. Sucré mais costaud. Une bonne liqueur aux agrumes (et les agrumes, c'est bon !). Cette bouteille m'a inspiré deux textes maladroits que j'ai d'abord hésité à mettre en ligne mais je le fais finalement car ils résument mon état d'esprit ce fameux samedi soir, 14 janvier 2006... Quant à la bouteille de Cointreau, elle va bien, merci pour elle. Je n'ai fait que l'effleurer. L'avantage d'une liqueur c'est que très vite elle écoeure... Joli !


Rencontre du Troisième Trip...

O la vie ! La vie ! Quand tout est si difficile,
Que l'existence ne tient plus qu'à un fil,
Un brouillard épais vous empêche de voir clair
Et l'on ne croit plus alors même aux paroles en l'air.
Sans amis, sans soucis, sans vie, partir...
Crever dans son coin pour ne jamais revenir...
S'effondrer parce que même les certitudes sont trompeuses
Et croiser soudain le regard incertain d'une fée
Qui va bouleverser jusqu'au tréfond de votre passé...
Saurai-je lui redonner le sourire ? la rendre heureuse ?
L'espace d'un instant on imagine n'importe quoi
Et mystérieusement on a envie de danser sur les toits
De clamer que tout est possible, que le monde est beau
Et que finalement tous les malheurs sont de trop.
On se dit que le culte de la déprime est dérisoire
Et que c'est marre d'adorer broyer du noir
Pour se donner un genre, pour faire comme les autres...
Sûr ! J'ai plus envie d'être du désespoir l'apôtre !
Je veux danser, rire et chanter et me soûler
Et surtout ne plus jamais jouer les égarés,
Retrouver la vie, la vie qui court dans mes veines
Pour ne plus dormir, ne plus être à la traîne.


Credo

J'ai dormi pendant dix ans, peut-être plus, en tout cas trop...
Je crois bien que j'ai beaucoup de réveil en retard !
J'ai plus envie d'être tranquille, d'être peinard !
Je me lève toujours trop tard et me couche toujours trop tôt !
Comme dirait le grand Boris, il y a tant... oui, tant...
Tant de choses à voir, à voir et à zentendre...
Tous ces amis que je n'ai pas pris le temps de comprendre
Parce que je pleurais sur le monde de quand j'étais enfant
Et que je ressassais les fantômes d'un passé révolu.
Je dois à tout prix regagner tous les moments perdus.
Le compte à rebours est commencé, chaque jour compte :
Ignorer que la fin est proche serait une honte !
Faire de sa vie une merveilleuse aventure, voilà le défi,
Le vrai challenge que je me répète à l'envi.
Ecrire enfin le roman qui apaisera ton coeur
Et ta merveilleuse et courageuse quête du bonheur.
T'offrir un peu de rêve dans un monde gris
Et tant pis si ce ne sont que quelques mots... Tant pis !
Ce soir, je reprends part au festin de la vie.

N.B. : quand j'écris que le compte à rebours est entamé, je suis sérieux... J'ai bientôt 36 ans, j'ai fait la premère moitié de ma vie, c'est statistique... En plus, je bois et je fume... De toute façon, j'ai pas forcément envie de m'attarder dans une maison de retraite en soins intensifs (en plus, j'aurai pas d'enfants pour me rendre visite !!)... Alors, faut que je me dépêche d'en profiter tant qu'il est temps...

lundi 16 janvier 2006

Les Copains

Comme je l'avais fait il y a quelques semaines avec le poème sur Moulins, je me permets de remettre en ligne un texte déjà publié sur ce blog au moment de sa création (en septembre 2005). Ce texte, hymne officiel de la Néo-Décadence, fut rédigé en mars 1988 alors que j'écoutais intensivement les chansons de Madness. Je ne suis pas toujours très fier de mes textes, loin de là ! Celui-ci fait exception. Non seulement j'en suis fier mais c'est mon texte préféré et le seul que je connaisse par coeur. Il n'a pas de titre. Comme il en fallait un pour publier l'article, j'ai mis "Les Copains" mais c'est très imparfait voire incorrect... Mais assez causé.

Une bande de copains
Qui s'entendait bien.
Accident de voiture à cause d'un verre de trop,
Le deuxième n'a jamais eu de pot,
Le troisième est mort à la guerre,
Le quatrième est aujourd'hui milliardaire,
Le cinquième ? Il s'est suicidé :
Plaqué par sa " bien-aimée ".
Le sixième est aujourd'hui docteur
Et le septième ? Il recherche le bonheur :
Dîtes lui qu'il ne le trouvera pas !
Tralalala ! Tralalalala !
Chacun de son côté est parti,
Chacun à sa façon a trahi.
Hop ! La vie continue :
Il y a toujours du monde dans la rue.
Sept jeunes, lunettes noires,
Chantent, pleins d'espoir.
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Sept copains qui déliraient tout le temps…
Sept copains qui voulaient rester enfants…




J.-François Peres, mars 1988

lundi 9 janvier 2006

CORSICA


Quand l'euphorie des représentations et l'excitation du déménagement sont retombées, quand j'ai retrouvé le quotidien de ma vie, une vérité s'est affirmée à moi... Quand j'ai appris que le poste de documentaliste au collège du Cap était toujours vacant, après avoir reçu les voeux de mes amis de Luri et de Bastia... En retrouvant les petites disputes familiales et les vexations familiales ou amicales après la douceur des fêtes de fin d'année... Quand se sont dissipées les illusions d'amitiés ou les vapeurs de soirées à refaire le monde quand on croit que tout est possible... Bref, je me suis réveillé. Chacun et chacune est retourné dans son univers et parmi les siens. Elle était finie l'alchimie des rencontres improbables et merveilleuses, et c'est dans l'ordre des choses (comme j'aime pas cette idée d'ordre des choses !!). Une évidence s'est alors à moi imposée : le Cap Corse me manque, cruellement, physiquement. C'est aussi pour cela que je repousse sans cesse mon voyage en Corse, de peur de ne plus vouloir repartir ou plutôt revenir ou je ne sais pas. La nuit, je rêve de la petite route qui mène de Bastia au bout du Cap, cette route maintes et maintes fois empruntée. Je me rappelle chaque jour des visages de mes élèves, de mes collègues, de mes amis, les odeurs du maquis, le vent qui souffle si fort, la mer tiède, les rires, les larmes aussi, et cette langue corse si vivante et si colorée... Un jour, je ne sais pas quand ni comment, je reviendrai. Pour toujours. J'en ai assez des faux semblants de la modération et de la campagne paisible. Qu'elles me manquent ces côtes déchirées à l'histoire tourmentée. Petit texte maladroit pour exprimer mon amour infini du Cap Corse, l'Isula di l'Isula...

La Corse me manque et c'est peu de le dire !...
Souvent je rêve de là-bas, souvent, souvent,
Et parfois même - je l'avoue - je délire...
Je prends le bateau comme quand j'étais petit enfant...
Je retrouve les parfums du maquis après la pluie
Les promenades au bord de l'eau, la vie sans souci...
Sûr ! Loin de la Grande Bleue, comme je m'ennuie
Et je pleure - secrètement - les souvenirs enfouis...
" Dieu et la Corse ! " disait mon grand-père...
Il avait bien raison et je traîne mon exil
En repensant à ces mille paysage, à ce grand air
Tandis que j'arpente les rues d'une morne ville...
Parfois je me demande bien ce que je fais sur le Continent :
Dieu ! Que j'aimerais reprendre le bateau
Et retrouver la Liberté, et retrouver mon âme d'enfant,
Ce pays où, miraculeusement, tout est plus beau.
Un jour viendra, j'en suis sûr, où je repartirai...
Et, alors, sûr !, je ne reviendrai jamais !!
Et je retournerai là-bas, dans ce pays merveilleux,
Et tant pis pour tous les fâcheux qui n'ont rien compris.
La Corse, c'est toute ma vie, c'est toute ma vie !
J'aime parfois des femmes mais elles me rendent toujours malheureux.
L'Ile de mes ancêtres m'appelle et m'ensorcelle
A elle seule je serai toujours et toujours fidèle.

(Nuit du 6 au 7 janvier 2006.)

En relisant, deux jours après, ce petit texte, je sais déjà que ce ne sont que voeux pieux. Je ne repartirai pas, pas cette fois, hélas. Pourtant, l'envie ne manque pas. Les déceptions sentimentales, les propos désobligeants de la famille (comme quoi mon père et moi on ne s'occupe pas de ma mère ou en tout cas pas bien... alors qu'on est les seuls présents), l'absence d'évolution de carrière (ça, c'est une caractéristique de l'Education nationale : une fois qu'on a le concours, on n'a aucune perspective de carrière sauf à changer de métier et on gravit les échelons petitement qu'on soit un prof motivé ou un feignant qui s'en fout), bref, plein de choses qui font que si ce n'était que de moi, je repartirais demain matin ou même ce soir... Mais ma mère est malade et mon père est fatigué et, maintenant que j'ai pris la décision de rentrer, il faut que je l'assume. Assumer. Devenir adulte. Pendant quelques semaines, le théâtre m'a donné l'illusion d'être à nouveau jeune. J'ai eu un peu la tête qui tourne. C'est passé. Hélas. Tant mieux. Il n'est pas bon d'avoir des illusions trop longtemps.

Mon ultime souvenir de la Corse, c'était l'après-midi de mon départ. A midi, nous avions déjeuné à une dizaine à Piazza (le hameau principal de Luri où se trouvent le collège et les commerces) pour marquer ce dernier jour... "Mon dernier Repas" comme le chantait Brel... Il y avait Soleiman (ancien élève), Gilles (collègue d'Histoire), Jean-Michel (collègue d'Histoire), Aline (collègue de Latin) et son compagnon, Patrice, Elizabeth Mazzieri (ma Principale) et son mari. Patricia (collègue d'Italien) et Ange-François (apiculteur qui travaille à l'Association Cap Vert) étaient passés me saluer. Et Pierrette Pajanacci (mon ex principale) m'avait offert un petit bijou : la Corse stylisée, en or... Je le porte depuis ce jour à mon cou. Puis ultime tour à Castellu : adieu à ma maison et à mon petit village où j'avais vécu quatre ans et demi. Descente vers Bastia en convoi. A Pietracorbara, Soleiman nous quitte. J'arrive à Bastia, escorté par Gilles et Jean-Michel. Sur le port, j'ai la joie de voir Maria (collègue de Français) qui est finalement venue me saluer. Maria, ce n'est plus un secret pour personne, j'avais eu un fort sentiment pour elle. Le temps était passé mais j'étais fou de joie qu'elle ait pu venir. Au contrôle de tickets, c'est Cathy qui s'occupe de verifier mes titres d'embarquement. Elle avait été emploi jeune à l'école primaire de Luri et travaillait maintenant à la CMN. Je garderai toute ma vie cette image de Gilles, Maria, Jean-Michel, tous trois avec les lunettes noires (on était fin août!), me saluant tandis qu'avec ma voiture (ma bonne vieille R19 qui a rendu l'âme cet hiver... elle ne supportait plus le froid de l'Allier !...) je partais vers le bateau qui m'emmenait loin de la Corse. Je n'avais plus de pellicule photo, je n'ai pu immortaliser l'instant. Il reste gravé dans mon coeur... Une fois à bord, tandis que je voyais le soleil se coucher sur le Cap, j'ai appelé mon ami Thé et envoyé moult SMS à plusieurs amis du Cap... Le lendemain soir, je déposais mes affaires à Deux-Chaises et j'allais dormir chez mes parents à Moulins avant de me présenter le surlendemain au Collège de Tronget.

C'est la première fois que je prends la peine de reparler de tout ça. Je ne sais vraiment pas quand je repasserai en Corse. Avec mes frais de déménagement, même un séjour cet été commence à être compromis... Quant à un retour définitif, c'est un rêve lointain. Mais, après tout, comme conclue Spielberg à la fin de "A.I.", on finit toujours par retourner au pays où naissent les rêves... Where Dreams are born... De toute façon, tant que je n'ai pas d'attaches sentimentales (et je suis pas parti pour en avoir en aimant soit des femmes plus âgées qui ne veulent pas refaire leur vie soit des jeunes qui n'ont pas commencé de la faire...), tout est possible. D'ici là, il me restera les rêves...

Puisqu'il est encore temps, je vous renouvelle à toutes et tous, amis de Corse, amis du Continent, mes meilleurs voeux pour 2006. L'occasion de vous redire : PACE E SALUTE ! Dans un précédent texte, où je parlais de mon grand-père paternel, je rappelais qu'il était né sur un bateau. C'est peut-être pour ça que j'ai l'impression de vivre entre deux eaux... Et, du côté maternel, c'était aussi la bougeotte... puisque mon grand-père, originaire du Nord de la France, avait d'abord gagné Clermont-Ferrand pendant la guerre puis le Maroc (où ma mère est née) avant de faire la campagne d'Italie puis de sillonner le monde comme chef d'établissement, Vénézuela, Cambodge, Antilles, avant d'aller passer sa retraite à Menton...

Portez-vous bien et j'espère à une prochaine.

lundi 12 décembre 2005

Trois fois moi...

Trois petits textes sans prétention (et non pas trois petites notes de musique) écrits dans la soirée de samedi 10 décembre, pour tromper mon ennui, tuer le temps et combattre mon anxiété... Soyez cléments, ces textes ne sont pas très bien ficelés. Ne soyez pas curieux, ces textes ne sont pas des clés sur mon état actuel et sur ma vie privée. Les évidences sont parfois trompeuses et on peut très bien écrire sans penser seulement à soi... Heureusement d'ailleurs !...


SAMEDI SOIR


Le compte à rebours est enclenché
Pourtant ma vie ne fait que commencer
Je me jette à corps perdu dans ma désespérance
Comme tant d'autres cultivent si bien l'art du silence

La nuit envahit progressivement la ville
Laissant place aux appêtits les plus vils
Les corps s'échangent les coeurs s'estompent
Et les couples se trompent et se rompent

Les suicides deviennent une délivrance
Le culte du corps a tué l'innocence
Les femmes s'oublient les hommes s'ennuient
et je m'enfuis tout seul sous la pluie


***


CLEOPATRE

Elle a la grâce et l'élégance d'une danseuse
Son rire est franc et généreux
Son regard est tendre et précieux
Parfois elle est un peu soucieuse
Elle a l'énergie et l'innocence des filles de son âge
Je la soupçonne de ne pas être toujours très sage
Elle est libre et fière et fragile à la fois
Elle a mis mon petit coeur en émoi

Shakespeare l'a dit, la vie est un théâtre,
Elle est ma reine, elle est ma Cléopâtre,
Elle est belle à en damner les anges
Je voudrais lui tresser une couronne de louanges
Un moment avec elle est un instant d'éternité
Elle a la douceur des gentilles soirées d'été
Et le caractère bien trempé qui lui sied tant
Elle ira loin, pas avec moi cependant...

Je ne serai certes jamais ni son Jules ni son César
Pour moi, je le sais, il est déjà trop tard...
J'espère seulement qu'elle comprendra mon poème
Moi qui ne lui dirai jamais je t'aime
Pour ne pas importuner la reine de ma vie
Elle devant qui je me prosterne sans souci
Pour lui offrir mon allégeance éternelle...
La vie est parfois un petit peu cruelle.


***


NOSTALGIE ? NON MERCI !...
Je suis amoureux à toute époque
Je suis malheureux à toute époque
J'ai la nostalgie à toute époque
Je m'en fous à toute époque

La vie vient la vie va et c'est comme ça :
Tralalalala ! Tralalalala !
Sûr ! On va pas en faire un plat
Car ça durera ainsi jusqu'au trépas

Une jolie chanson toujours la même
Une jolie chanson tellement différente
Et cette fille à qui je dis je t'aime
Et cette fille toujours tellement absente

Les années de service sans souci
L'uniforme des bons amis
Le footing et la bière à flot
Histoire d'en avoir jamais trop

C'est marre ! Les fantômes du passé
C'est marre ! Les cliquetis de l'été
C'est marre ! Les histoires d'amour
C'est marre ! Le monde et ses alentours

On balance entre sexe et abstinence
On balance entre vieillesse et enfance
On balance et on s'en balance
On balance et on s'en balance




Voilà... En écrivant ces textes alors que je passais la soirée chez mes parents, je pensais particulièrement à une chanson qui me hante et m'accompagne en ce moment (comme ces dernières semaines m'ont accompagné la B.O. de "Local Hero" - merci Johan ! - puis celle de "Furyo" puis le deuxième album de Pink Martini)... Cette chanson c'est "Jealous Guy", le fameux tube de Lennon, mais la version par Roxy Music avec la voix sublime de Brian Ferry. Cette chanson me résume tellement bien... Souvenez-vous mon poème portrait, que j'avais écrit à l'âge de 19 ans, et que j'ai mis sur ce blog en octobre ("Un peu de moi-même") : "Infidélité et jalousie, démons qui m'habitez". Je suis d'un naturel terriblement jaloux, par manque de confiance problablement, dans les autres et dans moi-même... Alors, pour m'améliorer, pour combattre ce penchant fâcheux et destructeur, je me remémore la fin du superbe film "Manhattan", quand une jeune fille, sur le point de partir six mois en Europe, dit à l'alors quarantenaire Woody Allen : "Il faut savoir faire confiance aux gens tout de même". Faire confiance. Vaste programme...

jeudi 1 décembre 2005

Moulins mon Amour

Pour la première fois, je me permets de republier un texte déjà publié sur ce blog... Un poème que j'ai écrit il y a quatre ans (très exactement dans la nuit du 9 au 10 janvier 2001). A l'époque je vivais à Luri dans le Cap Corse et mon cher Bourbonnais me manquait, notamment Moulins... Eh oui ! On peut aimer le Bourbonnais et je suis loin d'être le seul dans ce cas !... J'en parlais encore hier avec une amie : notre petite ville, on y est attachés, on sait pas trop pourquoi, c'est comme ça... Pourquoi je republie ce texte (comme j'en republierai peut-être deux ou trois autres, des poèmes) ? Parce que je l'avais mis en ligne à la création de ce blog et que, à l'époque, peu de monde le lisait (vous êtes, semble-t-il, un peu plus nombreux maintenant). En outre, cette fois-ci, il est agrémenté d'une vue que j'adore (photo prise par Johan en novembre 2004), l'arrivée sur Moulins, quand on est encore de l'autre côté du Pont Régemortes... Le titre et le leitmotiv de ce texte est inspiré de la chanson phare de "Moulin rouge" (qui fut d'abord un film avec Gabin avant d'être une comédie musicale de Baz Luhrmann - le réalisateur de "Roméo + Juliette" avec Claire Danes et Léonardo di Caprio, film que j'aime particulièrement -) et avait servi dans un spectacle sur l'histoire de Moulins et présenté fin 1998 au théâtre de Moulins. Philippe Vérillaud était le metteur en scène de ce spectacle dans lequel j'étais un petit figurant... Mais place au texte...


MOULINS MON AMOUR...

Moulins, mon Amour, restons sous ton aile !
Tu seras toujours dans nos coeurs la plus belle !
Moulins, gentille cité de mon enfance...
Moulins, en toi j’ai connu mes seules romances.
Tranquille capitale du Bourbonnais :
Sois sûre que je ne t’oublierai jamais !
Petite ville paisible et sans histoire.Tellement sans histoire qu’on n’y fait rien le soir !
Pourtant, tu m’as vu grandir
Et tu nous as tous regardés partir
Vers d’autres cieux bien plus merveilleux
Mais nulle part ailleurs nous ne retrouverons
Ce petit rien qui nous habite à déraison
Et si à force de vieillir nous serons vieux
Ce ne sera pas sans venir un jour te revoir,
Histoire de Moulins, histoire de rien, histoire...Car nous sommes un peu de toi
Et même si cela ne va pas de soi
Au fond nous te sommes tous reconnaissants
Même si nous avons tous foutu le camp !

lundi 28 novembre 2005

Alexandrins maladroits

Je voudrais t'écrire le plus beau poème d'amour
Que nous soyons réunis encore et toujours
Enfin partager avec toi le quotidien
Pour nous réjouir ensemble de tous ces petits riens
Qui font le bonheur des gens que l'on dit heureux
Tous ceux qui savent se contenter d'un petit peu

Une lumière au coeur de la nuit et tout va bien
Retrouver le plaisir d'attendre jusqu'à demain
Et ne plus jamais se dire que tout a une fin
Car je sais que toujours et toujours l'aube revient
L'espoir de goûter enfin à l'Eternité
Et - qui sait ? - t'aimer avant le prochain été

L'hiver sera long et rigoureux mais tant pis
Je voudrais vivre avec toi le reste de ma vie
Tu m'as donné la force de devenir meilleur
Oh ! Rester avec toi encore une petite heure
Et oublier l'angoisse qui m'étreint et me tue
Sans toi je ne suis qu'un petit enfant perdu

Demain bien sûr je retrouverai mes esprits
Et je réaliserai que c'est une folie
Mais tant pis je ne vois pas plus loin que ce soir
Eh oui je m'accroche à cet indicible espoir
Car je voudrais goûter de la vie toute la sève
Et pourtant je sais bien que tout ça n'est qu'un rêve

Te rencontrer était pour moi inespéré
Le miracle de la vie s'est donc réalisé
Quand tout paraît inexplicablement plus beau
Et qu'on se sent léger comme un petit oiseau
Oui l'amour donne des ailes je peux en témoigner
Au risque de passer pour un rêveur attardé

Allons bon il se fait tard je dois m'en aller
Sur cette romance sans lendemain m'éclipser
Et retrouver le quotidien de mes soucis
Espérons quand même que nous resterons amis
Et pardon pour ces alexandrins maladroits
Qui ne sont décidément pas dignes de toi.


(Ecrit dans la nuit du 25 au 26 novembre 2005.)

Quelques explications...
Ce texte est dédié à une certaine demoiselle, la même à qui j'avais dédié "Can't take my Eyes off You"... A ce propos, j'ai découvert hier soir le film "Les Sentiments" avec notamment Jean-Pierre Bacri, très touchant, qui a une phrase qui me résume bien : "je suis gros, moche, vieux et con"... Situation relativement embêtante et qui ne s'arrange pas avec l'âge... Pourquoi je cite ce film, par ailleurs belle chronique sentimentale d'un cinquentenaire qui tombe amoureux d'une jeune femme (Isabelle Carré) et délaisse sa femme (Nathalie Baye dont je suis amoureux depuis que j'ai dix ans !!) ? Parce que, à plusieurs reprises, on y écoute la fabuleuse chanson "Can't take my Eyes", version Boys Town Gang...
Pour revenir à la demoiselle... Elle ne se reconnaîtra pas car elle n'a pas internet, et tant mieux finalement car je serais très gêné si elle découvrait mes sentiments, qu'elle devine peut-être mais qu'importe... Quant à la raison de ce texte, de cet exercice de style... C'est suite à une réflexion de Martine, collègue et voisine et surtout amie à qui j'avais fait lire "Novembre"... Elle m'avait fait remarquer que j'écrivais sans aucun souci de la métrique... Alors j'ai voulu pour une fois faire des alexandrins. Je ne suis pas allé jusqu'à respecter la forme du sonnet (qui est effectivement tellement belle et pure) mais j'ai essayé de jouer le jeu... Bon, maintenant, le résultat est là, pas forcément génial mais c'est l'intention qui compte...