lundi 9 janvier 2006

CORSICA


Quand l'euphorie des représentations et l'excitation du déménagement sont retombées, quand j'ai retrouvé le quotidien de ma vie, une vérité s'est affirmée à moi... Quand j'ai appris que le poste de documentaliste au collège du Cap était toujours vacant, après avoir reçu les voeux de mes amis de Luri et de Bastia... En retrouvant les petites disputes familiales et les vexations familiales ou amicales après la douceur des fêtes de fin d'année... Quand se sont dissipées les illusions d'amitiés ou les vapeurs de soirées à refaire le monde quand on croit que tout est possible... Bref, je me suis réveillé. Chacun et chacune est retourné dans son univers et parmi les siens. Elle était finie l'alchimie des rencontres improbables et merveilleuses, et c'est dans l'ordre des choses (comme j'aime pas cette idée d'ordre des choses !!). Une évidence s'est alors à moi imposée : le Cap Corse me manque, cruellement, physiquement. C'est aussi pour cela que je repousse sans cesse mon voyage en Corse, de peur de ne plus vouloir repartir ou plutôt revenir ou je ne sais pas. La nuit, je rêve de la petite route qui mène de Bastia au bout du Cap, cette route maintes et maintes fois empruntée. Je me rappelle chaque jour des visages de mes élèves, de mes collègues, de mes amis, les odeurs du maquis, le vent qui souffle si fort, la mer tiède, les rires, les larmes aussi, et cette langue corse si vivante et si colorée... Un jour, je ne sais pas quand ni comment, je reviendrai. Pour toujours. J'en ai assez des faux semblants de la modération et de la campagne paisible. Qu'elles me manquent ces côtes déchirées à l'histoire tourmentée. Petit texte maladroit pour exprimer mon amour infini du Cap Corse, l'Isula di l'Isula...

La Corse me manque et c'est peu de le dire !...
Souvent je rêve de là-bas, souvent, souvent,
Et parfois même - je l'avoue - je délire...
Je prends le bateau comme quand j'étais petit enfant...
Je retrouve les parfums du maquis après la pluie
Les promenades au bord de l'eau, la vie sans souci...
Sûr ! Loin de la Grande Bleue, comme je m'ennuie
Et je pleure - secrètement - les souvenirs enfouis...
" Dieu et la Corse ! " disait mon grand-père...
Il avait bien raison et je traîne mon exil
En repensant à ces mille paysage, à ce grand air
Tandis que j'arpente les rues d'une morne ville...
Parfois je me demande bien ce que je fais sur le Continent :
Dieu ! Que j'aimerais reprendre le bateau
Et retrouver la Liberté, et retrouver mon âme d'enfant,
Ce pays où, miraculeusement, tout est plus beau.
Un jour viendra, j'en suis sûr, où je repartirai...
Et, alors, sûr !, je ne reviendrai jamais !!
Et je retournerai là-bas, dans ce pays merveilleux,
Et tant pis pour tous les fâcheux qui n'ont rien compris.
La Corse, c'est toute ma vie, c'est toute ma vie !
J'aime parfois des femmes mais elles me rendent toujours malheureux.
L'Ile de mes ancêtres m'appelle et m'ensorcelle
A elle seule je serai toujours et toujours fidèle.

(Nuit du 6 au 7 janvier 2006.)

En relisant, deux jours après, ce petit texte, je sais déjà que ce ne sont que voeux pieux. Je ne repartirai pas, pas cette fois, hélas. Pourtant, l'envie ne manque pas. Les déceptions sentimentales, les propos désobligeants de la famille (comme quoi mon père et moi on ne s'occupe pas de ma mère ou en tout cas pas bien... alors qu'on est les seuls présents), l'absence d'évolution de carrière (ça, c'est une caractéristique de l'Education nationale : une fois qu'on a le concours, on n'a aucune perspective de carrière sauf à changer de métier et on gravit les échelons petitement qu'on soit un prof motivé ou un feignant qui s'en fout), bref, plein de choses qui font que si ce n'était que de moi, je repartirais demain matin ou même ce soir... Mais ma mère est malade et mon père est fatigué et, maintenant que j'ai pris la décision de rentrer, il faut que je l'assume. Assumer. Devenir adulte. Pendant quelques semaines, le théâtre m'a donné l'illusion d'être à nouveau jeune. J'ai eu un peu la tête qui tourne. C'est passé. Hélas. Tant mieux. Il n'est pas bon d'avoir des illusions trop longtemps.

Mon ultime souvenir de la Corse, c'était l'après-midi de mon départ. A midi, nous avions déjeuné à une dizaine à Piazza (le hameau principal de Luri où se trouvent le collège et les commerces) pour marquer ce dernier jour... "Mon dernier Repas" comme le chantait Brel... Il y avait Soleiman (ancien élève), Gilles (collègue d'Histoire), Jean-Michel (collègue d'Histoire), Aline (collègue de Latin) et son compagnon, Patrice, Elizabeth Mazzieri (ma Principale) et son mari. Patricia (collègue d'Italien) et Ange-François (apiculteur qui travaille à l'Association Cap Vert) étaient passés me saluer. Et Pierrette Pajanacci (mon ex principale) m'avait offert un petit bijou : la Corse stylisée, en or... Je le porte depuis ce jour à mon cou. Puis ultime tour à Castellu : adieu à ma maison et à mon petit village où j'avais vécu quatre ans et demi. Descente vers Bastia en convoi. A Pietracorbara, Soleiman nous quitte. J'arrive à Bastia, escorté par Gilles et Jean-Michel. Sur le port, j'ai la joie de voir Maria (collègue de Français) qui est finalement venue me saluer. Maria, ce n'est plus un secret pour personne, j'avais eu un fort sentiment pour elle. Le temps était passé mais j'étais fou de joie qu'elle ait pu venir. Au contrôle de tickets, c'est Cathy qui s'occupe de verifier mes titres d'embarquement. Elle avait été emploi jeune à l'école primaire de Luri et travaillait maintenant à la CMN. Je garderai toute ma vie cette image de Gilles, Maria, Jean-Michel, tous trois avec les lunettes noires (on était fin août!), me saluant tandis qu'avec ma voiture (ma bonne vieille R19 qui a rendu l'âme cet hiver... elle ne supportait plus le froid de l'Allier !...) je partais vers le bateau qui m'emmenait loin de la Corse. Je n'avais plus de pellicule photo, je n'ai pu immortaliser l'instant. Il reste gravé dans mon coeur... Une fois à bord, tandis que je voyais le soleil se coucher sur le Cap, j'ai appelé mon ami Thé et envoyé moult SMS à plusieurs amis du Cap... Le lendemain soir, je déposais mes affaires à Deux-Chaises et j'allais dormir chez mes parents à Moulins avant de me présenter le surlendemain au Collège de Tronget.

C'est la première fois que je prends la peine de reparler de tout ça. Je ne sais vraiment pas quand je repasserai en Corse. Avec mes frais de déménagement, même un séjour cet été commence à être compromis... Quant à un retour définitif, c'est un rêve lointain. Mais, après tout, comme conclue Spielberg à la fin de "A.I.", on finit toujours par retourner au pays où naissent les rêves... Where Dreams are born... De toute façon, tant que je n'ai pas d'attaches sentimentales (et je suis pas parti pour en avoir en aimant soit des femmes plus âgées qui ne veulent pas refaire leur vie soit des jeunes qui n'ont pas commencé de la faire...), tout est possible. D'ici là, il me restera les rêves...

Puisqu'il est encore temps, je vous renouvelle à toutes et tous, amis de Corse, amis du Continent, mes meilleurs voeux pour 2006. L'occasion de vous redire : PACE E SALUTE ! Dans un précédent texte, où je parlais de mon grand-père paternel, je rappelais qu'il était né sur un bateau. C'est peut-être pour ça que j'ai l'impression de vivre entre deux eaux... Et, du côté maternel, c'était aussi la bougeotte... puisque mon grand-père, originaire du Nord de la France, avait d'abord gagné Clermont-Ferrand pendant la guerre puis le Maroc (où ma mère est née) avant de faire la campagne d'Italie puis de sillonner le monde comme chef d'établissement, Vénézuela, Cambodge, Antilles, avant d'aller passer sa retraite à Menton...

Portez-vous bien et j'espère à une prochaine.

1 commentaire:

les docs du LEM a dit…

Message de Laurence...

Et bien dis donc, pas très gai tout ça ! La Corse serait-elle un paradis perdu ? Je me souviens de ton premier passage sur cette île....Te souviens-tu ? Tu voulais revenir sur Moulins, car les Corses, s'étaient tous des c.... ! Partout où tu vas tu apportes avec toi une partie de toi-même. Peut-être que,lors de ton dernier séjour là-bas, tes pensées étaient plus légères et ton coeur moins lourd ? Moulins, les problèmes de santé de ta mère, la solitude, c'est vrai que cela fait beaucoup. et ça change sa vision de la vie et des choses. C'est bien connu - déjà dans l'antiquité, les hommes disaient "c'étaient bien mieux avant !"
Ne laisse pas tomber, prends courage.

A bientôt dans un futur stage !
Laurence