jeudi 12 juin 2008

Dieu et moi

Une fois de plus, le sujet de mon texte du jour m'a été inspiré par un échange de mails avec une amie... Décidément, les conversations entretiennent la réflexion ! Ce qui prouve bien que finalement les autres c'est pas toujours l'enfer et pour rebondir sur ce thème... Une citation que m'a envoyée ma cousine Françoise en réponse à mon texte sur le regard des autres (qui appellera des rebondissements prochainement...) : « L'enfer, c'est les autres, écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L'enfer, c'est soi-même coupé des autres». C'est une phrase de l'Abbé Pierre.
Mais venons-en au sujet du jour, qui est d'ailleurs la conséquence du précédent thème sur le regard des autres... Je m'explique... J'y disais qu'entre autres joyeusetés on m'avait souvent affublé du qualificatif de "catho réac"... Et une amie, au détour de sa réponse, m'a appris qu'elle était évangéliste. Elle raconte ainsi son cheminement... "Voilà c'est dit, comme dans ma vie où j'ai un petit peu roulé ma bosse, idem en religion, ne me reconnaissant pas chez les cathos, ni chez les protestants, ayant lu le Coran, puis pratiqué le Bouddhisme, pour finalement revenir à la Bible, et enfin j'ai trouvé les Evangélistes, qui ne s'attachent qu'à ce qui est écrit dans la Bible, sans floritures, avec un enseignement basé sur la Bible, (sans sectarisme comme chez les Jéhovas), bref je vis ma foi, avec les Saintes Ecritures ; et cela me convient beaucoup. Il est vrai que nous n'avions jamais abordé la question religion, dans nos différentes conversations, donc voilà qui est fait pour ma part, et c'était pour faire allusion au catho-réac..."
En m'empressant de lui répondre, je me suis dit : tiens, voilà un bon sujet... mon rapport à la religion, à la foi (ce qui n'est pas nécessairement la même chose...), bref "ce que je crois"... Puis j'ai trouvé le titre et le sujet un peu graves et sérieux... Dieu et moi, c'est plus "fun", non ?! Aussi , je vais simplement tenter un très petit auto-portrait dans le domaine religieux...
Je n'ai rien d'un catho réac, enfin à mon humble avis. Pour jouer éventuellement sur les mots, je me sens "catholique" parce qu'en grec catholique veut dire universel et réac parce que je suis quelqu'un de très réactif... J'aime jouer sur les mots et je me méfie donc des gens qui se disent "révolutionnnaires" puisqu'en astronomie une révolution est un retour au point de départ...
Je me sens plus proche des réformés par mon approche de la foi... Mais j'ai choisi de rester catholique, eu égard aux propos du... Dalaï Lama qui invite chacun(e) à pratiquer sa religion, quelle qu'elle soit. Ma religion natale et maternelle étant le Catholicisme, après des années de réflexion, de doute, de rencontres, de discussions, j'ai choisi de (re) devenir catho... Mais j'avoue ne pas me sentir plus catholique que ça. Je suis notamment gêné par l'obsession des "bonnes moeurs" qui agite une partie du clergé et les fidèles bien pensants, par certains rites peut-être excessifs (en même temps, une société a besoin de rites, d'après ce que nous en disent les psys... qui sont les vrais gourous de notre époque) et la foi dans tout un certain nombre de saints et de miracles qui fait penser parfois un peu au paganisme et au polythéisme, en tout cas à la superstition. En même temps, chacun(e) vit bien sa foi comme il (elle) le sent.
Ce qui me gêne notamment chez les Cathos mais qui heureusement évolue (surtout depuis Vatican II dans les Années 1960) est de trop souvent oublier de retourner au texte. Mon père anime un groupe de lecture de la Bible depuis quatre ans (qui d'ailleurs, hélas, n'intéresse pas vraiment les "fidèles" à part quatre ou cinq passionnés). J'y participe avec grand plaisir et j'aime la lecture de la Bible depuis fort longtemps. Mon père n'est pas pratiquant. Pour ma part, je suis un petit occasionnel... Mon ancien prof de français et de grec, Gérard, ami de longue date (avec qui j'ai depuis longtemps des conversations autour de la religion), qui est, lui, protestant, avait une définition amusante de notre "différence" et de notre proximité et disait : "nous buvons du même lait mais nous ne nous servons pas à la même crèmerie"...
Je m'intéresse de longue date à toutes les religions. Je suis abonné à une super revue : "Religions et Histoire". Je me suis plus particulièrement intéressé au Bouddhisme, à l'Islam et surtout au Judaïsme, la matrice des monothéismes. J'avoue être intéressé (mais totalement ignorant !!) par le Taoisme, le Confucianisme, le Shintoisme, les religions des indiens d'Amérique.
J'ai connu énormément de périodes de doute mais malgré tout depuis quelques années j'ai une foi vissée au corps, qui ne m'empêche pas bien au contraire d'être en colère contre Dieu et les hommes. La plupart de mes amis sont athées ou bouffeurs de curés (ce qui n'est pas la même chose : les athées souvent s'en fichent voire ont du respect pour le fait religieux ; les bouffeurs de curés ont un compte personnel à régler avec la religion et plus encore avec leur éducation). J'avais une tante témoin de Jéhovah (née catholique et mariée à un juif new-yorkais non pratiquant... tous les chemins mènent à...). Mon éducation religieuse a été faite essentiellement par ma mère qui m'a toujours laissé totalement libre de croire ou non et de pratiquer si j'en sentais l'envie. Mon père ex-prof de philo et longtemps agnostique lit énormément la Bible depuis quelques années mais n'a jamais été pratiquant. J'ai également eu une grande tante bonne soeur et un grand oncle moine missionnaire qui fut prisonnier pendant sept ans des troupes de Mao et vécut quasi en ermite à la fin de sa vie ; il était proche des Traditionnalistes de Monseigneur Lefevre tout en étant un type extrêmement tolérant, ouvert, altruiste, chaleureux... et rejeté par sa soeur bonne soeur qui, elle, était restée dans le giron de Rome (les sectaires n'étant pas forcément ceux que l'on croit), il en souffrit d'ailleurs jusqu'à sa mort.
Pour ma part, je ne me sens pas catho réac. Mais j'ai peut-être tort. On est toujours le réac de quelqu'un. C'est vrai que j'ai du mal avec les idées modernes d'eugénisme ou d'euthanasie. Pour ce qui est de l'avortement, j'avoue n'avoir aucun avis car étant un homme j'estime (peut-être à tort) que je n'ai pas le droit d'avoir une opinion sur ce sujet. Je suis définitivement contre la peine de mort. Suis-je pour autant un réac ? un progressiste ? voire un réac progressiste ? Je suis un adepte forcené de la laïcité à la française : je crois profondément que la foi est de l'ordre du privé et de l'intime.
Je crois que les religions ne doivent pas frayer avec le pouvoir temporel... Elles ont (toutes) par le passé effectué des alliances contre nature qui finissent toujours par se retourner contre elles. De même, à mon humble avis, les religions ne devraient pas faire du respect des rites une obsession, même si c'est souvent le clinquant et les cérémonies fastueuses qui attirent les néophytes. Enfin, les religions ne devraient pas être un catalogue des choses à faire ou ne pas faire... Ce côté "ordre moral" que l'on retrouve dans de nombreuses religions (et pas seulement chez les Judéo-Chrétiens ou les Musulmans... il suffit d'aller en Inde ou au Japon pour voir comment des civilisations totalement non marquées par le monothéisme peuvent être plus que rigides dans le domaine des moeurs !) m'agace au plus au point et a éloigné de la foi tant de fidèles désespérés d'être systématiquement pointés du doigt tandis que des hypocrites ("faîtes ce que je dis mais pas ce que je fais") prenaient le pouvoir dans nombre d'assemblées religieuses...
Enfin, bon, c'est mon opinion et je la partage. Je crois sincèrement que, comme disait un certain Saint Paul (souvent perçu - à tort - comme quelqu'un de rigide et d'obtus) : "Tout m'est permis" ; mais tout n'est pas profitable. " Tout m'est permis " ; mais je ne me laisserai, moi, dominer par rien (Première Epître aux Corinthiens, VI, 12). De même, les religieux de son temps reprochaient souvent à Jésus (les exemples sont nombreux dans les Evangiles !) de passer son temps à traîner avec les publicains, les femmes de mauvaise vie et à négliger le respect de la Loi juive à la lettre...
Pour conclure ce petit texte, jusqu'à la prochaine foi... euh... la prochaine fois, je noterai que dans une époque où l'homme (en tout cas occidental) est censé être devenu incroyant, rationnel, pragmatique, on constate un regain sinon une émergence de pratiques d'un autre temps... citons la superstition avec les développement de l'astrologie, de la voyance, de religions alternatives que d'aucuns appellent des sectes (qui touchent parfois jusqu'au sommet de l'Etat : notre actuel Président a plusieurs fois laissé transparaître son amitié pour des membres de l'Eglise de Scientologie)... Je pense à un texte de Saint Paul (toujours lui) où il disait à l'un de ses disciples : "Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire. Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques." (Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée, IV, 2-4)
Enfin, en tant que documentaliste et qu'éducateur, je trouve nécessaire et indispensable l'enseignement du fait religieux, ce pour des raisons culturelles et artistiques et aucunement pour des raisons de prosélytisme. En effet, on ne peut comprendre la plupart des oeuvres artistiques, littéraires, cinématographiques sans avoir un minimum de culture religieuse. Nombre de tableaux (et pas seulement des scènes de la Bible !), de romans (qu'ils soient "initiatiques" ou non) (par exemple, "Le Seigneur des Anneaux" est tout entier inspiré des mythologies nordiques mais aussi du Judaïsme et du Christianisme - Tolkien était un catholique ultra-pratiquant -), de films (la saga "Star Wars" est inspirée des sagas scandinaves, baignée de sagesse zen et écrite par un enfant du protestantisme à la sauce U.S., George Lucas ; les films mettant en scène des super-héros sont souvent inspirés de la mythologie gréco-romaine), de dessins animés (les mangas sont imprégnés de Shintoïsme) prennent une autre dimension quand on sait quelle(s) religion(s) les ont inspirés. Et c'est vrai jusqu'à la pratique sportive : on ne comprend pas les arts martiaux (notamment le judo) si l'on ne possède pas un rudiment de connaissances en bouddhisme zen...
Epilogue avec une petite publicité pour la revue "Religions & Histoire"... Je me permets de citer leur site internet... Mythes, croyances, spiritualités et religions présentés de manière objective par des spécialistes. Chaque numéro comprend un dossier sur un domaine particulier de l'histoire des religions ; une sélection d'articles portant sur des thèmes variés ; l'actualité des expositions, colloques, conférences et livres.Chaque sujet est accompagné d'un rappel de son cadre historique et d'éléments destinés à faciliter la compréhension du lecteur.Religions & Histoire bénéficie des conseils d'un comité scientifique de 33 membres.88 pages en couleurs. Bimestriel. Plus d'infos sur http://www.religions-histoire.com/

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Et, heu..."Dieu et les autres?" ;)!
Ciaooo!
La cousine Françoise :)!