vendredi 30 septembre 2016

Variation n° 2


Vendredi 30 septembre 2016 à 13h15


Aujourd’hui, c’est la Saint Jérôme, une fête que j’apprécie particulièrement puisque Jérôme était le traducteur de la Bible en latin, l’auteur de la fameuse « Vulgate », traduction qui accompagna la vie de l’Eglise catholique pendant de nombreux siècles. La fête du traducteur de la Bible et grand spécialiste des Saintes Ecritures ! Je me souviens que ma mère parlait toujours de lui avec respect et admiration : « C’est lui qui a rédigé la Vulgate ».

Hier, c’était la fête des Saints Archanges : Michel, Gabriel, Raphaël. La Saint Michel, une belle fête là aussi. J’ai une pensée émue pour mon grand-oncle moine qui s’appelait Michel et que j’appelais affectueusement mais aussi respectueusement Tonton Michel. J’ai toujours sa petite Bible de Jérusalem de voyage. Il a eu une vie extraordinaire et mouvementée, puisqu’il fut notamment prisonnier en Chine communiste et connut la révolution lors de son passage à Madagascar. Je ne l’ai évidemment connu qu’une fois de retour en France. Il vivait retiré, d’abord en Ardèche puis en Pays de Loire (vers Chateaubriand, je crois). C’était un homme foncièrement bon et doux.

Dans quatre jours, c’est la Saint François… mon saint patron ! François d’Assise. Un saint merveilleux qui a renouvelé le monachisme en Europe et a inspiré et continue d’inspirer beaucoup de monde, dont notre Pape François, que j’apprécie beaucoup par ailleurs.

Voilà… C’était la rubrique éphémérides… Après tout, pourquoi pas ? Un journal « intime » ne se doit-il pas d’avoir la forme d’un journal et d’être borné par des dates précises et si possible assez régulières ?

J’ai tenté, hier, d’écrire mais, hasard ou volonté de la machine, mon petit texte mi ironique mi amer s’est perdu quand j’ai cru l’avoir sauvegardé. Après tout, ce n’est pas plus mal. J’y récitai mon habituel refrain sur « je n’ai rien à dire alors je le dis »… Forcément. On ne va pas très loin avec ça.

C’est vrai que je n’ai pas grand-chose à raconter. Ne dit-on pas assez justement : « Les gens heureux n’ont pas d’histoire ». Je ne sais pas si je suis heureux. En tout cas, je suis paisible ou du moins j’essaie de l’être. Après des années à avoir été tourmenté, angoissé, déprimé, j’aspire au calme et à la sérénité. Pour ce, je m’astreins à une discipline minime mais farouche. J’évite de me coucher trop tard. J’essaie de ne pas avoir d’émotion forte. J’évite toute passion trop prenante. Forcément, tout ça ne fait pas des sujets de conversation bien passionnants. Ajoutez à cela le fait que j’ai toujours eu de la peine à me confier, estimant que je devais résoudre « les problèmes » par moi-même.

mercredi 21 septembre 2016

Variation n° 1...



Mercredi 21 septembre 2016, 13h15.


Alors que le CDI bruisse de la présence de quelques élèves de prépa littéraire, je me décide à prendre non la plume mais le clavier. Je profite de n’avoir rien sur le feu pour écrire ce qui va suivre. Je ne sais pas encore ce que je vais écrire, je n’ai ni inspiration ni but précis, juste occuper le temps et ne pas rouiller intellectuellement… On verra où cela nous mènera.

Gérard, mon ancien prof de grec, m’a souvent conseillé d’écrire mon autobiographie, me disant que j’étais doué pour parler de moi-même. Ce qui est à la fois un compliment et peut-être une malédiction car j’aimerais écrire des fictions ou même des essais mais j’en suis bien incapable. J’ai tenté aussi une fois une autofiction mais le résultat fut peu probant. Il est toujours difficile d’écrire sur soi sans blesser d’une façon ou d’une autre son entourage. Chacun(e) est tenté(e) de se retrouver dans ces lignes, et une figure de style ou une tournure de phrase peuvent vite se révéler ravageuses.

Ecrire sur soi… Certes… Mais par où commencer ? Je suis né le … à … de … et … Genre la rubrique d’état civil qui va bien. Dans mon cas, là où je suis né importe peu. Je n’y ai jamais vécu et je n’y suis jamais retourné. Il s’agit de La Haÿ Les Roses dans le Val de Marne. Mes parents étaient alors jeunes professeurs dans la banlieue parisienne et vivaient à Antony. Je suis né le 22 mars 1970, le dimanche des Rameaux à 10 heures du matin, et ce jour là, aux dires de ma mère qui n’avait pu aller à la messe à cause de moi, ce jour là, donc, il neigeait sur la région parisienne…

Voilà. C’était la rubrique « Au commencement ». Sept minutes, au regard de l’horloge de l’ordinateur, que j’écris, et déjà je m’ennuie de me mettre en scène, de me raconter. J’ai toujours peur d’embêter les autres avec mes histoires. C’est pour ça que je n’appelle pas mes amis quand je ne vais pas bien, et même quand je vais bien : j’ai peur de les importuner, de les agacer, de les déranger. Du coup, je reste seul dans mon coin à tripatouiller ma déprime ou à user mes enthousiasmes. De temps en temps, je tente bien d’écrire un billet via mon blog mais, là aussi, je suis devenu vraiment circonspect. Il m’est arrivé, par le passé, de heurter, de blesser, de choquer des ami(e)s proches par certains de mes propos alors que tel n’était vraiment pas le but. Je voulais juste m’exprimer, partager mon point de vue, une humeur, quelque coup de cœur ou coup de gueule.

Ecrire est une chose, en soi déjà difficile. Mais écrire pour être lu en est une autre. Surtout si on n’écrit finalement que pour un cercle restreint de personnes. Il y aura toujours le risque de blesser son lectorat et, peut-être pire, de l’ennuyer. Nous sommes, plus encore maintenant avec l’avènement de l’internet, submergés de messages en tous genres, et un mail avec les états d’âme d’une personne, même proche, au milieu de spams, d’annonces publicitaires, de courriers du boulot ou d’administrations, ce mail des états d’âmes de votre serviteur, au mieux passera par pertes et profits immédiatement, au pire agacera son (sa) destinataire (trice) qui se dira que « décidément, J.-F., il a le temps d’écrire toutes ces sornettes ». Indubitablement.

Quinze minutes que j’écris et je vais m’arrêter pour le moment. Qui sait ? Je reviendrai peut-être cette après-midi écrire de nouveau, si l’inspiration vient. Je n’ai pas beaucoup de travail en cette après-midi calme où les élèves sont encore peu nombreux à venir au CDI.

A suivre ?

mercredi 7 septembre 2016

Le retour de MADNESS fin octobre !!!

Oyez ! Oyez !

MADNESS sort son prochain album, intitulé CAN'T TOUCH US NOW, fin octobre... Le retour des Maddies... Enfin une bonne nouvelle dans une année 2016 bien sombre pour la musique !

Annonce du nouvel album des Maddies :

 "Mr Apples" en live, chanson extraite de l'album à venir :
 [Mr Apples sort officiellement en single ce mercredi 7 septembre !!!]

 Site internet des Maddies :

 Site francophone des fans de MADNESS :


Enjoy the nutty way of life !!!



mercredi 31 août 2016

Sous un Ciel parfumé au coeur de l'Eternel été...

N'en déplaise aux fâcheux, le 31 août, même s'il fleure bon la rentrée scolaire (mais aussi la rentrée sociale, la rentrée économique, la rentrée politique et tutti quanti...), c'est encore au coeur de l'été, d'où le titre de ce petit message, titre tout droit sorti d'un poème que j'avais écrit au temps jadis où que j'écrivais des poèmes, à l'époque où j'étais "beau beau et con à la fois"... mais, ça, c'était avant.

En fait, j'écris ce message plus par obligation que par envie, et c'est peu de le préciser. J'avais encore quelque envie d'écrire avant cet été mais l'été est (en partie) passé. Deux nouveaux attentats en France... A Nice, dans le quartier même où vivait jadis ma grand-mère... Magnan, la Promenade des Anglais... 86 morts... Voilà plus d'un mois que c'est arrivé et je n'arrive toujours pas à réaliser... Et, une dizaine de jours plus tard, ce brave prêtre octogénaire assassiné pendant la messe quotidienne, cette messe que j'affectionne tant, celle qu'on appelle "la messe de semaine", ces messes où il y a (souvent) peu de monde mais beaucoup de recueillement, des messes un peu plus courtes mais souvent plus denses et posées que les messes du dimanche. C'est au retour de ma propre messe de semaine que j'ai appris la tragique nouvelle. 

Et là, on n'a plus envie d'écrire, plus envie de crier, même plus envie de pleurer. Juste une nausée parce qu'on se rend compte qu'on commence à s'habituer. "C'est une guerre", disent nos hommes politiques. Et puis, il y a tous ces attentats qui ont lieu dans d'autres pays du monde quasi quotidiennement et qui ne font même pas une brève, entre un résultat sportif et une actu people...

Bref, j'écris pour dire que je n'ai plus rien à dire. Nous voilà bien avancés !... Des petits soucis de santé au cours de l'été. Rien de grave mais juste de quoi perturber les activités quotidiennes. Une certaine difficulté à écrire, au sens premier du terme, à cause de nerfs qui se la jouent karaoké dans mon bras droit...

Un été calme, ponctué de lectures... Clifford D. Simak, Fredric Brown, Conan Doyle (j'adore ! c'est toujours un régal !), mais également Frédéric Beigbeder (du Houellebecq en moins déprimant !), Amélie Nothomb et des nouvelles de Anna Gavalda... Finalement, j'ai lu pas mal, même si c'était essentiellement des nouvelles ou des romans courts.

Sous un Ciel parfumé au coeur de l'Eternel été...
Que nous souhaiter de plus qu'un peu de sérénité ? Notre pays en a bien besoin et nous aussi, individuellement, probablement.

Belle fin d'été à toutes et tous.

vendredi 13 mai 2016

Un petit coucou depuis mon antre...



Un petit bonjour depuis mon antre, en cette veille du week-end de Pentecôte, fête bénie par excellence puisque c'est celle, pour les croyants d'obédience chrétienne, de la révélation du Saint-Esprit...

Un petit bonjour, donc, alors que la vie suit son cours en ce mois de mai versatile qui hésite entre un juin ensoleillé et un avril bien pluvieux. Tout va bien pour moi... Que dire ? Que raconter ? J'ai à peu près fait le tour des albums de Bowie. Après être passé aux compilations, je découvre les albums en concert, notamment avec d'autres artistes, comme Iggy Pop ou les Nine Inch Nails.

Parallèlement, j'ai redécouvert avec délectation Henri Salvador, lui qui savait allier comme personne chansons douces (!), chansons tendres et gros délires jubilatoires. J'ai également replongé dans l'univers du grand John Williams. Quel énorme compositeur !

Côté lectures, quelques nouvelles de ce cher Sir Arthur Conan Doyle : "Contes de mystère"... Le plaisir de retrouver, chaque fois que je lis ce génial auteur, son style chaleureux et merveilleusement désuet. C'est une lecture rassurante et apaisante. J'ai également lu, ne riez pas, le "Petit traité de vie intérieure" de Frédéric Lenoir. Il est de (très) bon ton de critiquer cet auteur. Pour ma part, j'ai apprécié, j'ai tout compris (parce que, je l'avoue, les livres de philosophie et / ou de spiritualité et de théologie sont souvent trop ardus pour le candide béotien que je suis). Puissé-je en tirer profit pour être plus serein avec moi-même et donc avec les autres !

Pour évoquer encore la musique, qui a retrouvé toute sa place dans mon univers, j'ai acheté une platine vinyle (qui "encode" en MP3... on n'arrête pas le progrès !), me laissant gagner à cette vague du retour en grâce de la galette noire et de ces magnifiques pochettes... (Merci à mon ami Thé pour l'inspiration !) Retrouver le petit craquement qui va bien et surtout le volume d'un son qui n'a pas été aseptisé... L'occasion de pouvoir ré-écouter des disques que je n'avais pas en CD et de replonger dans une nostalgie mélancolique délectable... J'avoue même avoir versé la petite larme qui fait du bien... Du coup, pour aller plus loin dans les anciens supports de musique, j'ai même récupéré dans ma cave quelques cassettes audios dont (oui ! ils avaient osé !) la version disco de "Star Wars"... Un grand moment de n'importe quoi que je me réserve pour un soir endiablé !

Je vous souhaite à toutes et tous un beau et heureux printemps ! Et n'oubliez pas de mettre de la musique dans votre vie. "La vie, c'est plus marrant, c'est moins désespérant, en chantant !" Eh oui... J'aurai fini par citer Sardou sur mon blog... 

So long !

mercredi 4 mai 2016

Comme une envie de terrasse...

Buongiorno a tutti !

Hier soir, en rentrant chez moi, j'ai écouté le CD de la bande originale de ABSOLUTE BEGINNERS, que j'avais commandé via le net, pour compléter ma collection / découverte des oeuvres de David BOWIE. En effet, ce cher David y interprète un de ses morceaux les plus connus (et une de ses meilleures chansons à mon avis !) et deux autres morceaux (dont... VOLARE... à suivre !). J'avais vu le film, réalisé par Julian TEMPLE ("La grande escroquerie du rock'n'roll" avec Sid Vicious des Sex Pistols et surtout nombre de vidéos de la plupart des chanteurs et groupes anglais des trente dernières années) lors de sa sortie en 1986. Il avait fait un flop.

La BO, par contre, avait été encensée par la critique. Il faut dire que l'album, produit par Clive Langer et Alan Wistanley (les producteurs historiques de MADNESS !!!), comporte, outre trois chansons de BOWIE, des titres de STYLE COUNCIL, SADE, RAY DAVIES, GIL EVANS, ou encore JOE DAMMERS (fondateur des mythiques SPECIALS)... Un album qui accompagne bien l'histoire narrée dans le film :  Londres, 1958. Une nouvelle jeunesse émerge.Le jazz est peu à peu remplacé par le rock'n'roll et des émeutes raciales secouent les quartiers populaires de la ville. Dans ce contexte, le jeune photographe Colin tombe amoureux de la styliste Crepe Suzette qui elle, ne pense qu'à sa carrière... David BOWIE, lui, joue un petit rôle de personnage cynique assez remarquable (il avait adoré interpréter ce rôle).

Outre la chanson titre, j'ai découvert VOLARE interprété par David BOWIE... Nel blu dipinto di blu ! Excellentissime ! Un vrai petit bijou un peu kitsch et très décalé... A comparer à l'album de reprises de Karl ZERO, "Songs for Cabriolet" (qui avait servi de bande son à un épisode mémorable de X-FILES, "Improbable", avec Burt REYNOLDS, qui portait bien son nom...). On pense aussi, bien sûr, à certaines scènes mémorables de LA DOLCE VITA... En tout cas, un morceau délicieux que je me suis passé en boucle tandis que le soleil se couchait gentiment... 

BOWIE... Le grand David a toujours été, outre un grand musicien et un grand compositeur, un excellent interprète. Il a réalisé un album entier de reprises ("Pin Ups !") et en a parsemé sa discographie, notamment le fabuleux "Wild is the Wind" et, bien sûr, deux reprises historiques de BREL : "My Death" et "Amsterdam". Ces dernières semaines, après avoir (re) découvert ses albums, je me suis plongé dans les compilations, qui proposent souvent, outre les "tubes" et les "classiques", quelques raretés et variantes souvent très chouettes. Je poursuis également la découverte des albums en concerts... Quelle oeuvre immense et protéiforme ! J'ai également commencé à découvrir la "relecture" de deux albums de BOWIE par le compositeur Philip GLASS (qui avait signé la BO de "Mishima") : la "Low Symphony" et la "Heroes Symphony" (un travail qui fait penser à la version symphonique des "Tubular Bells" de Mike OLDFIELD) : magique !

Pour revenir à VOLARE... Quel bonheur ! Et une envie, en ce soir de printemps qui annonce l'été, tandis que je vapotais sur mon balcon... Une envie de "se poser en terrasse" avec des amis pour un petit apéro (sans alcool pour moi)... Une envie de croquer la vie à pleines dents, d'en profiter tant qu'il est encore temps... Parce que, côté musiciens, ça meurt beaucoup en ce moment !!! Je me dis que, Là-Haut, il doit y avoir un de ces boeufs en ce moment, des concerts non stop ! 

Comme une envie de terrasse, pour ne pas se laisser terrasser... Et cueillir la fleur de l'été qui s'annonce...

Prenez soin de vous et "bon pont de l'Ascension !"

J'oubliais !...


mardi 22 mars 2016

J'ai mal à ma Belgique


Ce matin, 22 mars 2016, je déprimais tranquillement chez moi... Je déprimais ? Rien de bien grave... La déprime du 22 mars... Normal pour quelqu'un né ce jour là. En plus, avant-hier, c'était le Dimanche des Rameaux et je suis né un Dimanche des Rameaux (en 1970). Et, hier, c'était le Nouvel An Perse (bonne fête à tous les Zoroastriens !). Le Nouvel An Perse, c'est un peu le nouvel an des Pérès, non ?...

Bref, il était neuf heures. J'écoutais Bowie, plus précisément la version originale de 1970 (!) de "The Prettiest Star" (que j'ai découverte ce week-end) et je pleurnichais sur le temps qui passe. Tranquille, quoi. Et j'ai allumé la radio et j'ai entendu le présentateur dire : "Nous retournons tout de suite à Bruxelles"... Je n'ai pas compris immédiatement puis j'ai réalisé : attentat à l'aéroport. Quelques minutes après, ce fut le récit des explosions dans le métro. On était en direct, ce n'était pas très clair.

Et je me suis bien sûr, comme tout le monde en France, rappelé ce vendredi 13 novembre 2015. Ma compagne et moi sortions d'un merveilleux concert de Jean-Louis Murat à Guéret. Devant la salle, des gens avaient l'air vaguement inquiet et évoquaient des attentats. En arrivant à l'hôtel, la stupéfaction : l'état d'urgence, les attentats suicide, les terroristes retranchés au Bataclan, etc...

Si j'osais (mais il faut oser, parce qu'il faut continuer à vivre) un trait d'humour (belge) un peu surréaliste, je dirais que les terroristes de Daech m'en veulent personnellement : ils m'ont gâché notre concert de Jean-Louis Murat et maintenant ils me foutent en l'air mon anniversaire ! 

Plus "sérieusement", je suis effaré, effondré, écoeuré. Je ne sais plus quoi penser. Les attentats venaient à peine d'avoir eu lieu que des politiciens imbéciles (pléonasme ?) "tweetaient" leur fiel inepte. Je sais bien qu'il faut continuer à vivre (les Anglais l'avaient merveilleusement et courageusement prouvé pendant le Blitz en 1940) mais si les politicards se taisaient pendant deux ou trois jours, ça nous ferait beaucoup beaucoup de bien.

La Belgique, c'est un peu notre deuxième patrie, à nous, les Français, et vice versa... Je repense à ces vers de Alain Souchon : "Le vent de Belgique Transportait de la musique Des flonflons à la française"... Tout est dit. 

Ce matin, j'avais en tête les paroles de BRUXELLES du Grand Jacques : "C'était au temps où Bruxelles bruxellait..." Si Paris est une fête, Bruxelles est un petit paradis. Je commencerai par les lieux communs (mais tellement vrais) : le chocolat, les frites, la bière... Brussels est aussi le coeur de la Belgique, cette patrie de la bande dessinée, le pays d'un humour tellement à part, mélange de surréalisme et de désespoir souriant, le pays des peintres de l'école flamande, ce pays qui s'appelait il y a un siècle et demi les Pays Bas Autrichiens après avoir été les Pays Bas Espagnols (alors que les Pays Bas actuels s'appelaient Provinces-Unies... vous suivez ?), ce pays dont les querelles linguistiques sont plus compliquées qu'un jeu de go contre l'ordinateur de google. Ce Plat Pays qui est un peu le mien par mes racines maternelles mais aussi qui est la patrie d'origine des demi-frère et soeurs de mon père (mon grand-père corse avait épousé en premières noces une belge). Cette Belgique où vit une partie de la famille de ma compagne.

Sidération. Colère. Lassitude. Et la terrible question : les prochains, c'est qui ? Allemagne ? Italie ? Après "Pray for Paris" et "Bruxellois de Coeur", c'est quoi, le prochain slogan ? C'est quand, la prochaine minute de silence ? 

J'ai mal à ma Belgique.


jeudi 17 mars 2016

Pas facile...

Pas facile de se dire catholique aujourd'hui... surtout en France...

Je ne reviendrai pas sur les heures sombres qui ont accompagné les manifs contre le mariage pour tous, avec les déchaînements de propos haineux à l'encontre de celles et ceux qui sont "différents"... Pourtant, j'ai beau avoir parcouru les Evangiles, je n'y ai trouvé aucune condamnation de l'homosexualité (ni d'ailleurs du concubinage, soit dit en passant pour les gens comme moi qui "vivent dans le péché mortel perpétuel"). Je ne reviendrai pas non plus sur les rapprochements obscènes actuels entre une partie de l'intelligentsia catholique et l'extrême-droite.

Non, l'actualité immédiate, c'est évidemment les "affaires de soupçons de pédophilie" qui finissent par toucher notre joli pays après tant d'autres. Après tout, quoi de plus "logique" (hélas) ? Toutes les institutions comportent des brebis galeuses, ou plutôt des loups dans la bergerie... L'Education nationale connaît son lot, l'Armée aussi, les colonies de vacances... Normal que l'Eglise soit touchée et ça n'a rien à voir avec le célibat des prêtres (qui, par ailleurs, n'est pas un dogme et ne s'est généralisé qu'au dixième siècle). Je n'ai pas d'avis. Je sais simplement que le Cardinal Barbarin a droit à la présomption d'innocence, que son parcours passé est plutôt remarquable. En plus, il est né à Rabat (comme ma maman), il est passé par Madagascar et par Moulins, il est fan de Tintin. Fort bien. Par contre, il a eu des propos particulièrement effarants lors des manifestations contre le mariage pour tous, évoquant polygamie et inceste, faisant des amalgames bien peu heureux... A ce propos, je conseille la lecture d'un billet de Philippe Besson dans Libération :

En ces temps troublés pour l'Eglise de France, j'apprécie particulièrement a contrario l'intervention de l'Abbé Grosjean (auteur du Padre Blog) sur Canal + le mardi 15 mars :

Je n'oublierai pas de citer l'Evangile : "Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer. Malheur au monde à cause des scandales ! (...) Malheur à l'homme par qui le scandale arrive !" (Evangile selon Saint Matthieu 18, 6-7)

Je voulais faire un billet d'humeur humoristique sur le mode du "si j'étais d'une autre religion ce serait plus facile"... genre "si j'étais juif" (je ferais partie d'un peuple martyr à la culture respectable), "si j'étais orthodoxe" (on admirerait mon côté un peu mystique étrange), "si j'étais protestant" (là, tout le monde applaudirait des deux mains parce que, en France en tout cas, c'est super bien vu d'être protestant même si le grand public ne saurait pas trop définir ce que c'est), "si j'étais musulman" (j'inspirerais crainte et respect !), "si j'étais bouddhiste" (on vanterait ma sagesse à toute épreuve et on surenchérirait "c'est bien parce que c'est pas vraiment une religion, c'est plus une philosophie"), "si j'étais hindouiste" (on me regarderait avec une curiosité ostensible et on me demanderait des conseils sur le tantrisme avec un regard riche en sous-entendus), "si j'étais agnostique" (on louerait ma capacité de questionnement), "si j'étais athée" (on dirait "bof ! comme tout le monde, quoi !"), "si je m'en foutais, de la religion, parce que les religions, c'est un truc de ringard qui a tué des millions de gens sur terre" (on m'abonnerait d'urgence à Charlie Hebdo et on me ferait une place d'honneur sur les réseaux (a) sociaux), etc...

Mais non... Je ne le ferai pas, ce billet d'humeur humoristique. Je n'en ai pas le talent. Et ça demanderait de développer des explications socio-ethno-historiques sur le fait que le Catholicisme ex religion majoritaire en France est un peu "détesté" pour avoir trop longtemps "collaboré" avec l'Etat (le drame du christianisme ne fut-il pas de devenir religion d'Etat dans l'Empire romain à la fin du IVème siècle ?...). Dommage parce qu'il y avait une comparaison qui valait ce qu'elle valait entre catholicisme, religion (encore) majoritaire dont une grande partie de la population se réclame encore peu ou prou, et musique pop main stream : dans les deux cas, c'est ce qu'on pratique / écoute le plus, mais on ne le reconnaîtra jamais (c'est bien plus tendance de dire qu'on écoute du rock alternatif d'avant-garde que de la variétoche... surtout quand on veut faire djeune et branché !).  Mais le temps n'est plus vraiment à l'humour, plutôt à la crispation et au repli sur soi. Triste.

Pas facile d'être catholique. Il se trouve que je le suis. Et, même si parfois il m'a agacé, j'ai apprécié le Pape Jean-Paul II et son combat pour la liberté en Europe de l'Est. Et, même si on lui a reproché son côté intellectuel (y compris au sein de l'Eglise), j'aimais bien Benoît XVI, le premier pape qui a lutté avec efficacité et conviction contre la pédophilie dans l'Eglise. Et j'ai toujours été ulcéré par les journaux qui lui reprochaient d'avoir été adolescent du temps de l'Allemagne hitlérienne. Quant au Pape François, j'en suis un fan absolu ! J'ai été très touché par ce qu'il a dit à propos des homosexuels. J'aime son combat pour plus de justice sociale, pour l'écologie intégrale, pour nettoyer l'Eglise de ses travers, etc... Du coup, ce Pape François est la cible de beaucoup de personnes se réclamant "chrétiennes" quand ça les arrange, comme le monstrueux Donald Trump ou l'ex-humanitaire devenu ultra xénophobe Robert Ménard. Par ailleurs, je suis abonné depuis un an, sur les conseils de ma collègue (elle-même peu "suspecte" de goût pour les religions établies), à l'excellente revue "Evangile et Liberté", émanation du Protestantisme libéral, mais surtout riche en articles concis et clairs que je n'ai pas trouvés ailleurs.

Mais, voilà, je suis catho. Je n'y peux rien. C'est comme ça. J'irai même plus loin, paraphrasant un vieux cantique : c'est ma foi, mon espérance ! Et je souhaite à toutes et tous (les cathos et les autres, chrétiens et autres, croyants et athées, hétéros, homos, "bi", et toutes celles et tous ceux qui ne se définissent pas par leurs "préférences sexuelles" mais qui pensent qu'ils sont des êtres humains avant tout), car ça commence dans quelques jours, une très Bonne Semaine Sainte !

Pour la petite histoire, je suis né un dimanche des Rameaux il y a 46 ans, et cette année mon anniversaire coïncidera presque (à deux jours près) avec cette belle fête de l'entrée de Jésus de Nazareth dans la ville de Jérusalem, triomphant et acclamé avant d'y être exécuté quelques jours plus tard... 

Que la Paix soit avec vous !

mardi 15 mars 2016

Rien à signaler

Rien à signaler ? Rien à signaler ! R.A.S. ou plutôt "RAS" en insistant bien sur le S comme on disait à l'armée (au fil des jours kakis, qu'elle était grise ma vie !).

Rien à signaler. Certes. Rien à déclarer ? Rien n'est moins sûr.

La mort de David Bowie a été un électrochoc pour moi... La mort de quelqu'un, que ce soit un(e) proche ou une personnalité dont on apprécie l'oeuvre et/ou la vie, nous pose trois interrogations : qui est l'autre ? pourquoi sa mort nous émeut-elle ? qu'est-ce que la mort ?

Qui était David Bowie ? Vaste question. J'ai déjà, dans un précédent texte, essayé de résumer en quelques mots ce que ce chanteur, cet auteur-compositeur, cet acteur, ce "touche à tout", représentait pour moi... Comment le définir ? Je reprendrai une définition que j'avais jadis lue à propos de John Williams, mon compositeur de B.O. préféré : "éclectique et versatile". Et j'ajouterai : "Avant-gardiste et généreux". David Bowie a exploré tous les genres musicaux, a parfois fait du surplace et des retours en arrière mais est toujours allé de l'avant et l'a toujours partagé avec son public. Son influence sur des générations de musiciens mais aussi évidemment de mélomanes (donc de moi !) est juste énorme. Pour citer une des répliques finales de "Furyo" (alias "Merry Christmas, Mr Lawrence"), film tiré du livre "The Seed and the Sower" de Sir Laurens Van der Post, à propos du personnage de Jack Celliers, si brillamment interprété par Bowie : il a laissé en chacun de nous une graine qui n'attend que de germer. 

La mort de Bowie m'a ému plus que je ne m'y serais attendu. Et je ne suis pas le seul. Depuis deux mois, je découvre et redécouvre l'oeuvre immense et multiple de ce musicien à part. Je n'ai pas encore découvert ni même redécouvert tous ses albums. J'essaie de faire un voyage au long cours en m'arrêtant plusieurs jours sur chaque album, mais en ne suivant pas forcément l'ordre chronologique... Je me rends compte combien cette oeuvre m'est familière et combien elle est riche et émouvante, constamment émouvante. Sa musique avait (a !) une âme. Ce ne sont ni de simples chansons, ni des tubes ni des expérimentations (Bowie a alterné tout au long de sa carrière, souvent au sein du même album, titres "pop/rock" souvent très dansants et recherches élaborées et parfois désorientantes à la première écoute). Non. Il y a chaque fois une histoire, une vie (comme dans les chansons de Jacques Brel par exemple).

La mort de Bowie m'a rappelé... à ma propre mort... Eh oui, on va tous mourir ! Comme dirait Keating dans "Dead Poets Society", on finira tous par nourrir les pissenlits par la racine. Alors il reste à se demander ce qu'on a fait de nos vies jusqu'à aujourd'hui et ce que nous allons faire maintenant. Bien sûr, j'avais conscience de ma finitude. J'en ai bien eu conscience plus d'une fois. Mais, ces derniers temps, c'était plutôt la vieillesse et la maladie qui me préoccupaient, et non la mort. La mort... "My Death"... Magnifique réinterprétation par David Bowie d'une chanson de Jacques Brel...

Petit clin d'oeil... Je vous renvoie à un poème écrit en 1984 :

La mort de David Bowie a donc été un électrochoc pour moi. Elle m'a incité à me remettre à écouter de la musique. J'avais commencé à le faire depuis quelques mois mais pas de façon systématique et surtout pas "les groupes de mes jeunes années" (notamment Depeche Mode). Là, outre la redécouverte (en cours !) de David Bowie, j'ai replongé avec délice dans l'univers de Depeche Mode, comblant les années où j'avais cessé d'écouter et même d'aimer ce groupe qui a tant fait dans ma construction à mon adolescence. A propos de construction ("Construction Time Again" : excellent album de Depeche Mode, un de mes favoris de mes jeunes années avec "A Broken Frame"...), deux autres groupes m'ont construit alors... L'éphémère FGTH (Frankie !) dont la chanson titre du double album "Welcome to the Pleasure Dome" (titre inspiré d'un poème sublime de S.T. Coleridge...) m'avait montré ce que je voulais faire plus tard : ingénieur du son, créateur d'ambiances sonores, remixeur fou... Bon, projet sans lendemain. Mais qu'importe ! L'autre groupe qui m'a tellement construit, notamment pendant mes années estudiantines, fut évidemment Madness, groupe mythique s'il en est, malheureusement peu et mal connu de ce côté de la Manche mais objet d'un véritable culte en Angleterre, et qui fit un retour remarqué en 2009 avec "The Liberty of Norton Folgate".

Ecouter de la musique... Retrouver ce plaisir, ce besoin... Lors de mon séjour à l'hôpital en 2008 (suite à la dégradation violente et irréversible de l'état de santé de ma mère), le psy m'avait conseillé la musicothérapie. J'avais souri. Je n'avais pas spécialement prêté attention à ses propos... Pourtant, il avait bien raison ! Maintenant que je réécoute de la musique quotidiennement ou presque, je redécouvre combien elle est pour moi aussi indispensable (vitale) que de lire, de prier, de regarder des films (et des séries !)...

La mort de David Bowie m'a également fait prendre conscience de ce que j'étais devenu : un vieux con aigri... Et que ce n'était pas irréversible. Il fallait que j'agisse. Pour ça, je me devais d'accepter qui j'étais et où j'étais. Agir ici et maintenant. "Hic et nunc" ! Ma vie est ici et maintenant. Elle n'est pas dans des chimères, dans des regrets, dans des amertumes... Accepter qui je suis, comme le héros de "Un jour sans fin" (le jour de la marmotte !) qui peut enfin interrompre la malédiction qui le frappe en laissant parler son coeur et en acceptant son statut de simple mortel.

Je commence juste à en mesurer les nombreuses conséquences. Je constate simplement que je commence à me sentir mieux voire même à me sentir bien. Vraiment bien. Je sais que, étant d'un naturel cyclothymique (bipolaire comme disent les médecins et les journalistes), je dois me méfier de mes excès (et accès) d'enthousiasme donc je reste prudent. N'empêche que c'est tellement agréable de se sentir bien ! On n'aime jamais autant la vie que quand on réalise qu'on a failli la perdre. Je n'ai évidemment pas risqué ma vie mais j'avais perdu mon enthousiasme. Je me répète, j'étais devenu aigri, de plus en plus en colère contre tout et tout le monde et tout le temps. Je me fatiguais moi-même ! J'avais peur de tout. Je n'avais confiance en rien ni personne et surtout pas en moi-même. Je m'étais laissé envahir par le Côté Obscur !

Bien sûr, j'aurai toujours mes questions existentielles. Et c'est bien normal. Mais avec un peu de musique (et pas seulement du Bowie ou du Depeche Mode ! Parmi mes derniers achats : un best of de Henri Salvador, le concert à Venise de Ennio Morricone et la Symphonie Alpestre de Richard Strauss...), c'est quand même plus facile. Une bande son existentielle... Joli concept pour un ingénieur du son contrarié !

Prenez soin de vous.

mercredi 27 janvier 2016

Retour aux sources...


Photo extraite du film FURYO...

David Bowie nous a quittés un lundi de janvier... Un lundi triste. Un jour blême. Bien sûr, je ne connaissais pas David Bowie personnellement... quoique... Ne le connaissions-nous pas tous personnellement ? En tout cas, au moins celles et ceux d'entre nous qui aimaient sa musique, ses chansons (comme il a touché à tous les courants musicaux, on a toutes et tous eu l'occasion d'apprécier au moins une période de sa riche carrière !), ses apparitions (trop rares) au cinéma, son sens permanent de l'innovation et de l'avant-garde, son personnage (ou plutôt ses multiples personnages).

Bref, on connaissait tous un peu David... Et on était nombreux en ce 11 janvier 2016 à être très très malheureux. Sans mauvais jeu de mots, il y avait bien un esprit du 11 janvier, mais ce n'était pas le même...

Pour parler de moi (ce qui est encore ce que je sais faire de mieux, ou de moins mal...), la disparition de Bowie m'a d'abord laissé froid. Comme tout événement (personnel comme extérieur), j'ai un problème à réagir immédiatement (c'est une des raisons qui font que je dois souvent voir un film deux fois pour l'apprécier !). En outre, j'ai soupçonné soit un "fake" de quelques plaisantins des réseaux sociaux soit, "pire", la plus grosse campagne de promotion pour un album... Après tout, "Blackstar" venait de sortir. Je ne l'avais pas acheté mais j'en avais déjà entendu des extraits sur les ondes et des documentaires sur Bowie réapparaissaient à la télé... Mais non... Google Actualités ne parlait pas d'une mauvaise plaisanterie. Le Major Tom était bien mort... ou plutôt il était définitivement en orbite. Bon, pas de larmes pour Ziggy Stardust, c'était déjà fait depuis son suicide sur scène en 1973. Mais, bon, j'étais malheureux pour Aladdin Sane, The Thin White Duke et bien sûr Lazarus que je n'avais pas encore eu l'honneur de rencontrer. Je pensais aussi à Jack Celliers, le personnage qui m'a fait rencontrer David Bowie quand j'étais adolescent, son rôle clé dans le film FURYO alias MERRY XMAS, MR LAWRENCE...

Et, là, j'ai été déboussolé, abattu, sidéré. J'ai déjà eu de la peine pour des personnages "publics", des personnes hors du cercle familial ou amical. C'est d'ailleurs surprenant de se dire qu'on a de la peine pour des gens qu'on n'a jamais rencontrés. Mais, comme je l'ai déjà sous-entendu plus haut, ces gens là nous sont tellement familiers, notamment quand il s'agit (en tout cas dans mon cas) de musiciens, d'acteurs, de réalisateurs... Je me souviens, au hasard et sans ordre ni chronologique ni d'importance de la peine ressentie, du choc que furent pour moi le départ abrupt de Freddie Mercury, la mort d'Yves Montand ou de Henri Salvador, l'enterrement tellement émouvant de Federico Fellini (avec sa femme Giulietta Masina, effondrée) ou la mort de Marcello Mastroianni sans oublier le décès du compositeur Maurice Jarre voire, je l'avoue, la mort de Michael Jackson (car, même si je n'étais plus sensible depuis un moment à sa musique, j'avais été bercé une partie de mon adolescence par ce chanteur)... J'ai évoqué, sur mon blog, certains de ces "deuils collectifs".

Mais je reviens à David Bowie... Je ne vais pas ici parler du personnage à mille facettes ni tenter d'analyser les apports de Bowie à la musique, mais aussi à l'évolution des moeurs ou encore à la mode sans parler de son rapport à la science-fiction... Je ne vais pas non plus me risquer à un commentaire discographique... Je m'essaierai peut-être un jour à l'exercice (très risqué !).

Simplement, depuis un peu plus de deux semaines, j'ai replongé dans les disques de Bowie... J'ai acheté son dernier opus, "BlackStar", mais quelqu'un qui m'est très proche me l'a pour le moment confisqué (clin d'oeil...). Du coup, je me suis rabattu sur son avant-dernier album : "The Next Day", ma foi fort intéressant. Et j'ai replongé dans le passé tellement riche et protéiforme de Bowie... "Aladdin Sane" et ses sonorités cabaret ambiance fin de siècle voire fin du monde. Les albums tellement novateurs pour l'époque, et encore aujourd'hui, "Low" et "Heroes", qui ont tellement influencé les courants new wave et electro (du coup, je me suis remis à écouter Depeche Mode... j'y reviens plus loin !). "Let's Dance", idéal en bagnole... Et tous les souvenirs attachés à tant et tant de chansons, d'albums (Gérard m'offrit "Space Oddity" pour mes 17 ans...), de films aussi ("Furyo" bien sûr mais aussi le rigolo "Labyrinth" ou le film un peu raté mais sympatoche "Absolute Beginners" sans oublier son apparition dans "Moi, Christiane F." ainsi que dans "Twin Peaks : Fire walk withe me")... Sans parler des liens avec d'autres artistes... J'ai d'abord connu la chanson "Amsterdam" par David Bowie avant de découvrir l'originale de Jacques Brel (d'ailleurs uniquement enregistrée en public, cas unique chez le génial chanteur belge)... si ! si ! D'ailleurs, Brel et Bowie ont pas mal de points communs (dont une autre chanson : "My Death"...).

En fait, voilà plus de trente ans que Bowie faisait partie de ma vie. Bien sûr, ce ne fut pas un compagnonnage au quotidien. Je l'ai découvert par étapes, par périodes, avec des longs moments d'absence... Mais toujours il revenait...Pour l'anecdote, mes deux DVD cadeaux de départ du collège de Luri en 2004 furent "La Dolce Vita" de Fellini avec Mastroianni et le double DVD des vidéos de Bowie...

David est parti. Après la sidération et la tristesse, ce fut donc le temps de la redécouverte. Et aussi celui du partage. Les coups de fil avec Docteur Freyd et Mister Thé... qui eux aussi ont replongé dans l'univers du grand David...

Et il m'est même arrivé plus... Bowie m'a donné envie d'écouter autre chose. Si j'avais recommencé ces derniers temps à écouter de la musique, je peinais toujours avec la pop. Je reprochais souvent à mes anciennes amours de ne pas se renouveler, d'utiliser souvent les mêmes ficelles finalement lassantes... Ce qui n'a jamais été le cas de Bowie qui était toujours là où on ne l'attendait pas et qui n'a jamais cédé ni à la facilité (dès qu'il maîtrisait un genre il allait en tenter un autre, démarche qu'on retrouve un peu au cinéma avec Kubrick voire Ridley Scott et aussi dans une moindre mesure Steven Spielberg) ni à la démagogie (Bowie n'a jamais imposé à personne sa ou ses façons de voir le monde, il n'a pas joué les porte-étendards et était très discret quant à ses engagements caritatifs).

Bref, je n'écoute plus de pop depuis longtemps. J'ai eu un revival Madness lors de la sortie du magnifique et très original album "The Liberty of Norton Folgate" et dans une moindre mesure son successeur "Oui oui si si ja ja da da". Mais ce fut à peu près tout... Et, là, subitement, l'envie de réécouter Depeche Mode, le groupe que j'ai suivi de 1984 à 1992 comme un fan absolu (je les ai vus trois fois en concert sur la période) avant de m'en éloigner, surtout après le départ de Alan Wilder. J'avais bien acheté un disque de temps en temps mais sans prendre le temps de l'écouter. Là, j'ai enfin acheté leur dernier album (qui date de 2013) : "Delta Machine", et j'ai apprécié, retrouvant ce qui a toujours fait leur charme, la voix de Dave Gahan, les mélodies de Martin L. Gore et ses préoccupations religieuses omniprésentes (Bowie avait aussi des questionnements sur le sujet : voir notamment "Loving the Alien"). Et si je vous disais que j'ai acheté ces derniers jours, histoire de replonger tous azimuts, un live des Doors en 1968 et un live de Jeff Buckley à Chicago en 1995...

Tout ça grâce à David ! Le Docteur Freyd a raison quand il m'a écrit que ces derniers jours ont été pour lui (et moi donc !) comme un "bon coup de pied au c..." pour replonger dans la musique, celle de Bowie d'abord mais aussi toutes celles que nous avons aimées, que nous aimons et que nous aimerons.

Après la mort d'un artiste, je me dis toujours : "Ah ! Je vais enfin pouvoir me faire l'intégrale !" Dans le cas de Bowie, ça relève de la mission impossible. Outre que son oeuvre est immense (même sur le nombre d'albums studios, tout le monde n'est pas d'accord), il y a tellement de pépites, d'inédits, de raretés, de démos et autres sessions alternatives sans parler des lives... C'est un univers d'une richesse extraordinaire !

David Bowie est mort mais il est toujours là... Et, après avoir réussi sa vie, il aura fait une sortie magistrale : assister à la première de la comédie musicale "Lazarus" (titre tellement évocateur !), interprétée notamment par Michael C. Hall (Dexter !), fin décembre puis sortir pour son 69ème anniversaire l'album "BlackStar" avant de tirer sa révérence dans la discrétion la plus totale.

Le Major Tom n'a pas fini de tourner... Mais saurons-nous enfin un jour s'il y a de la vie sur Mars ? De toute façon, nous sommes tous des héros pour juste une journée. Et le temps peut nous changer. Il suffit juste de mettre ses chaussures rouges et de danser le blues...



Petites pépites au hasard...

Velvet Goldmine, une rareté enregistrée pendant les sessions de Ziggy :
https://www.youtube.com/watch?v=EfRgd9REzAs

Station to Station, version "Christiane F." :
https://www.youtube.com/watch?v=KxtqJxq2yck

Crystal Japan, un single au Japon, totalement inconnu en Europe :
https://www.youtube.com/watch?v=Xm2ciX0_UP8


lundi 11 janvier 2016

Y a-t-il une vie sur Mars ?

Jour de deuil pour Jack Celliers.

Toutes les personnes qui ont vu "Merry Christmas, Mr. Lawrence" (FURYO) comprendront.

Repose en paix, David BOWIE.

jeudi 7 janvier 2016

Vieillir

Au fil des jours trop courts
J'ai perdu jusqu'au goût de l'amour.
Que sont devenus les rires d'autrefois
Quand je m'aventurais au fond des bois ?
La vie n'est plus qu'une lente désespérance
Avant que de se perdre dans des cris de démence.

Je regarde en arrière et je pleure,
Je pense à demain et j'ai peur.
Je sais que bientôt je ne saurai plus rien.
Je sais que bientôt je ne serai plus rien.
Mon Dieu, mon Dieu, où t'es-tu égaré ?
O moi, ô moi, tu m'as laissé tomber !

Comment je m'appelle ? Comment tu t'appelles ?
Redis moi ton nom, redis moi ton nom.
Il fait nuit, il fait nuit.
C'est toi qui m'appelle ? toi qui m'appelle ?
Allons, allons, pardon, pardon,
Il fait nuit... Il fait nuit...


(Ecrit le 2 janvier 2016.)

mardi 5 janvier 2016

Le jour d'après

Quel bonheur d'être le lendemain de la rentrée ! Eh oui, cette fois, la rentrée est passée donc tout va mieux ! Le plus dur est fait ! Les nausées sont un (pas si) lointain souvenir (quelle nuit infernale !), restes du "stress" de la rentrée mais aussi des (quelques) excès des vacances... une crise de foie (mais pas de foi... enfin... ça dépend des fois !).

Ce petit message polluant à destination de vos boîtes aux lettres pour vous remercier collectivement pour vos encouragements à mon encontre pour que je continue à écrire sur ce blog. Ces encouragements me touchent vivement. J'en profite pour "rassurer" certaines et certains d'entre vous : je vais bien, tout va bien. Et ce n'est pas qu'une formule. Promis, j'essaierai à l'avenir de séparer de façon plus explicite ce qui relève de l'écume des jours, des coups de colère, de déprime (et non de dépression) et autres énervements, de ce qui est au fond de moi. 

Alors, oui, moi, ça va. Mais autour de moi, comme tout le monde j'imagine, beaucoup de choses m'agacent. En outre, j'arrive à un âge où la génération précédente montre des signes de faiblesse et on se rapproche progressivement des années où l'on est de plus en plus souvent au chevet d'un parent ou d'un ami malade. Et ça n'est pas très réjouissant. D'autant qu'à titre personnel, j'ai "déjà donné" du temps de la maladie de ma mère, même si alors j'étais plus jeune, un peu "chien fou" et totalement livré à mes divers excès et démons. Heureusement qu'alors ma douce et tendre, ainsi que des ami(e)s et de la famille, m'ont soutenu. 

Donc voilà (la conclusion typique quand on ne sait pas quoi écrire !). Je vais bien, tout va bien !

Je vous souhaite de nouveau à toutes et tous, et sans aucune amertume mal placée, une bonne et heureuse année 2016... Paix, santé, prospérité !

Prenez soin de vous et des personnes que vous aimez et qui vous aiment.

lundi 4 janvier 2016

Pas envie... mais alors, pas envie du tout !

Bonjour à toutes et tous !

J'avais promis que je ne polluerai pas vos boîtes aux lettres en 2016... J'ai menti ! Ou plutôt, ceci n'est pas une pollution mais un message à haute teneur qualité environnementale... Alors, pour commencer, et pour s'en débarrasser... Je vous souhaite à toutes et tous une bonne et heureuse année 2016 !!!

Bon, elle commence très mal, cette année, par "les commémorations de Charlie"... Ah... Charlie !... Pour toute une partie de l'intelligentsia (dont certains de mes collègues amoureux du sociologue Emmanuel Todd), les gens qui ont manifesté leur émotion au lendemain des attentats de janvier sont le symbole d'une France blanche, aigrie, raciste, islamophobe... N'en jetez plus ! Pour une autre partie de l'élite (dont d'autres de mes collègues et dont pas mal de dignitaires de ma très chère Eglise catholique), les mêmes gens sont des imbéciles, des "moutons", des inconscients. Pour les musulmans (et pas seulement les islamistes), nous étions des sales blasphémateurs. Et, même pour les survivants de Charlie Hebdo, nous n'étions pas forcément des gens bien. Bref, pour à peu près tout ce que la France compte de gens intelligents, manifester son émotion début janvier 2015 était la preuve d'une bêtise incommensurable... On n'est pas près de me reprendre à aller dans un cortège... Je n'aurai qu'un seul (immense) regret : je n'ai pas manifesté au lendemain de la tuerie de l'école juive de Toulouse en 2012 et c'est bien un signe que quelque chose ne va pas dans notre pays et dans ma tête : nous nous sommes déplacés (en masse et, peut-être, à juste titre... même si c'est pour nous faire insulter par tout ce que la France compte de gens intelligents et diplômés) pour pleurer des caricaturistes mais nous n'avons rien dit quand des enfants ont été abattus simplement parce qu'ils étaient juifs. C'était en France. En 2012. Honte à nous. Vergogna a noi !

Alors, me direz-vous, vivement 2017... Tu parles ! C'est l'année de l'élection présidentielle puis des fantoches de l'assemblée nationale... Ben oui, depuis l'instauration du quinquennat et l'inversion du calendrier (merci Chirac et Jospin...), la France vit "au rythme de l'élection permanente"... En attendant, on nous prépare une réforme constitutionnelle aux petits oignons... Bon, alors, vivement 2018 ! Tiens, pourquoi pas ?! P..., deux ans !!!!!!!

L'année commence mal, très mal. Pas envie d'y retourner... Au boulot, je parle. Jamais eu aussi peu envie. Samedi, je suis allé revoir "Le Réveil de la Force"... Quel bijou ! Plaisir de retourner dans ma galaxie lointaine, très lointaine, loin de la France et de son nombrilisme... Dimanche soir, je suis allé revoir "Spectre", histoire d'oublier un temps la déprime pré-rentrée... Quel bonheur ! Ce film est encore plus agréable à la revoyure !... Et je confirme que conduire une Clio après avoir vu Bond faire des prouesses sur une Aston Martin DB10, ben, ce n'est pas facile du tout !

En tout cas, en sortant de ma séance, je n'avais qu'une envie : tracer ma route ! Partir loin de Montluçon, de cette petite ville provinciale pluvieuse et snobinarde, ne pas retourner dans ce lycée où tout le monde vous regarde d'un air hautain, parce que vous êtes le documentaliste, c'est-à-dire le type qui surveille que les livres ne s'envolent pas et qui crie aux élèves "silence" régulièrement...

Ce matin, en me réveillant, j'avais la nausée, au propre comme au figuré. A peine j'allume la radio, j'entends la pub pour le prochain Charlie Hebdo où un long édito s'apprête à vomir sur tous les croyants du monde, parce que, forcément, si ces braves caricaturistes ont été abattus, ce n'est pas par des dingues mais par les croyants de toute la planète, dont une partie (moi le premier) a prié pour eux. Mais, bon, serrons les dents. J'ai éteint ma radio pour "déjeuner en paix". J'ai rallumé la radio dans ma voiture, par réflexe, et là, on nous parlait des exécutions en Arabie Saoudite (ce gentil pays avec lequel nous commerçons sereinement) qui avaient provoqué des manifestations monstres en Iran (cette vilaine dictature où, soit dit en passant, les minorités religieuses sont acceptées, à la différence de l'Arabie Saoudite ; cette méchante république qui compte beaucoup plus de députées femmes que la France...). J'ai éteint de nouveau ma radio. Faut que je me méfie de l'info !

Bref, je pourrais bien m'éloigner de Montluçon... mais pour aller où ? de toute façon, j'ai un emprunt qui court jusqu'en 2022... argghhh !) Autant rester où je suis. De toute façon, je suis trop vieux pour aller vivre ailleurs. Il me reste, comme au héros de "Brazil", de m'évader par le rêve... Les psys pourront en conclure que je fais un déni de réalité. Et alors ?

Bonne année, quand même. "Et la santé !"

Pour ma part, cette année 2016 sera marquée par le signe du cinéma, des séries télé (ces trucs de beaufs que méprisent nombre de mes collègues), de la musique, de la lecture et aussi de la prière. 

J'aurais bien des souhaits, comme tout le monde : paix, sérénité, tolérance... Mais je crois bien que ce n'est pas pour 2016... Ensuite, à chacune et chacun d'entre nous de faire un tout petit peu autour de soi pour, sinon apporter de la Lumière, lutter pour limiter l'extension du domaine des Ténèbres.

Pace e Salute !

jeudi 31 décembre 2015

Juste avant la fin de l'année...

Un petit coucou rapide avant la fin de cette grande année 2015... Une année qui nous laissera toutes et tous un goût plus qu'amer, mais bon, il y a aussi eu du bon, individuellement et probablement collectivement aussi...

A titre individuel, j'aurai une pensée pour notre séjour, ma douce et tendre et moi, du côté de Saint-Brévin et Saint-Nazaire, ainsi que notre escapade en Périgord aux Eyzies... Et puis il y eut ce merveilleux concert de Jean-Louis MURAT un certain 13 novembre 2015 à Guéret... Nous étions encore "innocents" à ce moment-là. A notre retour à l'hôtel, nous avons appris ce qui s'était passé à Paris... Sans commentaire.

Je ne reviendrai pas sur l'actualité récente... Un président qui nous la joue "je change la constitution" parce qu'il est incapable de combattre le terrorisme, un premier ministre et un ministre de l'intérieur qui chantent en permanence le refrain du "on est en guerre", histoire de nous mettre la pression et de nous préparer à "l'état d'urgence permanent", des médias serviles qui répètent ce qu'on leur demande de dire (les "événements d'Ajaccio" des 24/25 décembre en sont une démonstration flagrante, rappelant aux gens qui les ont vécus de l'intérieur les "événements de Luri" de septembre 2003 où, là aussi, on a vu des médias fabriquer de toutes pièces des informations pour servir le pouvoir), des bombardements en toute indifférence sur des populations civiles au Moyen-Orient, des migrants qui se noient chaque jour, etc...

Heureusement, il y a "l'esprit de Noël", que l'on soit chrétien, croyant, agnostique ou même athée. Certes, le côté "consommation exacerbée tout le monde va se gaver" est un peu pénible mais, cette année, je n'aurais pas le coeur à critiquer mes concitoyens. On a toutes et tous envie de profiter de la vie. Si pour certain(e)s, ça s'accompagne d'excès de table, de courses folles et tout et tout... et alors ?! Tant mieux !

Pour ma part, je m'étais fixé plusieurs missions pour les vacances... Lecture, cinéma, musique...

* Lectures.
J'ai lu, sur les conseils de ma collègue de travail, "Les Jardins de Lumière" d'Amin Maalouf, excellent roman historique qui raconte l'histoire tragique du prophète Mani. Un livre lumineux, sans mauvais jeu de mots, très agréable à lire. Un hymne à la tolérance.

* Cinéma.
1 - "Spectre". Nous sommes allés le voir le week-end dernier. Un bon Bond de la période Craig, loin quand même de l'intensité dramatique de "Casino Royale" et de ce bijou que fut "Skyfall". On est dans les Bond de bonne qualité, distrayants, mais on n'est pas dans le "top five". Reste un film que je reverrai avec plaisir, non mais !
2 - "Le Pont des Espions"... Oups... J'ai raté le dernier Spielberg... Vivement la sortie en DVD !
3 - "Star Wars VII : Le Réveil de la Force"... Ah ! la ! la ! Nous l'avons vu il y a deux jours... Quel choc ! Je n'avais pas éprouvé un tel plaisir au cinéma depuis bien longtemps. On est loin de la poussive prélogie (notamment "La menace fantôme" et son dramatique Jar Jar Bings...) qui m'avait laissé sur ma faim, même si c'était une trilogie (pour les non fans : les épisodes I-II-III, réalisés en 1999-2002-2005) de grande qualité et d'une riche intensité dramatique (trop peut-être). J'ai retrouvé le souffle de la première trilogie (les épisodes IV-V-VI, réalisée en 1977-1980-1983). Alors, bien sûr, George Lucas lui-même a critiqué ce nouvel opus mais c'est lui qui a choisi de "se séparer de son bébé"... (ah ! BB8 !) Certes, J.J. Abrams a réalisé un film qui plaira aux fans mais pourquoi bouder le plaisir ?! Outre l'histoire qui m'a bluffé (alors que j'avais, je l'avoue, quelques appréhensions), j'ai été plus que séduit par la musique de John Williams (ah ! le magnifique thème de Rey !), par le retour de Harrison Ford, par les décors que j'ai trouvé magnifiques, par le travail sur la photographie... Un film que j'irai revoir assurément ! Enfin retourner dans "ma" (notre !) galaxie lointaine, très lointaine... Après tout, j'attendais ce film depuis plus de trente ans !

* Musique.
J'ai "vaincu" mon appréhension et je peux de nouveau écouter des chants corses sans me mettre à pleurer de vaine nostalgie (voir mes textes précédents). Et je ne me suis pas privé. J'ai aussi replongé dans ma passion première : les bandes originales de films ! Hier, je me suis précipité pour acheter (entre autres) la B.O. de "The Force awakens"... et je l'ai écoutée religieusement en rentrant chez moi (comme le conseille J.J. Abrams dans le touchant texte qui accompagne le CD). Ces derniers jours ont aussi été accompagnés par "The Hobbit & The Lord of the Rings Film Music Collection" (un magnifique double CD).

Bref, les vacances ne sont pas encore terminées que je peux dire que j'ai fait presque un sans-faute pour cette mission !!

Alors, après des messages parfois bien sombres, je conclurai cette année 2015 de façon souriante en vous promettant de ne plus vous "polluer" vos boîtes aux lettres par mes états d'âme dans les semaines à venir... Après tout, la Force s'est réveillée !!

Portez vous bien !

lundi 21 décembre 2015

Un grand pas en avant !

Ce qui s'est passé la semaine dernière en Corse est tout simplement historique. Je ne ferai pas d'analyse politique, d'abord parce que je n'en suis pas capable, ensuite parce que ce n'est pas le moment (analyser à chaud, c'est le privilège des journalistes incompétents et des politiciens désoeuvrés, pas des historiens sérieux), enfin parce que d'un côté mes amis continentaux ne comprendraient pas forcément et de l'autre n'étant plus en Corse depuis onze ans je me garderais bien de prendre part au débat.

Simplement, je suis heureux comme je ne l'ai pas été depuis si longtemps. J'ai enfin retrouvé ma fierté. Ces derniers temps, j'ai tellement eu honte d'être Français (le résultat des élections mais aussi le nombrilisme hexagonal et le côté "donneur de leçons au monde entier"), Catholique (tous ces fachos homophobes qui polluent les églises par leur haine de l'autre), Occidental (notre façon, à nous Européens sécularisés, à mépriser tout ce qui n'est pas notre façon de vivre, notre obsession de la consommation, notre mépris de tout ce qui est spiritualité). Et pourtant, j'ai continué à être Français (même si je n'ai pas chanté "La Marseillaise" lors des rassemblement de "Charlie" et encore moins en novembre), Catholique (j'apprends au quotidien à m'initier à la prière), Occidental (parce que je ne saurais pas être autre chose, je suis déterminé par ma naissance, mon lieu de vie et le métier que j'exerce).

Mais je ne suis pas que ça. J'ai aussi une partie de moi qui est profondément Corse, avec tout ce que cela veut dire. Il y a l'histoire familiale (la famille Pérès de Peri, j'ai déjà évoqué le sujet) et puis ma vie tout simplement. Un an à la Direction régionale des Affaires culturelles à Ajaccio et cinq ans au Collège du Cap à Luri, ça vous change une vie.

Alors, forcément, quand la Corse semble, enfin, après des siècles souvent sombres, pouvoir accéder à la maîtrise de son destin, c'est un rêve qui se réalise. L'île qui a vu la première constitution démocratique moderne donnant le droit de vote aux femmes en plein XVIIIème siècle (en France, il a fallu attendre la fin de la deuxième guerre mondiale...), sa révolution écrasée par les troupes françaises à Ponte Novu, cette île que j'aime tant, riche en paradoxes, qui a connu tant et tant de douleurs, de violences, mais aussi qui fut la première région française libérée pendant la deuxième guerre mondiale et qui fut le porte-avions des Alliés pour reconquérir le sud de l'Europe face aux barbares nazis (c'est de Corse que s'envolait Saint-Exupéry pour ses missions).

La Corse qui accède à son destin. Ce sentiment tellement jubilatoire, cet enthousiasme qui me donne envie d'entonner "un chant de joie" comme le disait Natale Luciani (membre fondateur du groupe Canta U Populu Corsu, que j'ai eu la chance de connaître à la DRAC de Corse, et qui est disparu tragiquement dans un accident de voiture il y a quelques années) : ALLEGRIA !

Et l'espoir qui renait aussi pour toute la France... Car, comme je l'ai écrit plus haut, je suis aussi Français. Même s'il y a le FN et ses relents de haine, même s'il y a Bernard Tapie, même s'il y a tous ces politiciens véreux et vérolés, il y a Le Drian qui dit quelques mots en breton au Conseil régional de Bretagne, il y a Bayrou qui parle de la richesse des langues régionales. Face aux dinosaures anti-régionalistes, peut-être trouverons-nous enfin la fierté dans chacune de nos régions de forcer Paris à signer enfin la charte des langues régionales et minoritaires. La France admettra peut-être enfin qu'elle est plurielle et que c'est la diversité qui crée la richesse. E PLURIBUS UNUM, comme l'écrivait Saint Augustin et comme l'ont repris les Etats-Uniens. IN VARIETATE CONCORDIA est la devise de l'Union Européenne. Bien sûr, ce n'est pas facile tous les jours de s'entendre avec les autres, déjà qu'on a de la peine "entre nous" , voire que chacun de nous a de la peine a s'entendre avec lui-même (je connais bien le sujet !). Je rêve qu'un jour la France se réconcilie avec elle-même... Doux rêve d'un utopiste. Pourquoi pas ?

Mais je reviendrai à la Corse pour ma conclusion. Et je me permettrai de citer un certain Jean-Jacques Rousseau, auteur d'un Projet de Constitution pour la Corse, qui écrivait dans "Le Contrat Social" cette fameuse phrase : « Il est encore en Europe un pays capable de législation : c'est l'île de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté, mériterait bien que quelque homme sage lui apprît à la conserver. J'ai quelque pressentiment qu'un jour cette île étonnera l'Europe ».

Oui, quelle belle page d'Histoire est en train de s'écrire sous nos yeux ! Comme j'aurais aimé être Bastia le soir du dimanche 13 décembre ! Et comme j'aurais aimé être devant l'Assemblée de Corse ce jeudi 16 décembre... Imaginez la banderole très StarWarsienne : CHE A FORZA SIA CUN VOI ! Oui, aujourd'hui, j'ai enfin le courage d'écrire sur mon blog : "So Corsu e ne so fieru".

Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et tous.

Cù Amicizia.

Je citerai pour finir le premier couplet du DIU VI SALVE, REGINA, l'hymne national corse, qui place l'île sous la protection de la Sainte Vierge (ouh ! la ! la ! je connais des laïcards anti-régionalistes qui vont hurler...) :

Diu vi salvi, Regina
E Madre universale,
Per cui favor si sale 
Al Paradisu.

mercredi 16 décembre 2015

La vie est belle

"Pour bien des gens, la vie est une lente désespérance." disait Henry David Thoreau, cité par Keating dans Le Cercle des Poètes disparus. Et comme il avait raison. Je me souviens, c'était il y a déjà vingt-cinq ans, mon ami Fred Thé me confiait sa déception face au monde du travail et au monde des adultes en général. A l'époque, pour ma part, j'étais encore bercé d'illusions. Depuis, je suis devenu à mon tour "vieux, usé, fatigué", comme dirait l'autre, comme le prouve mon précédent texte.

Mais... non ! La vie est belle, bordel !

Peu de gens le savent mais Roberto Benigni a baptisé son film "La vita è bella" en hommage à une phrase de Léon Trotski (sacré Léon !), alors poursuivi par les sbires staliniennes (qui finiront par avoir sa peau, et d'une façon particulièrement atroce), regardant sa femme dans son jardin et s'exclamant, malgré tous les soucis et toutes les menaces : "La vie est belle !". [Je rappellerai ici que ce film cite la Barcarolle des Contes d'Hoffmann mis en musique par Offenbach... voir mon texte sur "Un petit tour au grenier"...]

"La vie est belle", c'est aussi le titre français du fabuleux film "It's a wonderful Life" de Frank Capra, un des plus beaux films que je connaisse, un des plus désespérés aussi, tout en étant tellement optimiste... Oui, il y a peut-être là une contradiction... Je ne sais pas. Je sais juste que ce film est tellement riche, un conte de Noël irrésistible (c'est de saison).

Enfin, bon, ce petit mot en guise de post-scriptum à mon précédent texte sur le plafond de verre, pour remercier les personnes qui m'ont témoigné de leur sympathie et de leur amitié. Une fois de plus, je réalise à cette occasion combien toutes et tous nous partageons "l'humaine condition" : des soucis de santé, des parents ou des amis malades, des contrariétés au travail, des questions existentielles, la peur du néant et du vide intersidéral de nos vies...

Je m'en veux de m'être épanché et d'avoir une fois de plus oublié qu'il n'y a pas que ma petite personne sur cette bonne vieille planète. Comme disait Trotski : "Malgré tout, la vie est belle !"

Belles fêtes de fin d'année à toutes et tous.

Et, pour finir, je citerai "Merry Xmas, Mr Lawrence" alias "Furyo" : "Joyeux Noël, Lawrence ! Joyeux Noël, Monsieur Lawrence"... tandis que démarre la lancinante musique de Ryuichi Sakamoto... "Father Christmas is Santa Claus !" J'ai aussi en tête le final bouleversant de "La Dolce Vita" quand le héros bascule définitivement du côté obscur de l'âge adulte, renonçant à l'espoir incarné par la jeune fille qui l'interpelle sur une plage d'Italie au lendemain d'une fête trop arrosée comme seuls les adultes en font, parce qu'il n'y a qu'en buvant qu'ils croient retrouver un instant leur âme d'enfant...

Le plafond de verre

Un jour, on arrive au bout du chemin. C'est une voie sans issue. On est face à un mur. Que faire ? Retourner sur ses pas ? Escalader le mur ? Se cogner la tête contre les briques en attendant que ça passe ? Mais ça ne passe pas.

J'ai atteint mon plafond de verre, pour prendre une expression fort jolie hélas détournée ces derniers jours par des chroniqueurs politiques en mal d'inspiration. Pour parler en termes plus "DRH", je suis la vivante réalisation du "principe de Peter". Je cite wikipedia : « dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence », avec pour corollaire : « Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d'en assumer la responsabilité. ».

Voilà trois ans quasi jour pour jour... C'était le jour de la fin du monde, vous savez, la prédiction des Mayas, le 21 décembre 2012... mon Dieu ! comme tout ça parait loin !... C'était donc il y a trois ans... Le jour de mon inspection... Pour les gens qui ne sont pas dans l'Education nationale, petite explication : nous sommes plus ou moins (souvent moins que plus : dans mon cas c'était seulement la deuxième fois en plus de vingt ans de carrière) régulièrement "inspectés". A ce propos, j'en profite pour confirmer la rumeur : il n'y a aucune visite médicale dans l'Education nationale. On peut faire toute une carrière sans voir une seule fois la médecine du travail. Nous sommes hors contrôle... Avec tout ce que ça peut sous-entendre...

J'ai donc été inspecté le 21 décembre 2012. J'étais alors au collège Charlotte Delbo de Tronget, où j'avais fait sereinement ma neuvième rentrée. Tout allait plutôt bien dans ce collège rural où "j'avais fait mon trou", une fois de retour sur le Continent après mes cinq ans merveilleux au Collège du Cap à Luri. L'inspectrice, satisfaite, semble-t-il, de mon travail, me conseilla d'aller voir ailleurs, de prendre le large, de me mesurer au vaste monde... Et si vous alliez travailler en lycée ? L'idée m'avait déjà traversé l'esprit au printemps précédent, du fait que j'avais déménagé de Moulins pour Montluçon, mais ce ne fut alors qu'une idée vague.

Là, notamment pendant les vacances de Noël, le poison s'est lentement répandu dans mes neurones... Aller bosser en lycée ? Pourquoi pas ? Je pensais terminer ma carrière en lycée. A 42 ans (alors), c'était un peu tôt pour parler de fin de carrière mais pourquoi pas tenter l'aventure ? J'ai oublié à ce moment là l'avertissement d'un de mes anciens principaux : "Attention, Monsieur Pérès, à ne pas quitter la proie pour l'ombre". On sait ce qu'on perd, on ne sait jamais ce qu'on trouve.

Mais... Mais... Mais... L'idée de ne plus avoir à faire la route, notamment en hiver, était séduisante. L'idée de voir d'autres têtes aussi. Et surtout l'idée, malsaine mais moteur de l'humanité depuis la nuit des temps, de se montrer ambitieux, de tenter le diable (tiens... tiens...), de se prouver et de prouver aux autres que l'on était capable de relever un "challenge", un défi, une nouvelle aventure... Et puis ça allait en jeter... Travailler dans un grand lycée, où en plus il y avait des classes préparatoires (ces fameuses "prépas" que je n'avais pas osé affronter quand j'étais étudiant, parce que j'avais eu peur et aussi, avouons le, parce que je n'avais clairement pas le niveau)... J'allais désormais jouer dans la cour des grands.

Hélas. On croit trouver un grand lycée enthousiasmant où tout le monde est sympathique. On découvre un lycée de province, qui jalouse son voisin de palier (la guerre fait rage avec "l'autre lycée" de la même agglomération). Un établissement où beaucoup d'enseignants mettront plus d'un an à vous dire bonjour. Un espace finalement anonyme où l'on attend du documentaliste d'ouvrir dix heures par jour et cinq jours par semaine, point barre. Si ! Il faut aussi répondre présent dans l'instant à toutes les sollicitations. 

C'est là que j'ai découvert combien mon métier était différent en collège et en lycée, surtout en collège rural où on met la main à la pâte pour un peu tout, où on peut lancer plein de projets, participer à diverses activités avec plus ou moins de bonheur... Et souvent plus ! Que ce soit à Villon dans les Années 1990, à Luri ou à Tronget, j'avais animé un atelier théâtre et organisé des spectacles. Bien sûr, c'était "amateur". Mais, là, dans un lycée avec option théâtre, il devenait désormais totalement impossible pour moi d'imaginer encore animer un atelier théâtre. D'abord, on m'a expliqué que le mot "atelier" n'était pas politiquement correct et surtout pas digne d'un enseignement de lycée. Ensuite, ben, forcément, je n'aurais de toute façon pas eu (du tout) le niveau.

Finies les activités annexes, qui parfois m'agaçaient mais faisaient aussi le sel de mon métier... L'initiation à la sécurité routière, l'exercice annuel d'évacuation de car, la visite des élèves de sixième aux résidents de la maison de retraite locale... Bien sûr, tout ça, pour des profs de lycée, ça fait au mieux "oeuvre de patronage" sympathique, au pire un truc tellement minable et risible. Eux, ils préparent leurs élèves au bac et aux grandes écoles et aux universités prestigieuses. Des gamins de collèges ruraux, dans des zones plutôt pauvres (que ce soit Luri ou Tronget, ce n'était pas l'Eldorado question ressources économiques), certain(e)s n'en ont jamais vu et/ou ne veulent plus en voir.

Je suis devenu un bibliothécaire dans un immense centre de documentation qui donne le vertige. Beaucoup beaucoup de livres et aussi beaucoup beaucoup de fauche... C'en est d'ailleurs désespérant. Pas une semaine sans que je constate la disparition d'ouvrages... Que ce soit à Luri ou à Tronget, je n'avais jamais vu ça. 

Points positifs... Il y en a bien sûr. Une direction (l'ancienne comme la nouvelle) qui nous laisse les coudées franches. Des personnels administratifs et de service fort sympathiques, avec qui on partage, face à nombre d'enseignants, cette désagréable (humiliante même) impression d'être "le petit personnel de service". Et surtout, surtout, des élèves polis, intéressants, intelligents (trop d'ailleurs parfois... c'est là que je réalise que je ne suis vraiment pas "à jour" intellectuellement !). Enfin, et c'est notoire, quelques collègues vraiment très sympathiques, qui m'ont accueilli dès les premiers jours, et avec qui je peux plaisanter quand j'ai l'occasion de les croiser car, dans un grand lycée, on peut ne pas voir certains collègues pendant des mois... Et, bizarrement, c'est toujours les personnes avec qui on a le moins à échanger, les personnes qui vous toisent pour ne pas parler de mépris (je finis par devenir parano), ce sont ces personnes là qu'on croise le plus souvent... Dommage !

J'ai cru être à la hauteur. Je ne le suis pas. Je suis désespérément médiocre. Pas mauvais, bien sûr. Je fais "le job". Mais rien de plus. De toute façon, je ne peux pas faire plus. Je me lève chaque matin la boule au ventre, l'envie de pleurer me prend quand je sors de chez moi et le soir je rentre épuisé nerveusement. Bien sûr, j'ai la sécurité de l'emploi, les vacances et tout le blabla de ces salauds de fonctionnaires parasites que la majorité des Français rêve de mettre face au peloton d'exécution pour l'exemple.

Mais cette impression d'inutilité, de non épanouissement, de néant même... Est-ce l'âge ? Le fait de ne pas avoir de projet (au sens étymologique du terme : je n'ai aucune capacité de "me projeter"...) et la terreur de passer toute ma carrière (plus de vingt ans encore) enfermé dans un poste où je prouve jour après jour mon incompétence crasse. L'impression désagréable d'être dans "Un jour sans fin", la poésie et la musique en moins. Ajoutez à cela mon âge, la pendule qui tourne, les personnes autour de moi qui vieillissent et la nuit les souvenirs du temps jadis qui me hantent. Des nuits sans sommeil, des jours sans entrain.

Voie sans issue. Impasse. 

Soyez très prudent(e) le jour où l'on vous propose "une promotion"... C'est, généralement, le début de la fin. Tout le monde n'a pas les épaules pour changer de poste, tout le monde n'a pas l'ambition, l'orgueil et le minimum d'égoïsme indispensable pour "monter en grade". Certains resteront "hommes du rang" toute leur vie. Après tout, pendant mon service militaire, j'étais "première classe", et ça m'allait très bien. J'aurais fait un bien mauvais brigadier (l'équivalent de caporal dans l'infanterie, mais moi je servais dans l'artillerie), et pire encore si j'avais été sous-officier voire officier de réserve.

Dieu sait que je suis égocentrique et narcissique (le psy m'avait dit une fois, du temps où je le fréquentais, que je souffrais de "blessures narcissiques", je n'ai toujours pas bien compris ce que ça voulait dire), mais je ne pense pas être égoïste. Il faut l'être un minimum pour avoir de l'ambition. Je manque désespérément d'ambition. Par ailleurs, je suis très (trop !) sensible au climat qui m'entoure. Même si tout le monde, depuis trois ans, me conseille de "faire avec", de ne pas tenir compte du mauvais esprit qui peut régner autour de moi (voire parfois à mon encontre), je n'y arrive pas. 

J'en ai même perdu le goût du cinéma, tellement peur d'être jugé par les censeurs intellectuels qui m'entourent pour mes goûts trop populaires et médiocres. Je ne suis pas allé voir le dernier James Bond, que j'attendais impatiemment. Il faut dire que les événements du 13 novembre m'ont temporairement sevré de l'envie de voir des films avec des explosions. Je n'irai probablement pas voir le dernier Star Wars. Pas d'envie. Plus d'envie. La peur de la foule aussi, je l'avoue, et un peu l'overdose face à "l'effet Disney". Perdu le goût des séries télé, à force d'entendre "Ah ! Nous, on n'a pas la télé !" avec le regard condescendant des élites vers la plèbe qui perd son temps devant des séries. Ne parlons pas des lectures... Ce n'est pas de la littérature, voyons !

Bien sûr, après-demain, c'est les vacances. La magie de Noël. Egalement le gavage imposé et le rappel criant que je n'ai pas d'enfant et plus beaucoup de famille. Mais qu'importe. C'est les vacances. Certes. Mais dans deux semaines et demi, je replongerai. Le retour au lycée. Les mêmes collègues, le même mépris, le même climat. Et pour combien d'années encore ? Toute la vie ?

Le problème ne vient pas des autres mais de la perception que j'ai d'eux. Le problème vient de moi. Mais que faire ? Fuir ? Mais où ? Et je suis trop vieux pour partir et j'ai malgré tout quelques attaches (et pas des moindres !) ici, même si j'ai toujours l'impression de "ne pas être d'ici". Curieuse, cette impression de ne pas se sentir chez soi. Je ne l'avais pas du tout à Tronget, ni à Luri. J'étais chez moi là bas, au milieu des miens. Tout n'était pas toujours rose, il y a même eu des moments tendus et quelques coups de gueule épiques mais nous étions comme une famille. En ces temps de fêtes, l'esprit de famille me manque encore plus. Je ne pensais pas que j'écrirais ça un jour... Peut-être ai-je fini par briser mon plafond de verre ?


lundi 7 décembre 2015

Un petit tour au grenier...

Hier, c'était dimanche. Non, non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous parler des élections... Je ne suis pas vraiment un fin analyste politique. En plus, "ma" région, qui aurait jadis dû s'intituler Auvergne-Bourbonnais et est devenue, "par simplification administrative", Auvergne, a été purement et simplement absorbée, engloutie, colonisée par les outrecuidants sans âme de Rhône-Alpes. Non à l'envahisseur en col blanc pour qui l'ouest de l'Allier et tout le Cantal ne seront même pas des noms sur une carte... Mais revenons à nos moutons (quoique, dans nos pâturages, ce sont surtout des vaches... je m'égare !).

Hier, c'était donc dimanche, un de ces dimanches ennuyeux à mourir, comme les chantait si magnifiquement Charles Trénet. Vous savez, quand on traîne son cafard toute la journée. Outre ma déprime liée à la nostalgie de la Corse, une Corse rêvée, idéalisée, ma Terre Sainte à moi... C'était le triste septième anniversaire de la mort de ma mère, ma maman à moi (et pas qu'à moi d'ailleurs). Envie de rien. Impossible de lire quoi que ce soit. Je me serais bien affalé devant la télé, un bon débat politique nul qui m'aurait distrait... Mais non, pour cause d'élections, il était interdit de parler de politique... Il faut respecter le temps de réflexion des citoyens... Et plonger les dépressifs dans une dépression encore plus profonde... Ce n'était plus une dépression, c'était devenu le gouffre de Padirac, et non pas le gouffre de pas d'Irak.

J'ai bien tenté de trouver le réconfort dans la Liturgie des Heures et dans la lecture de "L'imitation de Jésus-Christ". Mais ça n'a pas marché plus que ça. J'étais vraiment mal, comme on dit, en ce dimanche après-midi de décembre, tandis que dehors il faisait un beau soleil et que le petit peuple de France se précipitait dans les marchés de Noël pour acheter des produits artisanaux fabriqués par des petits enfants au fin fond du Bengladesh...

Et, en réfléchissant à ce qui avait été le (en tout cas le principal) déclencheur de cette déprime, le revisionnage de quelques séquences du film "L'enquête corse", je me suis rappelé que j'étais un grand sensible (mais pas un sentimental, d'aucuns m'ont déjà reproché ma froideur à l'égard de mes contemporains et mon absence totale d'empathie, ce à quoi je réponds : j'ai un coeur, bon, il est en pierre mais j'ai un coeur !). Et que le danger guette pour moi de plonger dans la pire des apathies nostalgico-mélancoliques rien qu'en écoutant un morceau de musique qui me rappellera "le bon temps"... 

Du coup, et je l'ai déjà évoqué, je me construis ma carapace. Et j'évite d'écouter de la musique, moi jadis mélomane absolu (la tonne de CD que j'ai dans mon salon est bien là pour le prouver et, d'ailleurs, même si je n'écoute plus de musique, je continue d'acheter des CD... "pour plus tard"). Car je sais que le démon rôde, tapi dans l'ombre, comme dirait un certain Saint Pierre. Oui, le démon est là qui sait que la musique (ainsi que certains films mais on peut quand même plus facilement éviter de regarder un film) est mon talon d'Achille à moi... Et d'entendre telle ou telle chanson, tel ou tel air, et me revoilà totalement déprimé, ne croyant plus à rien, prostré, prêt à replonger avec délice (car j'aime à ce moment là le goût étrange et envoûtant du désespoir) dans le néant de mon passé recomposé.

Je parle de démon mais on peut aussi parler d'inconscient, de subconscient, de ce que vous voulez. Vous comprenez ce que je veux dire. Pour certain(e)s, ce sera un parfum, pour d'autres un plat (ah ! la Madeleine de Proust !), pour d'autres encore un vêtement (la fameuse scène dans "Rebecca")... Pour moi, comme pour beaucoup je suppose, c'est la musique...

Mais j'en ai marre, moi, à la fin, de ne plus pouvoir écouter de musique et de me retrouver comme une chiffe molle parce que j'aurai écouté une chanson qui jadis me faisait exulter ! Zut et triple zut ! Et si j'affrontais mon démon, si je le regardais en face pour une fois ?! Quand on est préparé, on sait peut-être mieux résister. Si au lieu de me retrouver dans la cave de mes émotions à chaque morceau de musique entendu à la radio, à la télé, au supermarché (si ! ça m'est déjà arrivé, la déprime du caddie !), je choisissais d'aller dans le grenier de mes souvenirs, pour y piocher les bons morceaux qui dépriment bien, mais en toute connaissance de cause.

Après tout, je me souviens d'une amie qui voyait et revoyait "La ligne verte" (sublime film adapté d'un roman non moins sublime ! et dans le film il y a cette si belle chanson qui sert de référent mémoire au héros... on n'en sort pas !... "Heaven, I'm in heaven !"...) et qui me disait : ce film me fait toujours pleurer. Et elle m'expliquait que, comme ça, elle pleurait un bon coup et ça lui purgeait son cafard. Les intellos critiques appellent ça la catharsis.

Dimanche après-midi, j'ai d'abord écouté en boucle "La Barcarolle" des Contes d'Hoffmann d'Offenbach... Morceau que j'adore depuis toujours mais que je ne pouvais plus écouter car, pour moi, il avait "l'ochju" (le mauvais oeil) : je l'avais entendu à la radio la veille de la mort de ma grand-mère puis la veille de la mort de ma mère... J'ai ensuite choisi d'écouter quelques morceaux de la BO de "Good bye Lenin !", film qui me rappelle tant ma maman. J'ai continué par "Where dreams are born", de John Williams, extrait de la BO du film "A.I.", morceau que j'avais écouté en boucle en rentrant à Castellu (le village où j'habitais en Corse) en revenant de l'enterrement de ma grand-mère. J'ai conclu par la chanson "Mare di China" de Chjami Aghjalesi, une si belle ballade qui évoque pour moi et la Corse et l'Indochine de jadis qu'a pu connaître, justement, ma grand-mère.

Bizarrement, après cette "overdose" musicale, je me sentais bien, tellement bien, tellement mieux. Libéré. J'avais regardé mon démon en face. J'étais monté dans mon grenier y mettre un peu d'ordre. Je pouvais retourner vaquer à mes occupations, tout en sachant que mes souvenirs m'attendent là haut, tranquillement. J'avais même l'impression étrange, genre la scène finale du "Retour du Jedi", que tous "mes chers disparus" (et ils commencent à s'accumuler) me regardaient avec un sourire bienveillant. 

Je sais bien qu'il y aura toujours chez moi cette cave qui me fait si peur, cette cave bien sombre et au sol accidenté. Mais, bon, on a tous nos petits recoins qui nous terrifient sans qu'on veuille l'admettre. Heureusement, je n'ai pas de cabane au fond du jardin (pas celle de Cabrel / Gerra), vous savez, celle où il faut absolument aller récupérer quelque objet indispensable un soir de nuit sans lune... Bon courage !