Affichage des articles dont le libellé est Nostalgie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nostalgie. Afficher tous les articles

vendredi 2 juin 2023

Téléphone maison !

 Encore une belle affiche de film, une affiche mythique qui reprend un fameux tableau (mais je n'en dirai pas plus ! à vous de trouver l'original !... du côté de Rome peut-être, qui sait ?!)...  

E.T. l'Extra-Terrestre... Aujourd'hui, on a oublié... Les jeunes générations ne peuvent pas comprendre. Chaque année, trois ou quatre blockbusters, certains en 3D, pulvérisent les records de recettes (en même temps, avec la hausse constante du prix des places, même un nanar devient rentable !). Mais, en 1982, un film a tout écrasé sur son passage. Il a fallu attendre 1999 et Titanic de James Cameron pour que le petit extra-terrestre abandonné soit détrôné.

E.T. ! Quel choc visuel ! Et quel choc musical ! J'avais douze ans. C'était la première bande originale que j'achetais, sur cassette. Elle était signée John Williams, dont j'avais déjà, les deux années précédentes, apprécié les travaux sur L'Empire contre-attaque et Les Aventuriers de l'Arche perdue.

La musique de E.T. ! Je me la passais en boucle sans me lasser, pour le plus grand désespoir de la chatte de la famille, Joane, qui fuyait dès qu'elle entendait le thème où les méchants humains se lançaient à la poursuite du gentil petit-extra terrestre... Et, pendant ce temps-là, ma petite soeur, alors âgée de cinq ans, écoutait, elle aussi en boucle, l'histoire du film racontée sur un 45 t, avec son mange-disques... Le mange-disques ! Cette invention diabolique qui massacrait les vinyles ! Bien bien plus tard, quand j'ai récupéré mes affaires dans l'appartement familial aujourd'hui déserté, j'ai retrouvé la pochette (avec livret et photos !) de l'histoire du film. Bon, par contre, aucune trace du 45 t. Vaut peut-être mieux !

Après avoir écouté des heures durant la musique de John Williams, je prenais mon vélo et j'allais pédaler comme un malade sur les bords de l'Allier (nous habitions alors Moulins)... Et je croisais d'autres copains qui pédalaient eux aussi comme des malades. On savait, au premier coup d'oeil, qui était allé voir E.T. ! Pour l'anecdote, j'avais donné un nom à mon vélo : Tonton. Et j'avais même demandé (à personne en particulier ; à l'époque, je ne connaissais pas de notaire !) que, s'il m'arrivait malheur, on m'enterre avec mon vélo, comme jadis les grands guerriers avec leur armure !

Ah... C'était le bon temps, un temps d'insouciance et de rêve... Tout ça me fait penser au sublime film Stand by me, sorti en 1986... mais j'ai attendu février 2023 pour le découvrir à la télévision sur France  5. Ce film raconte l'expédition de quatre garçons d'une douzaine d'années, à la veille de la rentrée, à la veille de se séparer, certains pour le collège général et d'autres pour l'enseignement technique... Deux jours d'aventure dans la forêt aux environs de Castle Rock... Oui, Castle Rock ! Ce film est l'adaptation d'une (très longue) nouvelle de Stephen King : "Le Corps", parue dans le sublime recueil "Différentes saisons" (1982 : quatre nouvelles qui, à l'époque, étonnèrent le public, car elles n'avaient rien à voir avec l'horreur et le fantastique de ses précédentes oeuvres). Stand by me, ou les derniers moments d'enfance insouciante de quatre bons copains... Les acteurs du film, que ce soit ceux qui interprètent les jeunes (à part le pauvre River Phoenix, qui après avoir joué le jeune Indiana Jones dans La dernière Croisade, allait mourir d'overdose à 23 ans), ou leurs grands frères (Kiefer Sutherland en petite frappe est stupéfiant !) allaient tous ou presque se faire un nom dans l'univers du cinéma ou de la télévision... Quant au rôle de l'écrivain (le double à l'écran de Stephen King), il est tenu par l'un de mes acteurs favoris, qui fut jadis le chouchou de Steven Spielberg... Il s'agit bien sûr de Richard Dreyfuss, découvert dans American Graffiti de George Lucas (encore un film culte sur l'adolescence !) puis confirmé dans Les Dents de la Mer de Steven Spielberg et bien sûr personnage central de Rencontres du Troisième Type : on y revient !!! Les extra-terrestres ! Encore et toujours !

J'en reviens à E.T. ! (Mais Stephen King et les extra-terrestres, c'est une longue histoire : voir "Les Tomnyknockers" !...) Le temps a passé. Je ne l'ai pas encore revu. Par contre, l'autre jour, j'ai ré-écouté la B.O. que je n'avais pas écoutée depuis des décennies... Et quel choc ! Et surtout j'ai constaté que je me souvenais de chaque note ! Il faut dire que je m'étais bien auto-conditionné ! Cette bande originale est et restera lié à ma prime jeunesse, à ces longues balades à vélo, à ces rêveries en regardant les étoiles (je me souviens d'une séance de E.T. au cinéma plein-air du camping de Macinaggio, dans le Cap Corse : sur l'écran, les étoiles... et quand on levait la tête les étoiles aussi... c'était magique !).

On attend l'extra-terrestre. Patiemment. Fidèlement. Passionnément.

 


 

 


vendredi 24 mai 2019

La (longue) citation de Charlotte Delbo de la semaine...


Prière aux vivants, pour leur pardonner d'être vivants

Je vous en supplie
Faites quelque chose
Apprenez un pas
Une danse
Quelque chose qui vous justifie
Qui vous donne le droit
D’être habillés de votre peau de votre poil
Apprenez à marcher et à rire
Parce que ce serait trop bête
A la fin
Que tant soient morts
Et que vous viviez
Sans rien faire de votre vie.





Charlotte Delbo (1913-1985) était une militante politique, une résistante et une femme de théâtre et de lettres. De 1938 à 1941, elle fut la secrétaire de l'acteur et metteur en scène Louis Jouvet. 
En 1941, alors que la troupe de Louis Jouvet était en tournée en Amérique du Sud, Charlotte Delbo décida de rentrer en France pour rejoindre son mari, militant communiste comme elle. Elle savait les risques qu'elle prenait. Tous deux sont arrêtés en mars 1942. Peu de temps après, son mari, Georges Dudach, sera fusillé au Mont Valérien après avoir été torturé. Charlotte Delbo sera d'abord enfermée à la Prison de la Santé puis déportée à Auschwitz en janvier 1943 : elle fait partie du "convoi du 24 janvier 1943", le seul convoi de déportées politiques françaises envoyées à Auschwitz. Les femmes entreront dans le camp en chantant "La Marseillaise". 
Charlotte Delbo sera l'une des 43 survivantes du convoi des 230 femmes. A son retour en France, après la guerre, après avoir un temps travaillé de nouveau au côté de Louis Jouvet, elle écrira poèmes, pièces de théâtre et essais pour témoigner de l'indicible. Elle racontera notamment comment elle était arrivée, avec les autres prisonnières françaises, à monter et jouer "Le Malade imaginaire" devant les prisonnières polonaises.
Charlotte Delbo continuera son activité militante, notamment en s'opposant à la guerre d'Algérie et à la pratique de la torture. Elle s'est éteinte à Paris en 1985, après avoir dit à sa meilleure amie : "Tu leur diras, toi, que j'ai eu une belle vie".
Le collège de Tronget, dans le département de l'Allier, porte fièrement son nom depuis 1998.

vendredi 7 décembre 2018

Ma dédicace aux manifestantes et manifestants...

Ma dédicace à moi pour toutes celle et tous ceux qui iront manifester pacifiquement ce week-end : la chanson de ROBIN DES BOIS (version le renard rusé de Walt Disney), l'idole de mon enfance ! Il vole aux riches pour rendre aux pauvres...

https://www.youtube.com/watch?v=jVbbwLWWSkA

 https://www.youtube.com/watch?v=GjDD5ImYAwk

lundi 7 décembre 2015

Un petit tour au grenier...

Hier, c'était dimanche. Non, non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous parler des élections... Je ne suis pas vraiment un fin analyste politique. En plus, "ma" région, qui aurait jadis dû s'intituler Auvergne-Bourbonnais et est devenue, "par simplification administrative", Auvergne, a été purement et simplement absorbée, engloutie, colonisée par les outrecuidants sans âme de Rhône-Alpes. Non à l'envahisseur en col blanc pour qui l'ouest de l'Allier et tout le Cantal ne seront même pas des noms sur une carte... Mais revenons à nos moutons (quoique, dans nos pâturages, ce sont surtout des vaches... je m'égare !).

Hier, c'était donc dimanche, un de ces dimanches ennuyeux à mourir, comme les chantait si magnifiquement Charles Trénet. Vous savez, quand on traîne son cafard toute la journée. Outre ma déprime liée à la nostalgie de la Corse, une Corse rêvée, idéalisée, ma Terre Sainte à moi... C'était le triste septième anniversaire de la mort de ma mère, ma maman à moi (et pas qu'à moi d'ailleurs). Envie de rien. Impossible de lire quoi que ce soit. Je me serais bien affalé devant la télé, un bon débat politique nul qui m'aurait distrait... Mais non, pour cause d'élections, il était interdit de parler de politique... Il faut respecter le temps de réflexion des citoyens... Et plonger les dépressifs dans une dépression encore plus profonde... Ce n'était plus une dépression, c'était devenu le gouffre de Padirac, et non pas le gouffre de pas d'Irak.

J'ai bien tenté de trouver le réconfort dans la Liturgie des Heures et dans la lecture de "L'imitation de Jésus-Christ". Mais ça n'a pas marché plus que ça. J'étais vraiment mal, comme on dit, en ce dimanche après-midi de décembre, tandis que dehors il faisait un beau soleil et que le petit peuple de France se précipitait dans les marchés de Noël pour acheter des produits artisanaux fabriqués par des petits enfants au fin fond du Bengladesh...

Et, en réfléchissant à ce qui avait été le (en tout cas le principal) déclencheur de cette déprime, le revisionnage de quelques séquences du film "L'enquête corse", je me suis rappelé que j'étais un grand sensible (mais pas un sentimental, d'aucuns m'ont déjà reproché ma froideur à l'égard de mes contemporains et mon absence totale d'empathie, ce à quoi je réponds : j'ai un coeur, bon, il est en pierre mais j'ai un coeur !). Et que le danger guette pour moi de plonger dans la pire des apathies nostalgico-mélancoliques rien qu'en écoutant un morceau de musique qui me rappellera "le bon temps"... 

Du coup, et je l'ai déjà évoqué, je me construis ma carapace. Et j'évite d'écouter de la musique, moi jadis mélomane absolu (la tonne de CD que j'ai dans mon salon est bien là pour le prouver et, d'ailleurs, même si je n'écoute plus de musique, je continue d'acheter des CD... "pour plus tard"). Car je sais que le démon rôde, tapi dans l'ombre, comme dirait un certain Saint Pierre. Oui, le démon est là qui sait que la musique (ainsi que certains films mais on peut quand même plus facilement éviter de regarder un film) est mon talon d'Achille à moi... Et d'entendre telle ou telle chanson, tel ou tel air, et me revoilà totalement déprimé, ne croyant plus à rien, prostré, prêt à replonger avec délice (car j'aime à ce moment là le goût étrange et envoûtant du désespoir) dans le néant de mon passé recomposé.

Je parle de démon mais on peut aussi parler d'inconscient, de subconscient, de ce que vous voulez. Vous comprenez ce que je veux dire. Pour certain(e)s, ce sera un parfum, pour d'autres un plat (ah ! la Madeleine de Proust !), pour d'autres encore un vêtement (la fameuse scène dans "Rebecca")... Pour moi, comme pour beaucoup je suppose, c'est la musique...

Mais j'en ai marre, moi, à la fin, de ne plus pouvoir écouter de musique et de me retrouver comme une chiffe molle parce que j'aurai écouté une chanson qui jadis me faisait exulter ! Zut et triple zut ! Et si j'affrontais mon démon, si je le regardais en face pour une fois ?! Quand on est préparé, on sait peut-être mieux résister. Si au lieu de me retrouver dans la cave de mes émotions à chaque morceau de musique entendu à la radio, à la télé, au supermarché (si ! ça m'est déjà arrivé, la déprime du caddie !), je choisissais d'aller dans le grenier de mes souvenirs, pour y piocher les bons morceaux qui dépriment bien, mais en toute connaissance de cause.

Après tout, je me souviens d'une amie qui voyait et revoyait "La ligne verte" (sublime film adapté d'un roman non moins sublime ! et dans le film il y a cette si belle chanson qui sert de référent mémoire au héros... on n'en sort pas !... "Heaven, I'm in heaven !"...) et qui me disait : ce film me fait toujours pleurer. Et elle m'expliquait que, comme ça, elle pleurait un bon coup et ça lui purgeait son cafard. Les intellos critiques appellent ça la catharsis.

Dimanche après-midi, j'ai d'abord écouté en boucle "La Barcarolle" des Contes d'Hoffmann d'Offenbach... Morceau que j'adore depuis toujours mais que je ne pouvais plus écouter car, pour moi, il avait "l'ochju" (le mauvais oeil) : je l'avais entendu à la radio la veille de la mort de ma grand-mère puis la veille de la mort de ma mère... J'ai ensuite choisi d'écouter quelques morceaux de la BO de "Good bye Lenin !", film qui me rappelle tant ma maman. J'ai continué par "Where dreams are born", de John Williams, extrait de la BO du film "A.I.", morceau que j'avais écouté en boucle en rentrant à Castellu (le village où j'habitais en Corse) en revenant de l'enterrement de ma grand-mère. J'ai conclu par la chanson "Mare di China" de Chjami Aghjalesi, une si belle ballade qui évoque pour moi et la Corse et l'Indochine de jadis qu'a pu connaître, justement, ma grand-mère.

Bizarrement, après cette "overdose" musicale, je me sentais bien, tellement bien, tellement mieux. Libéré. J'avais regardé mon démon en face. J'étais monté dans mon grenier y mettre un peu d'ordre. Je pouvais retourner vaquer à mes occupations, tout en sachant que mes souvenirs m'attendent là haut, tranquillement. J'avais même l'impression étrange, genre la scène finale du "Retour du Jedi", que tous "mes chers disparus" (et ils commencent à s'accumuler) me regardaient avec un sourire bienveillant. 

Je sais bien qu'il y aura toujours chez moi cette cave qui me fait si peur, cette cave bien sombre et au sol accidenté. Mais, bon, on a tous nos petits recoins qui nous terrifient sans qu'on veuille l'admettre. Heureusement, je n'ai pas de cabane au fond du jardin (pas celle de Cabrel / Gerra), vous savez, celle où il faut absolument aller récupérer quelque objet indispensable un soir de nuit sans lune... Bon courage !

vendredi 4 décembre 2015

La grande tentation

Chacun(e) d'entre nous a des rêves. Parfois il les oublie, parfois il les enterre, parfois il les ignore. Certain(e)s réalisent leur rêve. D'autres doivent renoncer à leur rêve.

J'avais un rêve : aller travailler et vivre en Corse. La terre de mes ancêtres (une petite partie de mes ancêtres, pour être précis, originaire du village de Peri, non loin d'Aiacciu... euh... Ajaccio). Dès mon premier contact avec la Corse, alors que j'étais jeune adolescent, lors de vacances avec mes parents, je suis tombé amoureux (et le mot est faible, croyez-moi) de cette île. Nous sommes allés trois étés de suite en Corse, comme un voyage un peu plus en profondeur chaque année. Nous sommes d'abord allés du côté de Porti Vechju (ah ! les aiguilles de Bavella ! Zonza !). L'été suivant, ce fut la Haute-Corse, depuis le camping de Macinaghju (c'est à cette occasion que j'ai découvert le Cap Corse... Capi Corsu... l'isula di l'isula, comme dit "la pub"... mais c'est tellement vrai !), le Cap Corse, Bastia, la Balagne... La troisième année, nous avons rayonné depuis Corti mais nous avons craqué et avons fini notre séjour une nouvelle fois à Macinaghju. Plusieurs fois, nous nous étions rendus, mes parents, ma soeur et moi, à Peri, découvrir "le berceau des Pérès", la chapelle familiale, le cousin corse (qui vivait à Neuilly neuf mois sur douze mais avait "la maison familiale" au pays... paese...).

C'était les Années 1980, le combat pour l'autonomie. Dans mon délire d'adolescent, j'avais même commencé la rédaction d'une constitution corse... Sans commentaire ! Je ne serai jamais un grand juriste ! J'ai vite renoncé à mon projet.

Les années ont passé. Mais je rêvais toujours de la Corse. Je me suis même fait "casser la gueule" une fois parce que, au sortir d'un bistrot à Clermont, j'avais dit que j'étais corse... C'était quelques jours avant de passer mon écrit de CAPES... Je n'en ai pas souvent parlé.

Les années ont continué de passer... les échecs aussi, personnels et sentimentaux et professionnels... En 1995, j'ai eu soudain une opportunité fabuleuse : aller travailler comme "recenseur documentaliste des monuments historiques" à la Direction régionale des affaires culturelles d'Ajaccio... J'ai sauté sur l'occasion. Ce fut une merveilleuse année, une initiation à la vie... sauf que mon boulot de documentaliste de l'Education nationale me manquait... J'ai retrouvé dès 1996 "la maison enseignement" et la région Auvergne et mon cher Bourbonnais. Parce que de vivre en Corse m'avait aussi fait découvrir combien j'aimais le Bourbonnais... Rien n'est simple, n'est-ce pas ? 

Mais au fond de moi j'avais un goût d'occasion manquée, un rendez-vous raté, une tentative avortée... Après trois ans d'exercice en collège dont un à Cosne d'Allier, là même où j'ai découvert ce qu'était un collège rural, j'ai demandé ma mutation pour la Corse, sûr que je ne l'obtiendrais pas la première année... Et, pourtant, Dieu (ou le Destin ou le hasard ou tout simplement suffisamment de "points" pour pouvoir muter) était avec moi... J'avais posé en premier voeu le collège de Luri dans le Cap, région que j'avais redécouverte à l'occasion d'une journée de formation lors de mon année à la DRAC d'Ajaccio.

Et me voici arrivé au Collège du Cap pour la rentrée 1999... Tout de suite, je m'y sentis à l'aise. La deuxième année fut un peu plus difficile parce que, après l'enthousiasme des débuts, ce fut le temps de la déprime parce que j'étais loin de mes amis et surtout de mes parents. J'ai alors demandé ma mutation pour rentrer sur le Continent. Dieu merci, je n'ai pas eu cette mutation. Et je suis resté en Corse... Peu de temps après, quelques semaines après le 11 septembre de triste mémoire, ma grand-mère décède. Les derniers temps, elle perdait un peu la tête. Le médecin avait évoqué Alzheimer. Toujours cette même année 2001, un jour de décembre, ma mère m'appelle pour m'apprendre que le médecin avait diagnostiqué chez elle la maladie d'Alzheimer. Ce jour-là, j'ai compris ce que signifiait l'expression "sentir le sol se dérober sous ses pieds".

Fin 2003, l'état de santé de ma mère s'était beaucoup dégradé. Il devenait évident pour moi que je me devais de me rapprocher de mes parents. Et j'ai pris la décision de demander ma mutation pour le Continent... J'ai déjà évoqué ce jour de printemps 2004 (dans un texte publié sur ce blog en mars 2014) où j'ai pleuré toutes les larmes de corps parce que j'avais obtenu ma mutation et que je savais que j'allais quitter la Corse. J'allais dire au revoir à mon rêve.

On peut enterrer un rêve au fond de soi, bien profond, en espérant qu'il ne viendra pas vous hanter, pas même au coeur des nuits d'insomnie... Et pourtant... Il n'y a pas de pire ennemi que soi-même... Alors on tente de se préserver, de se protéger, on se construit son mur (comme le chantaient si bien les Pink Floyd). J'ai bien vite pris conscience que tout ce qui avait rapport avec la Corse provoquait en moi des montées de nostalgie et des envies folles de tout plaquer pour repartir vivre là-bas.

J'ai arrêté d'écouter des chants corses. Bye bye Canta U Populu Corsu, Chjami Aghjalesi et tous les autres... J'ai évité soigneusement les émissions télévisées qui parlaient de la Corse... Je ne relis pas "Astérix en Corse" (même si je l'ai en triple exemplaire dont un, forcément, en langue corse). Je veille soigneusement à ne pas revoir "L'Enquête corse" (qui, par ailleurs, n'est pas un grand film mais reste une petite comédie bien sympathique et distrayante)...

Je me souviens de ce jour de septembre 2004 où j'avais découvert "L'enquête corse" dans un cinéma de Moulins. Cette morsure au coeur qui m'avait pris à ce moment-là... Et, heureusement, j'avais croisé un couple de collègues de Tronget qui m'avaient invité à boire un verre au "Grand Jus" (les Moulinois comprendront). Mais, depuis, chaque fois, j'évite de revoir ne serait-ce que quelques instants de ce film.

Il est repassé hier soir sur TMC... J'ai bien fait gaffe mais, à un moment, je suis tombé dessus en faisant "mon tour de zapette"... et je suis resté scotché pendant vingt minutes à pleurer devant les paysages qui défilaient... J'ai profité de l'arrivée chez le grand-père pour aller dans ma chambre et lire. Bravache, j'ai rallumé la télé en prenant mon déca... et le film n'était pas encore fini, l'occasion de voir le générique de fin et Tzek et Pido (tous ceux qui connaissent la Corse comprendront) expliquer "qu'on peut rire des Corses mais... faut pas !" dans un grand éclat de rire.

Comment trouver le sommeil après ? Tout vous revient à la figure... Les routes de Corse, les balades dans la montagne, le sentier des douaniers, la plage, le vin de Patrimoniu, la charcuterie et le fromage mais surtout les amis avec qui j'ai partagé tant de moments... Et cette île, cette île qui m'appelait, et qui m'appelle. Et l'envie de repartir, de demander ma mutation, de retourner vivre et travailler en Corse, même si j'en suis parti il y a plus de dix ans et que je n'y suis même pas retourné pour des vacances (sauf dans des rêves assez fréquents où je prends l'avion pour quelques jours du côté de Luri...). "Voilà ce que la nuit j'imagine dans mon délire", pour quasi paraphraser une chanson de Jacques Brel...

Elle est là, ma grande tentation à moi... Tout plaquer pour repartir vivre en Corse. Repartir. L'appel de la Corse, comme chez d'autres l'appel de la mer : la fin du film "Marius" de Pagnol où Fanny comprend qu'elle ne pourra pas retenir indéfiniment son Marius de partir sur un bateau pour aller à la découverte du monde.

Comprenne qui pourra. Pardonne qui osera.

La vie continue. "Il faut faire avec". Il faut savoir vivre avec ses rêves. Malgré ses rêves. Au delà de ses rêves. Ce n'est pas toujours facile. Mais qui a dit que résister à la tentation était chose aisée ?...

mercredi 12 février 2014

La magie est toujours là...

Comme me le faisait remarquer Michèle l'autre jour, M6 a rediffusé l'intégrale de la Saga STAR WARS en janvier-février, à raison d'un épisode chaque mardi soir pendant six semaines. Je n'ai pas revu à cette occasion les films des aventures des Skywalker père et fils. Il faut dire que je connais les films "par coeur" et que je les ai évidemment en DVD. Et puis je dois vous avouer que je "réserve" en ce moment mes mardis soirs à la découverte de PERSON OF INTEREST... Une série parano de haute qualité (à mon humble avis). Elle part du postulat que nous sommes surveillés par le gouvernement, plus précisément tous les citoyens de New York et environs... Mais on peut étendre ce postulat à un peu tout le monde, dès qu'on a un smarphone, un GPS, une carte bleue, et qu'on habite une ville ou un village où règne la république de la vidéosurveillance (souriez à la caméra... euh... aux dizaines de caméras...)... On est suivis à la trace désormais. Et ce n'est pas de la science fiction. Pour revenir à PERSON OF INTEREST, outre la thématique paranoïaque post 11 septembre (qui n'est pas sans rappeler HOMELAND... autre série diaboliquement addictive), on y retrouve le thème (présent notamment dans CODE QUANTUM ou LE CAMELEON) du "redresseur de torts"... ici le duo formé par Harold Fintch (l'excellentissime Michael Emerson, révélé par son rôle brillant de Benjamin Linus dans LOST) et John Reese (Jim Caviezel, le Jésus de LA PASSION DU CHRIST de Mel Gibson). On suit donc les péripéties de nos deux "héros", l'informaticien de génie et l'ancien des services secrets, aventures ponctuées de flash backs présentant pour l'un l'invention de la "machine" diabolique qui permet d'anticiper les meurtres qui vont être commis dans la Grande Pomme, pour l'autre son passé de soldat dans les forces spéciales. Une série addictive, à la fois distrayante et pas si irréaliste que ça sur le fond...

Mais, une fois découverts les deux épisodes inédits du mardi soir, mais aussi pendant les laborieuses "coupures pub", je bascule sur M6 pour regarder "ma" Saga STAR WARS... Et, ainsi, hier soir, j'ai revu la fin du RETOUR DU JEDI, le fameux et épique duel entre Luke et Dark Vador, les éclairs de l'Empereur, Darkie qui se décide à tuer l'Empereur (après avoir crié "non !", ajout à l'ultime remontage du film par Lucas, ce "non !" hurlé ne me paraît pas indispensable, il est malgré tout moins sacrilège que le scandaleux nettoyage de "E.T." par Spielberg qui remplaça les fusils par des talkie-walkie...) et la fête dans toute la galaxie pour célébrer la fin de l'Empire après l'incinération très "mythologique" (j'y reviendrai plus loin) de Dark Vador par son fils... Bon, j'avoue que je suis chaque fois peiné de ne plus entendre le fameux thème de l' "Ewok Celebration" que tous les amateurs de John WILLIAMS regrettent. Mais quel bonheur de voir les scènes de liesse à travers la galaxie et les retrouvailles Luke / Han Solo et finalement Luke découvrant Yoda entouré de son père Anakin et de Obi Wan Kenobi, enfin réunis dans l'au-delà de la Force. J'avoue que j'ai beau connaître par coeur cette séquence, je suis chaque fois ému aux larmes. A la fois parce qu'elle marque la fin de l'Empire, le retour de l'harmonie dans la galaxie, les retrouvailles de Luke avec ses amis (et sa soeur !), la paix dans la Force et aussi bien sûr parce que la fin du RETOUR DU JEDI marqua pour moi et toute une génération la fin de la Saga STAR WARS. Bien sûr, depuis, il y a eu la "Prélogie" et le tournage de la suite est en chantier et on peut aussi se rabattre sur les romans autour de la Saga... Mais, quoi qu'il en soit, l'épisode VI marquera pour toujours la fin des aventures de Luke Skywalker, le petit fermier de Tatooine devenu un Jedi qui sera parvenu à ramener son père, le terrible Dark Vador, du bon côté... Et ça vaut bien quelques larmes !

Et donc je réalise (mais sans être plus surpris que ça) que je suis toujours autant sensible à l'univers STAR WARS qui m'accompagne depuis maintenant... 34 ans... voire plus... Je me souviens, quand j'étais à l'école primaire, d'avoir vu sur les murs de ma ville les affiches de LA GUERRE DES ETOILES, et d'avoir entendu une amie de mes parents leur dire qu'elle avait vu un film bizarre et confus qui mélangeait les humains et les robots mais aussi les propos de notre instituteur nous parlant en termes élogieux de l'histoire d'une princesse et d'un méchant très méchant à l'apparence (on ne parlait pas encore de "look") vraiment menaçante. Le premier film de la Saga que j'ai découvert, et qui reste à ce jour mon préféré, est L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE. C'est également le premier film que j'ai vu tout seul. J'avais dix ans. C'était un jour de septembre 1980. Mon père était venu me chercher à la sortie du cinéma. Je me souviendrai toute ma vie de ce choc extraordinaire (plus même que la découverte des AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE quelques mois plus tard... c'est dire !). Je n'avais alors pas forcément tout compris (notamment la notion d'hyperespace) et j'étais quelque peu désarçonné à l'idée de découvrir "l'épisode V" alors que c'était censé être la suite d'un seul film (LA GUERRE DES ETOILES). Bref, la numérotation à la LUCAS me laissait déjà alors perplexe... 

J'ai plongé alors et pour longtemps (pour toujours ?) dans l'univers STAR WARS. J'ai bien sûr lu la novélisation de "L'Empire contre-attaque" puis de "La Guerre des Etoiles". Je me souviens aussi quand j'ai découvert LA GUERRE DES ETOILES (il n'y avait alors pas de DVD, très peu de VHS - les cassettes vidéos pour les jeunes... -, les films n'étaient pas forcément diffusés à la télé, où on n'avait que trois chaînes, toutes d'Etat, et bien sûr pas d'internet et donc pas de téléchargement en veux tu en voilà...). C'était dans un cinéma de Paris qui passait les deux premiers films en continu... Je suis allé découvrir "le film fondateur" tandis que mon père allait revoir "The Thing" de John Carpenter dans la salle d'à côté... J'ai découvert LA GUERRE DES ETOILES en V.O. dans une copie avec des sous-titres en français et en norvégien... Mais, bon, on ne va pas chipoter !... Quel bonheur de découvrir le film qui nous a permis de découvrir cette galaxie lointaine... [Pour l'anecdote, l'unique autre spectactrice de la séance était une punkette avec un pin's Dark Vador qui m'expliqua qu'elle allait voir le film tous les jours...] 

Pour LE RETOUR DU JEDI, j'ai commis l'erreur (que j'ai faite des années plus tard avec la série LOST) de lire moult revues qui dévoilaient les détails de l'intrigue... J'étais tellement impatient ! Je me souviens avoir réalisé (j'étais alors en classe de troisième) une rédaction - compte-rendu de ma découverte de ce film. Mon prof de français, c'était Gérard. Pour la première fois, on avait un prof qui ne méprisait pas notre culture. Car si, aujourd'hui, il est de bon ton de dire qu'on aime la Saga Galactique et l'on voit mêmes des Bobos se prétendre "Geeks" (le comble du paradoxe absurde !), à l'époque on ne parlait même pas de sous-culture. Regarder STAR WARS ou INDIANA JONES était considéré au mieux comme signe d'immaturité chronique (y compris par les gens du même âge que nous...) au pire comme la preuve qu'on était un peu attardé et qu'on manquait de goût. Les choses ont heureusement changé. Et donc, à l'époque, Gérard, lui, ne méprisait pas STAR WARS ou INDIANA JONES. C'est même grâce à lui que j'ai pu acheter la bande originale sublissime de L'EMPIRE CONTRE-ATTAQUE. Pour revenir au RETOUR DU JEDI, je me souviens avoir écrit (entre autres) dans ma rédaction qu'on y retrouvait des allusions à nombre de mythologies, notamment lors du bûcher funéraire de Dark Vador qui n'est pas sans rappeler les rites des Anciens Germaniques. J'avais aussi trouvé que les nombreux monstres dans l'antre de Jabba parasitaient un peu le propos du film, mais comme me l'avait fait remarquer Gérard, je m'étais laissé influencer par les critiques du magazine "Première".

Après "Le Retour du Jedi", ce fut la traversée du désert, ponctuée par la sortie au début des Années 1990 du coffret 4 CD (Sandrine me l'avait rapporté de Paris !) de la B.O. de la trilogie, signée évidemment du génial John WILLIAMS (également l'auteur de quasi toutes les bandes originales des films de Steven SPIELBERG). Là aussi, je passais au mieux pour un allumé au pire pour un type manquant totalement de goût (que ce soit aux yeux des fans de pop / rock ou à ceux des mélomanes amateurs de "grande musique"), à courir les disquaires pour trouver des disques de John WILIAMS (et d'autres B.O.). Seuls Gérard (mon maître Jedi !), mon ami Fred Thé et quelques autres comprenaient voire partageaient cette passion dévorante pour "les B.O." (aujourd'hui acceptée et intégrée par l'intelligentsia boboïde). 

C'était le temps aussi où on courait dès qu'un cinéma proposait la Trilogie... Je me souviens encore avec émotion de ce cinéma de Nice qui proposait les trois films de la STAR WARS TRILOGY d'affilée... J'étais allé les voir avec ma grand-mère Lucienne qui m'a toujours accompagné dans mes passions de cinéphile... même si elle a un peu piqué du nez pendant le troisième film...

Au milieu des Années 1990 vint le temps des "Editions Spéciales" de la trilogie fondatrice... l'occasion de redécouvrir la Saga en salle et de partager mon enthousiasme avec mes élèves... n'est-ce pas, Michèle ? Puis ce fut la sortie de LA MENACE FANTOME... Je l'ai vu la semaine de la sortie, dans un cinéma bondé de Bastia, avec la bobine qui saute (et pas d'allusions à certaines "traditions" corses, non mais !) et, je l'avoue, une certaine déception... En fait, je ne savais pas trop ce que j'attendais de cette "prélogie"... J'étais content de découvrir le Sénat Galactique mais la princesse qui change de robe toutes les trois minutes et l'affreux et antipathique Jar Jar Bings, avec son côté Disney, m'avaient somptueusement agacé. Depuis, j'ai revu mon opinion sur ce premier opus de la Saga et j'avoue que le Jar Jar me fait maintenant sourire et que la princesse sait s'habiller avec beaucoup de goût. Pour L'ATTAQUE DES CLONES, je l'ai également découvert en Corse avec mes amis et anciens élèves, Johan, Soleiman, Marine, Julie, etc... J'avais beaucoup apprécié la romance d'Anakin et de la princesse, un peu moins les scènes de monstres (mais, là aussi, j'ai changé d'avis à la "revoyure") et, surtout, quelle joie de retrouver un bon vieux méchant classieux, le Comte Dooku, alias Christopher Lee, cinquante ans (et plus ?) de cinéma au compteur et toujours présent... A la même époque, il incarnait le vilain (encore !) Saroumane dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX... Sacré Christopher !

L'attente de l'ultime épisode de la Saga fut tempérée par la fréquentation fin avril 2005 de la Convention Star Wars de Cusset, organisée par "Les Héritiers de la Force", avec mes collègues et amis, Laurent et Jean-Michel... Nous découvrions cette géniale convention (nous y sommes retournés plusieurs fois depuis : voir plus loin !). Quelques jours plus tard, à Moulins, dans un cinéma plein à craquer, nous avons découvert tous trois l'ultime (jusqu'à ce jour et jusqu'à la sortie de l'Episode VII d'ici un an ou deux) opus de la Saga : LA REVANCHE DES SITH... ou quand le Côté Obscur se répand sur la galaxie... un film noir, sombre, fort, intense, tragique, dramatique, et tout et tout... Et dont l'épilogue, après l'apparition de Dark Vador (tant attendue !), fait le lien avec le "premier" (le quatrième dans la chronologie de Geogeo Lucas... pas simple, le gars, surtout quand on doit expliquer à des néophytes !) épisode, celui de 1977, "La Guerre des Etoiles", rebaptisé "Un nouvel Espoir". Je me souviens d'avoir croisé Gérard quelques jours après la sortie, me disant que l'épisode III était son préféré. Personnellement, il vient juste après l'épisode V. 

Dans les mois et les années qui ont suivi, j'ai revu quelques fois les différents films, notamment lorsque j'ai fait découvrir la Trilogie (et non encore la Prélogie, à part "La Menace Fantôme" en 3D... les lunettes m'ont donné bien mal à la tête !) à ma douce et tendre. J'ai aussi lu quelques livres tirés de "L'Univers Star Wars", mais finalement assez peu. Et pourtant j'en ai acheté pas mal... Ils font partie de ces nombreux livres évoqués dans mon précédent "post" et qui s'entassent chez moi et que je regarde en me disant : "Faut que je m'y mette !" D'autant que les romans Star Wars que j'ai lus m'ont tous plu : "Dark Maul, l'Ombre du Chasseur", "Vent de Trahison", "Dark Lord : L'Ascension de Dark Vador" ou encore l'excellent "Les Ombres de l'Empire". Je profite à cette occasion pour remercier Fred alias Docteur Freyd alias Kawasakid, qui est un grand lecteur (entre auteurs) des romans de "L'Univers étendu Star Wars" et m'a initié à cet univers...

Enfin, depuis quelques années et presque tous les ans, je me rends donc à cette Convention Star Wars de Cusset avec Laurent (devenu depuis un Scout Trooper émérite !) et Jean-Michel. Sur ce blog, ceux que ça intéresse trouveront quelques photos de nos visites intergalactiques... Je garde notamment un souvenir réjoui de la rencontre avec Anthony DANIELS, alias C3PO (l'ex Z6PO de la première trilogie...), qui s'exprimait dans un français parfait... Cette année, l'invité d'honneur est Jeremy BULLOCH alias le redoutable chasseur de primes BOBA FETT... Plus d'informations sur le site des Héritiers de la Force :

Bref, tout ça pour dire que plus de trente ans après ma découverte de l'Univers STAR WARS... la magie est toujours là et c'est vraiment la force de George LUCAS d'avoir créé une mythologie si riche et qui restera, probablement pour plusieurs générations, dans l'imaginaire collectif... Et ils ne sont pas nombreux à avoir atteint cet objectif cyclopéen... Ils doivent être deux au XXème siècle, LUCAS et... TOLKIEN... D'autres auteurs, cinéastes, écrivains, ont créé des univers, écrit des oeuvres mondes mais aussi riches et aussi universellement partagées, je crois que l'Empire Galactique et la Terre du Milieu font quand même figure d'exceptions génialissimes et (pour le moment) indépassables... [Je ne parle pas des créateurs de personnages "phares" qui eux sont plus nombreux... Parmi eux, et dans ceux qui "m'inspirent", je citerai Sherlock Holmes, James Bond, Mulder & Scully et bien sûr... Indiana Jones... créé par George Lucas et Steven Spielberg... décidément !]

Que la Force soit avec vous !

vendredi 19 juin 2009

Nostalgie ou fin de cycle

Si l'on considère la vie comme un parcours certes sinueux mais plutôt linéaire, s'arrêter pour souffler et regarder en arrière, c'est ce qu'on appelle de la "nostalgie". Parfois, on parle de "faire le point" ou de "bilan d'étape" mais c'est quand même considéré assez universellement en Occident comme une activité plutôt inutile et contre-productive. A contrario, si l'on a une vision cyclique de la vie en général et de sa vie en particulier (comme les Grecs Anciens ou les Bouddhistes), il n'y a plus de retour en arrière mais plutôt une impression de "déjà vu".
Je travaille dans l'enseignement, un métier où l'on vit constamment dans des cycles... Il y a évidemment le calendrier scolaire qui ponctue sa carrière et sa vie en général... Pour ma part, hormis mes années de fac (et encore) et mon "détachement" bref aux Affaires culturelles à Ajaccio, j'ai toujours vécu au rythme de l'année scolaire... Rentrée en septembre, vacances fin juin... Il existe d'ailleurs d'autres rythmes qui ponctuent la vie de tout un chacun, comme le calendrier des saisons... l'été succède au printemps, la chaleur augmente et les jours commencent à diminuer... Et puis le calendrier civil qui commence au 1er janvier par une beuverie et finit le 31 décembre par une autre beuverie... Et toute une série d'événements cycliques comme les compétitions sportives ou les "rendez-vous électoraux"...
Revenons à l'enseignement... Nous connaissons le rythme de l'année scolaire mais également le rythme des années de présence des élèves... Je m'explique... J'exerce en collège et donc, sauf parcours accidenté, mes élèves restent quatre ans... A la fin du mois de juin, c'est le moment où partent les élèves de 3ème... Je vais me contenter de citer ce que j'ai écrit il y a quasiment un an : "D'ailleurs, aujourd'hui, je disais au revoir à mes élèves de troisième et j'étais bien triste car voilà quatre ans que je les connaissais (...) et je m'étais attaché à eux. Maintenant, ils s'en vont, c'est normal, mais ça va laisser un vide. D'ailleurs, si j'aime les vacances (surtout maintenant que j'ai une copine et des projets), je hais les fins d'année scolaire, quand il n'y a plus un bruit dans le collège, couloirs déserts, rideaux baissés, livres rangés..."
La fin de l'année scolaire approche... Je sais... "ces enseignants, toujours en vacances ! je te les mettrai au pas, moi, tous ces fonctionnaires privilégiés !" Certes. Sans voir aussi loin, c'est le temps du ramassage des manuels scolaires, du rangement de mon CDI, du tri des papiers... etc... C'est aussi évidemment (et c'est pas du luxe !) l'occasion de ranger un peu mon bureau... mon bureau matériel s'entend mais également le bureau de mon ordinateur... Trier les dossiers et, à l'occasion, retrouver quelques photos sur mon écran comme jadis on retrouvait un vieil album photo dans un coin de son grenier...
Là, il s'agissait de photos prises le 18 octobre 2007... Ce jour là, c'était la première des trois représentations du "Malade imaginaire", par les élèves de mon club théâtre... Lors des répétitions, mon metteur en scène de La Nouvelle Rampe, Philippe Vérillaud, était venu plusieurs fois prodiguer ses conseils auprès des jeunes acteurs. Il était également venu assister à cette première qui avait eu lieu au théâtre de l'hôpital François Mercier de Tronget [jouer "Le Malade imaginaire" dans un hôpital, fallait quand même oser !!]... Ce fut une après-midi délicieuse. Les élèves étaient très très bons !!
Le théâtre... Je repense avec nostalgie à l'aventure de l'atelier théâtre avec ces élèves... Plus d'un an de travail... Au final, trois représentations et beaucoup beaucoup d'émotion. Ces élèves quittent le collège d'ici quelques jours... C'est la vie... Comme l'an dernier, je dis au revoir à des élèves que je connaissais depuis quatre ans.
Le théâtre... Cette année, j'ai choisi de ne pas rejouer avec La Nouvelle Rampe. L'été arrivant, et avec lui cette longue période de "temps libre" que je redoute toujours un peu, je me dis que les répétitions vont bien me manquer... Mais c'est mon choix ! J'allais écrire : c'est mon destin !! Je suis trop influencé par Star Wars... J'aurai bien l'occasion de refaire du théâtre dans les années à venir... Peut-être avec des élèves dès la rentrée de septembre, peut-être avec La Nouvelle Rampe en 2010...
Le théâtre fait partie de ma vie. J'aime d'ailleurs à répéter que "la vie est un théâtre" (ce n'est pas très original, je sais) et je crois bien que j'ai parfois tendance à théâtraliser ma vie : je suis particulièrement amateur des "répliques qui tuent", des portes qui claquent et des décisions définitives et irréversibles... On ne se refait pas !
Le blog me permet également non pas de "regarder en arrière" de façon stérile mais de constater justement comment la vie, ma vie en tout cas, est faite de cycles. Bien sûr, on avance (en âge notamment) mais il est certaines choses qui viennent ponctuer notre vie de façon régulière et ordonnée, comme un métronome...
Le 18 octobre, le jour même de cette première théâtrale, j'avais écrit un texte intitulé : "La dépression me guette ou De la fin de belles aventures !" Quel titre prémonitoire !... Deux mois plus tard je commençais à "sombrer" dans la dépression justement jusqu'à devoir, en juillet 2008, passer trois semaines à l'hôpital... Dans cet article, je parlais de la fin de mon aventure théâtrale avec mes élèves, de la fin de l'aventure "13 à table" avec La Nouvelle Rampe et de la fin de la Coupe du Monde de rugby...
Quant à ma nostalgie saisonnière qui me saisit chaque année à la fin du mois de juin, il n'est qu'à lire mon texte rédigé le 27 juin 2008, intitulé "Le rugby est une valeur sûre" (j'y évoquais la quatrième finale en dix ans entre Montferrand et Toulouse...) :
En juin 2007, il n'y avait pas eu de texte nostalgique sur mon blog, j'avais d'autres idées en tête... L'été qui suivit fut le plus terrible de ma vie : je m'étais "emballé" trop vite !...
En juin 2006, je faisais un papier (un terme qui prouve que je suis un "vieux" !) intitulé "Halte au défaitisme"... Cette année-là, la France s'était qualifiée péniblement (en foot) pour les huitièmes de finale avant de faire un parcours fabuleux jusqu'à cette fameuse finale et le coup de tête de Zizou... C'est si loin... C'était il y a à peine trois ans...
N'empêche que la vie n'est pas totalement cyclique. Les années se suivent mais ne ressemblent pas. Cet été, je ne compte pas passer deux mois à déprimer ou à aller me faire soigner... Après un mois de juillet consacré à me reposer, faire du sport et profiter du Bourbonnais, ma compagne et moi mettrons le cap vers les Iles Anglo-Normandes début août... A nous Jersey et Guernesey !... Bref, enfin des projets... J'aurai l'occasion d'en reparler sur ce blog...
En attendant... trois photos prises donc ce jour d'octobre 2007 où les élèves de l'Atelier Théâtre avaient brillamment interprété "Le Malade imaginaire" en hommage à Charlotte Delbo, dont mon collège porte le nom, résistante déportée à Auschwitz qui trouva la force, au milieu de l'enfer, de jouer justement cette pièce fabuleuse de Molière (toujours autant d'actualité notamment quant à la critique de la médecine !) avec ses co-détenues... Charlotte Delbo qui écrivait :
Je vous en supplie
faîtes quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d'être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
(Extrait de "Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants")



jeudi 5 mars 2009

Au fil du temps...

Photo prise le lendemain de ma naissance, donc le 23 mars 1970 (pile sept ans avant la naissance de ma soeur que je remercie ici pour avoir "numérisé" cette photo !). Très jolie photo, et pas parce que je suis dessus ! C'est une époque lointaine dont évidemment je ne me souviens pas. Je sais juste que je suis né à La Haÿ les Roses, dans le Val de Marne, mes parents étant alors professeurs stagiaires dans la banlieue parisienne...

Photo prise durant l'hiver 1987/1988... Le graffiti (dont je ne vous dirai pas les auteurs, histoire de ne pas avoir d'ennui avec la justice) disait : "Faîtes l'amour et la grève"... C'est Isabelle D. qui avait pris cette photo de Fred Thé et de moi-même... J'étais alors en première année de DEUG d'Histoire. Un an auparavant, on avait "fait" les manifs contre Devaquet, en décembre 1986, les plus grosses manifs étudiantes depuis mai 1968. On se croyait révolutionnaires et on voulait changer le monde. On n'a pas changé grand-chose...

Photo prise durant l'automne 1989. C'était dans ma chambre au cours de notre cohabitation qui n'a duré que trois mois, entre Fred Thé et moi-même. Nous logions au 10 boulevard Lafayette. A l'époque, nous étions fanas de journaux amateurs (et il n'y avait ni internet ni traitement de textes ni imprimantes... c'était le temps des photocopies et de la bonne vieille machine à écrire... on devine la mienne derrière Fred). Voici le dernier numéro jamais paru, réalisé par Les Inqualifiables Associés, grands prêtres de la Néo-Décadence et adorateurs du Lapin Vert (toute personne étrangère au service restera hermétique à ces allusions). Son titre : "Tchador ? J'adore !" C'était l'époque (déjà) du premier grand débat sur le voile islamique à l'école et nous, du haut de nos certitudes, on était contre ce symbole de l'oppression de la femme. La photo a été prise par Nathalie D.
A noter que j'ai très peu voire pas du tout de photos de la période 1988/1994. C'était le temps où j'ai vécu "en couple" et j'avais partagé mes albums avec mes compagnes d'alors et les albums ont soit fini à la benne soit dans le grenier d'Isabelle, de Nathalie ou de Sophie... C'est ainsi. En outre, depuis janvier 2006, soit quelques semaines avant mon "retour" à Moulins, je n'ai plus pris de photos à titre personnel. Plus de photos papier depuis cette date et les photos numériques prises l'ont toujours été sur les appareils d'autres personnes... On peut donc dire que, d'une certaine façon, je n'ai plus pris de photos depuis janvier 2006.
Photo prise en juin 2000 sur les hauteurs de la Balagne, du côté du cirque de Bonifato, première étape du célèbre GR20, à quelques kilomètres de Calvi. Je suis en compagnie de Clément qui a par la suite "trafiqué" la photo pour y ajouter un slogan uniquement compréhensible de Clément, Fred Thé et moi-même, souvenir d'un délire à La Rochelle à l'été 1999. C'était le temps des bonnes résolutions (déjà !). Après avoir (énormément) pris du poids dans les Années 1990, je m'étais décidé à en perdre, à faire un peu de sport et à retrouver goût à la vie. Clément était venu me voir en juin 2000 à Luri. Quelques mois plus tard, je sombrai dans une grosse dépression qui atteint son apogée le 22 mars 2001 où je faillis me supprimer, sans que personne ne le sache jamais tellement j'étais alors seul, puis laissa sa place à une vie étrange, assez vide, parsemée de moments d'intense bonheur et ponctuée d'ivresses solitaires....

Photo prise au Mont Dore début janvier 2001... Le petit chat, c'est Vanille, le chat de Fred de Ceyrat, alias Docteur Freyd (un de mes complices de la Néo-Décadence !). C'était dans le chalet des parents de son épouse. J'adore le maillot de rugby que je portais alors (et que j'ai offert à mon prof de gym de Luri à mon départ de Corse en 2004). J'aime beaucoup cette photo assez trompeuse. Je semble plutôt bien aller, au moral comme au physique. Peu de temps après, j'allais commencer à reprendre du poids jusqu'à des sommets dans les années suivantes et, comme je l'ai écrit plus haut, j'avais vraiment pas le moral en 2001... Bonjour l'odyssée de la déprime !

Eté 2004, à Castellu, chez moi... Castellu, c'est un des hameaux de Luri, celui où j'habitais lors de mes années corses (enfin à partir de 2000 pour être précis). J'avais un sympathique appartement plutôt spacieux où j'ai reçu nombre d'amis et plusieurs fois mes parents qui adoraient le Cap Corse. Le premier de ces amis avait été Clément en 2000. Les derniers à me rendre visite furent Fred Thé (auteur de cette photo), sa compagne et leurs enfants. C'était en août 2004. Quelques jours après, je quittai la Corse. A ce jour, 3 mars 2009, je n'y suis toujours pas retourné et j'avoue que j'en rêve presque toutes les nuits...

30 avril 2005... Pour la première fois, je me rends à la Convention Star Wars de Cusset, en compagnie de mes collègues et amis de Tronget, Laurent (auteur de la photo) et Jean-Michel. En ces jours où je pèse bien près de 130 kilos (peut-être un peu plus ?), j'habite alors Deux-Chaises, je ne rentre à Moulins que de temps à autre pour voir mes parents, je passe mes week-ends à manger et boire en regardant des DVD. Je viens juste de reprendre contact avec la troupe de La Nouvelle Rampe et j'ai renoncé depuis bien longtemps à faire du sport, à avoir une vie sociale et évidemment à être en couple...

Et nous voilà aujourd'hui en mars 2009. J'ai pas mis de photo. La dernière en date c'est devant mon cher magasin Samarcande à Montluçon. Pourquoi ai-je mis ces photos et rédigé ce petit laïus ?... Oh... C'est au hasard de tri de documents sur mon ordinateur que j'ai retrouvé ces clichés et ainsi pu mesurer le chemin parcouru. Et vous savez quelle est ma conclusion, toute personnelle, de ces quelques clichés ? Non plus "brûlez tout" comme il y a encore quelques semaines mais : bon sang, qu'est-ce que je suis content 1/ d'être toujours vivant 2/ d'avoir 39 ans 3/ d'être où j'en suis aujourd'hui... Comme dirait Edith, je ne regrette rien... Et je ne retournerais en arrière pour rien au monde ! D'autant que maintenant je ne vis plus seul, j'ai rencontré l'amour et une certaine sérénité pour ne pas dire une sérénité certaine... Sans même parler du fait que je me sente bien dans ma peau, dans ma tête, dans mon âme...
C'est bien les albums photos, ça permet de mesurer le chemin parcouru... Mais il faut vite les refermer avant que de se laisser envahir par la nostalgie....

mardi 2 décembre 2008

Le temps de l'attente

Une étrange impression. Depuis plusieurs mois, les médecins nous disent, à mon père, à ma soeur et à moi-même (enfin, moi, ils me disent rien, c'est mon père et ma soeur qui me donnent les infos), que l'état de ma mère va s'aggraver... à tel point que j'en viens à me dire quel sens on doit donner au verbe "s'aggraver"... Et puis, depuis un mois et demi, "on" nous explique qu'il lui reste "quelques jours, tout au plus quelques semaines, à vivre". Alors, forcément, chaque coup de fil me fait craindre le pire. Remarquez, comme je reçois très peu de coups de fil (j'en donne aussi très peu : je suis pas "fana" du téléphone), y a pas trop de risques... N'empêche, encore hier, appel de mon père... J'ai senti le sol se dérober sous mes pieds. "Fausse alerte". L'état de ma mère peut-il encore s'aggraver ? Oui. Je le découvre chaque semaine. Je ne pensais pas que j'en viendrais à regretter l'état de ma mère il y a un mois quand elle arrivait à me sourire, l'état de ma mère il y a deux mois quand elle criait parce qu'elle n'arrivait plus à articuler, l'état de ma mère il y a trois mois quand elle pleurait lorsque je quittais sa chambre d'hôpital. Peut-être que dans un mois je regretterai l'état actuel de ma mère...
La maladie d'Alzheimer, la vraie, pas le "yoyotage" des personnes âgées voire très âgées (que des médecins généralistes ignorants appellent Alzheimer parce qu'ils ont entendu le mot à la télé), a été pronostiquée chez ma mère fin novembre 2001, alors qu'elle avait 57 ans et qu'elle était encore bien sûr en activité. Depuis, c'est une longue descente en enfer... Sept ans en enfer... Et c'est peut-être pas fini et ça peut encore durer. Des semaines, des mois, peut-être des années. Il y a eu une période où l'état de ma mère s'était quelque peu "stabilisé", après la dépression consécutive à l'annonce de la maladie, entre 2002 et 2003, à tel point que les gens qui la voyaient ne croyaient pas qu'elle était malade. Puis ce fut une descente inexorable, qui s'est progressivement accélérée à partir de l'hiver 2004/2005, à mon retour de Corse, et surtout de l'hiver 2005/2006, quand elle a commencé à faire des chutes... Les chutes... Un véritable cauchemar au quotidien.
Sept ans en enfer. Voilà ce que fut la vie de ma mère ces sept dernières années. Avec la lucidité (parce que c'est pas une maladie où "on est dans son monde" comme disent la plupart des personnes qui croient qu'Alzheimer serait une espèce de maladie des étourdis), avec la terreur, oui la terreur, pour compagne, parce que dès le départ elle savait ce qui l'attendrait : ce serait long, ce serait dur, ce serait humiliant. Elle le savait et les médecins n'ont jamais pris de gants avec elle, certains lui expliquant froidement qu'elle finirait comme un "légume".
Et moi ? Bof... Valérie m'a trouvé ces derniers temps plus solide (mon séjour à l'hôpital et mon suivi médical semblent porter leurs fruits) mais plus triste. Ma cousine Françoise m'a trouvé particulièrement nostalgique, porté sur le passé. Je pense aussi que j'aurais un peu tendance à virer à l'aigre par moments... Une certaine désillusion face à la médecine, aux médecins, à l'euthanasie passive qui ne dit pas son nom et qui sévit dans les hôpitaux... c'est l'impression de mon père et je finis par me dire qu'il n'a pas tout à fait tort quand j'ai vu depuis trois mois les aide-soignants renoncer à faire manger ma mère puis ensuite expliquer que son état était désormais irréversible... Forcément, si on nourrit pas quelqu'un pendant des mois, il finit par aller pas bien du tout du tout...
Comment réagir ? La colère ? Ouaip... J'ai déjà donné. Je connais la fameuse théorie des "cinq phases" qui accompagnent l'annonce d'une mort prochaine ou d'une maladie incurable : refus, colère, marchandage, dépression, acceptation... Je n'ai pas de colère, peut-être en ai-je eu contre mon père, contre le monde médical, contre moi-même surtout. Mais c'est bien inutile. C'est de l'énergie en pure perte... Certes, c'est une maladie particulièrement ingrate et humiliante et dégradante. Mais, à différents échelons, toutes les maladies sont abominables. Je n'ai connu le monde de la maladie et de la mort qu'à la trentaine bien tassée... J'en ai été épargné très longtemps... Je ne peux même pas imaginer le quotidien des personnes vivant avec un fils, un frère, un époux, un père, handicapé, atteint d'une maladie chronique, alité, nécessitant des soins constants, des examens fréquents.
Je ne vais pas dire "c'est injuste"... Injuste pourquoi ? Injuste pour qui ? Quand la maladie touchait des gens que je ne connaissais pas, je ne me posais pas la question de l'injustice... Je vivais ma vie paisiblement. La mort est le terme naturel de la vie et elle est souvent précédée de la maladie. C'est ainsi. Qu'on soit croyant ou athée, c'est un fait acquis. J'aime la boutade : "la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible". Simplement, si je ne dis pas que la souffrance est un scandale, comme a pu l'écrire Camus, je ne partage absolument pas le point de vue de celles et ceux qui voient dans la souffrance un moyen merveilleux de se transcender. Je trouve même cette idée, véhiculée parfois par des religions maladroites, assez révoltante pour ne pas dire lamentable. La souffrance est là, elle ne transcende personne.
Je ne vais pas dire "je me sens tellement inutile"... Je l'ai longtemps dit, mais c'est faux. D'abord, y compris dans les derniers moments, notre présence est utile. Même dans des cas de personnes en coma profond, on conseille aux visiteurs de leur parler parce qu'elles ne seraient pas insensibles au son de la voix... Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, être inutile ? C'est croire qu'on pourrait être utile, tout puissant, triompher de sa maladie voire de celle de l'autre ? Certes, mon pseudo sur internet est Superdoc, clin d'oeil à un logiciel documentaire, mais certainement pas à un super-médecin qui aurait le pouvoir de guérir les gens.
La colère... le marchandage... Nous connaissons tous cette période où nous pensons que, bon, ça ne va pas aller mieux, mais ça ne va pas empirer. Comme je l'ai écrit plus haut, il y a eu une période où ma mère semblait sinon aller mieux en tout cas vivre malgré tout pas trop mal avec la maladie. C'était le temps où je me disais que je n'aurais pas à rentrer sur le Continent, mes parents pouvaient venir me voir régulièrement en Corse, depuis leur base sur la Côte d'Azur où mon père a la maison familiale et où la famille de ma mère vit. En plus, c'était pour moi l'opportunité de renouer avec cette famille que j'avais un peu perdu de vue... Le marchandage ne dure qu'un temps.
La dépression ? J'ai connu, je connais encore. La dépression, cette fièvre de l'âme comme j'aime à le dire. La dépression qui peut être une réaction saine à trop de pression, comme un coup d'arrêt à une fuite en avant. La fuite en avant, dans le travail, dans les distractions, dans l'étourderie de l'alcool ou des comportements à risque...
Quand une situation devient intolérable on finit parfois par la nier car sinon on ne trouve plus la force de vivre. La tentation est grande de se réfugier dans le passé. Mon goût prononcé pour la nostalgie m'y pousserait. Après tout, comme dit le chanteur, "c'était mieux avant". On peut passer des heures, des jours, des semaines, enfermé chez soi, à repenser aux bons moments de jadis qu'on aura embellis, travestis, détournés au gré d'une humeur chagrine... Je connais, j'ai déjà donné. Je ne suis plus porté sur ce type de nostalgie qui m'a conduit aux portes du néant intérieur. Par contre, quand le passé, les souvenirs de l'être cher, vous tombent dessus... C'est pas toujours facile de lutter.
La tentation de l'isolement est puissante. En même temps, on n'a pas envie forcément de parler, de raconter ses états d'âme. Et d'abord, à qui raconter ? et quoi raconter ? Chacun(e) a ses soucis et sa vie. Et puis, une personne déprimée n'est pas un compagnon de table ou de soirée bien agréable. Pour ma part, j'arrive plus facilement à m'exprimer par écrit qu'à l'oral. En tout cas, j'arrive à peu près à ordonner ces pensées qui se bousculent. En outre, j'ai pas forcément non plus envie de parler de moi et de ma mère. Depuis sept ans, la première ou la deuxième phrase qu'on me pose systématiquement ou presque est "comment va ta maman ?" Quand je sors, je veux un peu oublier tout ça. Simplement, en ce moment, j'ai pas envie de sortir, de me distraire, de bavarder autour d'un bon repas. Parce que c'est pas le moment. Il y a un temps pour tout.
L'acceptation, phase ultime. Accepter la maladie. A-t-on le choix ? Pas vraiment. Quoique... Comme je l'ai mis plus haut et expérimenté moi-même, il est toujours possible de se réfugier dans le déni (rester dans la première "phase" ou y replonger), dans l'illusion d'un monde où la maladie n'existe pas, en vivant dans le passé et/ou dans l'ivresse (médicamenteuse, alcoolique ou autre fuite en avant). On peut aussi être en colère, contre Dieu (si l'on y croit), contre l'institution médicale, contre la famille ou les amis, contre soi-même. On peut rester dans la dépression. En fait, plein de solutions s'offrent à nous si nous ne voulons pas voir la vérité en face.
Accepter la vérité de notre condition. Accepter qu'il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui n'en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, nous pouvons le modifier ou en tout cas essayer. Ce qui ne dépend pas de nous, nous devons l'accepter, accepter notre impuissance qui n'en est pas une puisque ce n'est pas de notre ressort. C'est plus facile à dire qu'à faire. Certes. Mais c'est probablement la seule clé possible pour pleinement vivre. C'est une idée défendue par les philosophes stoïciens, notamment Epictète (que j'ai connu grâce à Fred de Ceyrat) ou Marc-Aurèle mais aussi Sénèque (qui fut exilé à Luri !) qui avait expliqué à une femme qui venait de perdre son jeune fils dans une terrible maladie que, bien sûr, c'était terrible mais que tant que son fils n'avait pas été touché elle ne s'était pas demandé plus que ça si c'était injuste ou non que des jeunes meurent "avant l'âge".
Accepter que nous ne pouvons pas tout. Accepter notre état de mortels, de malades (ou de bien-portants !). Ce n'est pas du fatalisme, bien au contraire. De même que d'être lucide sur l'état du monde et des hommes n'est ni du cynisme ni du pessimisme mais du réalisme. Accepter notre condition pour pouvoir nous en affranchir... Pourquoi pas ?
Etre et rester lucides. Ne pas céder à la tentation de la fuite en avant, dans le travail, dans les divertissements, dans l'ivresse, dans le cocon familial protecteur...
Etre lucides mais aussi profiter de chaque instant au présent. Une idée défendue par Epicure et ses disciples, qui ne signifie nullement (bien au contraire !) plonger dans les plaisirs les plus factices, mais savoir profiter de soi, des autres, des instants simples... "Carpe Diem !"... "Seize the Day !"
Les idées des philosophes grecs sont toujours d'actualité, de même que certains préceptes enseignés par les religions... Pour ma part, je ne citerai que la religion que je connais sinon la mieux en tout cas le moins mal, à savoir le Christianisme... Puisqu'on est dans le Temps de l'Avent... C'est le temps où l'on incite les croyants à "veiller et prier" car "nous ne savons ni le jour ni l'heure"...
Le temps de l'attente. Le temps de l'incertitude. Le temps des doutes. Le temps des nuits blanches, des souvenirs qui se bousculent, des petits matins d'angoisse...

vendredi 28 novembre 2008

La Corse me manque...

Eglise Santa Maria et Tour de la Chiapella

La Corse me manque... et c'est peu de le dire... Comment expliquer ce sentiment qui m'habite, chaque fois que je repense à cette île, j'allais écrire "mon" île ?... Ce n'est pas de la simple nostalgie... Ce n'est pas non plus une espèce de mystique, un peu comme la Terre Promise pour les Juifs ou cette Amérique idéale que chantait Brel et que rêvait Boris Vian... quoique ! Il y avait chez moi cette quête de terre promise quand j'ai fait ma demande de mutation pour la Corse en 1999...
Mais mon histoire avec l'Ile de Beauté, la plus belle, Kallisté pour les Grecs Anciens, date de bien plus longtemps. D'abord, il y a mes origines familiales... Du côté paternel, j'ai des racines corses, plus particulièrement à Peri, petit village près d'Ajaccio, petit village néanmoins connu chez les amateurs d'histoire militaire puisque le régiment de Peri fit partie des troupes supplétives étrangères de Louis XIV... D'ailleurs, nombre de mes ancêtres Pérès ont servi dans l'armée, d'abord vénitienne, puis corse... puis française...
Quand j'étais petit, je rêvais de visiter la Corse... Je le fis, trois étés successifs, au début des Années 1980... Un été à Porti Vechju, un été à Corti et surtout un été à Macinaghju... A cette époque-là, la Corse était en pleine effervescence... Le Nationalisme était encore relativement unifié et l'île expérimentait la régionalisation... Pour ma part, à douze ans, j'avais très sérieusement entrepris de rédiger une constitution corse... Bon, j'ai jamais fini mon ouvrage (comme souvent... mon côté dilettante... et mon absence totale de connaissances en droit constitutionnel !!). Plus sérieusement, j'ai gardé de ces trois étés un souvenir plus qu'ébloui, plus particulièrement de l'été au camping de Macinaghju, à la pointe du Capi Corsu... Je n'imaginais pas alors que j'allais y retourner bien des années plus tard...
Les années passèrent... Je pensais à la Corse mais n'eut pas avant longtemps l'occasion d'y retourner... Mes parents étaient tombés amoureux de la Bretagne (avant de succomber aux charmes de la Normandie) et puis, en grandissant, je ne passais plus mes étés avec eux... Mais la Corse restait au fond de mon coeur... En 1995, après mon service militaire, une rupture amoureuse puis une première année catastrophique dans l'Education nationale (collège ZEP de 800 élèves pour "baptême du feu"), j'eus l'opportunité d'obtenir un "détachement"... à la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) d'Ajaccio où je travaillais un an comme documentaliste recenseur des Monuments historiques. Ce fut pour moi la (re) découverte de la Corse... Mais les élèves me manquaient et j'avais de trop grandes lacunes en italien pour dépouiller les archives, forcément toutes rédigées dans la langue de Dante... Je ne restais donc qu'un an dans la "Cité impériale", qui d'ailleurs ne me semblait pas être vraiment corse, plutôt une petite ville de la Côte d'Azur... N'empêche... Cette impression d'inachevé me fit dire et surtout me dire à moi-même que j'y retournerais un jour ou l'autre, et cette fois pour la vie. Et puis, lors de deux tournées professionnelles en Haute-Corse, j'avais (re) découvert la région bastiaise et le sud du Cap Corse, en particulier Erbalunga et Brandu... Et je me disais qu'il fallait vraiment que j'y retourne...
Je suis rentré à Moulins. Et j'aurais bien pu m'y installer définitivement... Mais la vie vous joue parfois des tours... Deux ans au Collège François Villon, au cours desquels j'accompagnais des élèves en Toscane (grand moment de frisson : me dire que j'étais à quelques kilomètres de mon île !!), je fis du théâtre, etc... Puis... on me "remercia" car je n'étais pas titulaire du poste... Je découvris alors le travail en collège rural, à Cosne-d'Allier. Parallèlement, ma vie privée était totalement nulle, que ce soit en amitié ou en amour. Bref, rien ne me retenait plus à Moulins, à part mes parents. Je fis ma demande de mutation pour la Corse, en espérant obtenir le Collège du Cap à Luri car le poste m'intéressait beaucoup. Et j'ai obtenu cette mutation. J'étais fou de joie. Quand je l'ai annoncée à ma mère, elle m'a dit : "je suis très heureuse pour toi" et elle s'est mise à pleurer, à la fois de joie mais aussi de tristesse. Je n'oublierai jamais ces larmes. Elle était alors hospitalisée pour des soucis aux genoux. Pour l'anecdote, sa chambre d'alors est juste en face du batîment où elle est actuellement en train de mourir. Il est des rapprochements, des coïncidences, étranges voire cruelles.
Septembre 1999... Je débarque au Colleghju Capicorsinu... Un peu plus de 160 élèves bien sympathiques, des collègues très accueillants... Et le village... Luri, à peu près 500 habitants. Je découvre la vie dans un village corse... Tout ne fut pas rose tous les jours... notamment ma deuxième année en Corse... Après l'enthousiasme des premiers mois, j'ai connu une période de dépression, de doute... Le Bourbonnais me manquait, mes parents, mes amis de Clermont... Je souffrais de solitude dans mon appartement de Castellu... Puis je m'y suis fait, j'ai commencé à avoir des amis... J'ai découvert l'univers des danses traditionnelles corses avec A Squatriglia. Au collège, j'ai pu m'épanouir en développant un atelier théâtre et en m'impliquant dans la sensibilisation des élèves à la sécurité routière.
Fin 2001... Quelques semaines après le décès de ma grand-mère paternelle, Lucienne, emportée par la maladie d'Alzheimer, ma mère m'apprend qu'on lui a diagnostiqué... la maladie d'Alzheimer. Elle est effondrée car elle sait ce qui l'attend, cette lente dégradation du cerveau et tout ce qui s'en suit... Dans les premiers mois, où elle n'est même pas en arrêt maladie (l'Education nationale ne reconnaissait pas alors Alzheimer comme maladie de longue durée... si ! si !), on ne se rend pas vraiment compte qu'elle est malade, y compris moi... Je me dis que ça va prendre des années et je reçois régulièrement mes parents à Castellu, mes parents qui retrouvent chaque fois le Cap Corse avec plaisir, d'autant que c'est là qu'ils s'étaient connus en 1966 ou 1967, plus précisément à Roglianu, lors d'un voyage organisé par la paroisse de Nice où tous deux vivaient alors. Décidément, ce Cap Corse est dans la famille, d'autant qu'une de mes tantes corses, Angèle, aurait jadis été institutrice dans un village du Cap...
Bref, je me fais progressivement à l'idée que je vais passer en Corse toute ma vie... Et c'est une idée qui me plait. En Corse, comment l'expliquer ? je me sens en sécurité, loin des tourments que connaît notre époque. Dans une île, on est toujours plus en sécurité. Et puis, j'ai pris un peu l'accent. Je commence à avoir un réseau de relations, j'ai mes habitudes, comme les matchs de foot du Sporting Club de Bastia ou les sorties cinés et restos avec mes amis, Jean-Michel et Gilles notamment... sans parler des pots place Saint Nicolas et des étés du côté de Macinaghju avec Soleiman, Johan, Marine, Julie... Et, bien sûr, la vie au village... Aline, Solange, Pierrette... les longues soirées passées à refaire le monde après un excellent repas accompagné de coppa, de lonzu, de fromage de brebis à la confiture de figues et le vin du Cap...
Durant l'été 2003, le fameux été de la canicule, cet été au cours duquel ma soeur s'est mariée, je prends conscience de l'aggravation de l'état de ma mère. Pour les fêtes de fin d'année, je passe Noël avec mes parents puis la Saint-Sylvestre avec les Fred à Clermont. Sur le quai de la gare, je dis à Fred de Ceyrat que je vais demander à rentrer car ma mère est vraiment trop mal. Je pose ma demande de mutation...
Avril 2004... La fête du collège, au cours de laquelle mes élèves présentent des sketchs, des extraits... du "Malade Imaginaire" (que j'allais reprendre trois ans plus tard avec mes élèves de Tronget !!) et font une démonstration de quadrille corse... Mes parents assistent au spectacle. Je viens d'apprendre par internet que j'ai obtenu ma mutation, quelques heures auparavant... Je sais que c'est ma dernière fête avec mes chers collégiens de Luri... Le lendemain, je pleure toute la journée. Je crois que c'est l'un des jours de ma vie où j'ai le plus pleuré.
Fin août 2004, à bord du bateau, après avoir dit au revoir à tout le monde pour un dernier repas au café sur la place de Luri, je regarde s'éloigner le Cap Corse... Le lendemain, je commence à aménager dans mon nouvel appartement à Deux-Chaises... Ce n'est pas une page qui se tourne ni même un chapître qui se clot mais un tome de ma vie qui s'est refermé sur peut-être les cinq plus belles -en tout cas les plus riches et les plus intenses- années de ma vie...
Plus de quatre ans déjà ont passé et je ne suis pas encore retourné en Corse. Je crois que j'ai longtemps eu peur de ma réaction, car je crois bien que j'aurais pas envie d'en repartir ! Et puis, je m'étais juré intérieurement de n'y revenir qu'accompagné... Et puis le temps a passé... J'ai découvert le collège de Tronget où je me suis épanoui professionnellement, en développant un atelier théâtre, en m'impliquant dans la sensibilisation des élèves à la sécurité routière... Tiens, ça me rappelle quelque chose ! Et puis il y a des prénoms qui reviennent... Certains de mes collègues s'appellent... Gilles ou Jean-Michel. Il y a des coïncidences amusantes... Jusqu'à celle-ci... Dans le cadre du voyage des élèves de Tronget en Italie (organisé par ma collègue de latin, Martine) en 2009, ils vont dormir dans un hôtel de Santa Severa près de Rome... Santa Severa, qui est également le nom de la marine de Luri, Santa Severa... où allaient les élèves du Collège du Cap lors des voyages en Italie (bien sûr co-organisés par... ma collègue de latin, Aline).
J'ai (re) trouvé mes marques dans l'Allier... Je suis finalement retourné vivre à Moulins, la ville de mon enfance que j'aime tant. J'ai retrouvé la troupe de théâtre La Nouvelle Rampe. J'ai mes amis de Clermont, que je ne vois finalement pas plus que quand j'étais en Corse...
Je ne regrette rien. Il fallait que je rentre. J'ai pu, un tant soit peu, accompagner un peu ma mère et mon père au cours de ces sombres années... Et puis j'ai retrouvé l'esprit d'une troupe de théâtre. A Tronget, je suis heureux dans un petit collège rural où les élèves, s'ils n'ont pas le même accent qu'à Luri, sont tout aussi adorables. Et puis... "last but not least"... Si je n'étais pas rentré, je n'aurais jamais fait la connaissance de Valérie, qui m'accompagne dans la vie depuis presqu'un an.
Mais bon... la Corse me manque... J'y repense souvent, presque tous les jours. Mon ami Gilles de Bastia (et d'Ascu !) m'avait écrit, sur le livre d'or qu'on m'avait offert à mon départ de Luri, que "La Corse, on ne la quitte pas, on s'en absente"... Au fond de moi, je ne sais pas comment l'expliquer, je suis intimement persuadé que j'y retournerai... Je ne parle pas d'y retourner quelques jours pour des vacances. Non, y retourner pour y vivre... En sachant que j'ai aussi tant de choses qui me sont chères en Bourbonnais... ah ! la double identité !... Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais j'y retournerai, et cette fois-ci, j'y resterai pour de bon.
D'ici là... Il y a les nouvelles technologies... qui ont parfois du bon... Grâce à Copains d'Avant et FaceBook, j'ai retrouvé anciennes collègues et ancien(ne)s élèves du Cap...
Je concluerai par un extrait du meilleur album des aventures d'Astérix, "Astérix en Corse", quand Ocaterinetabellatchitchix sent le parfum de son île après un exil forcé sur le Continent... "Attendez !... Ce parfum !... Ce parfum léger et subtil, fait de thym et d'amandier, de figuier et de châtaignier... et là encore, ce souffle imperceptible de pin, cette touche d'armoise, ce soupçon de romarin et de lavande... Mes amis !... Ce parfum... C'est la Corse !"
Astérix en Corse, le seul album auquel ses auteurs, Goscinny et Uderzo, décidèrent de rédiger un préambule... où ils évoquent cette île, un de ces "endroits privilégiés du globe qui ont une caractère, une forte personnalité", "le pays de la vendetta, de la sieste, des jeux politiques compliqués, des fromages vigoureux, des cochons sauvages, des châtaignes, des succulents merles moqueurs et des vieillards sans âge"... C'est aussi le pays des Corses... "que l'on décrit comme individualistes -alliant l'exubérance à la maîtrise de soi-, nonchalants, hospitaliers, loyaux, fidèles en amitié, attachés à leur pays natal, éloquents et courageux"... Mais les Corses sont "plus que tout cela. Ils sont susceptibles."
Salute a tutti !
A prestu !

Le coffre de ma grand-mère

En septembre, j'avais parlé sur mon blog du coffre que ma grand-mère Lucienne avait rapporté d'Indochine...
http://superdocforeverisback.blogspot.com/2008/09/souvenir-dindochine.html
Voici donc deux photos de ce fameux coffre qui trône désormais dans mon salon...


A l'intérieur : les pipes à opium (que ma grand-mère n'aurait jamais utilisées...), des petits objets, une théière et un cartable dans lequel j'ai quelques souvenirs liés à ma grand-mère.
Dans le même article de septembre, j'avais parlé d'une chanson de I Chjami Aghjalesi que j'aime particulièrement : "U Mare di China"... Vous pouvez écouter cette chanson en cliquant sur ce lien :
J'avais également évoqué l'exposition "Corse-Colonies" au Musée de Corte... Plus d'infos sur... http://www.albiana.fr/extrait-corse-colonies_11.html

dimanche 14 septembre 2008

Souvenir d'Indochine

Cette semaine, mon père m'a rapporté de Nice quelques affaires qui appartenaient à ma grand-mère Lucienne, des objets qu'elle avait rapportés d'Indochine où elle avait vécu avant 1954... Un joli coffre en bois laqué (et pas un objet en toc comme on en trouve tant maintenant dans les magasins de déco...) qui contient trois superbes pipes à opium (ma grand-mère m'a toujours assuré n'avoir jamais essayé l'or brun... hm !) et deux magnifiques théières japonaises... Désormais, le salon de mon appartement prend une autre dimension...
Le 2 août, Valérie et moi nous sommes rendus à Noyant-d'Allier pour la Fête de la Pagode... Noyant-d'Allier ? Un charmant village entre Souvigny et Tronget. Ce village fut l'un de ceux où se développa au début du XXème siècle l'industrie minière. Pour exploiter la mine on fit appel à des travailleurs polonais. Quand la mine ferma, les maisons qui logeaient les mineurs devinrent inusitées. Après l'indépendance de l'Indochine, elles hébergèrent près de 2000 rapatriés... Ainsi, Noyant d'Allier prit des couleurs indochinoises... L'Association des Bouddhistes de Noyant fit édifier dans les Années 1980 une pagode...
Ma grand-mère Lucienne aimait à se rendre à Noyant chaque fois qu'elle venait voir son fils André à Moulins. De son côté, ma mère avait connu dans son enfance le Cambodge puisque mon grand-père maternel fut un moment proviseur à Phnom Penh. Quant à l'oncle de ma mère, mon Tonton Michel (dont je garde précieusement la Bible), il était moine missionnaire en Extrême-Orient et vécut quelques années derrière les barreaux des geôles de Mao... Ainsi, pour des raisons diverses et variées, ma famille proche a toujours eu une affection particulière pour le village de Noyant, un peu d'Indochine au coeur de l'Allier...
Pour ma part, je n'ai connu Noyant que la trentaine venue. Je m'y suis rendu l'été 2000 avec mes parents... A l'époque, je vivais à Luri et j'étais monté deux semaines en terre bourbonnaise... Je garde de cette première visite à la Pagode un souvenir ému. C'était la première fois où j'avais remarqué chez ma mère des tremblements et quelques regards révélant le désarroi face à la maladie insinueuse qui ne disait pas encore son nom.. Ce jour-là, je compris combien la vie est fragile. A la Pagode, mes parents et moi avions dégusté du thé au jasmin en mangeant des friandises au gingembre... Par ailleurs, j'ai alors acheté à Noyant trois cartes postales de la Pagode pour mes amis de Corse qui ne croyaient pas à l'existence d'une Pagode en Bourbonnais... Maria, Gilles et Jean-Michel se reconnaîtront... Pour ma part, j'ai rapporté ce jour là une médaille qui depuis ne quitte plus ma voiture...
Je ne savais pas alors qu'un jour j'allais travailler à Tronget, à une dizaine de kilomètres de Noyant, et que j'aurais de nombreux élèves venant de ce village... Depuis mon retour en Allier en 2004, je me suis souvent rendu à Noyant dont j'apprécie et la pagode et l'ancienne mine et les magnifiques paysages environnants. Le 2 août 2008, j'ai fait découvrir à ma douce et tendre ce bout d'Indochine au coeur de l'Allier... Depuis, j'avais décidé de mettre en ligne quelques photos prises ce jour-là... Et puis, une chose en entraînant l'autre, je n'avais pas eu le temps de réaliser mon petit reportage photoblog... De retrouver les objets de ma grand-mère a ravivé en moi ce souvenir d'Indochine, une Indochine que je n'ai jamais connue...
Enfin, je ne saurais clore ce petit texte sans citer un de mes groupes corses préférés, I Chjami Aghjalesi, dont l'une des chansons, "U Mare di China", m'a toujours inspiré... Le rapport entre la Corse et l'Indochine ? Les Corses ont toujours été très nombreux dans la Coloniale, à servir la Métropole par delà les mers... C'était une autre époque... Dans ma propre famille, mon arrière grand père de Peri était parti, lui, en Nouvelle Calédonie où mon grand-père passa sa petite enfance et fut déchiré intérieurement par les rapports tendus entre Canaques et Caldoches. De nombreux Corses allèrent tenter leur chance en Indochine... Dans les Années 1930, il y eut jusqu'à 25 % d'officiers coloniaux qui étaient corses (l'exposition "Corse-Colonies" avait rendu hommage à ces hommes à Corte il y a quelques années) et l'un des journaux de Saïgon était directement publié... en langue corse...
Vous pouvez retrouver une "mise en images" de cette superbe chanson sur
Je dédie ce petit reportage photo évidemment à ma grand-mère Lucienne mais également à mon oncle Michel et aussi et surtout à mes parents... Ma mère est dans un bien triste état, prisonnière de son corps. Elle a essayé de prononcer mon prénom avant-hier... Elle ne l'avait pas fait depuis bien six mois... C'est si dur de la voir ainsi clouée dans son lit, refusant de s'alimenter et pleurant dès qu'elle prend conscience de la présence d'un visiteur... Et je pense plus encore à elle en ce temps de visite du Pape à Lourdes, où elle s'était rendue pour la dernière fois voilà deux ans, mais aussi à chacune de mes répétitions de théâtre... Elle m'a vu sur scène à chacune de mes pièces, elle ne viendra pas cette année...

La plaque commémorative :
"Souviens-toi l'Indochine"...


L'entrée de la Pagode...



La Pagode


Votre serviteur devant la Pagode
(merci à Valérie pour toutes les photos !)


Bouddha enseignant à ses disciples...



Un peu d'Indochine en Bourbonnais...
En conclusion de cet article...
Les paroles de la chanson "U Mare di China"...
Eramu una bella squadra
È tuttu era in cumunu
Ma spessu venia a ladra
A sera ne mancava unu.
È la luna chì splendia
Sopr'à u mare di china !
Pienghjiamu acciucciulati
Mezu à le rise è le cantate
Eppò li pienti siccati
Muria ogni lindumane.
E paghjelle in li caffè
Quandu sparia lu sole
D'induve noi u piacè
Venia carcu di fole.
T'arricordi a notte nuvella
E briachine guasi à more
È quelle donne à brusgia pella
È quelle donne à brusgia core.
Esciamu à ghjornu chjaru
Imbalsamati di vapori
Tutti ci paria raru
È cambiavanu li culori.
Ma lu sole ci fraiava
Cum'è palle infiarate...
Ma lu sole ci fraiava
Cum'è palle infiarate...