vendredi 16 janvier 2009

Coucou, c'est moi !

Une photo de moi, tout petit, petit, une des photos que ma soeur a retrouvées... Un grand merci et un coup de chapeau à ma soeur qui "numérise" actuellement toutes les photos de la famille. Je sais, pour citer le commentaire (anonyme) d'un de mes détracteurs (probablement un de mes anciens "meilleurs amis"...) : "tous ces gens qui se plaignent la bouche pleine,ces questions existentielles à deux sous!ce rabachage d'un temps révolu, cet égocentrisme, l'indocchine, mon grand père, ma grand mère...et l'homme préhistorique alors, qui se souvient de ses états d'âme ?il y a vraiment des gens qui n'ont rien à faire de leur vie que de radoter sur leurs histoires familiales !" (j'ai laissé les fautes de frappe...). Bien sûr, il faut aller de l'avant et ne pas passer son temps dans les souvenirs du temps jadis. Mais d'abord je suis un documentaliste doublé d'un ancien étudiant en Histoire. Vous comprendrez que le passé, personnel comme collectif, m'intéresse, il m'interpelle ! [Quant à l'homme préhistorique, c'est un sujet qui me passionne... J'ai adoré "La Guerre du Feu" !] Et puis, je crois qu'on ne peut justement vivre au présent, sans parler de projets d'avenir, que si on est en paix avec son passé et que donc on est apte à "l'affronter", à l'accepter, pour le dépasser... Oh ! Que c'était beau ! J'en raconte, quand même !
Un pays sans mémoire est un pays sans avenir. Ce qui est vrai des peuples l'est aussi des individus.

Un petit peu de moi-même...

Voilà une des photos que j'affectionne, ces "natures mortes" qui dégagent plus de vie que bien des portraits... Voici ce qui trône dans un coin de mon salon...
Inventaire détaillé de gauche à droite...
- L'Evangile selon Saint Jean, offert par mon copain Laurent de Strasbourg, tellement fana de cet évangile que je l'ai surnommé Saint-Jean.
- Une carte des villages de Corse où figure Peri, le village d'origine de mes ancêtres Pérès.
- Une petite céramique achetée à une de mes élèves d'origine portugaise. Je précise qu'elle est d'origine portugaise car c'était lors d'une parade des Portugais de Moulins.
- Une mini-affiche promotionnelle pour la série des Columbo en DVD. J'aime beaucoup le personnage de l'inspecteur Columbo, qui doit énormément à son interprète, Peter Falk, dont je viens d'apprendre avec tristesse qu'il a la maladie d'Alzheimer.
- Une photo de Dean Stockwell, alias Al dans "Code Quantum", ma série fétiche dans les Années 1990.
- Un petit moulin de Mikonos que mes parents m'avaient rapporté de leur premier voyage en Grèce, en 1975 je crois (j'étais avec eux lors de leur deuxième voyage en 1980).
- Une photo de Scott Bakula, alias Sam Beckett (clin d'oeil, bien sûr, au dramaturge irlandais), toujours dans "Code Quantum", la série créée par Donald Bellisario (qui a également créé "Magnum" ainsi que "J.A.G." et plus récemment "N.C.I.S.").
- Une photo dédicacée d'Harrison Ford (dans "Indiana Jones et le Temple maudit", l'épisode mal-aimé de la trilogie Indiana Jones -je parle pas du nanar sorti l'an dernier-, injustement mal aimé car je l'aime bien, moi ! en plus, c'est le premier film que j'avais vu avec mon ami Fred Thé !). Avec les copains, on avait trouvé l'adresse de l'agent d'Harrison Ford dans une revue de cinéma (on était des fidèles de "Starfix", "L'Ecran fantastique", "Mad Movies" et parfois "Première" !). Et on avait tous écrit ! J'avais offert un exemplaire de cette photo à ma cousine...
- Un petit troll "porte-bonheur", un cadeau de deux élèves (le tout premier cadeau que des élèves m'ont fait !), lors d'un voyage en Angleterre et au Pays de Galles en 1993. J'étais alors stagiaire au collège d'Aubière. Si on touche les cheveux du dit troll, ça porte bonheur !
- On devine un livre, il s'agit de l'édition officielle pour la liturgie catholique du Nouveau Testament et des Psaumes, édition spéciale pour le diocèse de Moulins, réalisé alors que l'évêque de Moulins était Monseigneur Barbarin (qu'on dit proche des prochains candidats au poste suprême dans l'Eglise catholique).
- Et puis, on devine, au pied de ces "bibelots", un bout du coffre indochinois de ma grand-mère, que vous pouvez voir par le lien suivant :
Quand je vous disais qu'on trouve bien des choses dans une "nature morte" !!
Vous remarquerez l'influence de la télévision et du cinéma... deux de mes passions, avec la lecture (et pas seulement évidemment de textes bibliques, loin de là ! je suis plutôt un fana des romans policiers... je viens de découvrir "Un... Deux... Trois..." d'Agatha Christie : excellent !... j'aime aussi de temps à autre un roman de science-fiction... très dépaysant en même temps qu'un excellent moyen de réfléchir sur notre condition et le monde qui nous entoure !), le théâtre et évidemment la musique dont mon ami Fred Thé parle mieux que moi : "elle me donne le goût à la vie, (...) la musique est une véritable B.O de vie, elle t'accompagne, elle est proche, elle t'aide..."
Pour revenir à la télévision... Je salue ici la mémoire de Patrick Mac Goohan... Il restera à jamais le Prisonnier, le symbole de l'homme dans un univers absurde, une espèce de village idéal au bonheur imposé... "Un bonheur insoutenable" pour reprendre le titre de l'excellent roman d'Ira Levin. Pour moi, la série "Le Prisonnier" est à ranger dans les chefs-d'oeuvres intemporels et existentiels aux côté du "Procès" de Kafka ou de "Brazil" de Terry Gillian...
Je ne suis pas un numéro (de sécu !... le premier truc qu'on vous demande, aux urgences, avant de savoir ce qu'il vous arrive... j'ai déjà testé !), je suis un homme libre !!

Ne pas oublier les fondamentaux !!

Hier, alors que je broyais vraiment du noir... à cause des cheveux blancs que je me fais à propos de la succession consécutive au décès de ma mère. Comme je dis, c'est le deuxième effet Kiss Cool... On commence à se remettre d'un deuil, on réapprend à vivre normalement, et puis on doit replonger, et cette fois dans les aspects matériels, les calculs, les petits détails, les secrets de familles... Bof.. Bof... Tout le monde connait ça et plus souvent qu'à son tour ! Donc, hier, je broyais du noir et je sentais les cheveux blanchir plus vite que de coutume (j'ai bientôt quarante ans !!). Ma cousine m'a gentiment envoyé un message, me rappelant que je l'avais initiée à la saga Star Wars... Et je me suis dit : il faut vraiment que la Force soit avec moi !! Plutôt que de broyer, très inutilement, du noir, il vaut mieux revenir aux fondamentaux... la lecture, la musique, le cinéma... d'excellents remèdes à la déprime !! Alors cette photo est un petit clin d'oeil pour ma cousine...

Tonton et moi


Photos clin d'oeil, prises lors de la visite du Conseil général de l'Allier avec les élèves de Cinquième du collège de Tronget, le jeudi 20 novembre 2008.
A ce propos, si vous voulez en savoir plus, allez donc sur le blog du collège, notamment cet article :
Alors, pourquoi ce clin d'oeil. D'abord, de quoi s'agit-il ? De la plaque apposée lors de la commémoration officielle du bicentenaire des départements (que certains aujourd'hui souhaitent supprimer, mais c'est une autre histoire...). Cette commémoration a eu lieu le jeudi 22 mars 1990. Ce jour-là, votre serviteur, Superdoc, qui préférait alors se surnommer Madjeff voire LJK (pour Léon-Joseph Kronstadt... toujours des gros problèmes d'identité !!), avait vingt ans...
Vingt ans le 22 mars 1990... Pour l'occasion, mon père avait pu m'obtenir d'être présent à la cérémonie célébrant le bicentenaire des départements, cérémonie présidée par le président de la République d'alors, François Mitterrand.
Je n'ai pas eu l'occasion de serrer la main de Tonton, que je voyais pour la deuxième fois (la première fois, c'était également à Moulins, l'été 1984) mais j'étais très fier de me trouver à quelques mètres de lui. Je ne dirai pas que je partageais tous ses idéaux, d'autant que j'étais tout jeune quand il a été élu, et que j'étais jeune adulte au moment des années "de la fin de règne" mais je garde une affection certaine pour François Mitterrand, qu'il est aujourd'hui de bon ton de vilipender, notamment à gauche et particulièrement chez les socialistes (qui oublient qu'il est le seul qui a su conquérir l'Elysée dans leur "camp" jusqu'à maintenant...). Et j'avoue que j'ai pleuré à sa mort. J'étais alors à Ajaccio aux Affaires culturelles et j'ai pu forcer le directeur de mon service à organiser une minute de silence fort émouvante.
Le seul homme politique dont j'ai un jour serré la main n'était pas exactement du même "camp" que Mitterrand, puisqu'il s'agit d'Alain Juppé. C'est le même qui, lors de son séjour au Canada, avait gentiment commenté un texte que je lui avais envoyé à propos des émeutes de banlieue en novembre 2005... Si ! Si ! Vous trouverez l'article et son commentaire par ce lien...
Pour revenir au 22 mars 1990, cela reste un souvenir dans ma vie d'étudiant en Histoire... J'étais très fier ! Alors, quand le jeudi 20 novembre 2008, j'ai franchi les portes du Conseil général pour la première fois depuis dix-huit ans, j'étais ému en redécouvrant cette plaque...

jeudi 8 janvier 2009

L'Escarène : c'est où ?

Une carte qui permet de localiser L'Escarène par rapport à Nice, sur la ligne de chemin de fer reliant Nice à Coni (Cuneo).

L'Escarène et son fameux viaduc...


L'Escarène et le viaduc SNCF, de la ligne qui relie Nice à Coni en Italie, ligne réouverte en 1982. Auparavant, en effet, la ligne n'allait que de Nice à Breil-sur-Roya. La partie la plus pittoresque de la ligne avait été détruite en partie durant la Seconde Guerre Mondiale et était depuis inutilisable...

Le village...

Une vue de L'Escarène (trouvée sur Wikipédia !) prise depuis l'un des ponts sur le Paillon. L'intérêt de cette vue ? On voit la maison familiale !
Liens internet...

L'Escarène


L'Escarène est un village (une petite ville !) situé dans l'arrière-pays niçois, à une vingtaine de kilomètres de la capitale des Alpes Maritimes, dans la vallée du Paillon. Ce village est cher à mon coeur comme à celui de ma famille. C'est de là que vient, justement, une partie de ma famille, plus précisément, la famille maternelle de ma grand-mère paternelle... Vous suivez ? Bon... Mon arrière-grand mère paternelle était une escarénoise... Elle a épousé un homme d'origine catalane. Ils ont eu une fille, ma grand-mère Lucienne. Cette dernière s'est mariée avec un Corse et ils ont eu un enfant, mon père. Voilà.
La famille possède depuis près de trois siècles (c'est une des plus anciennes maisons du village) une maison. Dans cette maison, "le 29 et le 31", j'ai passé nombre de vacances. Quand j'étais petit, avec mes parents, nous y allions non seulement l'été mais aussi parfois à Pâques et à Noël. Plus tard, après la naissance de ma soeur, nous y sommes allés chaque été. J'ai cessé d'y aller régulièrement au début des Années 1990...
Ma mère repose désormais au cimetière de L'Escarène, dans le caveau familial, depuis le 11 décembre 2008.

Saint-Pierre de L'Escarène



Deux petites (très petites... c'est tout ce que j'ai trouvé sur internet) photos de l'église Saint-Pierre (décidément, je suis lié aux églises Saint-Pierre : Saint-Pierre de Moulins, ma paroisse de tout temps, à deux rues de chez moi ; Saint-Pierre de Luri et même maintenant Saint-Pierre à Montluçon... juste à côté de mon magasin fétiche, Samarcande...) de L'Escarène...

Retour à L'Escarène...

Une photo de moi, dans la chambre à l'étage du 29, prise le matin du 11 décembre 2008, par ma soeur... Ce petit bureau est celui sur lequel j'écrivais mes cartes postales quand j'étais adolescent... On ne change pas les bonnes habitudes !

Un peu d'Indochine à L'Escarène...

Lors de notre aller-retour à L'Escarène, début décembre, pour accompagner ma mère vers sa dernière demeure, j'ai retrouvé la maison familiale, "le 29 et le 31" (les intimes comprendront), que je n'avais pas vue depuis l'été 2002... Je crois d'ailleurs que je n'y avais pas dormi depuis 1993... Les souvenirs se sont évidemment bousculés... J'ai pu admirer tous les travaux réalisés notamment par mon père et mon beau-frère qui ont transposé à l'étage du 31 le salon de ma grand-mère à Nice... Elle vivait au milieu de ses souvenirs d'Indochine où elle avait vécu quelques années et tous les livres reliés, témoins de l'époque où elle fut représentante en livres... Ainsi, à L'Escarène, par la magie de ces meubles, subsiste le souvenir de ma grand-mère et un peu de cette Indochine qu'elle aimait tant...

vendredi 2 janvier 2009

Mes voeux pour 2009


Chères toutes ! Chers tous !
Après tout, ce n'est pas le seul privilège des hommes politiques et des notables que d'envoyer des voeux... Au-delà des simples formules de politesse du genre "Bonne année ! Bonne santé !... Et surtout la santé" (cette dernière formule, je la comprends mieux depuis quelques mois...), je vais me lancer dans l'exercice des voeux... Primo, les voeux particuliers. Secundo, les voeux généraux. Tertio, mes voeux pour moi-même...
Mes voeux particuliers...
A ma famille... A toutes et tous, séchons nos larmes et continuons à vivre. Je crois pas que ma mère aurait aimé qu'on se lamente trop longtemps... c'était pas son genre. A celles et ceux d'entre nous qui ont une santé précaire ou fragile, courage ! Aux cousines : profitez de vos enfants ! c'est certainement le plus beau des bonheurs. A ma soeur : réussite professionnelle en tout premier lieu et plein de recettes de fondues au chocolat.
A mes amis... Ben, là aussi, profitez des joies simples de la vie familiale. Au plaisir de nous revoir lors de bons repas, de balades, de matchs de rugby et d'autres événements sans prétention mais qui font beaucoup de bien.
A mes proches... Idem. Je sais, je suis pas original.
A mes compagnons de La Nouvelle Rampe... tout plein de moments de fou rire, le plaisir de jouer ensemble tout simplement, et bien sûr du monde à nos représentations.
A mes collègues et élèves du collège Charlotte Delbo... Une année remplie de bonne humeur, d'un quotidien consacré à l'étude et ponctué de franches rigolades, de sorties pédagogiques et de voyages scolaires toujours riches en souvenirs pour les élèves comme pour les profs... Et puis, bien sûr, un Centre de documentation et d'information qui batte au coeur de l'établissement, où chacune et chacun aura plaisir à se retrouver "pour lire, étudier, faire des recherches ou se détendre"...
A ma douce et tendre... Vous me permettrez de garder pour elle et moi ces voeux qui ne concernent que nous !
Mes voeux généraux...
Que notre pays ne succombe pas (trop) à la tentation du "m'as-tu vu" permanent, de la réforme alibi et du conservatisme pseudo libérateur... Jolies ces expressions passe partout, non ?! Je devrais faire de la politique !!
Que les banquiers se souviennent que ce ne sont pas leurs économies qu'ils jouent en bourse.
Que les architectes qui continuent de construire des immeubles totalement inhumains prennent le temps d'y vivre ne serait-ce que quelques heures pour comprendre ce que c'est que la vie dans des banlieues sordides...
Que les religions ne soient pas un alibi pour les excités de tout acabit, qu'ils soient intégristes, athées ou pseudo-laïques. Laissez les gens penser ce qu'ils veulent, tant que ça ne nuit pas au bien de tous. En même temps, qu'est-ce que le bien de tous ?! Argghhh ! Décidément, je crois pas que je pourrai un jour théoriser sur la laïcité, c'est trop complexe.
Bon, je rajouterai bien sûr la paix dans le monde, du pain pour tout le monde et du bonheur dans les coeurs. Je sais, c'est des voeux tellement surréalistes... N'empêche, l'idéaliste naïf que je me surprend à être ne peut s'ôter l'idée de la tête que si tout le monde avait un peu plus de pensées positives, on n'en serait pas là aujourd'hui !!
Mes voeux pour moi-même...
Ben, en tout premier lieu, la santé... La santé physique (adieu le mal de dos !!) mais aussi évidemment une meilleure santé mentale.
Etre un peu moins impulsif et soupe au lait.
Prendre le temps d'écouter les autres.
Arrêter d'être excessivement exigeant avec moi-même et les autres.
Apprendre à ne rien faire et à me reposer.
Savoir allier lucidité et optimisme, humour et réalisme, gourmandise et tempérance... Vaste programme !
Bon, je pourrais continuer pendant des heures... Alors mon dernier voeu pour 2009 sera donc d'arriver à écrire des mails un peu plus concis.
PACE E SALUTE A TUTTI !!

mercredi 31 décembre 2008

Au revoir 2008

Aux éventuelles lectrices, aux éventuels lecteurs qui passeraient encore sur ce blog (forme archaïque d'internet 2.0 utilisée au début des Années 2000 par de nombreux humains pour compenser leur solitude et remplacer les journaux intimes de façon avantageusement exhibitionniste), je souhaite bon vent.
Que 2009 soit pour toutes et tous une belle année.
Paix et santé, joie, bonheur, prospérité et tout le tremblement !
Pour ma part, je me souhaite une meilleure santé mentale, essayer d'oublier 2008, année qui vit le meilleur pour moi (la rencontre de Valérie, ma douce et tendre) comme le pire (la mort de ma mère).
Qu'écrire d'autre ? Plus rien... Le silence est d'or !
Peut-être me recroiserez-vous sur internet, par le biais de Copains d'Avant ou de Face Book, ou par le moyen de mails. Sinon, la vraie vie, c'est pas mal aussi, même si c'est plus difficile que la vie derrière un écran, bien à l'abri de son clavier et en compagnie de sa petite souris...
PACE E SALUTE !!

dimanche 14 décembre 2008

Petits éléments de biographie de la vie de ma mère...

Tout d'abord, merci à toutes et tous pour vos messages de soutien, de réconfort, de tristesse... J'ai essayé de répondre à tout le monde, individuellement, comme il se doit. Je présente d'avance mes excuses si j'ai oublié quelqu'un.
Un ami me demandait l'autre jour s'il pouvait quelque chose pour moi... Je lui ai dit : ne changez rien... Continuons à parler ciné, musique, politique, et tout et n'importe quoi... Ma mère n'aurait pas aimé qu'on se lamente trop longtemps, elle qui n'a pas souvent manqué au boulot. Pour ma part, en ce dimanche où la neige ne cesse de tomber, j'ai voulu écrire quelques mots pour essayer de parler un peu d'elle... C'est vrai, je vous ai demandé d'avoir une pensée pour elle. Pour celles et ceux qui la connaissaient, c'est chose assez aisée. Pour les autres... Voici ce petit texte biographique...
Ma mère, Anne-Marie Pérès, née Salens, fille de Jean-Marie Salens et Anne Monin (d'où son prénom Anne + Marie), est justement née à Rabat (Maroc, alors protectorat français) dans la nuit du 9 au 10 avril 1944. Mon grand-père et ma grand-mère avaient fui la France vichyste et mon grand-père fit partie des troupes qui remontèrent l'Italie et affrontèrent les Allemands à Monte Cassino.
Mon grand-père Salens était d'origine nordiste, flamande francophone. Il a eu trois frères et soeurs, Michel (devenu moine missionnaire notamment en Chine et à Madagascar), Anna (soeur de la Sagesse) et Tante Ninette (toujours vivante mais je ne me souviens pas de son prénom, la seule à avoir gardé l'accent ch'ti). Ma grand-mère Anne, pur jus lyonnais (avec une pincée de sang anglais voire tchèque dans les lointaines générations), avait une soeur, Madeleine, toujours vivante, devenue la marraine de ma mère. Ma mère a eu trois soeurs, Monique, Bernadette, Geneviève. Et aussi deux frères, morts en bas-âge (c'était courant en ce temps là).
Mes grands-parents maternels étaient profs, coopérants. Ma mère a passé son enfance entre Algérie, Indochine, Antilles et sautant d'un paquebot à l'autre, puis la région lyonnaise et enfin Menton où mes grands-parents avaient choisi de passer leur retraite. Ma mère était en classe préparatoire littéraire au lycée Masséna de Nice, où elle a rencontré mon père (pur Niçois avec un père corse et un grand-père maternel catalan) qui a prétendu être meilleur qu'elle en grec ancien pour lui donner des conseils... Les vieilles ficelles marchent toujours !!
Premier voyage de mes parents, pas même fiancés... La Corse, plus particulièrement le Cap, plus particulièrement Roglianu et le couvent franciscain (le voyage était organisé par la paroisse). Mes parents se sont fiancés au couvent Saint-François de Nice [Saint François a toujours inspiré mes parents et est à l'origine de mon prénom, additionné de Jean pour faire plus long "prénom à trois syllabes pour nom à deux syllabes"] puis mariés à Notre-Dame de Laghet. Le curé qui les a mariés, l'abbé Lanzat, décédé récemment, baptisa plus tard ma soeur et moi-même.
Fin des études supérieures de mes parents à Paris. Je suis pour ma part né à La Hay les Roses un certain 22 mars 1970, deux ans jour pour jour après le début des événements de Mai 1968, dont mes parents gardèrent toute leur vie la mémoire... Ah... les charges de CRS et les infos suivies sur RTL et Europe 1...
Nous avons débarqué par le hasard des mutations à Moulins-sur-Allier en 1971. Les premières années, mes parents souhaitaient partir, se rapprocher du Sud, voire aller aux Antilles. Finalement, notamment après la naissance de ma soeur Nathalie le 23 mars 1977 (on a sept ans, une journée, quatre heures et trente minutes d'écart), mes parents sont restés en terre bourbonnaise. Ils appréciaient la région, sa tranquillité, la proximité de Paris qu'ils ont toujours aimé...
L'été 1980, une grande date dans ma vie, je suis parti avec mes parents trois semaines en Grèce, naissance de ma passion pour l'archéologie, coup de foudre pour un pays et une langue et une culture...
Lister toutes les régions visitées grâce à mes parents serait fastidieux... En tout cas, ils ont communiqué à ma soeur et moi-même le virus de la curiosité atistique, culturelle, historique (et égalemengt gastronomique !)... Allez, je cite quand même... au hasard... le Périgord, l'Alsace, la Corse (of course !!), la Bretagne, la Savoie...
Et puis, bien sûr, tous nos étés à L'Escarène, le village de mon père, dans l'arrière-pays niçois...
Plus tard, mes parents ont fait quelques pays d'Europe et de Méditerranée... Italie, Espagne, Irlande, Maroc, Tunisie, Sicile... Et les escales en Corse pour me voir et en Allemagne pour voir ma soeur...
La maladie d'Alzheimer a été déclarée officiellement chez ma mère début décembre 2001. La suite, je veux pas en parler. J'en ai suffisamment parlé sur ce blog.
Je voulais juste vous parler un petit peu de ma mère, "avant", ma mère qui repose désormais au cimetière de L'Escarène.
Elle était professeur de Lettres classiques au Lycée de Jeunes Filles de Moulins, devenu Collège Anne de Beaujeu à la fin des Années 1980. Je l'ai eue comme prof de français en 6ème puis comme prof de grec en 4ème/3ème... Elle était rigoureuse, elle m'a laissé le goût du travail bien fait... Elle m'a fait découvrir, avec mon père, la lecture. Elle m'a communiqué sa passion du théâtre et de la langue française, qu'elle et mon père ont toujours partagé. Elle aimait aussi le cinéma, notamment les comédies ou les films sentimentaux... J'ai le souvenir de "Simples Secrets" avec Di Caprio, Meryl Streep, Diane Keaton, un film évoquant une maladie longue et douloureuse... un film prémonitoire ? Elle adorait la musique, elle avait des goûts très éclectiques, de La Compagnie Créole à "Carmen" en passant par les chansons irlandaises ou corses...
Il y aurait tant et tant à écrire...
Elle est partie.
J'espère qu'elle repose en paix, près du Père, pas trop loin de Molière et de La Fontaine.

samedi 13 décembre 2008

Triste nouvelle

Vendredi 5 décembre, à 8h15, ma mère, Anne-Marie Pérès, est décédée, à l'hôpital de Moulins. Elle avait 64 ans. Une messe a été dite mardi 9 décembre au matin en l'église Saint-Pierre de Moulins, sa paroisse depuis tant d'années, messe célébrée par le Père Cabaud.
Ma mère a été enterrée à L'Escarène (Alpes-Maritimes, arrière-pays niçois) jeudi 11 décembre après-midi.

Merci d'avoir une pensée pour elle.

jeudi 4 décembre 2008

Nous vivons une époque moderne !

Tu t'aperçois que tu vis en 2008 quand :

1. Par accident, tu tapes ton mot de passe sur le micro-onde.
2. Ça fait des années que t'as pas joué au solitaire avec des vraies cartes.
3. T'as une liste de 15 numéros de téléphone pour joindre une famille composée de 3 personnes.
4. T'envoies un mail à ton collègue de bureau juste à côté du tien.
5. T'as perdu le contact avec tes amis ou ta famille, parce qu'ils n'ont pas d'adresse e-mail.
6. T'arrives chez toi après une longue journée de travail et tu réponds au téléphone comme si tu étais encore au bureau.
7. Tu fais le zéro sur ton téléphone du domicile pour prendre la ligne.
8. T'es à ton poste de travail depuis 4 ans mais t'as travaillé pour trois entreprises différentes.
10. Toutes les pubs télé ont une adresse Web en bas de l'écran.
11. Tu paniques si tu sors de chez toi sans portable et tu fais demi-tour pour le prendre.
12. Tu te lèves le matin et la première chose que tu fais c'est de te connecter à Internet avant même de prendre ton café.
13. Tu inclines ta tête sur le côté pour sourire.
14. T'es en train de lire ce texte et tu acquiesces et souris. 15. Encore pire, tu sais déjà à qui tu vas renvoyer ce message.
16. T'es trop occupé pour t'apercevoir qu'il n'y a pas de numéro 9 dans cette liste.
17. A l'instant, tu parcours le message pour vérifier qu'il n'y avait pas de numéro 9 dans la liste.
CONSEIL : Lorsque ton travail t'ennuie, que tu es au bord de la dépression, que vraiment plus rien ne va comme tu le voudrais au travail... Alors fais ceci : En sortant du travail arrête-toi à la pharmacie, achète un thermomètre rectal Johnson & Johnson [seulement cette marque là]. Ouvre la boîte du thermomètre rectal et lis les instructions. Tu trouveras cette phrase quelque part : Chaque thermomètre rectal Johnson & Johnson a été testé personnellement à notre usine. Alors maintenant ferme les yeux et répète 5 fois à voix haute : "Je suis heureux [se] de ne pas travailler au contrôle de la qualité chez Johnson & Johnson."
ET MAINTENANT TU RIGOLES.
Allez, renvoie ceci à tes amis... T'en meurs d'envie !!!Et rappelle-toi toujours qu'il y a des jobs plus merdiques que le tien !...
[Merci à Valérie pour ce "joke internet" !]

mardi 2 décembre 2008

Le temps de l'attente

Une étrange impression. Depuis plusieurs mois, les médecins nous disent, à mon père, à ma soeur et à moi-même (enfin, moi, ils me disent rien, c'est mon père et ma soeur qui me donnent les infos), que l'état de ma mère va s'aggraver... à tel point que j'en viens à me dire quel sens on doit donner au verbe "s'aggraver"... Et puis, depuis un mois et demi, "on" nous explique qu'il lui reste "quelques jours, tout au plus quelques semaines, à vivre". Alors, forcément, chaque coup de fil me fait craindre le pire. Remarquez, comme je reçois très peu de coups de fil (j'en donne aussi très peu : je suis pas "fana" du téléphone), y a pas trop de risques... N'empêche, encore hier, appel de mon père... J'ai senti le sol se dérober sous mes pieds. "Fausse alerte". L'état de ma mère peut-il encore s'aggraver ? Oui. Je le découvre chaque semaine. Je ne pensais pas que j'en viendrais à regretter l'état de ma mère il y a un mois quand elle arrivait à me sourire, l'état de ma mère il y a deux mois quand elle criait parce qu'elle n'arrivait plus à articuler, l'état de ma mère il y a trois mois quand elle pleurait lorsque je quittais sa chambre d'hôpital. Peut-être que dans un mois je regretterai l'état actuel de ma mère...
La maladie d'Alzheimer, la vraie, pas le "yoyotage" des personnes âgées voire très âgées (que des médecins généralistes ignorants appellent Alzheimer parce qu'ils ont entendu le mot à la télé), a été pronostiquée chez ma mère fin novembre 2001, alors qu'elle avait 57 ans et qu'elle était encore bien sûr en activité. Depuis, c'est une longue descente en enfer... Sept ans en enfer... Et c'est peut-être pas fini et ça peut encore durer. Des semaines, des mois, peut-être des années. Il y a eu une période où l'état de ma mère s'était quelque peu "stabilisé", après la dépression consécutive à l'annonce de la maladie, entre 2002 et 2003, à tel point que les gens qui la voyaient ne croyaient pas qu'elle était malade. Puis ce fut une descente inexorable, qui s'est progressivement accélérée à partir de l'hiver 2004/2005, à mon retour de Corse, et surtout de l'hiver 2005/2006, quand elle a commencé à faire des chutes... Les chutes... Un véritable cauchemar au quotidien.
Sept ans en enfer. Voilà ce que fut la vie de ma mère ces sept dernières années. Avec la lucidité (parce que c'est pas une maladie où "on est dans son monde" comme disent la plupart des personnes qui croient qu'Alzheimer serait une espèce de maladie des étourdis), avec la terreur, oui la terreur, pour compagne, parce que dès le départ elle savait ce qui l'attendrait : ce serait long, ce serait dur, ce serait humiliant. Elle le savait et les médecins n'ont jamais pris de gants avec elle, certains lui expliquant froidement qu'elle finirait comme un "légume".
Et moi ? Bof... Valérie m'a trouvé ces derniers temps plus solide (mon séjour à l'hôpital et mon suivi médical semblent porter leurs fruits) mais plus triste. Ma cousine Françoise m'a trouvé particulièrement nostalgique, porté sur le passé. Je pense aussi que j'aurais un peu tendance à virer à l'aigre par moments... Une certaine désillusion face à la médecine, aux médecins, à l'euthanasie passive qui ne dit pas son nom et qui sévit dans les hôpitaux... c'est l'impression de mon père et je finis par me dire qu'il n'a pas tout à fait tort quand j'ai vu depuis trois mois les aide-soignants renoncer à faire manger ma mère puis ensuite expliquer que son état était désormais irréversible... Forcément, si on nourrit pas quelqu'un pendant des mois, il finit par aller pas bien du tout du tout...
Comment réagir ? La colère ? Ouaip... J'ai déjà donné. Je connais la fameuse théorie des "cinq phases" qui accompagnent l'annonce d'une mort prochaine ou d'une maladie incurable : refus, colère, marchandage, dépression, acceptation... Je n'ai pas de colère, peut-être en ai-je eu contre mon père, contre le monde médical, contre moi-même surtout. Mais c'est bien inutile. C'est de l'énergie en pure perte... Certes, c'est une maladie particulièrement ingrate et humiliante et dégradante. Mais, à différents échelons, toutes les maladies sont abominables. Je n'ai connu le monde de la maladie et de la mort qu'à la trentaine bien tassée... J'en ai été épargné très longtemps... Je ne peux même pas imaginer le quotidien des personnes vivant avec un fils, un frère, un époux, un père, handicapé, atteint d'une maladie chronique, alité, nécessitant des soins constants, des examens fréquents.
Je ne vais pas dire "c'est injuste"... Injuste pourquoi ? Injuste pour qui ? Quand la maladie touchait des gens que je ne connaissais pas, je ne me posais pas la question de l'injustice... Je vivais ma vie paisiblement. La mort est le terme naturel de la vie et elle est souvent précédée de la maladie. C'est ainsi. Qu'on soit croyant ou athée, c'est un fait acquis. J'aime la boutade : "la vie est une maladie mortelle sexuellement transmissible". Simplement, si je ne dis pas que la souffrance est un scandale, comme a pu l'écrire Camus, je ne partage absolument pas le point de vue de celles et ceux qui voient dans la souffrance un moyen merveilleux de se transcender. Je trouve même cette idée, véhiculée parfois par des religions maladroites, assez révoltante pour ne pas dire lamentable. La souffrance est là, elle ne transcende personne.
Je ne vais pas dire "je me sens tellement inutile"... Je l'ai longtemps dit, mais c'est faux. D'abord, y compris dans les derniers moments, notre présence est utile. Même dans des cas de personnes en coma profond, on conseille aux visiteurs de leur parler parce qu'elles ne seraient pas insensibles au son de la voix... Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, être inutile ? C'est croire qu'on pourrait être utile, tout puissant, triompher de sa maladie voire de celle de l'autre ? Certes, mon pseudo sur internet est Superdoc, clin d'oeil à un logiciel documentaire, mais certainement pas à un super-médecin qui aurait le pouvoir de guérir les gens.
La colère... le marchandage... Nous connaissons tous cette période où nous pensons que, bon, ça ne va pas aller mieux, mais ça ne va pas empirer. Comme je l'ai écrit plus haut, il y a eu une période où ma mère semblait sinon aller mieux en tout cas vivre malgré tout pas trop mal avec la maladie. C'était le temps où je me disais que je n'aurais pas à rentrer sur le Continent, mes parents pouvaient venir me voir régulièrement en Corse, depuis leur base sur la Côte d'Azur où mon père a la maison familiale et où la famille de ma mère vit. En plus, c'était pour moi l'opportunité de renouer avec cette famille que j'avais un peu perdu de vue... Le marchandage ne dure qu'un temps.
La dépression ? J'ai connu, je connais encore. La dépression, cette fièvre de l'âme comme j'aime à le dire. La dépression qui peut être une réaction saine à trop de pression, comme un coup d'arrêt à une fuite en avant. La fuite en avant, dans le travail, dans les distractions, dans l'étourderie de l'alcool ou des comportements à risque...
Quand une situation devient intolérable on finit parfois par la nier car sinon on ne trouve plus la force de vivre. La tentation est grande de se réfugier dans le passé. Mon goût prononcé pour la nostalgie m'y pousserait. Après tout, comme dit le chanteur, "c'était mieux avant". On peut passer des heures, des jours, des semaines, enfermé chez soi, à repenser aux bons moments de jadis qu'on aura embellis, travestis, détournés au gré d'une humeur chagrine... Je connais, j'ai déjà donné. Je ne suis plus porté sur ce type de nostalgie qui m'a conduit aux portes du néant intérieur. Par contre, quand le passé, les souvenirs de l'être cher, vous tombent dessus... C'est pas toujours facile de lutter.
La tentation de l'isolement est puissante. En même temps, on n'a pas envie forcément de parler, de raconter ses états d'âme. Et d'abord, à qui raconter ? et quoi raconter ? Chacun(e) a ses soucis et sa vie. Et puis, une personne déprimée n'est pas un compagnon de table ou de soirée bien agréable. Pour ma part, j'arrive plus facilement à m'exprimer par écrit qu'à l'oral. En tout cas, j'arrive à peu près à ordonner ces pensées qui se bousculent. En outre, j'ai pas forcément non plus envie de parler de moi et de ma mère. Depuis sept ans, la première ou la deuxième phrase qu'on me pose systématiquement ou presque est "comment va ta maman ?" Quand je sors, je veux un peu oublier tout ça. Simplement, en ce moment, j'ai pas envie de sortir, de me distraire, de bavarder autour d'un bon repas. Parce que c'est pas le moment. Il y a un temps pour tout.
L'acceptation, phase ultime. Accepter la maladie. A-t-on le choix ? Pas vraiment. Quoique... Comme je l'ai mis plus haut et expérimenté moi-même, il est toujours possible de se réfugier dans le déni (rester dans la première "phase" ou y replonger), dans l'illusion d'un monde où la maladie n'existe pas, en vivant dans le passé et/ou dans l'ivresse (médicamenteuse, alcoolique ou autre fuite en avant). On peut aussi être en colère, contre Dieu (si l'on y croit), contre l'institution médicale, contre la famille ou les amis, contre soi-même. On peut rester dans la dépression. En fait, plein de solutions s'offrent à nous si nous ne voulons pas voir la vérité en face.
Accepter la vérité de notre condition. Accepter qu'il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui n'en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, nous pouvons le modifier ou en tout cas essayer. Ce qui ne dépend pas de nous, nous devons l'accepter, accepter notre impuissance qui n'en est pas une puisque ce n'est pas de notre ressort. C'est plus facile à dire qu'à faire. Certes. Mais c'est probablement la seule clé possible pour pleinement vivre. C'est une idée défendue par les philosophes stoïciens, notamment Epictète (que j'ai connu grâce à Fred de Ceyrat) ou Marc-Aurèle mais aussi Sénèque (qui fut exilé à Luri !) qui avait expliqué à une femme qui venait de perdre son jeune fils dans une terrible maladie que, bien sûr, c'était terrible mais que tant que son fils n'avait pas été touché elle ne s'était pas demandé plus que ça si c'était injuste ou non que des jeunes meurent "avant l'âge".
Accepter que nous ne pouvons pas tout. Accepter notre état de mortels, de malades (ou de bien-portants !). Ce n'est pas du fatalisme, bien au contraire. De même que d'être lucide sur l'état du monde et des hommes n'est ni du cynisme ni du pessimisme mais du réalisme. Accepter notre condition pour pouvoir nous en affranchir... Pourquoi pas ?
Etre et rester lucides. Ne pas céder à la tentation de la fuite en avant, dans le travail, dans les divertissements, dans l'ivresse, dans le cocon familial protecteur...
Etre lucides mais aussi profiter de chaque instant au présent. Une idée défendue par Epicure et ses disciples, qui ne signifie nullement (bien au contraire !) plonger dans les plaisirs les plus factices, mais savoir profiter de soi, des autres, des instants simples... "Carpe Diem !"... "Seize the Day !"
Les idées des philosophes grecs sont toujours d'actualité, de même que certains préceptes enseignés par les religions... Pour ma part, je ne citerai que la religion que je connais sinon la mieux en tout cas le moins mal, à savoir le Christianisme... Puisqu'on est dans le Temps de l'Avent... C'est le temps où l'on incite les croyants à "veiller et prier" car "nous ne savons ni le jour ni l'heure"...
Le temps de l'attente. Le temps de l'incertitude. Le temps des doutes. Le temps des nuits blanches, des souvenirs qui se bousculent, des petits matins d'angoisse...

vendredi 28 novembre 2008

La Corse me manque...

Eglise Santa Maria et Tour de la Chiapella

La Corse me manque... et c'est peu de le dire... Comment expliquer ce sentiment qui m'habite, chaque fois que je repense à cette île, j'allais écrire "mon" île ?... Ce n'est pas de la simple nostalgie... Ce n'est pas non plus une espèce de mystique, un peu comme la Terre Promise pour les Juifs ou cette Amérique idéale que chantait Brel et que rêvait Boris Vian... quoique ! Il y avait chez moi cette quête de terre promise quand j'ai fait ma demande de mutation pour la Corse en 1999...
Mais mon histoire avec l'Ile de Beauté, la plus belle, Kallisté pour les Grecs Anciens, date de bien plus longtemps. D'abord, il y a mes origines familiales... Du côté paternel, j'ai des racines corses, plus particulièrement à Peri, petit village près d'Ajaccio, petit village néanmoins connu chez les amateurs d'histoire militaire puisque le régiment de Peri fit partie des troupes supplétives étrangères de Louis XIV... D'ailleurs, nombre de mes ancêtres Pérès ont servi dans l'armée, d'abord vénitienne, puis corse... puis française...
Quand j'étais petit, je rêvais de visiter la Corse... Je le fis, trois étés successifs, au début des Années 1980... Un été à Porti Vechju, un été à Corti et surtout un été à Macinaghju... A cette époque-là, la Corse était en pleine effervescence... Le Nationalisme était encore relativement unifié et l'île expérimentait la régionalisation... Pour ma part, à douze ans, j'avais très sérieusement entrepris de rédiger une constitution corse... Bon, j'ai jamais fini mon ouvrage (comme souvent... mon côté dilettante... et mon absence totale de connaissances en droit constitutionnel !!). Plus sérieusement, j'ai gardé de ces trois étés un souvenir plus qu'ébloui, plus particulièrement de l'été au camping de Macinaghju, à la pointe du Capi Corsu... Je n'imaginais pas alors que j'allais y retourner bien des années plus tard...
Les années passèrent... Je pensais à la Corse mais n'eut pas avant longtemps l'occasion d'y retourner... Mes parents étaient tombés amoureux de la Bretagne (avant de succomber aux charmes de la Normandie) et puis, en grandissant, je ne passais plus mes étés avec eux... Mais la Corse restait au fond de mon coeur... En 1995, après mon service militaire, une rupture amoureuse puis une première année catastrophique dans l'Education nationale (collège ZEP de 800 élèves pour "baptême du feu"), j'eus l'opportunité d'obtenir un "détachement"... à la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) d'Ajaccio où je travaillais un an comme documentaliste recenseur des Monuments historiques. Ce fut pour moi la (re) découverte de la Corse... Mais les élèves me manquaient et j'avais de trop grandes lacunes en italien pour dépouiller les archives, forcément toutes rédigées dans la langue de Dante... Je ne restais donc qu'un an dans la "Cité impériale", qui d'ailleurs ne me semblait pas être vraiment corse, plutôt une petite ville de la Côte d'Azur... N'empêche... Cette impression d'inachevé me fit dire et surtout me dire à moi-même que j'y retournerais un jour ou l'autre, et cette fois pour la vie. Et puis, lors de deux tournées professionnelles en Haute-Corse, j'avais (re) découvert la région bastiaise et le sud du Cap Corse, en particulier Erbalunga et Brandu... Et je me disais qu'il fallait vraiment que j'y retourne...
Je suis rentré à Moulins. Et j'aurais bien pu m'y installer définitivement... Mais la vie vous joue parfois des tours... Deux ans au Collège François Villon, au cours desquels j'accompagnais des élèves en Toscane (grand moment de frisson : me dire que j'étais à quelques kilomètres de mon île !!), je fis du théâtre, etc... Puis... on me "remercia" car je n'étais pas titulaire du poste... Je découvris alors le travail en collège rural, à Cosne-d'Allier. Parallèlement, ma vie privée était totalement nulle, que ce soit en amitié ou en amour. Bref, rien ne me retenait plus à Moulins, à part mes parents. Je fis ma demande de mutation pour la Corse, en espérant obtenir le Collège du Cap à Luri car le poste m'intéressait beaucoup. Et j'ai obtenu cette mutation. J'étais fou de joie. Quand je l'ai annoncée à ma mère, elle m'a dit : "je suis très heureuse pour toi" et elle s'est mise à pleurer, à la fois de joie mais aussi de tristesse. Je n'oublierai jamais ces larmes. Elle était alors hospitalisée pour des soucis aux genoux. Pour l'anecdote, sa chambre d'alors est juste en face du batîment où elle est actuellement en train de mourir. Il est des rapprochements, des coïncidences, étranges voire cruelles.
Septembre 1999... Je débarque au Colleghju Capicorsinu... Un peu plus de 160 élèves bien sympathiques, des collègues très accueillants... Et le village... Luri, à peu près 500 habitants. Je découvre la vie dans un village corse... Tout ne fut pas rose tous les jours... notamment ma deuxième année en Corse... Après l'enthousiasme des premiers mois, j'ai connu une période de dépression, de doute... Le Bourbonnais me manquait, mes parents, mes amis de Clermont... Je souffrais de solitude dans mon appartement de Castellu... Puis je m'y suis fait, j'ai commencé à avoir des amis... J'ai découvert l'univers des danses traditionnelles corses avec A Squatriglia. Au collège, j'ai pu m'épanouir en développant un atelier théâtre et en m'impliquant dans la sensibilisation des élèves à la sécurité routière.
Fin 2001... Quelques semaines après le décès de ma grand-mère paternelle, Lucienne, emportée par la maladie d'Alzheimer, ma mère m'apprend qu'on lui a diagnostiqué... la maladie d'Alzheimer. Elle est effondrée car elle sait ce qui l'attend, cette lente dégradation du cerveau et tout ce qui s'en suit... Dans les premiers mois, où elle n'est même pas en arrêt maladie (l'Education nationale ne reconnaissait pas alors Alzheimer comme maladie de longue durée... si ! si !), on ne se rend pas vraiment compte qu'elle est malade, y compris moi... Je me dis que ça va prendre des années et je reçois régulièrement mes parents à Castellu, mes parents qui retrouvent chaque fois le Cap Corse avec plaisir, d'autant que c'est là qu'ils s'étaient connus en 1966 ou 1967, plus précisément à Roglianu, lors d'un voyage organisé par la paroisse de Nice où tous deux vivaient alors. Décidément, ce Cap Corse est dans la famille, d'autant qu'une de mes tantes corses, Angèle, aurait jadis été institutrice dans un village du Cap...
Bref, je me fais progressivement à l'idée que je vais passer en Corse toute ma vie... Et c'est une idée qui me plait. En Corse, comment l'expliquer ? je me sens en sécurité, loin des tourments que connaît notre époque. Dans une île, on est toujours plus en sécurité. Et puis, j'ai pris un peu l'accent. Je commence à avoir un réseau de relations, j'ai mes habitudes, comme les matchs de foot du Sporting Club de Bastia ou les sorties cinés et restos avec mes amis, Jean-Michel et Gilles notamment... sans parler des pots place Saint Nicolas et des étés du côté de Macinaghju avec Soleiman, Johan, Marine, Julie... Et, bien sûr, la vie au village... Aline, Solange, Pierrette... les longues soirées passées à refaire le monde après un excellent repas accompagné de coppa, de lonzu, de fromage de brebis à la confiture de figues et le vin du Cap...
Durant l'été 2003, le fameux été de la canicule, cet été au cours duquel ma soeur s'est mariée, je prends conscience de l'aggravation de l'état de ma mère. Pour les fêtes de fin d'année, je passe Noël avec mes parents puis la Saint-Sylvestre avec les Fred à Clermont. Sur le quai de la gare, je dis à Fred de Ceyrat que je vais demander à rentrer car ma mère est vraiment trop mal. Je pose ma demande de mutation...
Avril 2004... La fête du collège, au cours de laquelle mes élèves présentent des sketchs, des extraits... du "Malade Imaginaire" (que j'allais reprendre trois ans plus tard avec mes élèves de Tronget !!) et font une démonstration de quadrille corse... Mes parents assistent au spectacle. Je viens d'apprendre par internet que j'ai obtenu ma mutation, quelques heures auparavant... Je sais que c'est ma dernière fête avec mes chers collégiens de Luri... Le lendemain, je pleure toute la journée. Je crois que c'est l'un des jours de ma vie où j'ai le plus pleuré.
Fin août 2004, à bord du bateau, après avoir dit au revoir à tout le monde pour un dernier repas au café sur la place de Luri, je regarde s'éloigner le Cap Corse... Le lendemain, je commence à aménager dans mon nouvel appartement à Deux-Chaises... Ce n'est pas une page qui se tourne ni même un chapître qui se clot mais un tome de ma vie qui s'est refermé sur peut-être les cinq plus belles -en tout cas les plus riches et les plus intenses- années de ma vie...
Plus de quatre ans déjà ont passé et je ne suis pas encore retourné en Corse. Je crois que j'ai longtemps eu peur de ma réaction, car je crois bien que j'aurais pas envie d'en repartir ! Et puis, je m'étais juré intérieurement de n'y revenir qu'accompagné... Et puis le temps a passé... J'ai découvert le collège de Tronget où je me suis épanoui professionnellement, en développant un atelier théâtre, en m'impliquant dans la sensibilisation des élèves à la sécurité routière... Tiens, ça me rappelle quelque chose ! Et puis il y a des prénoms qui reviennent... Certains de mes collègues s'appellent... Gilles ou Jean-Michel. Il y a des coïncidences amusantes... Jusqu'à celle-ci... Dans le cadre du voyage des élèves de Tronget en Italie (organisé par ma collègue de latin, Martine) en 2009, ils vont dormir dans un hôtel de Santa Severa près de Rome... Santa Severa, qui est également le nom de la marine de Luri, Santa Severa... où allaient les élèves du Collège du Cap lors des voyages en Italie (bien sûr co-organisés par... ma collègue de latin, Aline).
J'ai (re) trouvé mes marques dans l'Allier... Je suis finalement retourné vivre à Moulins, la ville de mon enfance que j'aime tant. J'ai retrouvé la troupe de théâtre La Nouvelle Rampe. J'ai mes amis de Clermont, que je ne vois finalement pas plus que quand j'étais en Corse...
Je ne regrette rien. Il fallait que je rentre. J'ai pu, un tant soit peu, accompagner un peu ma mère et mon père au cours de ces sombres années... Et puis j'ai retrouvé l'esprit d'une troupe de théâtre. A Tronget, je suis heureux dans un petit collège rural où les élèves, s'ils n'ont pas le même accent qu'à Luri, sont tout aussi adorables. Et puis... "last but not least"... Si je n'étais pas rentré, je n'aurais jamais fait la connaissance de Valérie, qui m'accompagne dans la vie depuis presqu'un an.
Mais bon... la Corse me manque... J'y repense souvent, presque tous les jours. Mon ami Gilles de Bastia (et d'Ascu !) m'avait écrit, sur le livre d'or qu'on m'avait offert à mon départ de Luri, que "La Corse, on ne la quitte pas, on s'en absente"... Au fond de moi, je ne sais pas comment l'expliquer, je suis intimement persuadé que j'y retournerai... Je ne parle pas d'y retourner quelques jours pour des vacances. Non, y retourner pour y vivre... En sachant que j'ai aussi tant de choses qui me sont chères en Bourbonnais... ah ! la double identité !... Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais j'y retournerai, et cette fois-ci, j'y resterai pour de bon.
D'ici là... Il y a les nouvelles technologies... qui ont parfois du bon... Grâce à Copains d'Avant et FaceBook, j'ai retrouvé anciennes collègues et ancien(ne)s élèves du Cap...
Je concluerai par un extrait du meilleur album des aventures d'Astérix, "Astérix en Corse", quand Ocaterinetabellatchitchix sent le parfum de son île après un exil forcé sur le Continent... "Attendez !... Ce parfum !... Ce parfum léger et subtil, fait de thym et d'amandier, de figuier et de châtaignier... et là encore, ce souffle imperceptible de pin, cette touche d'armoise, ce soupçon de romarin et de lavande... Mes amis !... Ce parfum... C'est la Corse !"
Astérix en Corse, le seul album auquel ses auteurs, Goscinny et Uderzo, décidèrent de rédiger un préambule... où ils évoquent cette île, un de ces "endroits privilégiés du globe qui ont une caractère, une forte personnalité", "le pays de la vendetta, de la sieste, des jeux politiques compliqués, des fromages vigoureux, des cochons sauvages, des châtaignes, des succulents merles moqueurs et des vieillards sans âge"... C'est aussi le pays des Corses... "que l'on décrit comme individualistes -alliant l'exubérance à la maîtrise de soi-, nonchalants, hospitaliers, loyaux, fidèles en amitié, attachés à leur pays natal, éloquents et courageux"... Mais les Corses sont "plus que tout cela. Ils sont susceptibles."
Salute a tutti !
A prestu !

Le coffre de ma grand-mère

En septembre, j'avais parlé sur mon blog du coffre que ma grand-mère Lucienne avait rapporté d'Indochine...
http://superdocforeverisback.blogspot.com/2008/09/souvenir-dindochine.html
Voici donc deux photos de ce fameux coffre qui trône désormais dans mon salon...


A l'intérieur : les pipes à opium (que ma grand-mère n'aurait jamais utilisées...), des petits objets, une théière et un cartable dans lequel j'ai quelques souvenirs liés à ma grand-mère.
Dans le même article de septembre, j'avais parlé d'une chanson de I Chjami Aghjalesi que j'aime particulièrement : "U Mare di China"... Vous pouvez écouter cette chanson en cliquant sur ce lien :
J'avais également évoqué l'exposition "Corse-Colonies" au Musée de Corte... Plus d'infos sur... http://www.albiana.fr/extrait-corse-colonies_11.html

Mon grand-père paternel


Voilà presque trois ans, en janvier 2006, j'avais écrit sur mon blog un texte sur mon grand-père paternel, André... Récemment, ma soeur m'a envoyé cette photo de mon grand-père, qui était sur le bureau de ma grand-mère Lucienne, de Nice. A cette occasion, je "rediffuse" ce texte...

Pour commencer cette nouvelle année sur mon blog, je voudrais - pour une fois - ne pas pas parler (trop) de moi mais d'une personne qui m'est très chère, de la personne qui m'inspire depuis des années, quelqu'un que je n'ai pas connu... puisqu'il est mort en 1967, trois ans avant ma naissance. C'est mon grand-père, André Pérès. Sa vie est un véritable roman. Je vais essayer, en quelques lignes, d'en faire un bref résumé, en espérant qu'il ne sera pas trop aride et qu'il parviendra à résumer l'attachement que j'ai pour cette personne.
Mon grand-père est né à la fin du XIX° siècle, ce qui n'est pas banal... Ses parents, Corses, venaient du village de Peri (à une vingtaine de kilomètres d'Ajaccio), d'où sont originaires les Peres (parfois orthographiés Perez ou Delle Pere). Comme beaucoup de Corses en ce temps-là, ils étaient partis au loin, outre-mer, pour trouver du travail, plus précisément en Nouvelle-Calédonie. C'est pour cela que mon grand-père est né sur un bateau... Vous pouvez pas savoir combien cette histoire (à la base amusante) m'a valu de soucis à l'âge de 18 ans pour prouver ma nationalité française... Mon grand-père passa donc sa petite enfance en Nouvelle-Calédonie puis la famille retourna en Corse et il termina ses études au Lycée Fesch à Ajaccio. C'est vers cette époque que se produisit un drame familial terrible. Mon grand-père était l'aîné. Il avait deux frères : Jean et Antoine, et une petite soeur. Ils devaient accompagner leur petite soeur chez le médecin pour la faire vacciner contre la tuberculose. La petite, qui avait peur des piqûres, leur demanda de ne pas l'emmener chez le docteur... Quelques semaines plus tard elle fut emportée par la maladie. Cette nouvelle bouleversa tellement la mère que celle-ci mourut de chagrin, dans les bras de son fils... A cette époque-là également, beaucoup moins triste, mon grand-père écrivit un livre intitulé "Corses et Gênois" qui contait un épisode de la Guerre d'Indépendance des Corses au XVIII° siècle. Cet ouvrage fut publié, mon grand-père avait alors seize ans. Hélas, il n'écrivit jamais d'autre livre. Enfin, il se dit que mon grand-père a eu un enfant avec une fille du pays, ce qui aurait précipité son départ pour le Continent et expliquerait le fait que, bien que viscéralement attaché à la Corse, il n'y soit jamais retourné... (Est-ce de là que vient mon "petit talent" pour l'écriture ? Peut-être. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que c'est mon grand-père qui m'a communiqué, par delà la tombe, son amour pour la Corse.)
Vint le temps du service militaire. Comme beaucoup de jeunes du sud de la France, il le fit au fin fond de l'Algérie. Après le service, il resta à Alger où il fut critique de spectacles et de variétés dans un journal local. Arriva la Guerre 1914/1918 qui le traumatisa comme tous ceux de sa génération. Il réchappa par miracle à l'enfer de Verdun. Après la guerre, il partit comme journaliste à Bruxelles. C'est là qu'il rencontra sa première femme, plus jeune que lui, comme il se devait à l'époque. Elle lui donna trois enfants : Anne-Marie (ma chère tante et la marraine de ma soeur ; elle a quatre-vingt ans et toujours en pleine forme) ; Horace (qui a lui aussi écrit un peu, quelques nouvelles) ; Jeanne-Marie (qui vit à New York depuis plus de cinquante ans). A la même époque, mon grand-père, en vrai self made man des Années 1930, passa de la critique de cinéma aux métiers du cinéma. Il devint producteur délégué d'Universal Films pour la France, la Belgique et la Suisse. C'était l'époque où il était très riche, décapotables, virées, etc... Le bonheur ne dure jamais très longtemps. Sa première femme décéda à peine âgée d'une trentaine d'années, laissant mon grand-père seul avec trois enfants assez jeunes.
On est au milieu des Années 1930. Mon grand-père vit à Paris mais ses frères vivent à Nice et il va les voir pour leur demander assistance dans le choix d'une "nounou" pour ses enfants. Entre eux, ils parlent en Corse pour ne pas être compris... Une jeune femme de pas même vingt ans se présente... C'est Lucienne, une Niçoise, ma grand-mère... Mon grand-père dit à son frère "Aspetta !" (attends !), ma grand-mère comprit "Später !" (plus tard en allemand : elle était très germanophile)... En tout cas, il était intéressé. Elle s'installa avec lui et les enfants à Paris (elle était alors mineure). Après quelque temps, ce qui devait arriver arrive... Ils finirent par s'aimer... Une histoire un peu compliquée, vu l'âge de mon grand-père, plus de quarante-cinq ans... Il était plus âgé que ses beaux-parents ! Et les relations entre ma grand-mère et ses beaux-enfants furent toujours plus que houleuses... Ils se marièrent pendant la Deuxième Guerre Mondiale en toute discrétion. (Je ne sais pas si c'est de là que vient mon attirance pour les filles de moins de vingt ans ?)
La guerre ruina mon grand-père qui avait placé tous ses biens en Belgique qui se retrouve rapidement envahie par l'Allemagne. Comme tous les liens étaient coupés avec les Etats-Unis, il perdit son boulot et ses relations... Avec ma grand-mère, ils se réfugièrent d'abord dans la Catalogne française (d'où était le père de ma grand-mère) puis du côté de Nice. Mon père, André junior, naquit en 1945, à la toute fin de la guerre. Très vite, mes grand-parents se séparèrent et divorcèrent (ce qui était rare pour l'époque). Ma grand-mère partit pour les colonies avec un autre André. Mon grand-père vivota comme fonctionnaire municipal jusqu'à sa retraite. Mon père fut élevé par ses grand-parents maternels qui s'opposaient à ce qu'il voit son père, un mauvais exemple...
Les dernières années de la vie de mon grand-père furent assez ternes. Il vivait dans un petit appartement de Nice. Cela ne l'empêchait pas d'avoir toujours de nombreuses aventures. Mon père, ma tante mais aussi ma grand-mère me l'ont toujours présenté comme un séducteur impénitent qui multipliait les conquêtes (là, j'ai rien hérité de lui... je suis très souvent amoureux, certes, mais je conclue plus que rarement !!). Par ailleurs, il est plus que probable que, jusqu'à la fin, mon grand-père et ma grand-mère (à son retour des colonies) se retrouvaient régulièrement et s'aimaient toujours "malgré tout"... Il est décédé en 1967.
Depuis toujours, je pense à lui, d'abord parce que ma grand-mère et mon père m'en ont souvent parlé. Ensuite, parce qu'il m'a toujours fait rêver. Dans les Années 1930, il fréquentait les grands du cinéma. Il a écrit (et publié !) un roman à l'âge de seize ans. Il s'est battu en duel (c'était un escrimeur hors pair et un grand susceptible). Il a vécu des drames mais aussi de merveilleuses histoires d'amour. Il a voyagé. Il fumait des Chesterfield (ah ! un vrai point commun !). Il aimait les femmes.
Les mots rendent bien mal l'amour que j'ai pour cet homme que je ne connais que par quelques récits épars, divers et parfois un peu contradictoires... Je sais surtout qu'il est pour moi un modèle et une source d'inspiration. Grand-père, j'aurais tellement aimé te connaître.
J.-François Pérès, 3 janvier 2006 (un siècle exactement après la publication de "Corses et Gênois").