Comment donner un titre à l'article qui va suivre ? Dans trois jours, celà fera un an que ma mère est morte... Un an déjà. Je ne vais pas employer le mot "anniversaire" car je le trouve indécent et déplacé. Je ne vais pas non plus vous embêter avec mes états d'âme. Outre qu'ils ne regardent que moi, je n'ai plus ni le besoin ni l'envie de m'épancher "publiquement" par le biais d'un blog... Une psychothérapie depuis bientôt deux ans, la vie en couple depuis un an et demi et aussi un lent et profond cheminement font que je ne pratique plus "l'introspection en ligne" comme jadis.
J'ai néanmoins toujours un blog, bien sûr, qui me permet de vous faire partager mes souvenirs de vacances... Un "carnet de voyages" comme on dit de nos jours... Je suis actuellement en train de "mettre en ligne" les photos de notre séjour à Saint-Malo et dans les Iles Anglo-Normandes cet été.
Je pourrais aussi certes vous faire partager mes "coups de gueule"... J'avais rédigé l'autre jour un texte sur l'écologiquement correct, le technologiquement correct, un texte intitulé "Bienvenue dans un monde techno-écologi-correct"... et j'ai renoncé à le mettre en ligne... Je n'ai plus envie de bavasser sur mes contemporains et sur moi-même. D'ailleurs, qui suis-je pour "juger" le monde alentour ? Et j'avoue que j'en ai assez d'avoir toujours une vision critique et négative de tout et du reste. Un peu d'optimisme ne fait pas de mal... Mais, bon, si d'aucuns sont intéressés par le dit texte (qui ne reflète pas mon état d'esprit actuel), vous le trouverez sur les commentaires de mon blog... C'est un texte en colère d'un amoureux des livres qui craint la disparition soi-disant nécessaire des livres, jugés rétrogrades, polluants et peut-être bientôt nuisibles... au profit du "e-book"...
Mais passons. 2 décembre 2009. Il y a tout juste un an, j'écrivais un texte intitulé "Le temps de l'attente" :
Un an est passé... Le temps du "travail de deuil"... Comme cette expression me déplait, vous pouvez pas imaginer ! Ce n'est pas un travail... Non, je préfère l'expression (tellement mitterrandienne) : "Il faut laisser du temps au temps". Oui, c'est celà. Le temps qui n'efface pas la peine mais la rend supportable, tolérable, vivable. De toute façon, on n'a pas le choix. Ou l'on s'enfonce dans la tristesse et la déprime ou l'on continue à vivre. Et vivre, ce n'est pas survivre. C'est avoir des projets, des amis, des passions... Je ne dirai pas que ma vie fut "globalement souriante" ces derniers mois... Bien un petit coup de déprime de ci de là. Mais j'essaie de "positiver", d'aller de l'avant, de regarder le monde avec un oeil un peu plus bienveillant, un peu moins cynique et désabusé, lucide et sans illusion certes mais également un peu candide et émerveillé parce que la vie est décidément trop courte pour passer son temps à tirer une tronche de quatre mètres de haut... Non, c'était pas ça, l'expression de ma mère... Elle, elle nous reprochait, à ma soeur et à moi, quand nous traînions des journées entières de nos vies d'adolescents désoeuvrés à travers la maison, elle nous reprochait de, je cite... "errer comme des âmes en peine"... On reconnaît là la prof de lettres classiques !
J'avais écrit, quelques jours après le décès de ma mère, un texte biographique. Vous pouvez, si vous le désirer, le relire :
Par ailleurs, je n'oublie pas cette fichue maladie d'Alzheimer, et "les maladies apparentées", ces saletés de maladies neuro-dégénératives, qui ne sont pas des "maladies de vieux" comme nous avons tendance à le croire (et c'est même "rassurant" de se dire que c'est des "maladies de vieux", on se dit qu'on ne risque rien... que c'est "dans l'ordre des choses")... Je rappellerai que ma mère a été diagnostiquée à l'âge de 57 ans et elle s'est éteinte dans sa 64ème année...
Je n'oublie pas cette saleté de "cancer du cerveau", cette horrible bestiole qui vous bouffe de l'intérieur, s'attaquant à nos "petites cellules grises" de façon aléatoire... puisque l'un oubliera d'abord les noms de ses amis d'école primaire, un autre le chemin pour aller bosser et un troisième les gestes nécessaires pour effectuer des petits travaux ménagers... Mais, au bout du chemin, c'est la dégringolade, la lente et inexorable déchéance, le regard des autres qui change... C'est l'humiliation au quotidien parce qu'on ne peut plus se laver, s'habiller, se nourrir... Et puis c'est la subtile désintégration sociale entretenue particulièrement par le corps médical qui nous dit que "le malade est dans son monde"... Non, messieurs les pontes en blouse blanche, désolé, mais ma mère était "là", et bien là, parfois un peu dans le brouillard, surtout à la fin, mais elle était pleinement consciente d'être diminuée et malade. C'est "rassurant" de se répéter que le malade est dans son petit univers mais ça l'est beaucoup moins quand on prend conscience que cet univers est peuplé des fantômes du passé, d'angoisses de plus en plus présentes et de la certitude absolue qu'on déraille et qu'on ne peut rien y faire... On devient totalement prisonnier de son corps et de sa maladie.
Toutes les maladies sont terribles. Il n'y a pas de "compétition", comme certains tentent de le faire croire parfois, entre les maladies, les malades, les proches... Il ne devrait pas y en avoir. La maladie de ma mère n'a duré que sept ans et son agonie que deux ans... Comparé au calvaire des personnes ayant un proche gravement handicapé suite à un accident ou aux parents dont l'enfant souffre de troubles sévères... Je sais relativiser. D'autant que, pour ma soeur et pour moi, ce n'était pas une maladie de tous les instants. Mon père, lui, a vécu au quotidien, j'allais écrire au chevet de ma mère... Il serait le seul à pouvoir parler vraiment de ce que c'est que l'accompagnement... J'avais parfois émis des réserves quant au fait que ma mère restait "à domicile". Ses deux hospitalisations furent une catastrophe et son placement en maison de retraite a précipité son agonie... Elle n'a survécu que quatre mois dans une "institution spécialisée"... Je n'en tire pas de conclusion sur les maisons de retraite. La marraine de ma mère, bientôt centenaire, vit dans une de ces maisons depuis près de dix ans et tout va bien pour elle.
La maladie. La mort. Tout ça... Tout ça... C'est des sujets qu'on n'aime pas trop aborder. Moi le premier. Tendance à noyer le poisson si un collègue ou un ami venait à s'épancher. En même temps, soyons lucides... On va tous y passer. Il ne s'agit ni d'occulter ni de se complaire dans le morbide ou les commémorations... Il s'agit de vivre avec.
2 décembre... J'ai pas voulu attendre le 5 décembre pour écrire... Donc j'ai pris de l'avance... Et puis, bon, le 2 décembre, les amateurs d'Histoire le savent bien, c'est une date éminemment "napoléonienne"... on y trouve le meilleur comme le pire...
Je concluerai ce message par deux textes écrits "jadis" pour évoquer la maladie de ma mère...
Merci d'avoir pris quelques minutes pour me lire.
Bonjour chez vous.
Aloïs
Maman, chaque jour tu disparais un peu plus
Chaque jour, ton cerveau rétrécit
Et le monde pour toi n’est plus qu’un théâtre d’ombres.
La somme de tes peurs hante mes jours et mes nuits.
Comment pourrais-je t’aider ?
Comment même essayer d’écrire ce que je ressens ?
Tu te perds dans la maison et tu te perds dans ta tête.
Un jour prochain tu ne connaîtras plus mon nom.
En quelques mois ton état s’est terriblement dégradé.
J’étais revenu pour te retrouver et à mon tour je me perds.
Souvent, tu restes là, triste et désemparée,
Tu connais l’inéluctabilité de ton destin...
Sinistre compte à rebours :
Demain peut-être ?
Et tu commences à chercher tes mots
Et tu sens le vide sous tes pieds.
Le sentiment de chute est la pire des terreurs
Et cette araignée qui tisse sa toile dans ta tête
Dévorant chaque jour plus de neurones
Et se régalant avec ton âme...
Et la société s’en fout,
Tu n’as que soixante ans,
Elle est belle, la vie !
Mais pas pour toi, pas pour nous.
Maman, ne pars pas trop vite.
On a encore tant à vivre.
(2 novembre 2005)
Et un texte écrit par mon ami Johan...
L'oubli comme souffrance
Oh vie ! misérable vie,
Autour de toi tant de misère !
Le monde des hommes te semble différent
Monde d'injustices et de souffrances
L'éclair de l'oubli s'abat chaque jour
Et tu t'éloignes de nous, de toi
Ta mémoire se brise au contact des tiens
La vie se fait difficile
L'espoir se meurt
Enfermée dans ton silence
Ta flamme faiblit et s'éteint
Et sans un cri, en silence
La mort doucement vers toi s'avance...
(25 avril 2006)