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jeudi 6 juillet 2023

L'été de tous les possibles ?

 Depuis quelque temps, je ne sais dire pourquoi, j'ai l'impression que la vie est en train de changer pour moi... En bien ou en mal ? Peu importe, serais-je tenté de répondre : pourvu que ça change ! L'immobilisme est ce qui peut nous arriver de pire, non ?

Eté 2023... Depuis fin mai, après des années de silence, j'ai retrouvé non seulement le goût de l'écriture mais j'ai dépassé mes appréhensions et je partage de nouveau mes textes, sans crainte des éventuels jugements et critiques. Je ne dirai pas que je m'en moque mais ça ne m'arrête plus. En tout cas pour le moment. Je me sens tellement libre. Et tout a commencé à la mort de Tina Turner et de Jean-Louis Murat. Pour la première fois, depuis des années, j'ai versé des larmes. Je croyais vraiment que je ne savais plus pleurer. Même à l'enterrement de quelqu'un de particulièrement cher à mon coeur, je n'ai pas pu verser une seule larme. Et, là, à la mort de Tina Turner, et surtout à celle de Jean-Louis Murat, 24 heures plus tard, ça a été les chutes du Niagara. Et, depuis, je n'arrête pas ! Comme dirait Pierre Richard à Gérard Depardieu dans "Les Compères" (excusez mes hautes références cinématographiques, littéraires et musicales !) : Dites donc, vous ne nous feriez pas une dépression, vous ?! Non. Non. Pas une dépression. Au contraire. Un anticyclone ! La vie qui, d'un coup, frappe à la porte et te rappelle que tu n'es là que pour un (court) moment. Alors, il faut en profiter ! Rire, danser, courir, nager (bon, ça, moins, mais j'en connais une qui est d'accord avec cette partie du programme !), manger, pleurer, aimer, etc.

Flash back. Juillet 1989. La Néo-Décadence [fondée, rappelons-le, jeunes incultes, au pied du Vésuve le 6 avril 1986 après un excès de Lacrima Christi... pour les innocents, le Lacrima Christi, c'est un vin blanc délicieux servi frais !], en 1989, est encore active. Mais c'est son dernier été. Elle ne le sait pas encore. Les poètes amateurs que nous sommes vont bientôt se disloquer, chacun plongeant dans la vie de couple... Le couple : voilà l'ennemi de la poésie ! Pour ma part, LJK (alias Léon-Joseph Kronstadt, oui, c'était mon pseudonyme... j'étais assez perturbé ! Il y avait aussi Docteur Freyd, Vladimir Le Pendu, Druidomaniac ou encore BZH... Celui-là, il s'était contenté de piquer les initiales de la Bretagne mais, alors, je ne m'en étais pas rendu compte...), LJK, donc, commençait à laisser la place à Tonton Zeff... Le côté humour léger prenait le dessus sur l'humour noir (politesse du désespoir) et sur notre vrai travail de création. Car, oui, je continue à l'affirmer : nous avions un petit talent. Collectivement. Nous étions les Néo-Décadents et nous commencions nos séances en proclamant : "Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !" Progressivement, l'ivresse consécutive à nos rencontres devint constitutive de nos rencontres... Hélas.

Eté 1989. A l'époque, je n'avais pas encore besoin de me soûler pour écrire des poèmes. La versification me venait naturellement comme si j'étais tombé dedans quand j'étais petit. J'écoutais Madness (le rock-pop en mineur : en apparence, tout va bien, mais c'était de grands torturés, issus de la classe ouvrière), les chansons et les conférences de Boris Vian. Je lisais Boris Vian en permanence, ses romans bien sûr, mais aussi ses poésies, son théâtre, ses pastiches de séries noires (Vernon Sullivan !)... Je commençais à découvrir Jacques Brel et dans une moindre mesure Georges Brassens (trop sage à mon goût : je préférais les envolées lyriques du Grand Jacques, le prêtre Jacques comme se moquait gentiment Georges...). 

Eté 1989. Je veux me lancer dans l'écriture d'un roman, vaguement inspiré de "L'herbe rouge", un roman de science-fiction, autour de l'invention de l'oniroscope, cette machine qui permet de voyager dans ses rêves... aux dépens de son créateur (à savoir moi, bien sûr !). Le héros y perdra ses plumes. Il séduira Séverine, la petite soeur de Nathalie D., ma compagne d'alors (ma première "sérieuse", même si dans mon coeur et mon âme Isabelle restera définitivement la première, c'est elle qui m'avait connaître Boris Vian et René Barjavel deux ans plus tôt...). Il inventera un personnage alter ego : l'homme de la pluie... Rain Man... tiens tiens... Ensuite ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Déjà, à l'époque, je ne savais pas où j'allais. Mais des trente ans et quelque plus tard, j'ai un peu tout oublié de ce projet inabouti de roman.

Eté 1989. J'écris encore quelques poèmes. Je n'ai certes pas encore besoin de la bouteille mais j'ai déjà besoin d'une muse. Je n'écris plus gratuitement ! Dommage. Ma muse est donc Nathalie D. (un nom dont j'ai découvert qu'il est number one des patronymes de l'agglomération montluçonnaise et, d'ailleurs, Nathalie D. était, de loin en arrière, originaire du sud-ouest de l'Allier... mais je ne suis pas là pour faire de l'étymologie !) Je lui écris un poème où je lui promets un éternel été...

Je ne me souviens pas de l'intégralité de ce poème. Je me souviens juste du premier et du dernier vers. Mais n'est-ce pas là l'essentiel ? Dans mes années de solitude et d'écriture éthylique, notamment mes samedis soirs du Cap Corse, après avoir regardé Thierry Ardisson et le "blind test" de Monsieur Philippe Corti (encore un corse, avec un nom pareil ! ça tombait bien ! j'y étais !), je revenais toujours à ces lignes... Et je désespérais de les délayer et de pouvoir écrire de nouveau un poème. Je n'y suis plus jamais arrivé. Même ivre mort. Mes tentatives furent toutes plus poussives les unes que les autres...

Revenons à cette ultime poésie "potable"...

C'était sous un ciel parfumé, au coeur de l'Eternel Eté.

Les nuages de l'ennui seront chassés par un Vian violent.

Eh ben ! On ne va pas aller loin avec ça !

 *

 

 *                  *

Toujours dans le passé mais six ans plus tard. Eté 1995. Je l'ai déjà plusieurs fois évoqué, cet été 1995, ces derniers jours. J'étais au bout du bout. J'étais le Smalltown Boy des Bronski Beat (mais je ne quittais pas mon foyer pour les mêmes raisons que lui) :

You leave in the morning with everything you own in a little black caseAlone on a platform, the wind and the rain on a sad and lonely face
Mother will never understand why you had to leaveBut the answers you seek will never be found at homeThe love that you need will never be found at home
 
 
Peut-être une des plus belles et désespérantes vidéos que je connaisse ! L'hymne des gays londoniens des Années 1980.

Je vous conseille vraiment la version maxi single : un introduction a capella de plus de deux minutes... C'est juste bouleversant. De la beauté pure :

 
Cet été 1995, je vais quitter Moulins, l'Education nationale et ma famille (pour la petite amie, je n'en ai plus et je n'en aurai plus avant 2007 et la tragédie Stéphanie... j'oublie Delphine, la montluçonnaise, mais c'est compliqué... une drôle d'époque... pas très sain, cette drague par internet, surtout quand on picole tandis que sa mère est en train de mourir d'Alzheimer à même pas 64 ans...). Je vais tout quitter pour devenir "documentaliste-recenseur" des Monuments historiques (métier créé par Prosper Mérimée) à la DRAC d'Ajaccio.... Je viens d'acheter une vieille AlfaSud. Ma première voiture. Une vraie épave mais qui roule (très) vite... Eh ! C'est une italienne ! 
 
En juillet, je pars du côté de l'Ain voir Pierre, la seule personne du service militaire avec qui j'ai gardé contact. Je serai son témoin de mariage à l'été 1999, juste avant de (re) partir en Corse, cette fois-ci comme documentaliste du Collège du Cap, à Luri. Pierre ne boit pas. Mais il fume beaucoup (du tabac) et consomme beaucoup de café. Nous passons de longues soirées à regarder des cassettes vidéos que nous allons louer au distributeur automatique. Je me souviens particulièrement du "Fléau" de Stephen King. Oui, ça avait l'air bien, mais c'était long ! Et, surtout, à deux heures du matin, les yeux piqués par la fumée, je n'y comprenais plus rien... Je ne savais pas alors que j'allais, de longues années plus tard, devenir un amateur enthousiaste de Stephen King (au point de le conseiller autour de moi...) et que le King me donnerait l'envie de me remettre à écrire ! J'ai d'ailleurs lu "Le Fléau", sans avoir les yeux piqués, et j'ai beaucoup apprécié.
 
En juillet toujours, avant ou après le séjour chez Pierre, mes souvenirs sont flous, je vais dans la Loire chez les Jacquinod, allez, tant pis, pour une fois, un nom de famille, sinon je ne m'en sortirai pas ! Et les lecteurs encore moins ! Et, après tout, je ne dis aucun mal d'eux. Bien au contraire. Pendant une semaine, j'ai été leur hôte. Reçu divinement. La fille aînée, Catherine, qui aimait écrire Katheryn. Elle se la jouait tradi, limite réac (expliquant que le terme "réactionnaire" entendait "réagir à"...). Quand j'ai appris que son père l'emmenait, sur ses épaules, aux concerts de Renaud à Saint-Etienne ! Catherine, je l'avais connue à l'été 1988, lors de fouilles archéologiques sur le site de Larina, à Hyères sur Amby, dans le 38, quand le Rhône entame sa courbe qui le mènera à Lyon. Les fouilles archéologiques ! Que du bonheur ! C'est Isabelle (Boris Vian et René Barjavel) qui m'avait donné l'adresse du chantier de fouilles, où était allée sa meilleure amie (l'alors petite amie de Docteur Freyd ! vous suivez ? moi non plus !). Isabelle qui se moquait de l'archéologie et des bibliothécaires... Ah ! Gratter la terre, merci ! Les bibliothécaires ? Toute la journée dans la poussière de leurs rayonnages... Isabelle qui méprisait ostensiblement les personnes recourant à un psy... Si elle avait su ! Elle est prof d'anglais à Paris, la seule authentique socialiste que je connaisse. Je ne l'ai pas revue depuis de très longues années. Nous avions valsé ensemble au Grand Bal de l'Europe à l'été 1997 (le fameux été 1997 ! en juillet, j'ai valsé avec Isabelle et en août avec Marie... je n'ai plus jamais valsé... une danse trop dure pour moi ! je préfère la scottish ! c'est du deux temps !).
 
Mais les Jacquinod alors ? Je deviens très ami avec Catherine. Son côté réac me plait. Mais en tout bien tout honneur. C'est aussi une catholique pratiquante. Nous gardons contact après l'été 1988. Je vais à Saint-Etienne pour ses vingt ans à l'automne 1988. Nous faisons de nouveau des fouilles ensemble à l'été 1989 (l'été de la honte pour les royalistes ! en plus, j'étais aux cérémonies du Bicentenaire...). Puis nous nous perdons de vue mais continuons à correspondre. C'est une époque où j'écrivais beaucoup. Où nous écrivions tous beaucoup. Un jour, elle m'apprend que son petit frère, victime d'une maladie génétique rare, serait enfin définitivement tiré d'affaire. Nous fêtons ça du côté de l'Ain. A l'époque, je vis avec Sophie à Clermont, l'année qui précède son départ pour Grasse. Une énorme fête au son de la bande originale de "American Graffiti" (le premier film d'un certain George Lucas, produit par un certain Francis Coppola), un double CD qui a fait le tour des soirées de mes années estudiantines et bien sûr des compilations de Madness.... Puis Sophie et moi nous séparons, pendant mon service militaire. Pas le meilleur de mes souvenirs.
 
Au début de l'été 1995, les Jacquinod organisent une réception dans la maison de campagne qu'ils viennent d'acheter dans la Loire. Les Jacquinod, les parents, sont tous deux profs d'université, lettres et grec ancien, si je me souviens bien. Le papa avait d'ailleurs, ce qui était très rare pour l'époque, un ordinateur portable, qui lui permettait (luxe du luxe !) de taper directement en grec ses cours. A la réception, il y avait énormément de profs. Le sujet à la une ? Le SNES exclu de la FEN, bien sûr. A part les vieux syndicalistes, tout le monde a oublié. En deux mots... Le SNES, plutôt proche du PCF. Le SNI, syndicat des instituteurs (on ne parlait pas de professeurs des écoles à l'époque), totalement PS. Les deux, piliers de la FEN, la toute puissante Fédération de l'Education nationale... Comme me dit plus tard mon pote Henri d'Ajaccio, lui-même membre du SNAC (Syndicat national des Affaires culturelles) - FSU (la toute petite fédération "concurrente" qui allait être créée quelques mois plus tard) : "La FEN ? Pouah ! En 1947 [scission de la CGT... la minorité reste la CGT, d'obédience communiste, et la majorité, sous l'appellation Confédération Générale du Travail-Force Ouvrière, s'envole vers un parcours... euh... sinueux...], la FEN est la seule fédération de travailleurs qui n'a pas eu le courage et la volonté de choisir !" Du coup, ben, c'est devenu la FEN ! En 1992/1993, je crois, le SNES est exclu de la FEN, en compagnie du SNEP (le syndicat des profs d'éducation physique... à part). En 1993 est créée la FSU. Mais elle est très minoritaire. La FEN, elle, crée l'UNSA, devient le SE (Syndicats des enseignants) et finit par disparaitre, corps et âmes dans cette confédération disparate. A la réception des Jacquinod, plein d'instits, mais des jeunes instits... Des jeunes encartés au SNUIPP-FSU... et morts de rire de ce sigle à rallonge ! Et ça nous occupera une bonne partie de l'après-midi, l'histoire mouvementée des sigles de la FSU (d'où ces détails sur l'histoire du syndicalisme enseignant). La FEN, pour couper l'herbe sous le pied de la FSU, va déposer en brevet quasiment tous les noms possibles de syndicats, histoire que la FSU doive inventer des sigles surréalistes... Pour les profs, pas de problèmes, le SNES existe déjà. Mais pour les instits et désormais les profs des écoles... Ils sont obligés de créer le syndicat au sigle le plus délirant de l'histoire du syndicalisme français : le SNUIPP ! Même ses membres actifs ne savent pas tous la signification de ce sigle à rallonge.
 
Mais, à cette réception des Jacquinod, on n'a pas que parlé boutique... (Mettez des profs ensemble...) J'ai sympathisé avec la soeur cadette de Catherine, Florence, avec qui j'allais sympathiser dans les années à venir. Et surtout surtout j'ai eu le coup de foudre (ah ! ça manquait !) pour Cécile, leur cousine de Montpellier, avec son petit accent si séduisant. Cécile était (est toujours) prof de maths.
Fin juillet, retour à la maison de campagne des Jacquinod. Cette fois-ci, pas de réception, pas de syndicalisme... Non, non, je suis le seul invité. Le seul ? Non, Cécile vient de Montpellier. Elle est à bord de sa twingo (la voiture tendance de ces années là !). Là, on passe le stade du coup de foudre. Cécile et moi passons le temps de notre séjour chez les Jacquinod ensemble, même si Florence se joint à nous de temps en temps. Quand Cécile se recoiffe ou met son chapeau (bien sûr, j'ai acheté le même... en même temps, Saint-Julien-Chapteuil, même fin juillet, il fait 10° C et il pleut tout le temps... alors qu'il y a la canicule à Saint-Etienne !), elle se tourne ostensiblement vers moi : Je te plais comme ça ? Voilà. Voilà. En plus, elle est née à Bastia (par hasard, comme moi à La Haÿ les Roses). Moi qui m'apprête à partir pour la Corse (même si c'est chez les ennemis d'Ajaccio), j'y vois plus qu'un symbole. 
 
Mais tout a une fin. Ah ! Si ! Une dernière petite anecdote sur les Jacquinod et plus particulièrement sur leur fils handicapé, dont j'ai oublié le prénom. Il était admirateur de Michel Drucker. Papa Jacquinod a donc écrit à l'animateur télé préféré des français sans spécialement d'espoir. Michel Drucker lui a répondu par une très belle lettre manuscrite, adressée au papa et au fiston. Le fiston qui ponctuait toutes ses phrases de : "Magnifique ! Formidable ! Vous aimez les chiens ?" Quiconque a allumé un téléviseur dans les Années 1990 comprendra de quoi je parle !...
 
Août 1995. A la fin du mois, je prépare mon départ pour la Corse. Je dois prendre le bateau à Marseille. Cécile m'a invité à passer par Montpellier. Après tout, depuis Moulins, ça ne fait pas forcément un gros détour. Et surtout avant de me lancer dans une nouvelle vie, j'ai vraiment vraiment envie de la revoir ! Qui sait si elle ne viendra pas me voir en Corse, si nous nous marierons et aurons des enfants... Cécile, la sainte patronne des musiciens, née à Bastia, prof de maths, féministe, avec un petit accent... Et catholique pratiquante. Je suis même allé à la messe à Ajaccio les premiers temps de mon installation... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas par amour !
 
J'arrive dans la campagne à quelques encablures de Montpellier. Oups. Florence est aussi invitée. Mais qu'importe. Plus on est de fous ! Cécile me laisse sa chambre. Je fais la connaissance de sa soeur, plus jeune et plus voluptueuse et plus directe (on parle de la scène d'ouverture de "Basic Instinct", ça la fait toujours rire !). Et, bien sûr, je fais la connaissance de ses parents, un couple d'agriculteurs, qui avait jadis bossé pour des fermiers pieds-noirs à Aleria (tristement célèbre Aleria...), d'où la naissance de Cécile à Bastia. Tiens... Devinez quel film nous regardons en boucle, à l'époque en cassette vidéo ? "Rabbi Jacob"... Non, ce n'est pas une blague. Pivert. Victor Pivert. Comme le pivert. Oui, il faut surveiller tout le monde. Partir avec Thérèse Leduc le jour du mariage de ta fille !! Victor, reviens ! Comment, Salomon ?!... J'arrête là. Imaginez simplement huit jeunes adultes (j'avais quand même 25 ans et Cécile pas loin) passant leurs journées à réciter du Rabbi Jacob... On était graves !
 
Séjour merveilleux. Mais il ne se passe rien. Et s'il s'était passé quelque chose, qu'aurais-je pu faire ? Le bateau m'attendait. Je laisse une lettre enflammée à Cécile. Je prends la route pour Marseille. A Vitrolles, ville alors de sinistre réputation, je retrouve mes parents et ma soeur (je crois qu'ils remontaient de Nice). Ils sont venus pour m'accompagner au bateau. Le matin de l'embarquement. Temps pourri. Mer démontée. Le Danielle Casanova bouge dans tous les sens. Je ne sais même pas qui est cette Danielle Casanova. Mon père m'explique : c'est une militante communiste déportée à Auschwitz. Dix ans plus tard, documentaliste au collège de Tronget, baptisé Charlotte Delbo, suite à des lectures de poèmes sur la Résistance, j'apprendrai que Charlotte, Danielle et quelques autres ont franchi les barrières du camp bras dessus bras dessous en chantant La Marseillaise... Fallait en avoir, du courage !
 
Bon, on n'en est pas à faire de l'histoire de France. Faut vraiment que je monte sur ce bateau ? Il bouge vraiment beaucoup beaucoup. Et, bien sûr, il mettra deux heures de plus pour rejoindre Ajaccio... A bord, le chef du bistrot où je me suis réfugié passe en boucle un CD, non pas de chants corses, mais indiens d'Amérique... C'était LE tube de l'été 1995 :
 
 
C'est à la suite de l'achat de ce disque que j'ai rejoint l'Association Survival International, qui défend les droits des peuples autochtones. Chaque fois que j'écoute cet album, je suis sur le bateau, la mer est démontée et je me demande ce qui m'attendra à Ajaccio.
 
Arrivé à Ajaccio, premier jour, après être passé me présenter à la DRAC, je prends la route de Peri, le village des Pérès, à une vingtaine de kilomètres de là. L'impression d'être comme un juif qui débarque en Terre promise. C'est la fin de l'exil des Pérès, me dis-je. Tu parles ! Finalement, je ne resterai à Ajaccio qu'un an et serai nommé documentaliste à Yzeure (donc Moulins) en septembre 1996.
 
Et Cécile ? On s'est revus en octobre 1995. Au mariage de Catherine. Pour l'occasion, je prends l'avion pour la première fois de ma vie, Ajaccio-Lyon. Au mariage, Cécile ne me dit pas un mot de toute la soirée. Je me retrouve à la table d'une bande de sales petits bourgeois snobs très nouveaux riches, des cousins lointains qu'on a placés entre eux pour qu'ils ne nuisent pas trop. Quand ils apprennent que je suis fonctionnaire, c'est un déferlement de haine comme j'en ai rarement vu. Une semaine avant avait eu lieu une "journée d'actions" contre la réforme Juppé (elle sera suivie par le "fameux" décembre 1995... quand CGT et FO défilaient, enfin, ensemble en criant "Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais !"). La petite bande des cousins qui passaient leurs stages de fin d'études à Miami ou à Dubaï m'expliquèrent longuement que j'étais un sale privilégié. Pour sauver la face, je riais à leurs propos, estimant qu'après le dîner de cons, nous venions finalement d'inventer le dîner de fonctionnaires... Je serrais les dents mais qu'est-ce que j'ai été humilié ce soir là ! Et Cécile qui m'a à peine claqué la bise au moment de se dire au revoir. Ah ! Je m'en souviendrai, de ce mariage !
 
Je n'ai jamais revu Cécile. J'ai très vite cessé d'aller à la messe. Je suis rentré sur le Continent à la fin de l'été 1996, toujours à bord de l'AlfaSud, avec laquelle j'allais traîner avec Rup et Brett, puis avec ma soeur et Marie... Mais c'est une autre histoire, n'est-ce pas ?!
 
J'oubliais... C'est un "détail" mais je ne me pardonnerai pas de ne pas être complet sur cet été 1995. Je passais en boucle dans mon AlfaSud pourrie mais dynamique la musique de "L'As des As", bien entendue signée Vladimir Cosma :
 

Et nous voilà en 2023. Le 6 juillet pour être exact. La suite ? A lire à la fin de l'été ou probablement dans vingt ans. Le temps que ça mûrisse...
 
Et la guerre arriva. Et nous voilà ce soir.
 
Jacques Brel : "Mon enfance".
 

D'ici là, portez vous bien !
 
Et bel été ! Qui sait ? Ce sera peut-être l'été de tous les possibles...

 

lundi 22 novembre 2010

Vingt ans et quelque...

Seul au loin je m'enfuis, seul au loin je m'enfuis
Je me cache de la vie, je me cache sous la pluie
Les amis sont rangés casés effacés oubliés
La famille n'en finira plus de s'éparpiller...

Souvenirs des années de jeunesse et d'errance
Les années de fol espoir et d'ennui infini
Quelques photos égarées dans le grenier immense
Où croupissent les cartons de nos sourires jaunis

Je ne saurais plus évoquer la fuite du temps
J'ai perdu jusqu'à l'inspiration maladive
Ces folles nuits d'ivresse ces matins aux relents
D'une culpabilité douce amère inactive

Home sweet home : j'imaginais le désespoir pour demain
Ma seule ambition était de broyer du noir à jamais
Parce que le malheur me semblait à portée de main
Vingt ans et quelque et heureux désormais

J'ai échoué : je ne suis pas un pauvre erre
Qui seul au loin abandonné de tous désespère
La vie m'a souri je ne l'aurais pas parié oh non
Je suis heureux et amoureux et je m'en demande pardon !


Texte écrit le soir du 19 novembre 2010, en hommage à "Home Sweet Home", un poème écrit à la fin des années 1980 (aux temps de la Néo-Décadence !), ma grande période MADNESS, quand j'imaginais pour moi des lendemains sombres, seul, sans famille, sans amis... J'ai failli réussir !!
Texte écrit en écoutant "Un Fiore Nel Cemento", une reprise italienne par le groupe STATUTO de "Johnny the Horse" (une des plus émouvantes chansons et une des plus belles vidéos de MADNESS, qui date de 1999, et qui raconte le parcours dramatique d'un type qui avait raté totalement sa vie...). Ce morceau est extrait de l'album "30 Years of MADNESS : A 30th Anniversary Tribute", album hommage réalisé par le French-MIS (le fan club français des Maddies) et sorti en 2009 pour les 30 ans des Nutty Boys. Un très beau CD qui comprend une vingtaine de titres de MADNESS revisités par des groupes du monde entier...
Je dédie ce texte :
- à ma compagne, qui m'a redonné le goût de vivre,
- à MADNESS, ce groupe qui m'accompagne depuis fin 1987 (même si à l'époque le groupe avait "splitté"...) et qui est toujours aussi génial en 2010,
- et évidemment à mes copains de l'époque de la Néo-Décadence : s'ils lisent ce texte aujourd'hui, c'est bien la preuve que, finalement, on ne s'est pas (totalement) perdus de vue...


Infos sur cet album :
http://www.amazon.fr/Madness-Tribute-30-Anniversary-Compilation/dp/B002NRBXM2/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1290429900&sr=1-1
et bien sûr :
http://french-mis.be/

A propos de JOHNNY THE HORSE ! [pour moi, une des plus belles chansons et vidéos de MADNESS... Une chanson particulièrement dramatique et gaie en même temps (la spécialité de MADNESS : la noirceur sautillante...), extraite de l'album WONDERFUL sorti en 1999]

La vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=RrQYgZHJb2k

Les paroles :

http://www.metrolyrics.com/johnny-the-horse-lyrics-madness.html

Quelques explications sur l'origine de cette chanson :

http://en.wikipedia.org/wiki/Johnny_the_Horse

Les paroles de la version italienne :

http://www.lyricstime.com/statuto-un-fiore-nel-cemento-lyrics.html

mercredi 3 novembre 2010

Madness, Néo-Décadence and co...

Comme je l'avais dit dans mon message précédent, je sentais que j'étais en train de replonger dans l'univers du "Nutty Sound" de MADNESS... Et ça n'a pas loupé ! J'ai profité des congés de Toussaint pour m'offrir une "révision générale" : ré-écouter les anciens albums (qui viennent d'ailleurs de sortir en édition double CD avec des bonus et tout et tout...) et découvrir le dernier album, "THE LIBERTY OF NORTON FOLGATE", sorti l'an dernier et que j'avais alors acheté mais que je n'avais pas osé écouter précédemment... Je me suis ré-ga-lé !!
MADNESS... Le groupe qui m'a le plus inspiré, ça, c'est clair... Quand j'étais collégien, j'ai d'abord été fan de Frankie Goes To Hollywood, puis j'ai suivi Depeche Mode (au point d'aller les voir trois fois en concert entre 1986 et 1988), avant de m'éloigner du groupe au début des Années 1990. Plus tard, j'ai craqué notamment pour Supertramp ou Queen, deux groupes que j'aime toujours écouter. J'ai aussi, bien sûr, eu toujours beaucoup d'admiration pour Bowie et j'aime énormément les Beatles...
Mais il y a un groupe à part... C'est MADNESS... J'ai découvert ce groupe par hasard, chez un copain, sur son magnétophone pourri, un soir de 1987 (ma première année de fac)... Il m'a fait écouter "One Step Beyond", "Night Boat to Cairo", "Tarzan's Nuts", ainsi que "Gangsters" des SPECIALS... Ce soir-là, j'ai découvert le Ska et surtout MADNESS... Une révélation ! Aussi intense que celle de Jake Blues alias John Belushi dans le fabuleux film "The Blues Brothers" !...
J'ai couru emprunter à la médiathèque de Moulins l'unique album de MADNESS qu'elle possédait, à savoir "7", leur troisième album (sorti en 1981)... qui reste celui que j'affectionne le plus... Puis j'ai découvert les autres albums du groupe ainsi que leurs fabuleuses et délirantes vidéos...
Mais j'ai tout de suite vécu un drame absolu : le groupe génial dont j'étais devenu un fan absolu, ce groupe s'était récemment séparé... Snif ! Heureusement, en 1992, ils allaient se réunir le temps d'un concert mythique qui allait faire littéralement trembler Londres (secousse sismique réelle observée !), et qui donna lieu au CD "Madstock". Puis longue traversée du désert... MADNESS faisait bien des concerts mais n'écrivait plus de nouvelles chansons... Je me consolais en écoutant les deux albums solo du chanteur du groupe, SUGGS... Jusqu'à la sortie de "Wonderful" en 1999, l'album de la renaissance, un disque que j'ai écouté et réécouté.
Dans les Années 2000, j'ai un peu moins suivi MADNESS... Ils ont réalisé un album de reprises en 2005, "The Dangermen Sessions", avec le tubesque "Shame and Scandal" qui marcha très bien en France. J'ai failli aller les voir en concert à l'Olympia en octobre 2005... Je n'y suis pas allé et... avec le recul... je regrette beaucoup mais... c'est la vie !
L'an dernier, en 2009, le groupe a donc sorti un nouvel album, THE LIBERTY OF NORTON FOLGATE, un "concept album" dont le titre vient d'un quartier de Londres... J'ai alors acheté l'album et commencé à "fréquenter" le site francophone des fans de MADNESS mais je ne l'ai alors pas écouté... Faut dire que j'écoutais peu de musique en ce temps-là, sinon dans ma voiture... Puis la révélation, comme je l'ai écrit dans mon précédent texte, est venue et je me passe en boucle ce dernier album qui est absolument fabuleux... J'invite d'ailleurs les personnes intéressées à aller faire un tour sur Youtube pour découvrir quelques vidéos promotionnelles et concerts des dernières chansons, notamment "The Liberty of Norton Folgate" ou "Forever Young"...
Voilà... Automne 1987, je découvre MADNESS... Automne 2010, je replonge dans MADNESS
L'adresse du site francophone :
MADNESS... Ce groupe m'avait tellement inspiré qu'il fut à l'origine du seul poème que j'ai écrit dont je sois vraiment "fier"... Je le remets en ligne ci-dessous. Je l'avais écrit en janvier 1988, en écoutant la chanson "Embarrassment", une des meilleures du groupe, une des plus dramatiques...
Une bande de copains
Qui s'entendait bien.
Accident de voiture à cause d'un verre de trop
Le deuxième n'a jamais eu de pot
Le troisième est mort à la guerre
Le quatrième est aujourd'hui milliardaire
Le cinquième ? Il s'est suicidé :
Plaqué par sa "bien-aimée"
Le sixième est aujourd'hui docteur
Et le septième ? Il recherche le bonheur...
Dîtes lui qu'il ne le trouvera pas !
Tralalalala ! Tralalalala !
Chacun de son côté est parti.
Chacun à sa façon a trahi.
Hop ! La vie continue !
Il y a toujours du monde dans la rue :
Sept jeunes, lunettes noires,
Chantent, pleins d'espoir...
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Sept copains qui déliraient tout le temps...
Sept copains qui voulaient rester enfants...
Vingt-deux ans plus tard, ce texte me hante toujours...
MADNESS fut également à l'origine, chez moi et mes copains, de la création en 1988 (décidément !) de la "Néo-Décadence"... Qu'est-ce donc ? Voici la définition que j'en faisais sur ce blog en 2005 :
"(...) La date de naissance officielle de la Néo-Décadence ? Le 6 avril 1988. Ce jour-là, j'étais à un voyage de documentalistes (eh oui... déjà). Nous étions sur les pentes du Vésuve à déguster le fameux Lacrima Christi (les larmes du Christ : tout un programme), le vin cultivé sur les sols volcaniques... On commençait à partir et on évoquait l'Empire Romain (normal en Italie !!) et la bonne vieille décadence. Je m'exclamai alors qu'il fallait révolutionner la notion de décadence et ne plus regarder en arrière... La Néo-Décadence était née.
Dans les mois qui suivirent, et pendant deux ans environ, nous réalisâmes quelques recueils qui, ma foi, avec le temps, m'apparaissent plutôt bons... On avait du talent, mais aucun n'a continué. Pas grave !
(...)
Le mot de passe, créé par Jérôme P., suite à un de mes poèmes : " Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !"... Tout un programme... [Des années après, en regardant la série DEXTER, je me dis qu'elle correspond quelque peu à certaines idées du romantisme noir qui nous habitait alors !]
(...)
Ah... J'oubliais... C'est quoi, la Néo-Décadence, concrètement ? On pourrait faire notre l'adage suivant : "L'humour noir, c'est la politesse du désespoir"... Nous vénérions Boris VIAN, j'étais fou du groupe MADNESS (le rock, en apparence léger, mais si noir en dedans)... On était fans (déjà) de Star Wars, de quelques bonnes séries british ("Amicalement Vôtre", "Chapeau Melon", "L'Autobus à Impériale"), je découvrais Nino Rota et Fellini (" Le monde est un cirque !"). Surtout, on aimait bien rigoler et picoler et on détestait la déprime gnangnan, les textes à l'eau de rose. On aimait le désespoir, le vrai... Etonnant, non ?!"
Voilà... La Néo-Décadence est loin derrière moi... bien évidemment... Le temps a passé mais, au fond, j'ai toujours les mêmes passions... Et j'écoute MADNESS... encore et toujours... car "Madness is all in the Mind"...
Bien à vous...
Signé : Mad Jeff !... of course...

jeudi 21 octobre 2010

Douce mélancolie automnale...

J'aime bien la cuisine asiatique qui excelle par la saveur aigre-doux...
En ces jours où un pays entier ne se pose plus qu'une seule existentielle question "Aurai-je assez d'essence pour partir en week-end ? aller en vacances ? rentrer chez moi en sortant du boulot ?" [question que, je m'empresse de préciser, je me pose également : je ne suis pas là dans la stature du type "au dessus de la mêlée"], en ces temps où une certaine jeunesse, lasse de jouer à la play station, s'amuse à casser des abri-bus avec parfois une vraie rage au ventre, en ces temps où le temps lui-même (l'avantage de la langue française est qu'on peut jouer sur les mots... avec le mot "temps" !) joue au maniaco-dépressif à tendance bipolaire...
Bref ! En ces temps pas vraiment troublés mais qui aimeraient bien se donner l'air de l'être... Il me vient comme l'envie de causer un peu de moi, ce que j'avais l'habitude de faire autrefois... une bien malsaine habitude que j'ai fini par délaisser...
L'automne est une saison propice à la mélancolie... surtout le sympathique mois d'octobre. La rentrée est enfin digérée et le froid de novembre n'est pas encore là pour nous rappeler à nos devoirs hivernaux. Les couleurs des forêts s'enflamment et si j'avais un quelconque talent poétique je vous parlerais de ces arbres qui éclairent nos coeurs et nos âmes tandis que leurs feuilles disparaissent, emportées par le vent des soucis et des oublis, le vent de la vie...
Mais je ne suis pas poète, je ne suis pas écrivain, je ne suis même pas rédacteur de blog puisque je me contente de "poster" un à deux messages par mois... Et encore ! Les bons mois...
Alors, quoi de neuf, en ce 21 octobre ?... Encore un peu d'essence dans mon réservoir, encore un peu de décence à parler des sens, les sens uniques, les sens interdits, le sens de l'humour, le sens de la formule...
J'ai fini par me remettre de la fin de la série LOST... et encore ! pas tout à fait ! La scène finale qui voit nos héros partir pour un ailleurs, superbe allégorie de ce que l'homme peut éprouver au moment de mourir, que ce soit d'un point de vue religieux, philosophique ou tout simplement psychanalytique... Cette scène restera longtemps gravée dans ma mémoire. Pour me consoler, j'écoute la B.O. de "Lost : The Final Season" (signée Michael Giacchino). D'ailleurs, j'écoute pas mal de B.O. ces temps-ci... La B.O. de la série "24" (Sean Callery), la B.O. des "Persuaders !" (John Barry pour le légendaire générique et Ken Thorne pour ce qu'on appelle la partie "incidental music"), la B.O. de "Goldfinger" (sublime B.O. de John Barry, une de ses plus réussies pour un James Bond)...
Ces derniers temps, j'ai aussi écouté autre chose... L'histoire de Pierre et le Loup... euh... Peter and the Wolf, dans la version contée par le fabuleux Leonard BERNSTEIN, immense compositeur et chef d'orchestre new-yorkais [mais également grand pédagogue animateur d'émissions télévisées pour initier les enfants à la musique classique], auteur notamment de la musique de la fabuleuse comédie musicale "West Side Story", qu'il dirigea à nouveau en 1985 dans une "version opéra" absolument sublime (que m'a fait connaître Gérard !) : un documentaire, récemment rediffusé sur Arte, nous montre "Lenny" dirigeant ses musiciens et ses chanteurs (José Carreras et Tiri Te Kanawa... excusez du peu !) avec beaucoup d'enthousiasme, de fougue et parfois aussi d'excès... J'ai eu le coup de foudre jadis pour ce documentaire (ainsi que Gérard et mon ami Fred Thé), j'ai pu le faire découvrir dernièrement à ma compagne qui l'a également énormément apprécié. C'est toujours passionnant de voir comment se construit un projet, de voir une équipe travailler à la réalisation d'une oeuvre...
Dans un tout autre style, j'ai beaucoup réécouté ces derniers temps les "tubes" de Frankie Goes To Hollywood, le groupe qui berça mes années adolescentes... Un groupe mythique qui ne dura que deux albums et sept singles dont trois numéros uns mémorables, connus notamment par leurs clips et leurs nombreux remix...
Enfin, il y a trois nuits, rêve étrange : j'avais l'occasion d'y rencontrer les sept "Nutty Boys", les membres du groupe MADNESS... ce groupe qui a bercé mes jeunes années... ce groupe qui fut si longtemps mon inspiration... ce groupe méconnu en France (où l'on n'a retenu que deux ou trois "tubes") mais objet d'un véritable culte en Angleterre... MADNESS que d'aucuns verraient mort et enterré depuis longtemps mais qui avait sorti un album l'an dernier et s'est produit en septembre dernier à la Fête de l'Huma (ah ! si je l'avais su plus tôt !). Et, du coup, je me surprends à chantonner quelques-unes de leurs chansons... réalisant que, si je n'ai pas écouté ce groupe depuis plusieurs années, je connais encore par coeur la plupart de leurs albums, parce qu'on n'efface pas des années de conditionnement musical par deux ou trois ans d'abstinence auditive. Heureusement !
Côté séries TV, grâce à mon collègue Jean-Michel, j'ai pu voir la deuxième saison de DEXTER. C'était encore plus original et intelligent que la première saison, drôle, amoral, émouvant... J'ai couru acheter la B.O. aux accents cubains... histoire de mettre un peu de soleil dans mon automne... Par ailleurs, dans un genre totalement différent mais tout aussi original, je suis attentivement et assidument la sixième saison de DESPERATE HOUSEWIVES... ou comment, sous des aspects de comédie légère, aborder des sujets de société graves et parfois dramatiques...
Avec tout ça... je n'ai pas vraiment parlé de moi... Et pourtant si... Que vouliez-vous que j'écrive ? A quoi vous attendiez-vous ? Bien sûr, je pourrais m'étendre sur le fait que je fais régulièrement des cauchemars où je vois ma mère morte ou au contraire des rêves où elle est en pleine forme... et dans les deux cas quand je me réveille je suis à ramasser à la petite cuillère... Bien sûr, je pourrais évoquer le combat quotidien pour "garder mon calme", lutter contre mon agressivité naturelle et mon impulsivité maladive... En même temps, quand on voit les pantins qui nous gouvernent, eux, visiblement, ne luttent pas contre leur impulsivité et cultivent largement leur agressivité. Je pourrais vous évoquer le bonheur chaque jour plus grand partagé avec ma compagne mais "cela ne vous regarde pas" et comme le disait le merveilleux Boris VIAN dans "J'voudrais pas crever" : "J'en dis pas plus... faut bien rester révérencieux".
Je pourrais aussi vous dire, et je m'en rends compte à la relecture de ce petit billet, et je concluerai sur cette remarque, que finalement je suis en pleine "crise de la quarantaine" (en tout cas à ses débuts) et... j'adore ça ! Je retrouve toutes mes passions de jeune homme... Je viens quand même de citer pêle mêle Madness, Vian, F.G.T.H., les B.O. de films... Et tout ceci se mêle à d'autres passions plus récentes, comme des séries télé de ces dernières années... Une envie de vivre et de découvrir, "tant de choses à voir, à voir et à z-entendre !" pour citer encore VIAN... qui, lui, n'a pas eu cette chance de vivre jusqu'à quarante ans...
Alors, je pourrais aussi certes comme le font certains alors que le compte à rebours a commencé et que c'est le temps du premier coup d'oeil dans le rétro, je pourrais me dire que je n'ai pas fait ce que j'avais envie de faire, mais comme je n'avais pas de projet bien précis, je suis plus que satisfait de ma vie actuelle... j'irai même jusqu'à dire que je remercie chaque jour "Dieu, le Destin ou le Hasard" (cochez la case correspondante à votre sensibilité !) pour vivre la vie que je vis aujourd'hui...
Et tant pis si demain je dois marcher un peu car je n'aurai plus d'essence. Je chanterai "Our House in the middle of the street" en réfléchissant au temps qui passe mais aussi au temps qu'il fait.
Et les nuages de l'ennui seront chassés par un Vian violent...
Décidément... On y revient toujours.

mardi 5 mai 2009

Des valeurs très très sûres !

Bon, on s'amuse comme on peut quand on découvre son nouveau téléphone mobile avec appareil photo et vidéo... Quelques "essais" pris le 6 avril 2009... 6 avril... les plus malins d'entre vous auront noté que c'est la date anniversaire de la Néo-Décadence, mouvement hautement improbable créé par votre serviteur sur les pentes du Vésuve en 1988... It was a long time ago but not in a galaxy far, far away... A ce propos... Très prochainement, en ligne, quelques photos de la convention Star Wars de Cusset à laquelle votre serviteur a eu l'insigne honneur de participer, le samedi 2 mai, en compagnie de Laurent alias le scout-trooper du Bourbonnais, Théo, Jean-Michel et Fabrice... Une belle épopée intergalactique !

Le drapeau : "Testa Mora"...
Je n'écrirai pas que c'est le plus beau drapeau du monde, même si je le pense fortement. Ce drapeau, à l'origine drapeau de l'Aragon et avec le bandeau sur les yeux, est devenu "officiel" en Corse au XVIIIème siècle avec l'éphémère royaume de Théodore de Neuhoff et surtout la république de Pasquale Paoli... Ce drapeau ne me quitte plus depuis mon année à Ajaccio (en 1995-1996) et je l'avais déjà dans le coeur quand j'étais enfant. Ce drapeau trône fièrement dans mon salon, il a accompagné mes différents appartements depuis 1996. Je l'ai sorti une fois, fin 1998, pour un concert des Muvrini à la Maison des sports à Clermont-Ferrand...

L'espion qui ne meurt jamais
Petit clin d'oeil à James Bond alias double zéro sept... Mon espion préféré, of course ! D'ailleurs, en ce moment, je suis en train de revoir toute la collection... C'est l'occasion de parcourir plus de quarante ans d'histoire du cinéma et aussi de la musique de film... Les génériques sont d'ailleurs chaque fois très révélateurs de leur époque... après un "Docteur No" bon enfant sans trop de moyens, "Goldfinger" le premier Bond vraiment abouti (et déjà plus vraiment un film d'espionnage...) avec pré-générique haletant, générique accompagné d'une chanson-tube et tout et tout, "Thunderball" ou quand Bond devient aussi splendidement ennuyeux, "Live and let die" et la fabuleuse chanson de Paul Mac Cartney, "L'Espion qui m'aimait" et "Rien que pour vos Yeux" (les débuts de Carole Bouquet !) qui nous rappellent que Roger Moore fut aussi un excellent Bond, de même que Timothy Dalton dans "Tuer n'est pas jouer" et bien sûr Pierce Brosnan dans "Demain ne meurt jamais"... J'ai personnellement un faible pour le générique de "GoldenEye", chanson entêtante de Bono et The Edge sublimement interprétée par Tina Turner avec des images qui accompagnent la fin de la Guerre Froide et la mutation du plus célèbre des agents secrets. Visuellement, l'un des meilleurs génériques est celui de "Meurs un autre jour" où Bond est torturé par les Nord-Coréens qui sont vraiment très très méchants... Hélas, le film se gâte ensuite et même la courte apparition de Madonna ne suffit pas à faire oublier sa calamiteuse chanson. Et puis il y a les deux génériques cultissimes : "Au Service secret de Sa Majesté" et "Casino Royale"... les deux films où Bond tombe vraiment amoureux...
Et, d'ailleurs, dans les romans, Bond est un personnage complexe... Il boit et fume beaucoup, il a des états d'âme, il est impulsif et menace régulièrement de démissionner, il est parfois éconduit par des femmes... Les romans sont plus "réalistes" que les films et proposent un univers plus sombre... Romans ou films, je "baigne" en tout cas dans l'univers Bond avec délectation... C'est un excellent moyen de s'évader, de voyager, de se détendre...


Autoportrait (sans commentaire !!)


Je vous présente mon salon, un lieu hautement habité par le cinéma, la musique de film, Star Wars, James Bond, Indiana Jones et les autres... La Force y est puissante !

jeudi 6 avril 2006

Joyeux Anniversaire, la Néo-Décadence !!!

Eh oui... Joyeux Anniversaire, la Néo-Décadence !!! Aujourd'hui, ce mouvement artistico-culturel (au moins...), né sur les pentes du Vésuve le 6 avril 1988 après moult rasades de Lacrima Christi (les larmes du Christ ! c'est un signe !!), mais qui s'est développé à Moulins puis Clermont-Ferrrand à la fin des Années 1980, ce mouvement donc a dix-huit ans... L'âge de la majorité !!! Bon anniversaire ("un joyeux non anniversaire !!") à tous les Néo-Décadents et tous les néo-Néo-Décadents qui nous ont rejoints par ce blog... qui est, je le rappelle l'organe officiel de la Néo-Décadence... Néo-décadons ! Néo-décadons ! Il en restera toujours quelque chose... Pour rafraîchir la mémoire de celles et ceux qui en auraient bien besoin, je rempublie ci-dessous l'article intitulé "Retour à la Néo-Décadence", paru en septembre 2005 (au tout début de ce blog donc), qui tente de faire un historique de ce courant littéraire qui laissera des traces... dans nos mémoires... et dans nos foies voire nos poumons... sans parler de nos artères. Suite à l'article, vous retrouverez un commentaire et un joli poème de Doctor Freyd (alias Kawasakid : http://kawasakid.blogspot.com ). C'est pas du bonus de qualité, ça ?
A part ça, la Néo-Décadence semble avoir atteint les plus hautes sphères de l'Etat avec la promulgation-non application, nouveauté institutionnelle qui fait suite à la dissolution quand on a une forte majorité à l'Assemblée... Décidément, le duo Chirac-Villepin va nous manquer, ils sont très très forts !! Mais, bon, cette situation prête difficilement à sourire... Reste le constat qu'on a assisté aux premières manifestations qui rassemblent à la fois des jeunes, des salariés et des retraités... C'est, quoi qu'on dise, rassurant sur la solidarité nationale et - qui sait ? - la fraternité (vous savez, ce truc écrit sur les mairies ?...). Maintenant, il faudrait que tout le monde apprenne à dialoguer avant les prises de décisions, qu'il n'y ait plus des psychodrames permanents dès qu'une réforme se met en place, que les réformes ne ressemblent plus à des marches arrières systématiques, mais ce ne sont que des voeux pieux... Comme dit mon copain Johan dans son blog (http://friendsoukaamelott.over-blog.com/article-2286085.html) : on est des Latins, pas des Nordiques, notre pays s'est construit sur une voire des révolutions... C'est vrai. Mais, bon, on ne peut pas couper la tête à tout le monde et démolir un château pour chaque réforme... Remarquez, avec tous les châteaux du Bourbonnais, on peut en faire des révolutions, on a de la marge !!

Mais revenons à la Néo-Décadence !...

Suite à de pressantes demandes, ce blog va devenir l'organe officiel de la Néo-Décadence... Qu'est-ce que la Néo-Décadence ? Une marque non déposée (on aurait peut-être dû la breveter, eu égard aux sites japonais bizarres qui utilisent l'expression...). Un concept créé en 1988 par une bande de Moulinois allumés...Pour mémoire, rappelons les temps héroïques qui précédèrent l'explosion... Au milieu des Années 1980, Fred K. (a.k.a. Thé) et moi-même avions réalisé des petits journaux polycopiés puis photocopiés : "S.L.W." (pour Spielberg Lucas Williams) et "A.C.V." (pour Actualité Ciné Vidéo). En 1985, on a lancé à plusieurs Les Inqualifiables Associés (dont le cri de guerre est "Whooo ! Eh !") qui, comme son nom l'indique, est un concept très lâche... Deux journaux apparurent successivement : "Hebdoburger" puis "Crac ! boum ! U !"... Fin de l'expérience journalistique.1988 vit l'apparition de petits recueils de poèmes dont les auteurs étaient, entre autres, LJK ou Léon-Joseph Kronstadt (moi-même), Doctor Freyd, Druidomaniac, Teddy Boy, Vladimir Le Pendu, etc... etc...
La date de naissance officielle de la Néo-Décadence ? Le 6 avril 1988. Ce jour-là, j'étais à un voyage de documentalistes (eh oui... déjà). Nous étions sur les pentes du Vésuve à déguster le fameux Lacrima Christi (les larmes du Christ : tout un programme), le vin cultivé sur les sols volcaniques... On commençait à partir et on évoquait l'Empire Romain (normal en Italie !!) et la bonne vieille décadence. Je m'exclamai alors qu'il fallait révolutionner la notion de décadence et ne plus regarder en arrière... La Néo-Décadence était née.
Dans les mois qui suivirent, et pendant deux ans environ, nous réalisâmes quelques recueils qui, ma foi, avec le temps, m'apparaissent plutôt bons... On avait du talent, mais aucun n'a continué. Pas grave !
Dix-sept ans plus tard, sur les conseils du Doctor Freyd et de LJK, je me dis qu'il serait une bonne chose de mettre en ligne quelques-uns des textes de jadis, voire également des créations récentes... J'essaierai périodiquement de taper quelques textes et de les publier sur ce blog... J'ai retrouvé dans mes archives une petite nouvelle "La Semaine très ordinaire de Nino R.", rédigée en 1992 par votre serviteur. Ce sera la première mise en ligne...Voilà. La machine est (re)lancée.
Pour conclure, le mot de passe, créé par Jérôme P., suite à un de mes poèmes :
"Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !"...
Tout un programme...
Ah... J'oubliais... C'est quoi, la Néo-Décadence, concrètement ? On pourrait faire notre l'adage suivant : "L'humour noir, c'est la politesse du désespoir"... Nous vénérions Boris VIAN, j'étais fou du groupe MADNESS (le rock, en apparence léger, mais si noir en dedans)... On était fans (déjà) de Star Wars, de quelques bonnes séries british ("Amicalement Vôtre", "Chapeau Melon", "L'Autobus à Impériale"), je découvrais Nino Rota et Fellini (" Le monde est un cirque !"). Surtout, on aimait bien rigoler et picoler et on détestait la déprime gnangnan, les textes à l'eau de rose. On aimait le désespoir, le vrai... Etonnant, non ?!
Commentaire de Kawasakid a.k.a. Dr Freyd...

"Enfin, la Néo-Décadence revient avec un medium digne d'elle... la Toile. Tel un phenix, la Néo-Décadence qui était morte renait en une E-Néo-Décadence qui j'en suis sûr, imprègnera, illuminera le 21ème siècle de ses principes fondateurs. Pour fêter cet évènement et en souligner le caractère fondateur, et aussi parce que je suis en verve, je vous livre ce poème inédit, composé pour la circonstance. Soyons fous, soyons motards, soyons Néo-Décadents."
L'Hymne à l'Arsouille
J'irai frotter du cale-pieds
Sur les départementales,
Puis essorer d'la poignée
Plus loin sur les nationales.
Tant pis si j'me fais flasher
Pour mon allure anormale,
Faudra courrir pour m'attraper,
Je fonce comme un animal.
J'ai qu'une envie c'est rouler,
C'est du bonheur, c'est d'la balle.
Tout c'que j'veux c'est arsouiller,
Mais à un rythme infernal.
J'vois l'paysage défiler,
A l'abri sous l'intégral.
J'sens la vitesse me griser,
Le moteur chante, un régal.
Et les virages de s'enchainer,
Mon coeur et le moteur s'emballent,
Il faut s'y jeter, déhancher,
La trajectoire c'est vital.
Je sens les chevaux cavaler,
Je suis au régime idéal,
Mais lorsqu'ils vont débouler,
Alors ce sera du brutal.
Oh, ça peut mal se terminer,
A pied ou bien à l'hopital,
Qu'importe tant qu'on peut rouler,
Et que l'on ne s'est pas fait mal.
Et puis s'il faut un jour tomber,
Tans pis si cela est fatal.
La balade doit s'achever
Mais pas sur un destin banal...
NB : arsouiller, dans le jargon motard, consiste à faire une promenade entre amis, en général sur des routes viroleuses et à vitesse élevée... à ne pas confondre avec s'arsouiller, pratique à laquelle se livrent les survivants dans le premier bistrot à l'issue de ladite balade...[mercredi, septembre 21, 2005 2:00:23 PM]

jeudi 26 janvier 2006

House Decadence (Samedi soir ordinaire)

Rythme qui se déchaîne
Et alcool qui nous enchaîne…
Quelques verres plus tard,
Quelques vers plus tard :
Où sommes-nous en ce moment ?
Où sommes-nous en ce moment ?
Garçon qui sort de la boîte
Pour une drogue quelconque absorber,
Fille qui rentre dans la boîte
Pour vulgairement se faire baiser.
Sur la piste ils se trémoussent
Et violemment se repoussent.
La musique est au maximum
Tandis que j’avale vite mon rhum.
A côté de moi, un copain mort
Mais je crois encore qu’il dort :
Il a bu vodka, gin et whisky
Croyant pouvoir mieux vivre ainsi.
Je roule un autre joint
Et j’y prends beaucoup de soin :
« Passe m’en un peu ! » me demande-t-on
Et j’accepte, altruiste, la proposition.
Nous avons fait la tournée des bars
Et y sommes restés fort tard.
Concours : celui qui boira le plus…
Concours : celle qui baisera le plus…
Et je danse comme un fou,
Et je me jette partout,
Et je me sens bien :
Je peux dormir enfin…



(Texte écrit en décembre 1988… En le relisant je suis étonné de mes propres mots qui décrivent tellement certaines soirées d’aujourd’hui… A l’époque, j’avais joué sur l’exagération et mes propres fantasmes – les personnes qui me connaissent savent mon aversion pour le cannabis et une certaine gêne face à tout ce qui concerne le sexe -… Quelques années plus tard, au regard de mes souvenirs persos et des conversations que je peux avoir, ce texte n’est qu’un vague reflet des samedis soirs ordinaires… Bizarre.)

Home Sweet Home

Dans notre charmante petite maison
Nous organisions des batailles d’édredons.
Non, nous ne voulions pas nous enfuir,
Nous qui emplissions les couloirs de nos rires.
Derrière la maison, un jardin.
Dedans ? Trois pommiers et un sapin.
Sous la véranda, en été, l’air était frais…
Il faisait bon s’y reposer et… s’y chamailler.
En hiver, dans un brouillard épais,
Nous patinions sur l’étang gelé.
Devant la maison, à la « queue leu leu »,
Nous faisions le train… Nous étions heureux !
Maman criait : elle voulait se reposer ;
Papa aussi : il n’arrivait pas à se concentrer.
Ils n’étaient pas méchants… non ! pas du tout !
Le soir, avec nous, ils faisaient les fous.
Parents morts, frères et sœurs au loin partis ;
Maison en ruine, seul au loin je m’enfuis.


(Poème écrit au printemps 1988)

jeudi 19 janvier 2006

Le quintette des désespérés Néo-Décadents

Ah ! Un titre ronflant comme je les aime... Remarquez, "Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band", c'était pas mal... ou " The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars"... Je place la barre haute aujourd'hui ! Enfin, bon, juste une petite introduction aux textes qui suivent : cinq petits poèmes malhabiles écrits le soir du 17 janvier... il semble que j'étais inspiré ce jour-là...


La Comédie de la Vie (thanks to Paolo Conte...)

C'est la comédie, la comédie d'amour,
La comédie d'un jour, un jour de ta vie,
Un clin d'oeil, le monde est un cirque,
Un cirque à la Fellini avec des clowns tristes
Qui vous entraînent dans un manège infernal
Comme une folle danse, un dernier râle
Avant de retrouver Dieu le Père,
De saluer notre Créateur Sévère,
Et de tirer notre révérence
Comme une dernière réjouissance...
La vie est une comédie, au scénarion facile,
Une tragédie douteuse, à la campagne ou en ville,
Une bluette vaseuse ou une histoire bêton,
En tout cas, sûr, c'est jamais très bon !
Clair, y a des silences, des flash backs incongrus
Et ça manque tellement de scène de nus,
Comme un de ces pornos bien croustillants
Qu'on n'a jamais vus même en rêves, même en rêves,
Un de ces films d'actions qu'on aimait, petits enfants,
Avant que d'être titillés par l'appel de la sève.
Amis ! Reprenez un peu de vin et laissez moi mourir
Avant que je ne pousse bêtement mon dernier soupir.
Trinquons aux amours passées et aux rires engloutis...
Y a pas à dire : sacrée saloperie, la vie !!


NATURALLY (thanks to Huey Lewis)

Un petit tour au coeur de nulle part,
Un petit matin avec des oeufs au lard,
Une brume qui embrase mon gentil petit village,
Un de ces endroits où on vit peinard sur son nuage...
Et voilà que le monde se rappelle à vous...
Et voilà que les infos arrivent de partout...
Et tant pis si la quiétude des lieux aura à en souffrir
Puisque - on le sait bien - on va tous un jour mourir.
Peut-être renaîtrons-nous dans un corps éternel
Mais cela ne me consolera pas du départ de celle
Qui a illuminé ces petits matins embrumés,
Qui a ensoleillé le village des âmes égarées.
A quoi bon le bonheur quand on a toujours peur ?
A quoi bon les fleurs quand on n'est pas à l'heure ?
A quoi bon le train de treize heures quand il est midi ?
A quoi bon un sandwich jambon beurre quand on préfère les ravioli ?
A quoi bon ? A quoi bon ?
A quoi bon ? A quoi bon ?
Et je me réfugie dans les rengaines du passé
Et je reparle vainement du Ciel Parfumé
Et je rêve encore et encore d'un Eternel Eté
Et voilà la conclusion d'un autre poème raté...


Compte à rebours
(thanks to Manhattan Transfer, "Chanson d'Amour")

Nostalgie... Encore et toujours... Caresse du Passé...
Ce Passé qui m'enivre et me délivre chaque été...
Je fais le serment de brûler toutes ces photos
Et de ne plus pleurer le matin au bord de l'eau
Mais je sais aussi que j'aime trop les souvenirs
Même si je dois pour cela une fois encore partir
Et creuser le trou qui m'engloutira bientôt
Le trou où on ne sera jamais de trop
Pour se rappeler les bons moments
Les rires de quand on était enfants
Les fantaisies d'une bande d'adolescents
Voire les extases de jeunes et sportifs amants...
Dans la prison de mon âme je crie en vain
Que je crois que tout ira mieux demain
Que la vie est une merveilleuse aventure
Que j'ai toujours le coeur pur...
Et pourtant ! Et pourtant ! Nul espoir !
Et pourtant ! Et pourtant ! Tout est noir !
Une dernière étreinte avant de quitter cette vie,
Une dernière fête avec tous mes bons amis...
Bientôt nous ne serons plus que poussière,
Nous pourrirons bouffés par les vers,
Il ne sera plus temps de boire une dernière bière.
Quand nous serons morts, de quoi aurons-nous l'air ?!


Mes mots bleus

Indifférence
Absence
Silence
Enfance
Amour
Toujours
D'accord
J'adore
Je t'aime !
Tu m'aimes ?
Retour
Détour
Bleu
Heureux
Malheureux
Deux
Conséquence
Innocence
Corsitude
Certitude
Elle me sourit
Je l'aime pour la vie
Indifférence
Reconnaissance
Turpitude
Solitude
C'est fini
C'est fini


15 Ans (thanks to "Lying Eyes")

Retrouver l'innocence de mes quinze ans
Quand j'écrivais des poèmes d'amour sincères
Retrouver la pureté de ma vie d'avant
Quand je ne prononçais pas de paroles en l'air
Mais le temps a passé et j'ai engraissé
Mon coeur s'est englué et mon idéal s'est évaporé
Le cynisme a conquis le monde
La planète a un goût immonde
L'enfance est un Eldorado inaccessible
Même l'espoir de paix est devenu risible
On ne peut plus dire je t'aime sans penser à mal
On a tous un masque et pourtant c'est pas carnaval
Une bouteille d'alcool est un refuge bien illusoire
On radote et on ne démarre jamais une autre histoire

Où est-il le temps où je parcourais la campagne à vélo
En quête d'un peu de bonheur mais pas de trop
Quand on se réjouissait autour d'un feu de camp
Quand on jouait à ne jamais devenir grands
Parce qu'on savait qu'après quinze ans tout est fini
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
On a beau en faire le tour on en mesure l'absence
Quand tout espoir de retour en arrière s'est enfui
On attend de mourir on pense à nos carrières
On fait des enfants pour ne pas revenir en arrière
On construit une belle maison histoire de se rassurer
On prépare la retraite et de jolis voyages en été
Comme c'est moche de renier son passé et d'en être fier
Comme c'est nul de garder en soi les souvenirs d'hier

lundi 16 janvier 2006

Les Copains

Comme je l'avais fait il y a quelques semaines avec le poème sur Moulins, je me permets de remettre en ligne un texte déjà publié sur ce blog au moment de sa création (en septembre 2005). Ce texte, hymne officiel de la Néo-Décadence, fut rédigé en mars 1988 alors que j'écoutais intensivement les chansons de Madness. Je ne suis pas toujours très fier de mes textes, loin de là ! Celui-ci fait exception. Non seulement j'en suis fier mais c'est mon texte préféré et le seul que je connaisse par coeur. Il n'a pas de titre. Comme il en fallait un pour publier l'article, j'ai mis "Les Copains" mais c'est très imparfait voire incorrect... Mais assez causé.

Une bande de copains
Qui s'entendait bien.
Accident de voiture à cause d'un verre de trop,
Le deuxième n'a jamais eu de pot,
Le troisième est mort à la guerre,
Le quatrième est aujourd'hui milliardaire,
Le cinquième ? Il s'est suicidé :
Plaqué par sa " bien-aimée ".
Le sixième est aujourd'hui docteur
Et le septième ? Il recherche le bonheur :
Dîtes lui qu'il ne le trouvera pas !
Tralalala ! Tralalalala !
Chacun de son côté est parti,
Chacun à sa façon a trahi.
Hop ! La vie continue :
Il y a toujours du monde dans la rue.
Sept jeunes, lunettes noires,
Chantent, pleins d'espoir.
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Sept copains qui déliraient tout le temps…
Sept copains qui voulaient rester enfants…




J.-François Peres, mars 1988

lundi 19 septembre 2005

Retour à la Néo-Décadence

Suite à de pressantes demandes, ce blog va devenir l'organe officiel de la Néo-Décadence... Qu'est-ce que la Néo-Décadence ? Une marque non déposée (on aurait peut-être dû la breveter, eu égard aux sites japonais bizarres qui utilisent l'expression...). Un concept créé en 1988 par une bande de Moulinois allumés...
Pour mémoire, rappelons les temps héroïques qui précédèrent l'explosion... Au milieu des Années 1980, Fred K. (a.k.a. Thé) et moi-même avions réalisé des petits journaux polycopiés puis photocopiés : "S.L.W." (pour Spielberg Lucas Williams) et "A.C.V." (pour Actualité Ciné Vidéo). En 1985, on a lancé à plusieurs Les Inqualifiables Associés (dont le cri de guerre est "Whooo ! Eh !") qui, comme son nom l'indique, est un concept très lâche... Deux journaux apparurent successivement : "Hebdoburger" puis "Crac ! boum ! U !"... Fin de l'expérience journalistique.
1988 vit l'apparition de petits recueils de poèmes dont les auteurs étaient, entre autres, LJK ou Léon-Joseph Kronstadt (moi-même), Doctor Freyd, Druidomaniac, Teddy Boy, Vladimir Le Pendu, etc... etc...
La date de naissance officielle de la Néo-Décadence ? Le 6 avril 1988. Ce jour-là, j'étais à un voyage de documentalistes (eh oui... déjà). Nous étions sur les pentes du Vésuve à déguster le fameux Lacrima Christi (les larmes du Christ : tout un programme), le vin cultivé sur les sols volcaniques... On commençait à partir et on évoquait l'Empire Romain (normal en Italie !!) et la bonne vieille décadence. Je m'exclamai alors qu'il fallait révolutionner la notion de décadence et ne plus regarder en arrière... La Néo-Décadence était née.
Dans les mois qui suivirent, et pendant deux ans environ, nous réalisâmes quelques recueils qui, ma foi, avec le temps, m'apparaissent plutôt bons... On avait du talent, mais aucun n'a continué. Pas grave ! Dix-sept ans plus tard, sur les conseils du Doctor Freyd et de LJK, je me dis qu'il serait une bonne chose de mettre en ligne quelques-uns des textes de jadis, voire également des créations récentes... J'essaierai périodiquement de taper quelques textes et de les publier sur ce blog...
J'ai retrouvé dans mes archives une petite nouvelle "La Semaine très ordinaire de Nino R.", rédigée en 1992 par votre serviteur. Ce sera la première mise en ligne...
Voilà. La machine est (re)lancée.
Pour conclure, le mot de passe, créé par Jérôme P., suite à un de mes poèmes : " Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou !"... Tout un programme...

Ah... J'oubliais... C'est quoi, la Néo-Décadence, concrètement ? On pourrait faire notre l'adage suivant : "L'humour noir, c'est la politesse du désespoir"... Nous vénérions Boris VIAN, j'étais fou du groupe MADNESS (le rock, en apparence léger, mais si noir en dedans)... On était fans (déjà) de Star Wars, de quelques bonnes séries british ("Amicalement Vôtre", "Chapeau Melon", "L'Autobus à Impériale"), je découvrais Nino Rota et Fellini (" Le monde est un cirque !"). Surtout, on aimait bien rigoler et picoler et on détestait la déprime gnangnan, les textes à l'eau de rose. On aimait le désespoir, le vrai... Etonnant, non ?!

vendredi 9 septembre 2005

L'hymne de la Néo-Décadence

Voici le seul poème dont je suis (très) fier... Rédigé en janvier 1987, plus d'un an avant la création officielle de la Néo-Décadence (le 6 avril 1988 sur les pentes du Vésuve), sur fond de Madness...

Une bande de copains
Qui s'entendait bien.
Accident de voiture à cause d'un verre de trop
Le deuxième n'a jamais eu de pot
Le troisième est mort à la guerre
Le quatrième est aujourd'hui milliardaire
Le cinquième ? Il s'est suicidé :
Plaqué par sa "bien-aimée"
Le sixième est aujourd'hui docteur
Et le septième ? Il recherche le bonheur...
Dîtes lui qu'il ne le trouvera pas !
Tralalalala ! tralalalala !
Chacun de son côté est parti.
Chacun à sa façon a trahi.
Hop ! La vie continue !
Il y a toujours du monde dans la rue :
Sept jeunes, lunettes noires,
Chantent, pleins d'espoir...
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Prévenez-les, mais prévenez-les donc !
Sept copains qui déliraient tout le temps...
Sept copains qui voulaient rester enfants...

(Une production Les Inqualifiables Associés)

(Mot de passe : "Je ferai couler ton sang dans les méandres du Canigou". Alternatif : "Les nuages de l'ennui seront chassés par un Vian violent.")

(Cri de guerre : "Whoohh ! Eh !")

(Slogan : "Green Rabbit Forever !!")

La honte du web ?!...

Salute !

Vous voulez voir le blog le plus mauvais de la galaxie, ou plutôt la
plus mauvaise ébauche même pas digne d'un brouillon ?... Allez, j'ose :
http://superdocforever.blogspot.com/

Je vous demande même pas d'être indulgents, c'est d'une telle
évidence...

Enfin, bon, c'est appelé à se développer, relancer la Néo-Décadence
entre autres, développer la Star Wars Attitude, la Galactico-dépendance autrement appelée la Lucasite aigue, sans oublier le syndrome Teddy Bear...

Je compte sur vos (terribles) commentaires !! Et nous finaliserons le concept à défaut de conceptualiser la finalisation...

Superdoc alias Madjeff a.k.a Léon-Joseph Kronstadt ou même André Ford (et vive la schizophrénie)

P.S. : J'ai démarré ce blog en dix minutes... Je suis (presque)
excusable...